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NOTRE-DAME D'AFRIQUE

fournit aux assistants de cette touchante cérémonie plus d'une veuve pleurant son mari naufragé, plus d'une mère entourée de ses enfants, attendant avec anxiété le retour du vaisseau qui avait emporté toutes leurs affections et toutes leurs espérances.

Ces sympathies pour les souffrances des navigateurs dont Notre-Dame d'Afrique s'est constituée le nohle interprète, se trouvent symbolisées par la figure de cinqpetitsvaisseauxsculptés sur bois et appliqués au mur de l'alcove qui renferme Tautel. Mais il y a d'autres souffrances encore, dont le souvenir est représenté à l'aide d'ex-voto dont les murs intérieurs de l'église sont recouverts : ce sont autant d'objets commémoratifs, déposés par les malades convaincus d'avoir obtenu leur guérison, grâce à l'intercession de la sainte Vierge de Notre- Dame d'Afrique.

Ces naïves manifestations ont quelque chose du caractère païen et se produisent souvent sous les formes les plus bizarres, car on voit suspendues au mur les figures en bois ou en plâtre, de presque toutes les parties du corps humain, frappées par l'affection dont les pieux malades croient avoir été si miraculeusement délivrés.

L'habit porté par les frères desservant l'église, ajoute un Irait de plus au caractère oriental si profondément empreint par l'architecture extérieure du temple; ici, la soutane est remplacée par le burnous blanc, en sorte qu'à une certaine distance ces religieux barbus et coiffés du fez rouge pourraient être pris pour des Arabes. L'illusion devient complète, lorsque les frères sont envoyés en mission au milieu des tribus, parce qu'alors le fez turc est recouvert par le capuchon et fixé par la corde de poil de chameau. Les prêtres qui desservent l'église de Notre- Dame d'Afrique sortent tous des séminaires de la Maison- Carrée ou de Koubba, où ils portent le costume arabe et apprennent parfaitement la langue du pays.

A peu de distance de Notre-Dame d'Afrique, on voit un assez vaste édifice, au milieu duquel se dresse le clocher de l'église ; cet édifice renferme la demeure de l'archevêque d'Alger et le se-

minaire destiné aux jeunes orphelins arabes voués à la carrière cléricale; ils étaient au moment de notre visite (17 février), au nombre de vingt, parmi lesquels quelques jeunes indigènes que l'archevêque d'Alger avait fait acheter dans le désert, où les parents, poussés par la misère, cèdent volontiers leurs enfants aux frères dont ils connaissent et apprécient l'active et efficace charité. Parmi les enfants recueillis ainsi, on en envoie beaucoup en France, où ils sont élevés dans plusieurs établissements catholiques et où, en ce moment, leur nombre dépasse le chiffre de six cents.

La route qui conduit de l'enceinte intérieure d'Alger h Notre-Dame d'Afrique est fort pittoresque ; elle s'élève souvent assez brusquement, le long de l'une des saillies par lesquelles le montBouzarease termine à l'est vers la côte, en se rattachant aux diverses hauteurs qui bordent celte dernière entre Alger et Saint-Eugène. Pendant toute Tannée, ces coteaux conservent leur fraîcheur ; aussi cette route est bordée de massifs de verdure, composés soit de végétaux arborescents, pour la plupart toujours verts, soit de nombreuses espèces herbacées, parmi lesquelles la pittoresque férule (F&rula communis), venait d'entrer en floraison, et élevait au milieu d'un épais tapis végétal ses hampes vigoureuses, chargées d'ombelles jaunâtres.

Après vous avoir conduit du Musée à la Kasba, de là aux mosquées, et ensuite par une rampe assez abrupte à Notre- Dame d'Afrique, j'ai lieu de croire que tant de montées et de descentes ont dû vous fatiguer, je m'empresse en conséquence de vous offrir un lieu d'agréable repos, dans le palais d'hiver du gouverneur général, et je choisis à dessein le moment (29 décembre) où cette délicieuse habitation est magnifiquement illuminée et retentit du son de la musique qui met en mouvement de nombreux danseurs.

Il serait difficile de s'imaginer quelque chose de plus original que tous ces salons à murs polis, d'une blancheur éblouissante, où les lustres, les becs de gaz, les candélabres et les lanternes orientales, se reflétaient comme dans une glace et

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