GÉOLOGIE DE LA CONT11ÉE ENTRE ALGER ET CAXUNE
ment des restes organiques plus ou moins remarquables ; le peu que j'ai pu y voir constate la présence d'ossements fossiles, car les fragments de brèche calcaire, répandus tout autour de la grotte, sont pétris d'ossements.
Avant de terminer la relation de mon intéressante excursion au cap Caxine, je dois vous dire quelques mots sur la composition géologique de la contrée que j'avais parcourue entre Alger et le cap. Sur cet espace, on voit apparaître tonr à tour les granités, micaschistes, talcschistes, gneiss et un calcaire foncé bleuâtre. Les relations entre toutes ces roches, ainsi que leur âge respectif, ne sont pas déterminés d'une manière définitive, et seront pendant quelque temps encore l'objet d'opinions diverses parmi les géologues. Ainsi M. le docteur Bourjot * considère les calcaires foncés comme d'une nature éruptive, et pense qu'à une époque récente ils ont percé et traversé en dykes et filons nombreux les gneiss, les granités, les micaschistes et les talcschistes. Cette théorie soulève tant d'objections sérieuses, qu'il n'est pas étonnant de voir son auteur en être à peu près le seul avocat, et je regrette d'ajouter que, malgré tous mes soins à découvrir des faits qui lui soient favorables, je n'ai pas été à même de les constater et je me borne seulement à faire observer que partout le faciès extérieur de ces roches (bien que ce caractère soit rarement l'indice de leur origine ou de leur âge) offre souvent l'apparence d'une roche éruptive; en effet rien ne simule plus fortement des dykes ou des nappes basaltiques que toutes ces puissantes bandes et traînées calcaires à teinte foncée qui montent et descendent les montagnes, en en constituant fréquemment les crêtes, ou bien se dressent en hauteurs coniques et rappellent à s'y méprendre autant de masses sorties des entrailles de la terre, à l'état fluide ou pâteux.
Mais là s'arrête l'analogie avec les roches éruptives; et quant à l'âge récent que M. Bourjot attribue aux calcaires foncés, cette assertion se trouve contredite par de nombreuses dénuda-
1. Bulletin Soc. géol. de France, 2* sér., t. XVJ1I, p. 359, an. 1861 ;
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lions qui prouvent que les calcaires, les granités et les micaschistes, sont contemporains. C'est un fait facile à constater, notamment dans une carrière située au-dessus de la pointe Pescade, où ce calcaire est exploité; or, j'y ai vu un profil très instructif, où des masses stratifiées du calcaire foncé se trouvent d'abord infraposées au talcschiste, puis reposent directement sur ce dernier et constituent toute la partie supérieure de la montagne. Maintenant, lorsque Ton considère les granités, gneiss, talcschistes et micaschistes d'Alger, paraissant tous se rattacher à une époque géologique très ancienne, les calcaires bleus alternant avec ces roches doivent nécessairement appartenir au même âge. Il est vrai que tant qu'on ne sera pas parvenu à découvrir des fossiles, ce qui malheureusement n'a pas eu lieu jusqu'à aujourd'hui, il sera difficile de préciser la place de ces calcaires dans la série des terrains paléozoïques. Au reste, plusieurs variétés des calcaires bleus foncés m'ont vivement rappelé les calcaires dévoniens du Bosphore, et j'eusse été bien heureux si les calcaires algériens m'avaient fourni une trace quelconque des richesses paléontologiques qu'il m'a été donné de découvrir dans ceux du célèbre détroit \
En tout cas, je me réserve de revenir plus d'une fois sur l'intéressante question des roches anciennes de l'Algérie.
1. Voy. ma Paléontologie de l'Asie Mineure, ainsi que le Bosphore et Constantinople.
LETTRE VI
Musée national. — Sa collection d'ossements fossiles et de spécimens de troncs d'arbres algériens remarquables par leurs dimensions. — La Kasba. — Édjfices^divers qui la composent. — .Notre-Dame d'Afrique. — Physionomie orientale de cette église. — £é£Êmonies religieuse^ qui y sont pratiquées les Dimanches, en faveur des navigateurs. — Caractère émouvant de ces cérémonies. — Édifices destinés à la demeure de l'archevêque d'Alger et au séminaire pour les jeunes orphelins arabes. — Roule pittoresque qui conduit d'Alger à Notre-Dame d'Afrique. — Fùto deaaéo po> logou^ vernaur générât -dans son. Pa&i* dluver. — Coup d'oeil pittoresque et original que présentait cette réunion.
Alger, le 30 Janvier 1878*
Depuis ma dernière lettre du 12 décembre, dans laquelle je vous rendais compte de ma première excursion dans les environs d'Alger, notre beau ciel s'est un peu assombri et je m'étais décidé à attendre, pour continuer mes courses, le moment où il aurait repris son éclat habituel, en consacrant ces quelques jours de repos à l'examen de l'intérieur de la ville. En Europe, le voyageur ne fait guère attention à un peu de pluie ou de vent et, armé de son parapluie et de son makintosb, ne croit pas devoir pour cela modifier son programme, sachant bien qu'il serait obligé d'y renoncer, s'il fallait toujours contempler la contrée éclairée par le soleil; mais ici on devient plus exigeant; on ne veut voir la nature que revêtue de ses habits de fête et, comme elle ne se fait pas prier longtemps, on éprouve le besoin de lui consacrer tous ses moments et de rester dans l'enceinte des villes seulement lorsque quelques nuages obscurcissent le ciel.
Je n'ai donc pas été fâché de trouver un prétexte pour étu-
lOi) ALliÉlilE.
ilier un peu l'intérieur d'Alger et prendre ma part de quelques divertissements sociaux; aussi vous parlerai-je aujourd'hui de ce que j'ai vu intra muros ou à peu près, notamment du musée national, de la Kasba (ancien palais du Bey), des mosquées, de l'église de Notre-Dame d'Afrique et de la fête donnée par le gouverneur général.
Le musée national, bien que peu avantageusement situé sur le port même, ne manque pas d'intérêt, puisqu'il offre une espècede répertoire des principaux produits algériens, tant naturels qu'industriels. Les objets sont disposés avec ordre et d'une manière à se prêter aisément à l'examen. Ils occupent cinq salons dont quelques-uns assez spacieux. La faune de l'Algérie y est représentée par quelques beaux spécimens, notamment la faune malacologique formant; une collection passablement complète ; les espèces déterminées par M. Joly, jeune naturaliste plein d'avenir que j'ai eu le plaisir de voir à Alger, sont méthodiquement rangées, chaque espèce est collée sur un carton, et porte une étiquette. La faune fossile est moins riche, mais ne manque pas d'exemplaires fort intéressants, aunombre desquels figurent les restes de deux bœufs : l'un n'est représenté que par le crâne, muni de la partie basilaire d'une seule corne; le musée possède une photographie de ce crâne dont j'ai Tait faire une copie; il a été trouvé à Rouïba, à 25 kilomètres à l'est d'Alger, dans la plaine de la Mitidja ; l'autre espèce de bœuf (Dos antiquus ? Bos primigeniusl) n'est pas complètement fossilisé, car les os sont conservés sans substitution d'aucune substance minérale; ils ont été retirés d'une boue tourbeuse qui revêt le lit de l'Oued-Djelfa, près du village Djelfa, situé dans le Sahara, à 330 kilomètres au sud d'Alger. Tous les ossements de celte espèce de bœuf ont été réunis de manière à fournir les éléments constitutifs du squelette ; les vertèbres, les os des pieds, les dents, etc., se trouvent exposés dans la vitrine limitrophe, la tête seule est placée en dehors et frappe tout d'abord par le contraste entre la petitesse relative de la charpente osseuse et la prodigieuse longueur des cornes. 11 est vrai, la corne gauche est brisée, mais la corne droite conserve