EUCALYPTUS DE MM. CORDIER ET TROTTIER
à cause des fièvres, mais qu'aujourd'hui elle est tellement salubre qu'il y reste toute Tannée, sans souffrir des chaleurs de l'été; il attribue cet heureux changement à l'action de l'eucayptus.
Le jardin de M. Trottier, situé à peu de distance de celui de M. Cordier, est bien moins remarquable et beaucoup moins étendu que ce dernier. C'est un jardin de rapport et M. Trottier ne cultive particulièrement que les espèces qui se vendent bien (surtout F Eucalyptus g lobulus), tandis que M. Cordier s'est voué à la culture de l'eucalyptus par un sentiment de prédilection; aussi son établissement n'est nullement commercial et a plutôt un caractère scientifique. Cela n'empêche pas que tous lesdeux, aussi bien que M. Ramel et le général Favè, ontpuissammentcontribué à la diffusion de l'eucalyptus en Algérie, où, grâce à leurs efforts, cet arbre utile est cultivé sur une échelle infiniment plus large que dans un pays quelconque de l'Europe. C'est un fait mis hors de doute par les résultats fournis d'après l'enquête entreprise par les soins et sous la direction du Dr de Pietra Santa, délégué de la Société de climatologie d'Alger, qui l'avait chargé de déterminer l'importance et la valeur de l'eucalyptus cultivé dansles trois provinces de l'Algérie, au poiut de vue de l'hygiène. Or, dans les cinquante localités seulement qui ont répondu à l'appel de la Société, les plantations du gommier bleu atteignent le chiffre d'un million environ, chiffre bien inférieur à celui que Ton obtiendrait si toutes les localités de l'Algérie où cette culture se pratique avaient pu être comprises. C'est en 4866 que le gommier bleu avait été importé de laTasmanie parM. Ramel. M. de Pietra Santa cite un grandnombrede localités de l'Algérie où la plantation de l'eucalyptus a complètement fait disparaître les fièvres qui y régnaient *.
J'ai remarqué dans le jardin de M. Trottier quelques plantes intéressantes, parmi lesquelles je mentionnerai seulement le Montagnea hieracifolia, splendide Synanthérée arborescente, dont les fleurs blanches rappellent tellement celles de nos hum-
1. Voy. La Nature, Revue illustrée des science$y n° du 12 mai 1877.
bles crysanthèmes et pyrèthres herbacés, qu'on esl tout étonné de les voir briller sur les branches d'un arbre robuste.
Tant dans le jardin de M. Gordier que dans celui de M. Trottier, on voit partout XOxalis cernua, sans doute introduite à la suite des échanges faits entre ces jardins et le Jardin d'essai, où celte plante du Gap a tellement envahi le terrain qu'elle y constitue souvent un véritable embarras. Il est remarquable qu'une autre oxalis, 0. parpurea, également originaire du Cap, ne possède point les facultés de migration et de naturalisation si caractéristiques de son congénère, car XOxalis purpnrea est cultivée dans le Jardin d'essai et disparaîtrait infailliblement si elle était abandonnée à elle-même. Dans le jardin de M. Trottier, cette jolie Oxalidée formeles bordures desallées, de concert avec les Santolina tomentosa et Verbena repens.
J'avais employé presque une journée entière à une excursion aux plantations de MM. Gordier et Trotlier ; aussi, suivant mes prévisions, il m'eût été impossible d'accomplir en un seul jour cette excursion et celle que j'allais faire dans la plaine de la Mitidja.
En conséquence, le 3 mars nous nous transportâmes dans cette dernière, en passant encore une fois par Hussein-Dey et la Maison Carrée. Je traversai la plaine du nord -est-nord au sud-ouest-sud, en suivant à une certaine distance le cours du Harrach; puis je franchis ce dernier par le pont nommé Gué de Gonstantine, et je passai successivement par les villages Koubba et le Ruisseau; enfin je longeai le revers méridional du Jardin d'essai, et de là je retournai à Alger par le tramway; la ligne parcourue dans cette excursion était d'environ 40 kilomètres1.
La plaine de la Mitidja est une de ces nombreuses localités de l'Algérie qui me frappèrent par le contraste entre ce qu'elles sont aujourd'hui et ce qu'elles étaient lors de ma première visite à Alger. A cette époque, remontant à trente ans, laps de temps qui compte dans la vie de l'homme, mais n'est
1 . Voy. dans les Pièces justificatives , V, la liste des plantes principales observées sur cet espace.