CONSTITUTION GÉOLOGIQUE DE LA CONTRÉE
Une partie du terrain du cimetière a été achetée par le gouvernement anglais, pour servir de sépulture aux sujets britanniques.
La végétation de la contrée que j'avais parcourue (depuis la colonne Varol, jusqu'au cimetière européen) m'avait fourni 185 espèces spontanées (à l'exclusion des arbres cultivés du Bois de Boulogne et de ceux plantés au cimetière), dont 56 en fleur; ce qui sans doute représente une riche flore, quand on considère que ces plantes ont été constatées sur une ligne seulement d'environ 40 kilomètres de longueur1. De plus, ce chiffre prouve le rapide développement de la végétation, puisque l'excursion faite au mont Bouzaréa le 20 janvier ne m'avait fourni que 145 plantes, ce qui donne 90 espèces en plus développées en vingt jours ; et cependant les deux excursions eurent à peu près la même extension (celle du 20 janvier embrassant une ligne de 45 kilomètres, et celle du 40 février, 40 kilomètres), et les deux régions sont placées dans les mêmes conditions climatériques ; elles diffèrent l'une de l'autre par leur âge géologique, condition ne pouvant exercer une influence appréciable sur la marche de la végétation.
Or, la contrée que je venais de parcourir est composée de dépôts tertiaires, probablement pliocènes, consistant le plus souvent en grès grossiers et contenant beaucoup de fragments de quartz blanc; la roche est criblée de coquilles, particulièrement d'espèces bivalves, toutes plus ou moins cassées ou triturées. Sur plusieurs points, les grès tertiaires sont recouverts par des dépôts assez puissants (sans doute diluviens) d'argiles et sables rouges; ces dépôts constituent le sol du cimetière, ainsi que j'ai pu m'en assurer en examinant plusieurs fosses creusées pour recevoir des cercueils.
L'excursion dont je viens de vous rendre compte a été suivie de près par une autre beaucoup plus étendue, celle à Sidi-Ferruch, dont je ne tarderai pas à vous parler.
1 . Voy. Pièces justificatives, IV, contenant la liste des plantes principales observées sur cet espace.
LETTRE VIII
Cap de Sidi-Ferruch. — Sa constitution géologique et sa végétation. — Husseyn Dey.
— Plage où débarqua Charles-Quint. — La Maison Carrée. — Belles plantations d'eucalyptus de MM. Cordier et Trottier. — Gué de Constantiuc. — Plaine de la Mitidja. — Métamorphose subie par cette plaine depuis que je l'avais visitée il y a trente ans. — Sa végétation. — Koubba. — Charagas. — Couvent des Trappistes.
— Intérêt géologique offert par les carrières situées à peu de distance du couvent.
— Dolmens des Beni-Messous. — Importance de ces monuments préhistoriques.
Alger, le 20 mars 1878.
Depuis ma dernière lettre, mes excursions dans les environs d'Alger se sont succédé rapidement. Je ne vous parlerai que des plus importantes, notamment de celles au cap de Sidi- Ferruch, aux plantations d'eucalyptus de MM. Cordier et Trottier, à la plaine de la Mitidja, et enfin au couvent des Trappistes.
Le 44 février je partis pour le cap de Sidi-Ferruch, malgré une chaleur étouffante qui faisait monter le thermomètre, au soleil, à 42 degrés et à l'ombre à 26 degrés; et comme pendant presque dix heures j'avais à marcher constamment en plein soleil, il fallait l'accepter sans le moindre abri. Il est vrai, en remettant mon excursion au lendemain, j'eusse pu l'accomplir dans de meilleures conditions, car le vent de sud, sauta subitement au nord-ouest, mouvement qui donna lieu à un changement de température tellement brusque (assez rare à Alger), qu'elle ne fui que de 24 degrés au soleil et de 48 à l'ombre, ce qui dans le premier cas fait une différence de 21 degrés et dans le deuxième de 7 degrés en vingt-quatre heures.