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PLAINE DE LA MITIDJA

qu'un moment dans celle des nations, j'osai rarement me hasarder dans cette plaine, même avec une escorte militaire. Nous cheminions l'arme au bras en nous tenant à une distance respectueuse des tentes arabes; et quand notre marche n'était pas arrêtée par des rencontres hostiles, elle était souvent entravée par les marécages où les chevaux s'embourbaient et d'où s'exhalaient des miasmes pestilentiels. Quelle métamorphose toute la contrée a subie depuis cette époque ! Aujourd'hui, la plaine que je parcourais seul, sans armes, est sillonnée en tous sens par des routes carrossables ; au lieu de tentes nomades, on voit des villages florissants; des champs cultivés et des taillis ont remplacé les marais, les déserts déboisés; les cours d'eau, refoulés dans leur lit, sont traversés par de solides et élégants ponts en pierre.

Ce tableau, riant de civilisation et de prospérité, sorti comme par enchantement, n'exclue point le caractère champêtre, car à côté des surfaces cultivées se déploient dans la Mitidja de vastes prairies naturelles, brillantes de fraîcheur et coloriées de teintes variées, par une foule de plantes cultivées ou pouvant l'être en Europe, comme plantes ornementales, telles entre autres : le lotier rouge (Tetragonolobus purpureus), la variété pourpre de cerinthe {Cerinthe major, vdx.purpurascens), la scrofulaire à feuilles de sureau (Scrofularia sambacifolia), atteignant quelquefois 4 mètre de hauteur; Torchis à feuilles ondulées (Orchis ondulatifolia) , etc. Ces Orchidées et beaucoup d'autres espèces de la même famille étaient particulièrement abondantes dans les champs incultes, hérissés d'asphodèles, près du marabout situé non loin du Gué de Constantine; là encore le gazon était émaillé par X Anémone coronaria, et j'observai, comme parasite sur plusieurs végétaux, YOrobanche fœtida Desf., dont les belles fleurs rouges exhalent une odeur désagréable ; c'est une plante assez rare en Algérie, je ne l'ai observée qu'au milieu des asphodèles, non loin de la rive droite de l'Harrach.

Quant à l'asphodèle (Asphodelus ramosus Desf., A. rrdcrocarpas Viv.) si commun dans les environs d'Alger, il revêt tous

les champs incultes de la Mitidja, et on doit regretter que les tentatives faites pour utiliser un végétal aussi prodigieusement abondant n'aient pas eu de succès pratique, car on avait essayé d'extraire de l'alcool de ses bulbes soumises à la distillation ; mais le produit se trouvait vicié par une odeur désagréable et n'était propre tout au plus qu'à l'éclairage , ce qui a fait renoncer à cette industrie comme n'étant pas suffisamment rémunérative.

Le palmier nain avait été jadis aussi abondant que l'asphodèle dans la plaine de la Mitidja, mais il y devient de plus en plus rare, étant l'ennemi déclaré de l'agriculture, ici comme partout ailleurs ; refoulant successivement la végétation spontanée et finissant par modifier la physionomie végétale de la contrée, soit en rendant moins fréquentes certaines espèces, soit en les faisant disparaître complètement. Le même fait se reproduira également dans la plaine de la Mitidja à l'égard des plantes sauvages. Malgré la transformation qu'elle a subie par l'action de l'homme, elle conserve encore à l'état vierge des espaces assez vastes, réservés à la culture, en sorte qu'un jour viendra où, parmi les plantes spontanées qui y abondent aujourd'hui et qui m'ont fourni, pendant cette excursion, 408 espèces, dont 96 en fleur, 2 en fructification et 10 en végétation, plus d'une sera vainement cherchée par les botanistes l. D'autre part, si la culture fait disparaître quelques espèces, il lui arrive aussi d'en produire de nouvelles, importées par hasard avec les grains, les bulbes ou les plants étrangers. J'ai déjà signalé un exemple curieux fourni à Alger d'une immigration de celte nature par une espèce du Cap : YOxalis cernua; or, dans la Mitidja cet exemple est reproduit par une plante venant, non du midi de l'Afrique, mais du nord de l'Europe : c'est une espèce de Sénevé (Sinapis dissecta) complètement inconnue en Algérie il y a treize ans, mais qui a fait son apparition au milieu de plantations de lin, dont les graines avaient été tirées des provinces baltiques de la Russie,

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