ÉDIFICES D'ALGER A ARCHITECTURE MAURESQUE
même pas de maintenir le personnel nécessaire aux exigences d'un établissement consacré à l'usage public; il en résulte que le savant distingué qui en est le directeur (M. MacCarthy) consacre à des fonctions aussi modestes qu'ingrates un temps qu'il eût pu employer utilement à des travaux scientifiques, comme il sait en faire; lui-même va chercher les ouvrages demandés par les lecteurs plus ou moins sérieux qui se présentent; heureusement pour lui, leur nombre n'est pas embarrassant, et le plus souvent, il peut séance tenante leur déclarer que la bibliothèque ne possède pas l'ouvrage demandé, qualité négative par laquelle la bibliothèque publique d'Alger parait se distinguer particulièrement 4.
Enfin, parmi les édifices publics à architecture mauresque je citerai encore l'école communale, située ou plutôt cachée dans la rue d'Orléans, où l'on pénètre par une ruelle sale et obscure, Ce bel édifice, avec ses sveltes colonnes et sa cour pittoresque, était jadis la demeure des ambassadeurs marocains envoyés à la cour du bey ; aujourd'hui il est destiné à l'éducation des enfants, ils y sont pour la plupart logés; les plus jeunes et les moins avancés sont sans doute infiniment plus instruits que leurs prédécesseurs diplomatiques du Maroc.
Malgré le caractère éminemment original et élégant de l'ar-
1. Les défectuosités qu'on peut reprocher au musée et à la bibliothèque d'Alger disparaissent en présence des conditions dans lesquelles se trouve l'observatoire de cette ville, ainsi que le savant éminent — M. Bulard — chargé de sa direction. Or, cet observatoire n'existe que de nom; il n'a jamais été décrété, et d'ailleurs le budget affecté à son entretien prouve suffisamment qu'il s'agit d'un établissement pour ainsi dire illusoire, auquel le gouvernement français n'a jamais entendu donner un caractère sérieux, car ce budget est de 10 300 francs, dans lesquels les frais de location figurent pour 900 francs, et le traitement de l'aide du directeur pour 1500 francs, ce qui fait qu'il reste environ 7900 francs pour les nombreuses dépenses scientifiques, parmi lesquelles il faut placer au premier rang celles nécessitées par l'acquisition des instruments qui, dans l'état actuel de la science, subissent des modifications et des perfectionnements continuels, et dont un seul peut souvent coûter un millier de francs. Quant au directeur lui-même, son traitement annuel est représenté par la somme vraiment dérisoire de 4500 francs. Placé dans cette position, M. Bulard a dû renoncer à son aide et se charger lui-même, non feulement de tous les calculs élémentaire», de la
chitecture mauresque, ces anciennes maisons arabes répondent très mal aux exigences de notre civilisation; ce sont autant de petits bijoux, qu'on aimerait à voir placés comme ornement à côté de la maison construite à l'européenne et servant de demeure permanente.
Toutes ces pièces microscopiques, coquettement ciselées et revêtues de tuiles vernies, à larges fenêtres et ouvertures de tout genre, par lesquelles le froid entre en hiver et le soleil en été, réclament une certaine habitude pour sYacclimater ; et d'aillenrs plusieurs de ces élégantes habitations des temps passés ne sont pas suffisamment accessibles. Ainsi pour ne citer qu'un seul exemple, le conseiller d'État, revêtu en l'absence du gouverneur général de toutes les attributions du service civil, habite une maison mauresque très élégante, mais, à cause de la rue fort étroite (rue de la Charte) où elle se trouve, elle n'est accessible qu'aux piétons et aux cavaliers, chose indifférente aux Arabes, étrangers à tout autre mode de transport, mais sérieusement embarrassante pour les dames européennes, lorsqu'au milieu de la pluie et de la boue elles doivent accomplir ce pèlerinage à pied, en costume de soirée.
Quand on voit l'énorme quantité de maisons mauresques converties en habitations européennes, on serait naturellement tenté de supposer que les indigènes ont été dépossédés en bloc
correspondance officielle et scientifique, etc., mais encore de la tâche ingrate de copier de, sa main tous ses brouillons. De plus, il s'est vu forcé d'affecter une partie de son traitement à la location d'une maison destinée à contenir l'observatoire, maison qui coûte 2000 francs par an, et n'est qu'une espèce de hangar moins propre à honorer la science aux yeux du public qu'à la rendre ridicule ; et cependant c'est dans cette humble maison que l'infatigable savant, n'ayant pour tout aide qu'un garçon à peine capable de l'aider à déplacer et à épousseter les instruments, accumule jour et nuit une masse de travaux, sans pouvoir jamais les publier, malgré tout ce que M. Faye a dit et imprimé pour attirer l'attention de l'Institut sur les remarquables photographies lunaires exécutées par M. Bulard, sans compter une foule d'autres observations astronomiques et météorologiques perdues jusqu'à présent pour la science. Il est impossible que le gouvernement français puisse continuer plus longtemps ce déplorable oubli de sa propre dignité, et nous devons espérer qu'il s'empressera de placer sous sa protection éclairée un établissement si plein d'avenir et un savant méconnu si longtemps.