CLIMAT D'ALGER
population de moins de soixante mille âmes. Il est vrai, plusieurs points du midi de la France, eurent également à souffrir de cette grave affection.
Le 21 décembre, le jour même où commençait l'hiver astronomique, la température, à deux heures après midi, n'était que de 7 degrés à l'ombre. Après une semaine d'abondantes pluies et un vent assez frais, le 23 décembre, la veille de Noël, le temps devint beau et le Djurjura apparut revêtu d'un linceuil blauc, se détachant pittoresquement, sur le bleu foncé du ciel.
Le mois de janvier (1878), quoique peu pluvieux, était relativement assez frais. Il y eut même pendant six jours une baisse extraordinaire de température, ainsi que je pus le constater par mes propres observations, et encore mieux au Jardin d'Essai, où M. Rivière fait depuis plusieurs années, des observations météorologiques aussi complètes que consciencieuses ; or, ainsi que je vous l'ai déjà dit, dans ma lettre consacrée au Jardin d'Essai, pendant les sept jours compris entre le 13 et le 49 janvier, dans la partie inférieure du Jardin d'Été (seulement de 17 mètres au-dessus du niveau de la mer), la température avait été presque chaque jour au-dessous de zéro.
Cet abaissement extraordinaire de température, fut précédé par une tempête qui sévit tout le long des côtes algériennes et détruisit six bâtiments, dans le port même de Philippeville. Une tempête tout aussi violente, éclata le 25 janvier et intercepta pendant plusieurs jours les communications, non seulement entre les divers points de la côte, mais encore entre l'Algérie et Marseille. Ainsi, le « paquet-boat» à vapeur le Kabyle », de la compagnie Touach, parti de Marseille pour Philippeville où il devait arriver au bout de trente-six heures, ne mil pas moins de huit jours à effectuer cette traversée, et ce fut par miracle qu'il échappa à l'abîme, où on le croyait englouti depuis longtemps, et qu'il parvint à conduire à Philippeville, le bâtiment complètement disloqué, avec vingt et un passagers plus morts que vivants.
Il est à remarquer que presque à la même époque (25 et
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28 janvier), les journaux annonçaient à Londres et à Paris des tremblements de terre si rares dans ces contrées. Au reste, une douzaine de jours plus tard, le sol trembla également à Alger; ce fut le 10 février qu'à deux heures et demie de nuit on sentit une légère oscillation.
Enfin, les mois de mars et d'avril offraient des changements de température qui, souvent d'une chaleur intense, était suivie d'une baisse considérable.
Je crains qu'après vous avoir tant parlé d'orages, de pluie et de froid, je ne parvienne à ébranler votre foi dans la beauté si généralement préconisée du climat d'Alger, aussi je me hâte de vous rassurer à cet égard, en vous faisant observer que, malgré les fréquentes interruptions du beau temps, celui-ci n'en était pas moins prédominant, en sorte qu'à tout prendre, l'hiver que nous passâmes à Alger, n'était pas de beaucoup inférieur aux plus beaux hivers du midi de l'Europe; or, s'il en fut ainsi d'une année exceptionnellement mauvaise, de quel éclat doit donc briller à Alger la saison hivernale rétablie dans ses conditions normales ? C'est ce que j'aurais pu vous dire si mon séjour ici s'était prolongé pendant plusieurs années; mais, à défaut de ma propre expérience, je vais faire appel à une autorité d'une irrécusable compétence, c'est celle de l'Observatoire d'Alger, dont le savant directeur, M. Bulard, a bien voulu, non seulement mettre à ma disposition tous les registres météorologiques, mais encore me dresser lui-môme un tableau résumant celles des observations effectuées dans les conditions les plus appropriées à l'état actuel de la science. En conséquence, il a choisi la série d'années comprise entre 1868 et 1878, comme offrant les garanties requises que les observations plus anciennes ne possèdent point au môme degré; aussi les résultats généraux que fournissent les données réunies par M. Bulard, diffèrent-ils plus ou moins de ceux publiés jusqu'à aujourd'hui, lors môme qu'ils comprennent des séries d'années plus nombreuses mais plus anciennes '.
1. Pour donner un exemple des discordances considérables enlre les données de M. Bulard et celles publiées dans plusieurs ouvrages, je ne citerai que les