‹ Espagne, Algérie et TunisieChapitre 83 sur 285 · BLIDAH · texte numérisé non relu

BLIDAH

le Gouverneur général aurait pu croire de son devoir de prendre envers un étranger qu'il s'obstinait à considérer comme un agent dangereux de la diplomatie russe.

Ces rémiuiscences s'imposaient involontairement à mon esprit, à mesure que nous avancions rapidement à travers la belle plaine de la Metidja, où chaque pas me rappelait un trait de mes anciennes pérégrinations africaines. Après avoir dépassé Bouffarik, notamment à Beni-Merit (à 6 kilomètres de Blidah), sur plusieurs points, la plaine prend l'aspect d'un véritable jardin orné de bouquets de Nerium, d'Opuntia, d'Agave, d'Eucalyptus, etc., tandis que sur l'arrière-plan se dressait le massif imposant du Djebel Mouzaïa, ça et là argenté par les neiges. A notre droite, Kolea couronnait pittoresquement une hauteur; plus bas, surgissaient successivement de nombreux villages, tels que : Montpensier, Join ville, Dalmatie, etc.; enfin, dans le lointain serpentait, comme un ruban scintillant, le Mazafran dont la Chiffa est l'un des affluents.

La proximité de Blidah s'annonçait par des avenues ombragées et des groupes de jardins verdoyants. Cette pittoresque petite ville, comme tant d'autres en Algérie, semble être surgie par enchantement au milieu de tentes et de huttes misérables, elle compte aujourd'hui plus de dix mille habitants dont un quart seulement Arabes. Aussi les maisons bâties à l'européenne prédominent, et il en est beaucoup de construction solide et de formes élégantes, telles que les vastes casernes où 4000 soldats peuvent être commodément logés. Les rues sont régulièrement alignées; la plus belle, nommée Babes-Sebt, est bordée d'Orangers; c'est par cette avenue qu'on entre dans la ville en venant d'Alger, et c'est aussi dans sa proximité que sont situés les hôtels où les étrangers trouvent, sinon le luxe et le comfort raffiné de l'Europe, du moins ce qu'il faut pour rendre agréable, commode et instructif un séjour qui, après tout, est forcément limité, car, comme la plupart des localités en Algérie, Blidah n'offre guère, à l'instar des villes de l'Italie ou de l'Espagne, de brillantes réminiscences historiques ou des chefs-d'œuvre de l'art sous

forme de monuments, d'édifices anciens, de galeries de tableaux, etc. L'attraction qu'exerce Blidah, comme tant de ses congénères algériens, repose exclusivement sur le splendide spectacle de la nature; or, à moins d'être naturaliste (et bien peu parmi les visiteurs étrangers le sont), la contemplation de la nature seule n'arrête pas longtemps les touristes, qui après avoir consacré quelques heures à visiter le ravin de l'Oued- Kebir, et la gorge de la Chiffa, ne tardent pas à quitter Blidah, pour aller recueillir ailleurs de nouvelles impressions de voyage. Ne pouvant, en ma qualité de naturaliste, suivre les rapides évolutions de ces messieurs si légèrement équipés, je m'arrêterai quelque temps ici, et vous conduirai non seulement au raviu de l'Oued-Kebir et à la gorge de la Chiffa, mais encore à plusieurs autres points intéressants offerts par cette localité si riche en beautés naturelles de tout genre.

Le ravin de l'Oued-Kebir est le lit du cours d'eau de ce nom qui traverse une partie de Blidah, en embrassant un vaste espace hérissé de blocs et de matières détritiques, augmentant en nombre et en volume à mesure qu'on le remonte. Il renfermait seulement un mince filet d'eau, coulant, il est vrai, rapidement, mais qui, à l'époque des crues, se transforme en un torrent impétueux, dont la force est suffisamment attestée par le volume des blocs qu'il a déposés. Des deux côtés, le lit de l'Oued-Kebir est bordé de collines calcaires à couches fortement redressées.

Après avoir traversé pendant une demi-heure environ les hauteurs constituant la rive droite de TOued-Kebir, on arrive à un cimetière arabe, au milieu duquel s'élèvent deux marabouts ornés de drapeaux. Les monuments sépulcraux des Arabes ne consistent pas en dalles verticales terminées en forme de turban qui rendent les cimetières turques si pittoresques; ce couronnement gracieux fait défaut aux pierres sépulcrales mauresques; elles ne portent que le nom du défunt, souvent accompagné de quelques versets du Koran. Malgré son excessive simplicité, ce petit cimetière arabe, avec ses Oliviers séculaires, respire quelque chose de solennel. Le silence qui règne

Page 1