Voy. Lettre V, p
serpentant au milieu de buissons d'Arroches (Atriplex halimus) qui bordent la majeure partie du littoral, tandis que le gazon était coloré en violet et en jaune par le Mathiola tricuspidata et YAnthericum bicolor; la gracieuse crucifère surtout produisait un effet charmant : les fleurs d'un violet tendre, exhalant un parfum suave, étaient accompagnées de leurs siliques terminées par un stigmate cruciforme, en sorte que ces sveltes croix se dressaient partout comme autant de microscopiques monuments sépulcraux.
Après être descendu du pittoresque café de Pescade, je continuai ma route vers Guyotville. Avant d'arriver au cap Caxiue, j'observai sur les flancs des montagnes qui forment le bord méridional de la route un grès plus ou moins concrétionné, rempli d'hélices fossiles en excellent état de conservation, de manière qu'on peut y distinguer deux espèces : YHelix explanata et Y H. lineata, espèces identiques avec celles qui vivent aujourd'hui tout le long de la côte. Ces grès horizontalement stratifiés reposent très distinctement, soit sur les calcaires foncés, soit sur les micaschistes ou le gneiss fibreux. Entre autres localités, cette superposition se voit à cinq kilomètres à l'ouest du cap Caxine, où les rochers du calcaire foncé, plongeant d'une manière abrupte dans la mer, sont revêtus d'un manteau de grès à hélices. Il est évident que les grès, de même que les calcaires sur lesquels reposent les premiers, doivent continuer sous la surface de la mer, ce qui ferait supposer que cette partie du littoral a été émergée à une époque très récente, c'est-à-dire après la formation des grès à hélices.
La puissance du grès à hélices offre des variations remarquablement brusques : ainsi, au bas de la côte sur laquelle se trouve Guyotville, on voit une ancienne carrière (probablement romaine) où ce grès, a une épaisseur d'environ 45 mètres» tandis qu'il n'en a pas plus de 2 4/2 à peu de distance à l'ouest de Guyotville, comme j'ai pu le constater en visitant un puits qu'on venait de percer dans ces parages, et dont les parois intérieures font voir le grès réduit à une mince couche, reposant directement sur le micaschiste.
SIDI-FERRUCH. 127
En s'avançant vers Staouli, on aperçoit plusieurs vignobles qui donnent un vin rouge 1res estimé dans le pays et qui est également fourni par les Trappistes, auxquels appartient une bonne partie du plateau. Leur couvent est à peu de distance de Guyotville, et je vous en parlerai plus tard, car il a été pour moi l'objet d'une excursion particulière; cette fois-ci nous le laissâmes à notre gauche et nous nous dirigeâmes sur Sidi- Ferruch. À mesure que nous en approchions, la contrée devenait de plus en plus boisée, en se revêtant .de taillis de pins d'Àlep, de buissons d'arbousiers (Arbutus unedo), de bruyères (Erica arborea), et de trois espèces de cistes, toutes en fleur (Cistus monspeliensis , salvifolius et heterophyllus).
Le plateau de Sidi-Ferruch est composé de granité fibreux, de micaschiste et de talaschiste ; le granité rappelle beaucoup celui de Mustapha supérieur près de la porte d'Isly '; dans ses parties inférieures il passe à un talcschiste tellement friable qu'il se laisse écraser et pétrir. Par sa teinte foncée cette roche se détache d'une manière tranchée du granité fibreux qui est de teinte blanchâtre, et se trouve ainsi bordé en bas par une bande noire, semblant reposer sur le talcschiste; cependant, à l'exception des teintes, on n'aperçoit aucune ligne de démarcation de nature à faire admettre deux roches à stratification concordante; elles passent si insensiblement de l'une à l'autre qu'il n'en résulte qu'un seul ensemble. Toutes ces roches, avec leurs nuances et modifications locales, forment des caps sourcilleux dont la côte se trouve hérissée ; celle-ci se termine vers la mer par des plages plus ou moins étendues, et puis se renfle en plateaux ondulés où, sur plusieurs points, on aperçoit des restes de fondations d'édifices, probablement romains, autour desquels sont répandues çà et là des fragments de poteries anciennes. Je recueillis sur la plage les coquilles de plusieurs espèces vivantes, assez communes le long des côtes du bassin méditerranéen, surtout en Sicile, telles que : Hélix