‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 47 sur 285 · COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE DU MUSÉE · texte numérisé non relu

COLLECTIONS D'HISTOIRE NATURELLE DU MUSÉE

tout le noyau osseux situé a l'intérieur de la corne et qui généralement ne remplit pas le tiers de la longueur de l'enveloppe extérieure. Or, ce noyau intérieur mesure, en suivant la ligne courbe qu'il décrit, une longueur de 46 centimètres, ce qui donnerait à la corne revêtue de sa gatne extérieure, une longueur de lra,38. La corne décrit uti demi-cercle en dirigeant sa pointe en dedans; il est probable que les pointes terminales des deux cornes se rapprochaient considérablement et formaien I ainsi ensemble un ovale mesurant près de 3 mètres (2m,76) de longueur. Cet énorme échafaudage était porté par une tête dont la longueur, depuis la racine des deux cornes jusqu'à l'extrémité de l'os nasal, n'est que de 34 centimètres. La longueur de la colonne vertébrale est de plus de 4 mètres; enfin, les os réunis des membres donnent à chacun de ces derniers 2 mètres de longueur. L'animal a donc dû avoir une longueur d'environ 4 mètres sur une hauteur de 2 mètres.

Les objets relatifc à l'histoire naturelle réunis dans le musée constituent une œuvre d'autant plus méritoire, qu'ils sont dûs au dévouement scientifique d'un seul individu, du commandant Loche qui, accompagné de sa femme, avait consacré plusieurs années à parcourir l'Algérie en vue de recherches zoologiques. La grande majorité des animaux qui figurent aujourd'hui dans le musée ont non seulement été recueillis mais encore préparés par ces deux infatigables naturalistes, car Mme Loche a eu une large part dans ces travaux. Après la mort du commandant Loche, sa digne compagne a été nommée directrice du Musée ; elle le surveille avec d'autant plus de zèle et d'intelligence, qu'il s'agit, pour ainsi dire, de l'héritage légué par son mari, héritage représentant non seulement une œuvre de science, mais encore de désintéressement et d'abnégation, attendu que ni M. Loche ni sa femme n'ont jamais eu d'autre rémunération que le témoignage de leur propre conscience.

Quant au règne végétal, il n'est que très imparfaitement représenté par les herbiers, mais, en revanche, le musée possède une belle collection de coupes transversales de troncs d'arbres

algériens, les plus remarquables par leur grosseur. Dans ce nombre figurent des tranches colossales de cèdre, d'eucalyptus, de pin d'Alep et de Thuya articidata, ce dernier n'ayant pas moins de 4 mètre de diamètre, proportion que cette espèce présente très rarement. Je dois également mentionner un palmier-nain de la vallée de laChiffa, provenant de la propriété de M. Yung ; ce palmier a 5m,5 de hauteur, et comme on l'avait raccourci de 3 mètres pour le placer plus convenablement, il a dû avoir plus de 9 mètres de hauteur, ce qui constitue probablement l'un des représentants les plus gigantesques de l'espèce de palmier, pour laquelle Linnée s'était trop hâté de donner le nom de nain ou d'humble (Chamœrops humilis).

Je ne vous retiendrai pas devant les produits industriels, car ils n'offrent rien de particulièrement remarquable; je me hâterai donc de vous faire quitter le musée situé dans la partie la plus basse d'Alger, pour vous conduire sur le point culminant de la ville, couronné par la Kasba.

On peut s'y rendre en voiture par une route excellente et pittoresque, ou bien à pied, ce qui est plus court mais beaucoup moins commode, car on gravit des petites rues étroites et raides, taillées en gradin, dont j'ai compté 265, et qu'il faut franchir, avant d'atteindre la hauteur que couronne IaKasba. Au reste, on construit en ce moment, un escalier vraiment monumental, qui de la place de Bresson s'élèvera par une pente commode jusqu'à la Kasba; il y a déjà 300 gradins placés et livrés à la circulation .

La Kasba, cette ancienne demeure du Bey, semblable a un nid d'aigle d'une blancheur éclatante, se dresse pittoresquement au-dessus de la ville. C'est un assemblage d'édifices de formes plus ou moins bizarres, dont le style ne rappelle guère l'époque florissante de l'architecture arabe.

Chacun de ces édifices avait une destination particulière ; les uns étaient la demeure du prince, de son harem ou des ses ministres, les autres servaient de dépôts de poudre ou d'armes, de cachots pour les condamnés ou d'habitations pour les chrétiens captifs amenés par les pirates. La ci-devant mosquée qui

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fait également partie de ce groupe d'édifices est assez vaste et ne compte pas moins de trente-quatre colonnes en marbre blanc, toutes tordues en spirale et réunies par deux ou par quatre. Une galerie en bois fait le tour de l'enceinte intérieure; les grilles des fenêtres ainsi que les portes de la mosquée sont d'un assez beau travail.

L'ancienne habitation du bey est un bâtiment carré, au milieu duquel se trouve la cour intérieure. L'édifice consiste en deux étages, dont le supérieur est bordé d'une galerie en bois d'où l'on voit s'élever un petit kiosque, également en bois, de construction mesquine. C'est dans ce kiosque qu'a été donné le fameux coup d'éventail qui a valu à la France une magnifique colonie. Les pièces assez nombreuses composant l'étage supérieur sont petites, tant celles destinées au Bey qu'à sa femme favorite, dont la chambre se trouve tout à côté de la cuisine, ce qui a dû imposer à la princesse une consommation de parfums et de fumigations odoriférantes, plus forte encore que celle pratiquées ordinairement dans les boudoirs des dames orientales.

Les murs de toutes les chambres sont plus ou moins revêtus de beaux magnolica ou briques émaillées, à dessins divers; mais ce qui donne à ces ornements un caractère bizarre, tranchant fortement avec le style oriental, c'est que la plupart de ces élégantes plaques sont de fabrication européenne, surtout hollandaise, rappelant quelquefois le beau travail de Delf ; d'ailleurs, la provenance est parfaitement indiquée par les paysages et les marines représentées par ces dessins, tous se rapportant à l'Europe en général et à la Hollande en particulier.

L'habitation destinée aux captifs chrétiens donne une triste idée de la manière dont ces malheureux y étaient entassés. Mais les sujets de Sa Hautesse ne semblent pas avoir été mieux traités, car le cachot où se trouvaient détenus ceux qui avaient été condamnés par les tribunaux ou par les ordres du prince, sont de hideuses cavernes dont les murs en pierre laissaient suinter une abondante humidité. Tout à côté du cachot, on voit le mur pourvu de crochets auxquels on suspendait le corps des

décapités; la tête ayant été tranchée sur l'un des deux bancs en pierre placés près d'une fontaiue, non loin du cachot et de la maison des captifs chrétiens, comme si on avait eu l'intention de rappeler constamment à ces derniers le sort qui les attendait, avertissement que sans doute ils accueillaient avec satisfaction comme le term e de leurs souffrances.

La Kasba est bien pourvue d'eau, fournie non seulement par une grande citerue souterraine, mais encore par les fontaines alimentées à l'aide de l'eau des acqueducs qui la puisent à El-Biar.

Sous le rapport militaire la Kasba n'a plus aucune importance, malgré sa position dominante, et il n'est guère probable qu'on la comprenne jamais dans le système des points stratégiques dont Alger est suffisamment pourvu, et qui mettent la ville à l'abri, non seulement d'un coup de main, mais encore d'une attaque prolongée et conduite selon tous les principes de l'art.

La vue, du haut des plates-formes dont les édifices de la Kasba sont pourvus, est magnifique, surtout du haut de l'édifice qui servait d'habitation au Bey : c'est une vaste esplanade construite en dalles solides et entourée d'une balustrade, non en fer ou en marbre comme on aurait dû s'y attendre, mais simplement en bois peint. Au reste, cette singulière alliance de la splendeur et de la mesquinerie constitue l'un des traits les plus caractéristiques pour l'Orient en général.

Tout l'intérieur de la Kasba est converti aujourd'hui en caserne. Au moment de ma visite (17 janvier), le nombre des militaires, exclusivement artilleurs, qui y étaient établis, pouvait être évaluédecinqàsixcents, chiffre peu considérable pour l'enceinte des nombreux édifices dont la Kasba est composée ; aussi l'aménagement est fort commode et ne laisse rien à désirer sous le rapport de Taérage et du confort ; seulement, je fus étonné de l'absence d'un réfectoire pour les soldats, et comme je traversai leurs chambres à coucher, précisément à l'heure du dîner, je les vis prendre leur repas, assis pêle-mêle sur leurs lits ou accroupis dans un coin et tenant chacun à la main les rations

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