‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 68 sur 285 · VÉGÉTAUX DU JARDIN D'ESSAI · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX DU JARDIN D'ESSAI

teur étonné par un nouveau chef-d'œuvre; mais je craindrais de vous fatiguer, ayant à vous conduire sur d'autres points plus remarquables encore. Les allées dont il s'agit ne sont que quelques lignes tracées à travers d'énormes massifs de plantas diverses, disséminées sur une surface d'une trentaine d'hectares. Aussitôt que vous vous enfoncez dans ces massifs, vous êtes frappé tout à la fois par le nombre de représentants des contrées les plus privilégiées de notre globe, aussi par l'énorme développement qu'ils ont acquis sur cette terre d'Afrique non moins privilégiée.

Sansdoute, parmi les végétaux du Jardin d'essai, il en est un nombre très considérable appartenant à des espèces communes, cultivées en vue de leur utilité pratique, telles que les plantes alimentaires, officinales, industrielles, etc., plantes devant nécessairement jouer un grand rôle dans un établissement comme le Jardin d'essai, qui n'est pas seulement un jardin botanique voué à la culture de végétaux scientifiquement remarquables, mais encore une entreprise commerciale destinée à fournir au public les plantes les plus propres à satisfaire aux besoins de l'alimentation, de l'industrie et même de l'ornementation. Il s'ensuit que, pour apprécier la valeur scientifique du Jardin d'essai et le comparer à nos jardins botaniques d'Europe, il faut retrancher de la masse totale des plantes cultivées, toutes celles qui ne -sont pas de nature à nous fournir une conclusion quelconque relativement à l'aptitude du sol algérien à se prêter au développement en pleine terre de certaines formes végétales exotiques, exigeant, dans la plupart de nos jardins botaniques du nord comme du midi de l'Europe, des abris artificiels.

Or, en ce moment, nous ne possédons pas sur l'évaluation numérique des plantes cultivées dans le Jardin d'essai, des données plus récentes que celles contenues dans le catalogue publié en 1869 par M. Auguste Rivière, le savant directeur de cet établissement, en sorte que, en considérant les rapides progrès que le Jardin d'essai a faits depuis les neuf années écoulées depuis cette publication, nous devons admettre que

les chiffres fournis par le catalogue ne représentent plus le bilan végétal actuel du Jardin d'essai. En conséquence, grâce à M. Charbonnier, l'habile assistant du directeur, j'ai pu réunir parmi les plantes cultivées dans cet établissement en pleine terre et à Tair libre 258 espèces, toutes originaires des contrées tropicales ou du moins très chaudes de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique, ainsi que des divers archipels de ces zones. Je me contenterai de signaler ici seulement un très petit nombre de ces espèces qui, dans le Jardin d'essai, acquièrent un développement souvent aussi considérable que dans leur pays natal, situé à des dizaines de degrés au sud de l'Algérie.

JubjEà spectabilis. — Palmier originaire du Chili, qui, dans nos serres chaudes de l'Europe, végète avec une lenteur désespérante, mais acquiert au Jardin d'essai, en quelques années seulement et en pleine terre, une vigueur vraiment prodigieuse. L'arbre magnifique qu'on y admire avait été planté dans une partie du Jardin prise au hasard, il y a environ seize années : il n'avait alors que 7 à 8 centimètres de circonférence; aujourd'hui il en a 3B,6 et atteint 6 mètres de hauteur, ce qui donnerait une augmentation de circonférence de plus de 18 centimètres par an.

Yucca canaliculata. — D'une hauteur de 10 mètres et de 8 mètres de circonférence. Ne pouvant plus conserver sa position verticale, la hampe, surmontée d'ailleurs d'une épaisse couronne feuillaire, se trouve fortement inclinée.

Oreodoxa régi a, dont le tronc est une énorme colonne à surface lisse, renflée au milieu, verte en haut et blanche en bas; ce tronc a une circonférence de 2m,10 et une hauteur de 12 mètres.

Cartota excelsa, couronné par un gigantesque bourgeon terminal se dressant comme un pieu incliné.

A l'époque (le 20 mars) où j'admirai ce bel arbre si plein de vie, je pouvais étudier le curieux développement des fleurs du Caryota urens (placé à côté de son congénère), végétal éminemment dichogamique, c'est-à-dire dont les fleurs mâles ne

Page 1