CLIMAT DU FORT NATIONAL
Ainsi, les Kabyles ont souvent la barbe et les cheveux blonds ou roux, quoiqu'on ne puisse juger de la couleur de ces derniers que chez les femmes et les enfants, parce que les hommes se rasent la tète, qu'ils recouvrent presque toujours d'une calotte en cuir noir, rarement du fez rouge. Quelques-uns parmi eux portent le pantalon et s'abritent contre le soleil par un chapeau de paille grossière en forme d'une véritable tour conique, plantée au milieu d'énormes bords rabattus. Les femmes ne se voilent pas le visage, ce qui ne profite guère à ceux qui les voient, car il en est bien peu de jolies parmi elles, bien que généralement leurs yeux soient expressifs ; mais les pénibles travaux dont elles sont accablées leur enlèvent de très bonne heure toute fraîcheur de jeunesse et donnent aux vieilles femmes un extérieur tellement hideux qu'on a lieu de regretter l'absence du voile. Au reste, les Kabyles sont bien plus actifs et plus laborieux que les Arabes, et possèdent comme ces derniers une remarquable aptitude linguistique, qu'on a fréquemment l'occasion d'admirer, non seulement chez les individus employés au service des chrétiens, mais encore chez les nombreux enfants vagabonds du Fort National, que le contact avec les soldats de la garnison convertit en véritables gamins français.
Le district assez vaste, relevant du Fort National, est administré exclusivement par le commandant du fort, à l'aide d'un kaïd arabe nommé par le commandant, mais n'ayant aucune part dans les affaires judiciaires, en sorte que la justice est conduite et les châtiments légaux infligés exclusivement par l'autorité française; état de choses, sous tous les rapports, convenant parfaitement aux Kabyles et qu'il serait indispensable de conserver encore pendant quelque temps, non seulement dans l'intérêt de la France, mais encore dans celui dé la population elle-même.
La vue dont on jouit sur l'estrade de la maison habitée par le commandant (dans le fort) est vraiment enchanteresse. La chaîne du Djurjura étincelant de neige (le 12 mars) n'est éloignée du fort que par un espace d'une quinzaine de kilo*
mètres, espace hérissé de plusieurs chaînons plus ou moins parallèles au Djurjura et constituant l'arrière-plan; les chaînons intermédiaires, sillonnés par des ravins et des vallées, étaient revêtus d'une fraîche verdure, tandis que le Djurjura se dressait comme une masse blanche en forme de muraille gigantesque à arêtes déchiquetées, diversement dentelées. L'ensemble présentait un de ces panoramas rappellant ceux de la Suisse, mais avec l'immense avantage que donne au tableau algérien le charme de la végétation méridionale, car dans les régions basses des montagnes on voit se projeter les silhouettes des Opuntia et des Oliviers.
J'ai beaucoup regretté que ni la saison ni le temps ne m'eussent permis d'explorer l'intérieur du Djurjura, massif parfaitement accessible pendant la belle saison dans toutes ses parties, grâce aux nombreux cols qui le traversent. Bien que l'exploration de ce beau massif montagneux soit encore loin d'être complète, les observations qu'il a déjà fournies, surtout sous le rapport botanique, sont cependant fort intéressantes, comme le prouve le résumé fait par MM. Hanoteau et Letourneux dans leur grand ouvrage sur la Kabylie, auquel j'emprunterai les données suivantes :
On peut diviser en deux zones distinctes la végétation de la chaîne du Djurjura proprement dite, chaîne comprise entre Tizi-n-Cheria et Tizi-Oujaboud (ayant en ligne droite une longueur de 40 kilomètres) et dont le point culminant, représenté par le Tamgout de Lalla Khadidja, s'élève à 2308 mètres, altitude peu inférieure à celles du pic Azrou Gougan (2209 mètres), du Tamgout des Aïzer (2066 mètres) et du pic d'Aiguilles (2036 mètres); toutes les autres hauteurs oscillent entre 1150-1200 mètres.
Dans la zone moyenne, 77 espèces caractéristiques ont été signalées, et 67 dans la zone supérieure. Parmi les espèces des deux zones, 7 sont nouvelles et exclusivement propres au Djurjura1 et 7 autres, qui, quoique connues en dehors de
1. hatis tywjurae,Geni$ta Kabylica, Leontodon Djurjurac* Euphorbia cernua, Uattia gymnandra, Odontites Djurjv,rae> Isoetes Pciraulderiana.