‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 53 sur 285 · LE BOIS DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

LE BOIS DE BOULOGNE

châtre; aussi ces gracieuses momies végétales sont-elles connues à Alger sous le nom de dentelles de Sahara, et les étrangers qui visitent le mont Bouzaréa ne manquent jamais d'en emporter un échantillon.

La roche composant le mont Bouzaréa est un gneiss ou un granité fibreux tellement quartzeux, que souvent la roche tout entière est réduite à d'énormes masses de quartz bleuâtre ou blanchâtre.

Nous descendîmes de la montagne pour retourner au village de Bouzaréa et gravir de là la hauteur qui constitue le point culminant du massif bouzaréen, désigné par le nom de Vigie, à cause d'une petite maison en pierre dont le sommet est couronné; son altitude étantde près de 500mètres(480 mètres). À cette hauteur je fus déjà à même d'apprécier la diminution de la température, relativement au village de Bouzaréa ; en effet, tandis que dans ce dernier, à 3 heures p. m., le thermomètre marquait 40 degrés, il avait baissé à la Vigie à 9°,6; or, comme la montée n'avait duré qu'un quart d'heure environ, la différence d'altitude entre la Vigie et le village ne dépasse probablement pas une centaine de mètres.

Sur la hauteur de la Vigie, les gneiss et le granité fibreux deviennent quelquefois tellement ferrugineux, qu'on peut en détacher des morceaux très lourds d'oxyde de fer.

La montagne est peu boisée, mais revêtue d'un beau tapis végétal; j'y ai observé parmi beaucoup d'autres plantes YOphioglossum lusitanicum, fougère très rare en Algérie et que je n'avais pas été dans le cas d'y voir ailleurs.

Je retournai à Alger par El-Biar, et je passai à côté de la carrière de Bel-Oued déjà examinée, lors de ma course précédente. La contrée que j'avais parcourue aujourd'hui (comprise entre Alger, El-Biar, Bouzaréa et la cité Bugeaud) représente une bande étroite d'environ 15 kilomètres de longueur; j'indique à dessein l'étendue du pays traversé par moi, afin de mieux faire apprécier la richesse de la végétation dont elle est revêtue. Or, sur cet espace peu considérable, j'ai pu enregistrer 49 espèces en fleur, 9 en fructification et 57 en

120 ALGÉIHE.

végétation 4. En voyant toutes les plantes en végétation, c'està-dire celles sans fleurs ni fruits, offrir néanmoins un feuilage parfaitement intact, on pourra se former une idée de la splendeur de ce tableau végétal, animé par les teintes diverses de 146 espèces observées, comme je l'ai dit, sur une ligne seulement de 15 kilomètres. Parmi les teintes dont sont colorées les plantes en fleur, le jaune et le blanc dominent, à cause de l'innombrable quantité de Calendula arvensis, Bellis annua, Anthémis fuscata et Clypeola maritima; en sorte qu'on voit de vastes espaces tantôt dorés, tantôt argentés, tandis que là où des plantes en fleurs ne dominent pas, le tapis végétal emprunte son émeraude éclatante à une foule de larges feuilles, souveut gracieusement réticulées ou marbrées, telles que celles des Silybum maritimum, Galactites tomentosa, Acanthus mollis. Cyclamen africanum^ Lavatera cretica, Malva nicœensis9 Arum maculatumy etc. Avec une telle végétation au cœur de l'hiver (20 jauvier) on se croirait en plein été; mais d'un été qui, loiu d'avoir épuisé toutes ses richesses, y ajoute sans cesse de nouveaux trésors.

C'est un fait que j'ai pu constater en visitant, le 40 février, la partie occidentale du Mustapha supérieur, dont j'avais déjà exploré la partie orientale plus d'un mois (le 30 décembre) auparavant, ainsi que je vous l'ai raconté dans ma lettre en date du 15 janvier.

J'abordai cette fois les hauteurs du Mustapha supérieur par l'endroit où se trouve la colonne Varol, ce qui me conduisit au beau taillis qualifié de Bois de Boulogne. Après l'avoir traversé, je parcourus une contrée montagneuse, animée par de pittoresques villas, appartenant soit à des Français, soit à des Anglais; quelques-unes de ces charmanteshabitations, se trouvaient à côté de la route que je suivis, telles que les villas Duhem, Olivage, Herouff, Herpiu, Keitb, Mestaginet, etc.; puis, je montai au cimetière européen et descendis de là, dans la vallée

I . Voy. Pièces justificatives III, contenant la liste des principales plantes obsenréos dans celte excursion.

Page 1