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CLIMAT DU FORT NATIONAL

Les environs du fort abondent en sangliers, et les officiers de la garnison en tuent chaque année plus d'un millier; les panthères n'y sont pas rares et leur chair est recherchée comme un rôt excellent. Cependant les ravages causés par ces carnassiers sont assez sérieux, pour que le gouvernement ait cru devoir favoriser leur destruction, en accordant des primes : 60 francs pour chaque lion ou panthère tués, et 5 francs pour un sanglier. On parvient quelquefois à prendre vivants de jeunes panthères, qu'on garde dans les maisons tant qu'elles n'ont pas atteint l'âge d'un an, parce que leurs instincts féroces se. réveillent alors malgré tous les efforts tentés pour les atténuer par la domesticité. Le commandant du Fort National possédait un animal de cette espèce, pour servir d'amusement à sa jeune fille ; il avait seulement quelques semaines et rôdait très gracieusement dans les chambres, en faisant entendre de temps à autre des grognements qui n'avaient rien d'alarmant, et n'empêchaient pas Mile Cary de le colporter dans ses bras, ou de le faire jouer sur ses genoux comme un petit chat. Il ne pouvait encore prendre d'autre aliment que du lait, et ses repas étaient un véritable objet de curiosité, parce qu'on lui avait donné pour nourrice une chèvre, qui éprouvait tant de terreur à l'approche de cet hôte insolite, qu'il fallait chaque fois la renverser de force et la tenir dans une attitude permettant au jeune intrus de s'emparer de ses mamelles. Quelques mois plus tard, la pauvre nourrice serait probablement mise en pièces par son ingrat nourrisson; aussi le commandant Cary n'était-il nullement disposé à garder trop longtemps dans sa maison ce joujou dangereux, et il l'offrit à ma femme qui l'affectionnait beaucoup, offre que, pour ma part, je m'empressai de décliner. C'eût été pour nous un compagnon de voyage incommode et bien plus embarrassant encore dans notre maison à Florence, où un tel hôte ne l'eût pas rendue très populaire auprès de la société toscane.

11 faisait encore passablement froid au Fort National, où les hivers sont rigoureux et la neige abondante. Cependant à une centaine de mètres au-dessous du fort, dont l'altitude est de

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961 mètres, les vallées abritées jouissent d'un climat assez doux, pour permettre aux Kabyles d'y cultiver l'oranger et d'en obtenir de bons fruits. Quant au Fort National môme, voici quelques données météorologiques telles qu'elles résultent de deux années d'observations (1864-1866) publiées par MM. Haneteau et Letourneux dans leur bel ouvrage sur la Kabylie l : moyenne annuelle 15,1; moyenne estivale 23,5; moyenne hivernale 7,9; moyenne printanière 12,9; moyenne automnale 16,9; mois le plus chaud, août (moy. 25,9); mois le plus froid, janvier (moy. 0,8). L'amplitude moyenue entre les maxima et les minima, dans les vingt-quatre heures, 13,3; maximum thermométrique en juillet et août, 36,8 et 37. Minimum en janvier, février et mars, descendant fort rarement de plus de 3 degrés au-dessous du zéro. Nombre de jours de pluie et de neige pendant l'année : 101 de pluie et 17 de neige; moyenne annuelle de la quantité de pluie tombée, lu,12; mois le plus pluvieux : février (ISô""»,!)); mois le plus sec : août (3 millim.). Vent dominant, W.N. W.; le plus rare W. S.W. se présentant seulement en janvier.

1a garnison du Fort -National ne comptait, à l'époque de notre visite, qu'environ 1500 hommes, ce qui est parfaitement suffisant dans l'état d'impuissance où se trouvent les Kabyles depuis leurs dernières accablantes défaites. Le massif montagneux, soumis à la juridiction du commandant du fort, contient une population kabyle assez considérable pour que, en cas de besoin urgent, elle puisse fournir environ 30000 combattants.

À une certains distance, le Kabyle ne se distingue guère de l'Arabe : môme burnous blanc, mêmes souliers (quand il en a), mêmes altitude et démarche. Cependant, indépendamment de la disparité des langues (celle des Kabyles étant différente de l'arabe, langue qu'au reste ils entendent tous et qu'ils finiront sans doute par adopter exclusivement), le Kabyle et l'Arabe, vus de près, offrent des dissemblances notables.

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