LA MAISON CARRÉE
naires arabes. Les Frères de cette congrégation religieuse portent le costume arabe, parlent la langue du pays et peuvent ainsi entreprendre avec succès la tâche difficile de répandre le christianisme dans les contrées musulmanes de race arabe. Cet établissement fait pendant à ceux situés dans les villages Koubba et Maison Carrée, où Mgr Lavigerie a élevé de semblables monuments, assurant à sa mémoire une place éminente dans l'histoire de la civilisation algérienne, accomplie à l'aide de la charité chrétienne.
On traverse le Harrach par un pont en pierre de construction turque ; cette petite rivière a des rives plates et sablonneuses ; son lit profond contenait peu d'eau, bien que l'hiver ait été remarquablement pluvieux, puisque pendant les trois mois de décembre, janvier et février, il était tombé envion 750 millimètres d'eau, quantité ne différant pas beaucoup de la moyenne pluviométrique annuelle.
Après avoir traversé le Harrach on entre dans la Mitidja proprement dite; cependant on a encore à franchir quelques collines dont on voit une série, à l'est de l'embouchure du Harrach, longer la côte à une certaine distance du sudouest au nord-est. Ces collines, comme celles qui s'élèvent autour de la Maison Carrée, sont composées de calcaires et de grès, évidemment très récents (quaternaires?), horizontalement stratifiés.
Le bâtiment anciennement connu sous le nom de Maison Carrée proprement dite était une caserne turque de forme car* rée, bâtie au commencement du dix-huitième siècle pour surveiller le passage du pont de l' Harrach, d'où vientson nom arabe de Bordj-el-Kantara (fort du pont). Cette caserne fut transformée par les Français en pénitencier indigène, et devint bientôt le centre autour duquel se groupèrent des établissements de colons, on sorte qu'aujourd'hui le nom de Maison Carrée ne désigne plus un édifice isolé, mais bien un village exclusivement chrétien composé de près de 2000 habitants.
Les propriétés de MM. Cordier et Trottier se trouvent à peu de distance de la Maison Carrée. Nous nous dirigeâmes d'abord
vers colle de M. Cordier; une magnifique avenue bordée d'eucalyplus conduit dans la vaste demeure qu'il habite depuis près de quarante ans, en consacrant sa fortune, considérable, à ce genre de plantation. Aussi nulle part peut-être n'existet-il une réunion aussi riche des représentants du bel arbre australien comme dans ce splendide établissement, qui renferme plus de 12000 pieds, appartenant (selon M. Cordier) à 420 espèces, évaluation sans doute très approximative, mais qui, réduite à ses justes proportions, comprendrait probablement la grande majorité d'espèces connues d'eucalyptus, que les botanistes portent au chiffre d'environ 1501. Parmi les eucalyptus en fleur, je remarquai particulièrement : E. tetrapterus Planch., E.platypus, E. cilriodora et E. spectabilis Planch.; ce dernier portait tout à la fois fleurs et fruits; le premier justifie admirablement son nom par la forme quadrangulaire de son calice inférieur, à étamines couleur de rose.
Excepté les eucalyptus, objet principal des cultures intelligentes de M, Cordier, j'observai dans son jardin quelques espèces remarquables d'acacia, telles que les A. pyenantha, chargé de ses fleurs globulaires jaunes, A. dealbata. A. leiophylla, A. cultriformis'; ainsi que plusieurs espèces non décrites; de même j'y remarquai les Melrosideros leucodendron et Niaouli, Opuntia Kleinii; plusieurs espèces deMammilaria, les Mesembryanthemum acinifolium et atriplitifoliurri1 , Araucaria excelsaet Cookii,Wigandia caracasana* \ Hardenbergia monophylla, Myophorum tuberculatum, etc. M. Cordier m'apprit qu'il y a trente-huit ans sa propriété était presque inhabitable
1. Dans son Guide du Planteur d* Eucalyptus, Alger, 1877, M. Certeux donne une liste de 216 espèces connues d'eucalyptus, sans se dissimuler toutefois que cette liste n'a qu'un caractère provisoire.
2. En Algérie, les Mesembryanthemum spontanés sont rares et se réduisent à deux espèces : M. nodifloi'um et cristallinum; même ce dernier est limité à la province d'Oran tandis qu'il est commun à Naples.
3. Cette magnifique Borraginée arborescente est assez rare dans les jardins d'Alger, où elle fleurit cependant tout l'hiver; j'en ai vu un bel individu dans le jardin de M. le Dr Bourjot, à Saint-Eugène, ainsi que quelques pieds au Jardin d'essai.