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COUVENT DES TRAPPISTES

curieux de voir le rôle important joué dans la médecine des anciens par une plante figurant en Algérie au nombre des plus vulgaires, et revêtant, de concert avec les asphodèles, toutes les surfaces non cultivées. La consommation de la scille comme plante médicinale est tellement considérable chez les Arabes, qu'on les voit apporter au marché d'Alger d'énormes quantités de ces oignons qu'ils appellent Bsol~ed-dib (oignon de cheval, en désignant la plante elle-même par le nom de Faraoun), qu'on vend de 10 à 45 centimes la pièce.

Le couvent des Trappistes (Trappe de Staouli) est situé sur remplacement d'un ancien camp, voisin du lieu où se livra la bataille qui suivit de près le débarquement des Français à Sidi- Ferruch. La première pierre fut posée par l'évêque d'Alger, le 14 septembre 1843, sur un lit de boulets. Le couvent fut plus tard érigé en abbaye de Tordre des Trappistes, et le gouvernement lui concéda un vaste terrain, désert du temps des Arabes, mais aujourd'hui, grâce à l'activité laborieuse des frères, transformé en champs de céréales, en vignobles et en plantations de géraniums, dont les religieux distillent une liqueur fortement odoriférante assez recherchée en Algérie, mais qui en Europe rivaliserait difficilement avec nos parfums plus délicats et plus fins.

Le couvent est entouré d'un mur dont l'enceinte intérieure embrasse 40 hectares et constitue, avec ses annexes exté-

rieures, une véritable petite cité où sont pratiquées toutes les industries nécessaires à la satisfaction des besoins de la vie civilisée, en sorte que l'établissement possède ateliers de menuiserie, forges, boulangeries, hôpital, pharmacie, pressoirs pour la fabrication de l'huile et du vin, avec caves pour la conservation de ces deux produits, écuries et étables pour plus de cent cinquante chevaux, mulets, bœufs et vaches, etc.

L'église est petite mais gracieuse, et l'on éprouve une certaine émotion lorsqu'en y entrant on aperçoit les frères agenouillés, plongés dans un silence solennel, qui est d'ailleurs, comme on sait, l'un des règlements de l'ordre : car aucun des frères n'a droit de parler, à la seule exception de l'abbé et

de quelques frères supérieurs. Le dortoir est composé de quatrevingts cellules réunies dans une vaste salle, mais auxquelles se rattachent quelques cellules supplémentaires situées dans le second étage ; le nombre total des frères est de cent quinze. Le réfectoire contient deux longues tables sur lesquelles étaient placées les assiettes, accompagnées chacune d'une tranche de pain, fourchette, couteau, cuiller et carafe d'eau, le vin étant permis seulement pour raison de santé.

La première cour, conduisant dans l'intérieur du couvent, est ornée de beaux palmiers formant deux groupes, dont l'un constitue une seule touffe à dix troncs, se dressant au milieu d'un petit plateau entouré d'une ceinture verdoyante, composée particulièrement de Lippia repens (en feuilles), Mesembryanthemum uncinatum et Pelargonium inquinans.

La bibliothèque du couvent est assez considérable; elle compte dix mille volumes, mais je n'ai pu m'assurer si leur nombre est proportionné à leur valeur intrinsèque.

Le couvent possède deux beaux moulins, mis en mouvement par l'eau qui y est conduite à l'aide d'un aqueduc ayant plus de dix mètres de hauteur; le rouage d'un appareil à pétrir la farine fonctionne aussi par la force hydraulique.

En dehors du couvent se trouve un vaste réfectoire pour les étrangers auxquels les frères offrent l'hospitalité. Les femmes, qui ne sont pas admises dans l'intérieur du couvent, peuvent prendre part aux repas servis dans ce réfectoire, repas dont le modeste menu, limité aux poissons, œufs, fromages, légumes et fruits, est aisément complété par l'appétit des voyageurs, qui d'ailleurs ne peuvent manquer d'apprécier l'excellent vin du couvent, surtout le viu blanc.

Tout autour du couvent, le sol est composé d'une riche terre végétale, au travers de laquelle percent les calcaires et les grès tertiaires, fort heureusement faciles à étudier dans plusieurs carrières situées non loin du couvent. Je m'empressai d'autant plus à les visiter, que le frère supérieur du couvent eut la complaisance de me servir de guide. Nous nous dirigeâmes d'abord vers la carrière située à cinq cents mètres

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