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DÉPART DE BLIDAH

Bien que cette solennité religieuse ait été favorisée par le ciel, qui, comme pour rendre hommage au prophète, s'était dépouillé de ses sombres nuages et laissa briller pendant la nuit toutes les étoiles du firmament, la température continuait à être fort basse pour la saison, et les montagnes conservaient leur linceuil blanc ; il ne fallait donc pas songer pendant quelque temps encore à aller visiter les Cèdres. C'est ce qui nous décida à ne plus ajourner notre retour à Alger. Mais, comme malgré le froid et un vent glacial, le temps n'était pas à la pluie, nous voulûmes mettre à profit une éclaircie pour effectuer notre retour, non par le chemin de fer, mais en décrivant un large circuit, afin de nous diriger d'abord vers le point du littoral où se trouve le célèbre Tombeau de la chrétienne, et de là, gagner El-Affroun, situé sur le grand réseau de la voie ferrée reliant Oran à Alger, en passant par El-Affroun.

En conséquence, le 19 mars, nous quittâmes Blidah, par une matinée très belle, mais tellement fraîche, qu'à neuf heures du matin le thermomètre, à l'ombre, n'était qu'à 3%9 et au soleil 8°,7, tandis que la nuit précédente il était descendu

Nous franchîmes la Chiffa sur un pont en pierre ; la plaine verdoyante et bien cultivée que nous traversâmes, était bordée au nord par une chaîne de hauteurs arrondies, sur l'une desquelles brillaient les maisons blanches de Kolea, et au sud par une chaîne montagneuse dont le massif de Milianah fait partie et dont les sommets portaient encore çà et là des taches de neige. La plaine se renfle et devient accidentée à mesure qu'on se rapproche des hauteurs qui portent Kolea et que nous longeâmes à une certaine distance, en laissant à notre droite la petite ville.

Il est probable que les sables et argiles qui colorent en rouge le sol de ces hauteurs sont d'un âge très récent (quaternaire?) et reposent sur les grès compacts et les calcaires blancs crayeux, qu'on voit fréquemment percer sur la route; les grès, quelquefois de teinte également rougeâlreet rappelant par leur composition ceux des environs du couvent des Trappistes,

sont souvent criblés de fragments plus ou moins frustes de Peigne.

Çà et là, la plaine est revêtue de vigoureux Oliviers, et sur plusieurs points la route traverse de beaux massifs de Frênes (Fraxinus australis), Saules [Salix pedicellata) , Ormes (Ulmas campes tris), Peupliers (Populus alba), etc., tous en pleine floraison et ornés d'un frais et brillant feuillage. Cependant, à une heure et demie, la plaine offre des surfaces parfaitement incultes, revêtues de touffes de Palmiers nains, tandis que sur d'autres points elle était comme dorée par le Souci des jardins (Calendula officinalis), que je n'avais encore observé nulle part aussi fréquent que dans ces passages; il était curieux de voir toutes ces Synanthérées redresser et fermer leurs corolles aussitôt que le soleil descendait l'horizon, tandis que les Camomilles {Anthémis fwcata), au contraire, rabattaient leurs ligules, en sorte que ce n'étaient plus des étoiles jaunes et blanches mais de petits globules qui doraient ou argentaient la plaine.

A mesure qu'on se rapproche du village Sidi-Rached, la contrée devient plus boisée ; les champs sont bien cultivés, les chaumes, déjà passablement allongés du froment, de l'orge et de l'avoine, les revêtaient d'un beau tapis verdoyant. Nous nous arrêtâmes à Sidi-Rached pour prendre avec nous le guide, qui est en même temps le gardien du Tombeau de la chrétienne et en a la clef.

Déjà à deux heures et demie de Blidah, ce curieux monument apparut devant nous, sur le sommet de l'une des collines composant les hauteurs de Kolea et qui nous masquaient constamment la vue de la mer ; à cette distance il semble être une protubérance noire formant le sommet de la colline. Un sentier assez commode y conduit de Sidi-Rached ; il monte plus ou moins doucement à travers une contrée complètement revêtue tantôt de buissons de Palmiers nains, de Lentisques, de Chênes à kermès, de Cistes (Cistus monspeliensis, salvifolius et heterophillus), de Romarins (JRosmarinus officinafe), de Bruyères (Ericaarborea), etc., tantôt de touffes d'Asphodèles (Aspholdelus ramosus), de Scilles (Scilla maritima),

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