PITTORESQUE CAFÉ DU CAP PESCADE
Je suivis jusqu'à Guyotville la même route que j'avais déjà faite pour aller au cap Caxine1 , en longeant cette magnifique côte découpée en baies pittoresques et bordée de montagnes à contours variés et à brillante végétation.
Entre Saint-Eugène et le cap Pescade,on voit les flancs de ces montagnes revêtues de dépôts très puissants de sables rouges, argiles et conglomérats, reposant sur les schistes et les calcaires foncés et détendant avec ces derniers jusqu'à la mer; ces dépôts sont horizontalement stratifiés ou légèrement inclinés au nord-ouest. J'y ai observé quelques fragments de Pecten à faciès d'espèces vivantes, et il est probable que ces dépôts sont très récents et d'origine marine; je n'ai pu découvrir leur relation avec les dépôts à hélices observés entre le cap Caxine et Sidi-Ferruch, comme je le dirai plus tard; il y a toute apparence cependant que les uns et les autres sont contemporains.
Je m'arrêtai pour déjeuner au café établi près du cap Pescade. C'est le rendez-vous favori des habitants d'Alger et surtout des étrangers, comme le sont à Paris les cafés des Champs- Elysées et du bois de Boulogne; sans doute, infiniment plus élégants et mieux servis, mais n'étant auprès du modeste café algérien qu'un palais au milieu des frimas du Nord, comparé à une hutte de palmier éclairée par le ciel tropical. Le café de Pescade consiste en un certain nombre de petits kiosques grillés et revêtus de plantes grimpantes; là, sur des tables rustiques, on sert un excellent café ou des huttres (à la vérité très inférieures à nos huîtres d'Europe), tandis que le regard se repose avec délices sur la surface scintillante de la mer, au bord de laquelle s'élèvent les ruines d'un fort arabe, servant jadis de vigie pour surprendre les vaisseaux qui, de gré ou forcés par les vents, entraient dans l'une des nombreuses criques de cette côte si profondément dentelée, et que les canons du fort dominaient pour la plupart. Aujourd'hui cet ancien repaire de brigands n'est qu'un pittoresque ornement du littoral. On monte très aisément au fort ruiné, par un sentier