L'ART EN PORTUGAL
ÉPOQUES ROMANE ET GOTHIQUE. — ARCHITECTURE RELIGIEUSE. CLUNI- SIENS ET CISTERCIENS. — ARCHITECTURE CIVILE — ARCHITECTURE MILI- TAlKi:. ORIGINE DES ARTS DITS MANOl l-T.INS. — ÉGLISES. — DEMEURES TRIVÉES, CHATEAU.X FORTS. — ARl HITIXTUKI-. MUDÉJARE. LES FAÏENCES DE CINTRA. — SCULPTURE. - ÉCL.VP INCOMPARABLE DES ÉCOLES DE PEIN- TURE. — ARTS MINEURS. — DOMINATION ESPAGNOLE. LES ARTS DITS DES PHILIPPE. — XVIIF S. - RETOUR A LA TRADITION N.ATIONALE. NÉO- MANOUÉLIN. — ÉGLISES, PALAIS. — SCULPTURE. — PEINTURE. — ARTS MINEURS. ÉBÉNISTERIE. ORFÈVRERIE, FAÏENCE. - XIX'^ S. — ARCHI- TECTURE. — RENAISSANCE DE LA SCULPTURE ET DE LA PEINTURE. — ARTS MINEURS.
PERIODES ROMANE ET GOTHIQUE. — Eglises. — Le commencement de l'histoire artistique du Portugal peut être fixé a 1 époque où Affonso Hennques, vassal du roi de Castille, obtint du pape, par l'entremise de saint Bernard, l'affranchissement des provinces qu'il gouvernait et leur constitution en un état indépendant. Peu d'années après, Santarem ayant été repris sur les Mores (15 Mars 1147), le pays était libéré jusqu'au Tage et le siège du gouvernement transporté à Coïmbre (portu. Coimbra).
La se Velha (cathédrale Vieille) de Coïmbre (fin du .\ll s.) est située à mi-hauteur du pic que couronnait la citadelle et dans le voisinage immédiat de l'enceinte a la défense de laquelle ses murs crénelés participaient (fig. 633). C'est un robuste spécimen du style roman auvergnat et, probablement, une copie simplifiée de Santiago de Compostela. L'église comporte un porche une nef, un
,ri''
FlG.633. — (^OÏJIBRE.
ICIiché Laci
— Sk Veliia.
sic.)
transept, des collatéraux à étage, une abside et deux absidioles. La nef et le transept sont couverts de berceaux en plein cintre renforcés par des doubleaux. A la croisée, s'élève une coupole voûtée d'arête. Les bascôtés sont également voûtés d'arête.
A l'étage supérieur, ils présentent de grandes baies géminées et communiquent avec un triforium qui règne au-dessus de l'entrée et contourne les branches du transept. Les piles rectangulaires sont flanquées de colonnes répondant aux doubleaux et aux arcs séparatifs de la nef et des collatéraux (flg. 634, 635).
Une particularité de la se Velha tient à la situation du cloître, que la déclivité du terrain força d'établir à quelques mètres au-dessus du sol de la nef. Plus récent que l'église, il ressemble beaucoup a celui de Tarragone (lig. 278). San Salvador et la porte de San Thiago (Saint- Jacques) de Coïmbre, le cloitre du monastère de Cellas, construit près de Coïmbre dans la seconde moitié du XIII' s. (fîg. 636), la chapelle du château de Leiria, Sào Martinho de Cedofeita de Porto et la cathédrale de Lisbonne appartiennent également, quelle que soit leur date, à l'architecture romane. Enfin, malgré les restaurations qui l'ont transformée, j'ajouterai à cette liste la cathédrale de Porto.
Afin de reconnaître le service que saint Bernard lui avait rendu, Afîonso Hennques avait appelé les Cisterciens en Portugal et leur avait concédé le territoire d'Alcobaça \sup., p. 320). Commencée en I 148, terminée en 1 222 et exécutée dans
FiG. 634- — COÏ.MBRE.
Sk Velha. Nef et collatéral,
COTÉ ni: l'Kn'angilk.
(Clichc .le l'iiiileur.)
FiG. 635. — CoÏMBRE. — Sk \i;i.nA
Nkf. côté de i.'Épîhu:.
iC.lichv de railleur.}
MONASTERE DALCOBAÇA
un style très simple, Santa Maria d'Alcobaça ne réalise pas, cependant, le type cistercien classique de Santas Creus et de las Huelgas U/p., p. 139, 140; fig. 279). Elle se rapproche plutôt de 1 abbatiale de Pontigny, fondée par les bénédictins reformés en 1114, un an avant Clairvaux. Elle se compose, en effet, d une nef à douze travées et de deux collatéraux étroits de même hauteur que la nef, d'un transept bordé sur un côté par le retour du collatéral , d'une abside circulaire, d'un déambulatoire autour duquel rayonnent neuf chapelles polygonales et de quatre absidioles carrées, greffées deux par deux sur les bras du transept. L'ogive règne dans les voûtes ; le plein cintre, dans les fenêtres. L'effet grandiose de Santa Maria (106 m. de long, 16 m. de large, 21 m. de haut à l'intérieur) est d'autant plus saisissant que les chanoines portugais ont l'excellente habitude de placer leurs stalles autour du sanctuaire. Aucun obstacle ne gène ainsi la vue qui embrasse le vaisseau dans toute son étendue. En donnant aux trois nefs une hauteur uniforme, en réduisant la largeur habituelle des collatéraux et en ouvrant de grandes fenêtres sous leurs formerets, l'architecte d'Alcobaça avait eu pour dessein d'améliorer l'éclairage jusque-là défectueux des constructions religieuses voûtées, sans compromettre leur solidité. Santa Maria présente, peut-être, le plus ancien exemple de cette solution. Si la cathédrale de Poitiers (I 162) et p,,., (.,3,- ,.^^i^^^ ^^^ Sellas.
Saint- Laurent de Par- (cuché inei.)
Vu;. 03/
— Alcobaça. — Santa Maria.
Cloître de Dom Diniz.
((Uichc de Vauleur.l
thenay, contemporains de l'abbatiale portugaise, en montrent l'ébauche, elle ne fut complètement réalisée qu'un demi-siècle plus tard, dans les églises élevées en Allemagne et en Autriche, telles que les cathédrales de Ratisbonne, de Meissen, de Minden, l'église de Zwelt, Saint- Etienne de Vienne, Sainte-Elisabeth de Marbourg fondée vers 1236. Le monastère d'Alcobaça comporte des cloîtres nombreux. Le plus beau, le cloître de Dom Diniz (1279-1 325), construit au Sud de l'église à l'époque du monarque dont il porte le nom (fig. 637) et que Joào de Castilho dota d'un étage durant le règne de Manoel T' (1495- 1521), présente des analogies intéressantes avec celui de Santas Creus (fig. 281). Comme lui, il est complété par une salle capitulaire et
par une fontaine directement reliée aux promenoirs (fig. 638). Enfin l'immense cuisine du monastère est traversée par un canal dérivé de l'Alçoa qui l'alimente d'eau et surmontée de l'un de ces cônes d'aération gigantesques, pareils à ceux des cuisines de 1 abbaye bénédictinedeFontevrault (Maineet-Loire, XII' s.) et de l'abbaye de Pampelune {sup., p. 1 53, 1 78).
Au cours des guerres entreprises contre les Mores, les templiers avaient été mis en possession de l'emplacement où s'eleve 1 homar.
Le grand-maître Gualdim Paes s'empressa de fortifier un escarpement qui le dominait. L'église conventuelle, construite en même
Fig. 638. — Alcobaça.
Santa Maria.
Fontaine du cloître.
(Cliché de VauUur.)
MONASTHRE 1)1. IHO.MAR
temps que la forteresse, se compose d'une salle en forme de prisme à seize pans avec, au milieu, une abside octogonale (fig. 639). Le
déambulatoire est couvert d'un réseau forme par seize voûtes d'arêtes jointives, établies sur un plan trapézoïdal, tandis que l'abside est surmontée d'une coupole à nervures d'ogive qui domine l'ensemble de la construction. On répète volontiers que l'église de Thomar est unique. En vérité, elle appartient au type des églises du Temple à sanctuaire central et déambulatoire annulaire qui dérivaient, elles-mêmes, de la Koubbet es Sakhra et, par conséquent, du type H irano-syrien originel (sup.,p. 36 et fig. 95,96,98).
La se (cathédrale) d'Evora fut commencée en I 1 86 (la reprise de la ville date de I I 16), consacrée en 1204 et terminée ou remaniée vers la fin du Xlll s. (fig. 640 a 643). Avant qu'elle n'eût subi les fâcheuses modifications apportées au chevet en 1718-1 746, elle se composait d'une large nef et de bas-côtés étroits, d'un transept, d'une abside et de quatre absidioles. La nef et le transept sont voûtés en berceau ogival, renforcé par des doubleaux ; les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arête. Enfin, à la croisée du transept existe un dôme octogonal sur trompes. Un trifonum très mince compose de cinq arcades par travée entoure la nef et le transept (fig. 642). La cathédrale d'Evora doit être rangée dans le groupe des églises
TiG. 639. — Thomar. — Convento DE C^HKISTO. Sanctuaire
m: I.A CUAl'KI.I.E.
l'ifi. 640 — l'^voRA. — C.A 1 m'iiRAir:. fClichc Lacùsle.l
FiG. 641. — EvORA.
Cathédrale.
Chevet et dôme.
(Cliché de raiitcur)
espagnoles où se combinèrent les écoles de Poitou et de la Bourgogne clunislenne {sup., p. 112, 113). De celles-ci (églises de Saulleu et de Paray-le-Monial), elle tient ses principales dispositions, le tnfonum étroit, a baies nombreuses, et les piliers à multiples colonnes. Mais, comme à Tuy, à Sigùenza (fig. 282) et à Coïmbre (fig. 633), la façade est comprise entre des tours défensives carrées, puissantes (fig. 640) ; comme à Notre-Dame de Poitiers, comme a Salamanque et à Zamora (fig. 227), le dôme affecte au dehors la forme très rare au Sud des Pyrénées, d'une pyramide consolidée à chaque angle par des tas de charge également pyramidaux (fig. 64 1 ). L'eglise se distingue, aussi, par la substitution de terrasses aux toitures.
La vieille animosité qui régnait entre l'Espagne et le Portugal se
réveilla vivace a la mort de Dom Fernando \^^ (1367-1383). Plutôt
que de reconnaitre comme reine
Dona Brites, la fille du monarque
défunt qui avait épousé Juan I'^^
de Castille, les cortes réunis à
Coïmbre appelèrent au trône un
fils bâtard de Fernando, alors grandmaître de l'ordre militaire de San
Benito d'Aviz et l'élurent sous le
nom de Joào F'^. La guerre s'ensuivit. Les Espagnols perdirent
successivement les batailles d'Ato-
leiros et de Transcoro et subirent
une défaite décisive le 14 août
1 385. Le combat se termina sur le
plateau d'Aljubarrota. Il avait commencé plus au Nord, en un lieu
qui reçut le nom de Batalha.
L'église abbatiale de Santa Maria
da Victoria (fig. 644, 645), qui com-
Fig. 642. — EvoRA.
Cathédrale. Née, ci'jté
Di: L'Fl'îrRi-;
(Clichc de r auteur)
MON ASTEUE DE HAlALllA
mémore le premier engagement, s eleve sur un emplacement que
Joào r ' voulut choisir lui-même et qu'il concéda aux Dommicams
en 1388. Aussi vaste que les cathédrales de Pans, de I olede isup.,
p. 143; fig. 289) et de Cologne (120 m. de long, 32 m. 50 de
large, 32 m. de hauteur sous clef), atteignant presque aux dimensions des cathédrales de Milan et de York, Santa Maria est caractérisée, en plan, par un retour au T cistercien, par une nef, deux larges collatéraux, un transept mince et peu saillant, une abside et quatre absidioles en hémicycle (fîg. 645). A I intérieur, on signalera les voûtes d'ogives avec doubleaux, diagonaux, formerets et liernes et, à l'extérieur, les arcs-boutants qu'un large quadnlobe réunit à la gouttière, puis la corniche, le parapet quadnlobe et la crête en fleur de lis. Le rôle de ces balustrades est d'autant plus important que l'église de Batalha est couverte en terrasses (fig.644, 647). La chapelle funéraire de Joào L'\ dite du Fondateur (fig. 646), était
terminée dès 1434 (fig. 646). Elle est construite sur le modèle de
l'église deThomar, avec cette distinction qu'elle est carrée (19 m. 80
de côté) et répond aux
trois premières travées du
collatéral de droite (côté
de l'Epitre). Au centre,
s'élève une sorte d'abside
octogonale plus haute que
le pourtour. Une'coupole
étoilee, analogue à celle
des cruceros de Burgos
et de Saragosse (fig. 288,
297), la couvre, tandis
que huit voûtes d'arêtes
trapézoïdales rayonnent
autour et portent par leur
Fig. 643. — EvoHA.
Cathédrale. Collatéhai.,
côiK DE l'EpÎtrk.
iClicbà de l\uilctir.)
Batalha. — Santa Makia
DA Victoria.
((Miellé Lacoste.)
FiG. 645. — Batai.ha.
Santa Maria da N'ictoria.
grand côte soit sur 1 un des murs, soit sur une trompe d'angle. Le travail est rendu avec une délicatesse rare. J'ajouterai que les arcades du monument central sont constituées par des ogives surhaussées, bordées d'une dentelle de lobes, et qu il existe partout des traces manifestes de peinture.
Le cloître royal (fig. 647 a 649), dont les dispositions furent copiées sur celui d'Alcobaça (fig. 638), occupe en plan toute la longueur de la nef, du côté de l'Evangile (80 m. 30). L'étage inférieur ainsi que le pavillon de la fontaine, d'une magnificence encore inusitée, paraissent, de peu d'années, postérieurs à l'église. Il en est de même de la salle capitulaire, la construction la plus hardie de 1 Espagne et du Portugal. Apres deux tentatives infructueuses, le maître de 1 œuvre parvint a lancer entre ses murs une voûte carrée de 28 mètres de côte sans appuis intermédiaires. A cet effet, il jeta des trompes sur chaque angle, assit une coupole etoilée sur l'octogone ainsi constitué et renforça l'ensemble par des liernes et des tiercerons.
Bien que n'ayant ete commencées que sous le règne de Dom Duarte (1433-1438), les chapelles Imparfaites (capellas Imperfeitas) ou plutôt Inachevées, construites a la suite et dans l'axe du chevet, étaient comprises dans le plan primitif (fig. 645, 666). C'est même pour les relier d'une manière intime à l'église que l'architecte substitua, sans doute, le T cistercien aux absides, aux déambulatoires et aux colliers de chapelles rayonnantes de l'abbatiale d'Alcobaça et des grandes cathédrales gothiques d'Espagne. Le projet com-
FlG. 0-)Ô. — lÎAlAI.IlA.
Sania -Maria, (-hapki le
ET T().MHi;Ar lU' l'oNnAll IR.
(Cliclic A. A. Serra Ribeirc)