VI PRÉFACE
malgré les pénibles regrets qui s'y rattachent, elle rappelle une époque où les deux correspondants se trouvaient dans les conditions les plus heureuses, car, d'une part, ces lettres s'adressaient à un homme jouissant de tous les biens de la terre si honorablement conquis, et, d'autre part, elles étaient l'expression du bonheur que j'éprouvais à parcourir les pays dont la Providence semble avoir fait son œuvre de prédilection.
Il est vrai, je les avais parcourus sous des auspices exceptionnellement favorables, et je serais vraiment embarrassé, si je voulais énumérer toutes les obligations que je dois aux autorités françaises qui, depuis le gouverneur général et les hauts fonctionnaires placés sous ses ordres, jusqu'aux employés les plus modestes, n'avaient cessé de me donner des témoignages de leur efficace bienveillance. De même, les nombreux représentants de la science et de l'industrie, répandus sur tant de points de l'Algérie, s'empressèrent, partout et toujours, de me prêter l'appui de leurs lumières et de leur expérience. Aussi, bien que je n'aie pas manqué de les mentionner fréquemment dans mes lettres* je ne puis me refuser (e plaisir de rappeler ici une fois de, plus les noms de M. Bulard, directeur de l'Observatoire n&tjooal; de M. Durando, professeur de botanique, si plein de prévenance pour tous les naturalistes qui visitent Alger; de M. Rivière, directeur du Jardin d'essai; de M. Mac Carthy; de M. Chevalier, médecin civil do Bougie; de M. Tlssot, le géologue distingué qui dirige avec tant d'habileté le Service des iifirteti h Constant in ople; de M, Jus, lé savant ingénieur de Batna ; enfin de M. le docteur V. Reboud, médecin en chef à Const&ntine, doui l'activité scientifique n'est égalée que par son inépuisable complaisance.
Quand il est permis d'étudier une contrée à l'aide de telles ressources* la tâche devient aussi agréable qu'aisée, et il est certain que si un plus grand nombre de savants voulaient en profiter, le moment ne serait pas éloigné où bien peu testerait à
ajouter àcequi auraitétédit sur ce beau pays. D'un aulre côté, j'ai cru qu'eu dehors des sciences, le témoignage d'un étranger pourrait avoir une certaine valeur, en offrant les garanties d'impartialité et d'indépendance que le public n'accorde pas toujours à ceux qu'il croit prononcer, enquelquesorte,dansleur propre cause. Or, tel est surtout le cas avec les graves questions qui se rapportent à. l'avenir de l'Algérie, et, par conséquent, non seulement à l'appréciation des ressources matérielles qu'elle possède et des chances de développement que présentent ces dernières, mais encore à l'assimilation des Arabes avec la population chrétienne et au mode d'administration le plus approprié aux exigences actuelles de la colonie.
Ces questions ont été pour moi l'objet d'études consciencieuses, et m'ont conduit à des résultats souvent très différents de ceux qui avaient été formulés jusqu'à aujourd'hui.
Ainsi, contrairement a l'opinion fréquemment reproduite, d'après laquelle les Français ne posséderaient point au même degré que quelques autres peuples, le don de la colonisation, je crois avoir démontré, par des faits irrécusables, que, sous ce rapport, la France n'a rien à envier aux nations les plus privilégiées, et que l'œuvre accomplie dans l'Algérie n'a été surpassée nulle part, et égalée très rarement. De même, l'assimilation entre les éléments arabe et chrétien n'est pour moi qu'une question de temps, question dont la solution se trouve déjà inaugurée de la manière la plus encourageante. Quant à l'administration de l'Algérie, il m'a semblé que celle qui était pratiquée sous le général Chanzy répondait le mieuxaux exigences du pays, parce qu'elle maintenait un juste équilibre entre l'action militaire et l'action civile, tout en réservant à ce dernier élément le développement graduel amené par les progrès de la civilisation. En effet, partout où je visitai les tribus arabes soumises à la juridiction militaire, j'ai pu «n'assurer que, pour le moment, elle satisfait parfaitement à leurs besoins et à leurs