CARRIÈRES DES ENVIRONS D'ALGER
flancs de Tune des hauteurs boisées de cette partie du massif de Mustapha, une vaste carrière où l'on exploite les calcaires et les grès stratifiés en couchés puissantes, généralement horizontales; souvent les calcaires deviennent très sableux et alternent avec un conglomérat à grains plus ou moins fin, rappelant certaines molasses suisses. En avançant vers la terrasse supérieure du Jardin, les dénudations deviennent très fréquentes et présentent des dépôts argileux et marneux renfermant beaucoup de peignes à test assez bien conservé, mais tellement soudés aux argiles qu'il est presque impossible de détacher un exemplaire déterminable. Dans quelques blocs de grès compactes, j'ai observé des moules de corps cylindriques rappelant des fucoïdes.
Des dépôts semblables, diversement colorés (jaunes, brunrougeâtres ou parfaitement blancs) continuent à composer les terrasses du Jardin d'essai. Parmi les fragments divers dont lous ces dépôts sont chamarrés, dominent les fragments de quartz; ceux du calcaire bleu foncé sont moius fréquents.
Lorsqu 'après être descendu des terrasses du Jardin d'essai, vers la partie basse de ce dernier, on traverse le quartier de Mustapha inférieur pour retourner à Alger, on voit les dépôts tertiaires susmentionnés continuer jusque près de la porte d'Isly, où ils se trouvent brusquement remplacés par le granité à texture fibreuse ou schisteuse, ayant souvent fous les caractères du gneiss et se fendant en parallélogrammes ou dalles carrées; le feldspath s'y présente en petites plaques et le mica en grains brillants, disséminés quelquefois en très grand nombre dans toute la roche, dont le quartz constitue l'élément dominant; ce dernier est tantôt blanc, tantôt bleuâtre, et forme souvent à lui seul des masses puissantes, occupant des surfaces considérables.
Le granité, tel que je l'ai observé dans les parages de la porte d'Isly, conserve à peu près la même composition et les mêmes allures sur les autres points de la grande ceinture que cette roche forme tout autour de la ville; seulement, dans beaucoup d'endroits, il alterne avec les micaschistes, talck-»
TCHIRATCREF. 8
schistes, schistes chlorités et le calcaire bleu foncé. C'est particulièrement à cause de son association avec cette dernière roche, que la formation granitique devient fort importante pour le géologue, car, ainsi que je vous l'ai déjà dit, des opinions fort diverses ont été émises sur l'âge de ces calcaires qui, par leur grande extension et leur puissance considérable, jouent dans les environs d'Alger un rôle très saillant.
Aussi m'empressai-je d'accepter la proposition de M. le Dr Bourjot, de me conduire aux carrières exploitées dans les parages du Fort de l'Empereur, près du village El-Biar, ainsi qu'entre le village Bouzaréa et Alger. Je tenais d'autant plus à examiner ces carrières, sous la direction de mon savant ami, que celui-ci les croyait très favorables à sa théorie, concernant l'âge récent de ces calcaires, tandis qu'un rapide examen depuis mon arrivée à Alger m'avait déjà suggéré l'opinion opposée.
Nous partîmes donc le 4 janvier, en sortant par la porte de Sahel et nous suivîmes la route de Koléa conduisant au Fort de l'Empereur. C'est une ancienne citadelle turque à laquelle les Européens ont toujours eu l'habitude de donner le nom de Fort de l'Empereur, en souvenir de Charles-Quint qui, d'après une tradition d'une authenticité douteuse, aurait planté sa tente en cet endroit, lors de la désastreuse expédition de 1 541 . Ce fut une quarantaine d'années après cette expédition, que Hassan ben Kheied-din y construisit une tour en pierre, plus tard entourée d'un bastion et qui devint le centre d'une forteresse assez étendue. Lorsque, en 1830, elle fut bombardée par les Français, les Turcs, en se retirant, en firent sauter une partie, mais l'ancien édifice ne tarda pas à être rétabli, plutôt comme un pittoresque monument du passé que comme une construction militaire d'une utilité quelconque.
Une partie du Fort de l'Empereur est située sur le talkschiste qui nous accompagna depuis la porte de Sahel, tandis qu'une autre partie de l'édifice repose sur le granit, sans que j'aie pu découvrir les relations entre ces deux roches, tellement elles paraissent passer insensiblement l'une à l'autre. A