‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 37 sur 285 · CONTRÉE ENTRE ORAN ET AFFREVILLE · texte numérisé non relu

CONTRÉE ENTRE ORAN ET AFFREVILLE

retenues et élevées de cette manière, sont distribuées par des canaux latéraux de 30 kilomètres de développement. Les aqueducs construits dans l'intérieur delà maçonnerie permettent de vider le bassin en amont de cette muraille.

Le Si g, insignifiant en été, reçoit dans la saison des pluies une masse énorme d'eaux que son lit ne peut contenir et qui, abandonnées à elles-mêmes, exerçaient de grands ravages dans toute la contrée limitrophe; l'innombrable quantité de gros blocs de sable et d'argile dont son lit est hérissé attestent la violence de ses eaux torrentielles. Or, maintenant il ne reçoit que la quantité d'eau voulue, et l'excédant devient une source de fertilité et de bienfaits pour le pays. Cette oeuvre splendide du génie de l'homme, respirant l'élégance d'un édifice ornemental, contraste singulièrement avec la physionomie triste et silencieuse du pays au milieu duquel elle se dresse isolément; la nature semble humiliée par ce monument, preuve de sa défaite et du triomphe de son vainqueur.

Le lendemain de notre retour à Oran, nous nous empressâmes de nous mettre en route pour Affreville, point de départ de notre excursion aux forêts de cèdres de Teniet-el-Ahd. La contrée que nous traversâmes est plus ou moins unie, générale-» ment bien cultivée, et les champs abondamment arrosés par des irrigations artificielles, consistant surtout en petits canaux ou rigoles où l'on conduit l'eau des ruisseaux; çà et là quelques vignobles, mais presque pas d'arbres, dont on voit des bouquets isolés autour des fermes et des stations de chemin de fer. Sur quelques points, comme près de la station de El Remri, le sol devient caillouteux et en conséquence moins bien cultivé; sur d'autres, la contrée se renfle en hauteurs arrondies et revêt même un caractère montagneux, comme près des stations de Meridja, du Barrage et de Duperré ; mais ce sont seulement des phénomènes locaux ; en sorte que Ton peut considérer la majorité de la contrée comprise entre Oran et Affreville comme une vaste plaine plus ou moins bien cultivée. Sur cet espace on voit plusieurs petits villages et fermes, tous exclusivement habités par des Français. Disséminés à de vastes intervalles au

milieu d'une région unie, de toutes parts accessible aux Arabes, les colons chrétiens jouissent de la plus parfaite sécurité et n'ont besoin d'aucune force armée pour les protéger et les défendre. L'apparition d'un uniforme français est chose rare, aussi nous regardions avec curiosité les tentes blanches; évidemment européennes, se dressant autour du petit village (également français)- Oued-Fodde, où campait une compagnie de soldats de passage, les seuls rencontrés depuis Oran, car les quelques militaires aperçus dans les rues d'Orléausville paraissaient plutôt y être en visite qu'en station.

Nous couchâmes à Affreville, bien que notre intention eût été d'atteindre encore le même jour Milianah, mais la petite diligence qui dessert ces deux localités était encombrée d'Arabes, peu disposés à se serrer pour des Européens, parmi lesquels étaient des officiers français en uniforme; tellement ces enfants du désert sont certains de se trouver sur un pied de parfaite égalité avec leurs vainqueurs, auxquels ils savent d'ailleurs que la loi n'accorde aucune préférence ni aucune immunité, lorsqu'il ne s'agit pas de l'exercice de certains droits politiques.

Affreville est assez pittoresquement situé. Gomme dans tous les villages et bourgs de cette contrée, les maisons sont construites à l'européenne et la population presque entièrement française; les Arabes y font de simples apparitions pour motif de commerce ou autres affaires, et ceux établis à Affreville sont au service des Français.

Malgré la douceur de son climat, qui permet la culture de l'oranger en plein air, celle de l'olivier n'y est point développée, en sorte que les habitants tirent leur huile du village des Afres où l'olivier est cultivé par les Arabes. Il y a à Affreville un petit hôtel très convenable où l'on trouve ce qui est nécessaire aux exigences les plus indispensables du confort européen. Il était tenu par une jeune femme fort avenante; tout en nous servant elle nous exprima le regret de ne pas nous avoir reçu deux jours auparavant, car elle eût pu nous offrir d'excellentes côtelettes de panthère, ayant eu à sa disposition un ma-

Page 1