EDIFICES PLATERESQUES. VALENCE, SÉVILLE
FiG. 460. — SÉGOVIE.
Casa de los Picos.
(illichc de l'auteur.)
un donjon du Moyen Age. En revanche, l'intérieur est d'une grande richesse. Le Salon dorado ou salle des Cortes, notamment, semble détaché du palais des Doges (fig. 464).
Le plafond à grands caissons ornés de clefs pendantes s'appuie sur une élégante galerie par 1 intermédiaire d'une corniche et d'arcades groupées deux par deux en forme d'ajimeces.
Les consoles qui soutiennent la galerie, la balustrade, les colonnettes, les arcs, la corniche, exécutés en bois comme les caissons, sont couverts comme eux d'excellentes sculptures de style italien. Au-dessous de la galerie, des fresques vernies représentent l'Assemblée des Etats et portent la date de 1 592. Elles sont en majorité de Peralta et de Cristobal Zarinena. Celle qui est consacrée au Bras Mililar et qui comprend quarante figures est signée des trois lettres F. R. F., qui répondent, croit-on, à : Francisco Rihalla fecit.
Séville. — VS Ayuntamiento (Hôtel de Ville), érigé d'après les plans de Diego de Riafio, maîtremajeur de la cathédrale (1526- 1 564), est malheureusement inachevé. La façade sur la place de la Constituciôn (fig. 466) mérite d'être mise en parallèle avec les meilleures oeuvres de la seconde Renaissance française (1534- 1 572). Comme Pierre Lescot, comme Jean Goujon, comme Philibert Delorme, Diego de Riaiio recherche les partis symétriques, recourt aux ordres superposés, — couples de pilastres pseudoloniques au rez-de-chaussee et de colonnes corinthiennes au premier
Fig. 461. — SÉGOVIE.
Maison de Jian Buav (Cliché de fauteur. I
ESPAGNE
4Ô2. — Tolède. — Hôpital Santa Criiz.
(Cliché de Vaulcur)
étage, — adopte les stylobates élevés, profile des moulures en forte saillie.
Monuments divers. — Les belles œuvres de style platéresque sont si nombreuses qu'il a fallu se borner à celles qui en caractérisent le mieux les multiples aspects. Quelques autres méritent au moins une mention : à Barcelone, le palais des Comtes et l'escalier du palais Dalmases ; à Sigûenza, le palais des marquis de Arce ; au palais d'Alcalâ de Henares, les fenêtres du rez-de-chaussée (fig. 467); à Estella, dans la Rua de San Pedro, plusieurs maisons qui s'échelonnent du XV' au XVr s. ; à Ciudad Rodrigo, une curieuse porte d'angle (fig. 468) ; a Mérida, un temple romain accommode en maison d'habitation vers le milieu du XVI' s. ; partout, des demeures armoriées portées sur arcades
Les arts platéresques ne restèrent pas confinés en Espagne. Le Portugal les adopta des la fin du XV' s. Charles-Quint les transporta dans ses domaines germaniques. On reconnaît leur influence aux châteaux de Schalburg et de Heidelberg. Ce que les écoles
du Nord ajoutent, c'est le comble aux pentes raides où glisse la neige, c'est le pignon des vieilles habitations du Moyen Age. Avec le grand empereur, la Renaissance espagnole pénétra également dans les Flandres, où elle a laissé notamment les hôtels de ville de Leyde et d'Anvers et le palais de Malines.
Fig. 4&S. — Saraoossk. — i'ai.ai;, Argii lo. En France, 1 influence
FiG. 464. — Valence. — Aidiencia.
Salon Dorado.
iClichO Léi'y.)
L'ARCHITECTURE PLATERESQUE EN ERANCE
platéresque se fait sentir à Besançon, dans les décorations du palais de Granvelle et, dans l'architecture méridionale, depuis le Roussillon jusqu'au golfe de Gascogne. A Toulouse, par exemple, Aimery Cayla et les Picart entreprennent pour un marchand venu de Tolède, Juan de Bernuy, l'hôtel qui a conservé son nom (lycée actuel) et le projettent
dans le style proto-manouelin ; mais Privât le termine, en 1533, dans le style platéresque de Burgos. La porte de la Dalbade exécutée vers 1 537 par Michel Colin rappelle l'hospice de la Cruz de Tolède (fig. 462), tandis que l'hôtel Burnet et l'hôtel d Assezatsont inspirés de l'architecture de Salamanque. Et pourtant l'hôtel d'Assezat est l'œuvre d'un eleve de Michel-Ange, Nicolas Bachelier (1485-1 570), qui fut l'une dçs grandes figures artistiques de la Renaissance. En dépit de son éducation, il avait subi le charme de l'architecture espagnole.
Les demeures des grandes familles, au temps de Philippe II et de ses successeurs, abritent souvent aujourd'hui des ménages d'ouvriers, des ateliers, des entrepôts. L'on a percé des fenêtres nouvelles, fermé ou démoli les galeries supérieures, substitué des plafonds aux artesonados, multiplié les divisions, replâtré les murs. Il en résulte que les intérieurs fournissent peu de renseignements nouveaux. On reconnaît pourtant que le patio est toujours le centre et le point de départ de la division. En revanche, les esca-
Fig. 4t)5. — Sauaiiossk. — Lo.nja.
(Cliché Jf l\uilciir.)
ESPAGNE
liers à volée droite prennent des dimensions inusitées jusque-là. L'architecture civile n'emploie plus guère la voûte. Les patios, les cloîtres eux-mêmes reçoivent des planchers sur solives apparentes. Le luxe des soffites sculptés, peints et dorés, semble croître. Les pentures, les clous de portes, les grilles des fenêtres, les balcons, les fanaux en fer forgé et ciselé sont de véritables œuvres d'art. Les cuirs, les damas, les tapisseries, les faïences restent en faveur dans les riches demeures, où leur style s'harmonise avec celui de l'architecture.
Le tombeau de Martin Vàsquez de Arce est un magnifique exemple des arts platéresques où la statuaire accuse d'une manière manifeste les tendances signalées dans le tombeau de Juan de Padilla (fig. 369). Comme le page d'Isabelle, le jeune héros a trouvé la mort dans un des nombreux engagements qui précédèrent la prise de Grenade. Il est représenté à demi étendu, un livre à la
main, accoudé sur un faisceau de lauriers (fig. 470). Parmi les sculpteurs espagnols, le seul à qui l'on puisse attribuer ce tombeau, si l'on considère la date où il fut érigé, le beau style florentin de la figure et le caractère platéresque du décor, est le Valencien Damiân Forment. Il fut parmi les premiers qui fréquentèrent les ateliers italiens. Toutefois, s'il s'inspira de Donatello pour les figures, il resta fidèle aux vieilles traditions nationales dans le tracé, l'architecture et la peinture de ses œuvres religieuses. Forment, qui se rattache aux écoles du Nord, puisque sa patrie artistique fut l'Aragon, a laissé
Fig. 466. — Diego de Riano.
HÔTEL DE Ville. (Séville.)
Fig. 467. — Alcai.A
DE HeNARLS.
Fi nPtre dit palais.
iClichù de Vauleur.)
FiG. 4G8. — CiUDAD Rodrigo.
Porte d'angle armoriée.
(('lichi} de Vaiitcur.)
D.iMiAN i-oKMi-yr. rr./.irr. nr. i'icarni
quatre retables, en outre de ceux de Barbastro et de Poblet auxquels il aurait collaboré. Chacun d'eux suffirait a illustrer son nom.
Le premier en date, celui de Nuestra Senora del Pilar, à Saragosse, fut commencé en 1 509, et terminé six ans plus tard.
La composition est simple ; 1 exécution, incomparable. Le retable de San Pablo, également à Saragosse, et celui de la célèbre abbaye de Monte Aragon, que l'on voit aujourd'hui dans la paroisse annexée à la cathédrale de Huesca, furent entrepris entre 1516 et 1520. Enfin, le 10 Septembre 1520, Forment commençait le retable de la cathédrale de Huesca, dont l'exécution devait
absorber les treize dernières années de sa vie.
Ce fut un artiste de Burgos, d'origine française, qui, au milieu
de sa carrière, se laissa le premier conquérir par l'Italie. Philippe
de Bourgogne, connu en Espagne
sous le nom de Felipe de Vi-
garni, fut choisi par le cardinal
Cisneros pour tracer le retable
de la cathédrale de Tolède ( I 50 1 ).
Il ne s'était pas encore écarté
des voies artistiques oii ses maîtres
l'avaient engagé ; aussi bien, est-ce
dans le style gothique flamboyant
et en bois de mélèze qu'il l'entreprend avec le concours de Peti
Juan (un Français), d'Alfonso
Sanchez, de Sébastian de Almo-
nacid, de Diego Copin de Holanda
et de dix-sept autres sculpteurs
renommés. Le retable est partagé
en cinq registres, et chacun d'eux
en quatre compartiments où sont
Fig. 469. — Santiago.
iMaisons sur arcades.
(Cliché de railleur.)
Fkî. 470. — DamiAn Forment.
Tombeau de Martin VAsquez
DE Arce. (Cathédrale de Sigûen-^a.j
(CJiché de t'aHleiir.)
représentés divers épisodes de la vie du Christ et de la Vierge. 11 est surmonté d'un calvaire aux proportions énormes et comporte une mfinité de niches, de consoles et de pinacles qui portent ou abritent un monde de prophètes et de saints.
Vers I 506, bientôt après l'achèvement de cette œuvre colossale, Philippe de Bourgogne exécutait les bas-reliefs en albâtre du Tras-Sagrario, adossés au maîtreautel de la cathédrale de Burgos (fig. 471). L'évolution artistique de l'auteur y est déjà manifeste.
Le retable de la chapelle royale annexée à la cathédrale de Grenade, que Philippe de Bourgogne commença en 1 520, comprend dans la curieux, relatifs à la reddition de
prédelle quatre bas-reliefs la ville aux Rois Catholiques et au baptême et, dans les registres supérieurs, quelques bonnes statues. Il fut conçu et traité dans le style de la Renaissance italienne, plusieurs années avant que Forment ne signât a Huesca le dernier chef-d'œuvre de l'art gothique.
Ce détail suffirait a le rendre intéressant. Au pied du retable, on remarque les statues polychromes des Rois Catholiques (fîg.
472), bien précieuses, aussi, parce qu'elles furent modelées au lendemain de leur mort et d'après leurs meilleurs portraits (fig. 395).
Quand Navagiero visita la chapelle royale (1526), il les vit, en effet, a la place qu'elles occupent aujourd'hui.
de ses habitants.
IG. 471. — Felipe de Vioarni.
Le Crucifiement.
(Cathédrale de Burgos.)
(Cliché Lévy.)
ALOVSO BERRUGIIETE
Fi(i. 472. — Isabelle la CATHOLiyrr,.
(ChapsUe royale lie Grenadi: I
li'.liclu- (îai-^im.)
Peu d'années avant l'époque où Philippe de Bourgogne entreprenait le retable de Grenade, un Catalan dont la cathédrale de Barcelone possède diverses œuvres, Bartolomé Ordônez {'\' 1 520), se rendait à Gênes pour y tailler dans le marbre de Carrare le tombeau du cardmal Ximenes (cathédrale d'Alcalàde Henares), qu'avait projeté le Florentin Domenico Fancelli et que la mort l'avait empêché de finir. Bartolomé Ordôiïez s'était si bien assimilé la manière du maître italien dont il avait exécuté le projet qu'il a été longtemps dépossédé de deux monuments funéraires très beaux,
placés dans la chapelle royale de Grenade. Celui du côte de 1 Evangile est commun a Ferdinand et Isabelle ; l'autre, à Philippe le
Beau et Jeanne la Folle.
Le grand artiste qui sut le mieux
concilier le génie espagnol et les
enseignements puisés dans les ateliers de Florence ou de Rome fut
Alonso Berruguete (Paredes de
Nava, 1480-1561). Il était fils de
Pedro Berruguete, peintre du roi,
et reçut de lui ses premières leçons.
Après qu'il eut perdu son père, il
partit pour l'Italie (vers 1502), où
il travailla auprès de Michel-Ange,
de Bramante et de Raphaël. En
1 520, il retournait dans sa patrie.
La renommée l'y avait précédé.
Berruguete est habile a tailler le
marbre ; il excelle aussi a sculpter
et à peindre le bois. La ligne est
correcte et pure ; le modelé, savant ;
le style, noble et expressif. Tou-
Fi(
)73. — Alonso Berrugiete.
Tombeau des co.mtes
DE Saltnas.
(Cathédrale de Palencia.)
(Cliché de l'auteur.)
ESPAGNE
FiG. 474. — A. Ber-
RUGUETE — Saint
Sébastien. Retable
OE San Benito el
Real,
(Miifce de Valladolid)
(Cliché de railleur.)
tefois, quand le maître s'abandonne a son tempérament, les figures longues, distmguées et toujours intéressantes trahissent dans leur attitude tourmentée et leur musculature saillante le grand disciple d'un grand artiste exagérant les qualités du maître. La polychromie, s'il en use, est simple et puissante. 11 aborde les nus hardiment ; les chairs d'une belle tonalité s opposent à des draperies oii domine l'or bruni sans damas ni guillochis. En cela, Berruguete diffère de ses prédécesseurs qui se complaisaient à tailler des figures vêtues de riches tissus ouvragés.
Parmi les nombreux mausolées en marbre dus à Berruguete, la critique se plait à citer celui du cardinal don Juan de Tavera (Tolède, hôp. de Afuera). Je lui préfère de beaucoup le tombeau du comte et de la comtesse de Salmas (fig. 473), qui a la correction, la richesse, la solennité et, à certains égards, le caractère païen du monument exécuté par Giovanni Merlino da Nola pour don Ramon de Cardona, vice-roi de Sicile, et pour sa femme dona Isabel (Egl. de Bellpuig).
Les sculptures sur bois (fig. 475) et, notamment, les stalles de la cathédrale de Tolède (1535), entreprises en collaboration avec Philippe de Bourgogne, fournissent déjà une idée plus exacte du talent de Berruguete que les tombeaux précités. Mais les œuvres qui accusent le mieux sa personnalité sont les statues et les groupes en bois polychromes, épaves échappées au naufrage où sombrèrent, vers le milieu du xix s., la majorité des retables dont il était l'auteur (fig. 474).
Le Samt-Sépulcre de San Jerômmo de Grenade fournit, lui aussi, une expression excellente du style de Berru-
Fig. 475. — A. Berruguete.
Stalle de chœur.
(Musée de Valladolid.)
(Cliché Lacoste.)
DIIA.O 1)1. SJLuf:
FiG. 476.
— BERUur.iJETp;. — Saint-Sépiîi.che.
^,Si7)i .Icnniiiiin. (ircnade.) (Clichc .1c l\Tulci(r.l
guete(fig. 476). La critique en a fait jadis honneur au rival de Michel- Ange, à l'Italien Pedro Torrigiano, puis a Gaspar Becerra. L'examen attentif des personnages, la comparaison du style avec celui des statues authentiques du musée de Valladolid, l'ensemble comme les détails confirment une attribution que personne ne discute plus aujourd'hui. La composition rappelle celle des Saints-Sepulcres
français, qui apparaissent pour la première fois en 1 370 sur le parement d'autel de Charles V (M. du Louvre) et dont l'hôpital de Tonnerre possède une représentation sculptée qui date de 1453.
San Jerônimo, que les monarques espagnols avaient affecté à la sépulture du Gran Capitan, Gonzalve de Cordoue (1443-1515), présente cette particularité d'avoir été construit et décore par des artistes appartenant aux écoles du Nord. Son architecte, Diego de Siloe {wp., p. 223), jouissait d'un renom de sculpteur que balançait seule sa réputation d'architecte. On lui commanda une Vierge - ~ très belle — le retable du maitre-autel et, sans doute aussi, les statues orantes de Gonzalve et de sa femme. Maria Manrique, duchesse de TerranoVa y Sesa (fig. 477). C était un travail considérable dont il n'aurait pu accepter la charge s il ne se fût entouré de nombreux collaborateurs. Le licencie Velasco composa le retable d'après les dessins du maitre ; Pedro de Uceda
Fig. 477. — Diego de Su. 01
AIaria Manrique.
(San Jéronimo, Orenacie.)
(CAiché de r auteur.}
FiG. 478. — Diego de Siloé.
(Fraf,--. di( retable de San .léntuimo )
iCliché de l'aiitenr.)
ESPAGNE
modela, les figures ; les sculpteurs Juan de Aragon, Pedro Orca et Domingo de Navas furent chargés de tailler les personnages et les ornements que Pedro de Raxis dora et polychroma (fig. 478). L'un des bas-reliefs montre l'artiste peignant le retable. La palette rectangulaire qu'il tient a la main présente à chaque angle un creux en forme de godet où il puise avec son pinceau pour composer le ton qu'il prépare. L'un des godets est rempli de blanc ; les autres contiennent de l'ocre jaune, du brun rouge et de l'indigo. Ce sont les couleurs employées dans la décoration et les peintures des églises romanes (sup., p. 129; fig. 125,264 a 268) et les
seules auxquelles les polychromistes espagnols eurent longtemps recours. Au nombre des imitateurs de Berruguete, on compte Andrés de
Najera, l'auteur des stalles de
San Benito (fig. 479) ; Gaspar
de Tordesillas, a qui 1 on doit
le retable de San Antonio Abad
(M. de Valladolid) ; Tudedilla,
qui décora la clôture du chœur
de la Seo de Saragosse ; Juan
Rodriguez et Geronimo Pelli-
cier, dont le retable de l'église
du Parral caractérise la collaboration. Mais le véritable émule
et successeur du maître de Pa-
redesfut Gaspar Becerra (Baeza,
1520; Madrid, 1571). Durant
son séjour en Italie, frequenta-
t-il, lui aussi, l'atelier de Michel- Ange ? On l'a dit et ses œuvres
en témoigneraient, bien que Vasari, qui l'eut pour eleve, ne le
compte pas au nombre des disci-
Fig. -179. — Andrés de Najera.
Saint Jean. Stalles de San
Benito el Real.
(Musée de Valladolid.)
(Cliehé Lacoste.)
BECERKA. CIKALTE. TOKRICIANO
I'k;. 480. — Gaspak Becerra. — Maternité.
(Retable de la cathcJrale d\{storf,^a.)
(C.lichù de l'auteur.)
pies du grand maitre florentin. Nomme pemtre etsculpteur'de Philippe II dès son retour en Espagne (1561), Becerra travailla d'abord a la décoration du Pardo, puis il peignit à fresque l'Alcazar de Madrid et sculpta pour l'infante dona Maria le retable du couvent de las Descalzas Reaies de la même ville et, pour la
reine dona Isabel de la Paz, la statue de Nueslra Senora Je la Solilud. Le magnifique retable dont il dota la cathédrale d'Astorga fut son dernier ouvrage (fig. 480).
Francisco Giralte, qui sculpta le retable et sans doute la belle porte de la chapelle de YObispo a Madrid (lig. 482), et Diego de Solis, à qui l'on attribue les stalles de la cathédrale d'Orense (fig. 481), illustrèrent également la sculpture espagnole.
Après avoir détermine la transformation des écoles du Nord, l'Italie allait triompher en Andalousie. Cette évolution fut préparée par divers artistes, tels que Nicoluso Pisano et Miguel dit le Florentin ", mais avant tout elle fut 1 œuvre du célèbre émule et condisciple de Michel- Ange, Pietro Torngiani, connu en Espagne sous le nom de Pedro Torrigiano (Florence, 1470 ; Séville, 1522). En Andalousie, Torrigiano est représenté par un Saint Jérôme pénitent (fig. 483) et une Vierge du musée de Seville (fig. 484), par un autre Saint Jérôme de l'église Santa Ana de Grenade et par quelques médaillons de marbre. Les statues sont exécutées en terre cuite et polychromees. Ces exemples montrent combien était factice l'indignation contre la sculpture peinte qui s'empara de l'Italie vers le temps de Torrigiano, puisqu'il suffisait aux artistes de quitter leur patrie pour asso-
FiG. |8i. — Diego de
Sdi.is. — La Tentation
(Stalles de la cathédrale
d'Oreiifel (Cliché de raulciir.)
Fiu. 482. — Francisco Giralte.
JOSUÉ ARRKTANT LE SoLEIL.
(Porte lie la cimpcllc de robispo. Madrid.)
cier la couleur à la forme.
Goya tenait le Saint Jérôme
pénitent pour le chef-d'œuvre
de la sculpture moderne. Cette
appréciation est exagérée, car à
Séville même quelques statues
de Montanés soutiennent la
comparaison \comp. fig. 502).
La Vierge porte des vêtements
d étoffe unie, bien différente
des damas en vogue a cette
époque. Au point de vue du
modelé, je signalerai l'accentuation des formes féminines,
tandis que les vierges et les
saintes qui repondent au sentiment espagnol se distinguent
par une beauté d un caractère
plus idéal.
Les chefs de l'école de peinture répondant a la période où fleurit
l'architecture platéresque, Hernando de Llanos et Hernando de
Yâtïez de la Almedina, étaient originaires de la Manche. Le 1 " Mars 1 502, ils reçurent la commande des volets de bois destinés au retable d'argent — aujourd'hui fondu — qui surmontait le maitre-autel de la cathédrale de Valence. Sur ses deux faces, chaque volet (5 m. 85 sur 2 m. 25) porte trois tableaux superposés. L'œuvre est vigoureuse, d'un coloris puissant et d'un grand charme. Yanez l'emporte en science sur son collaborateur ; Llanos, en fidélité a la tradition nationale ; il garde même quelques accents mudéjars. L'un et l'autre sont les disciples de maîtres appartenant a l'école du Pérugin et de Léonard de Vinci.
L'inoubliable sourire de la Joconde éclaire les visages de femme.
Fig. 483. — ToRRiGiA.No.
Saint Jérôme.
iMu&ée de Séi'ille.)
(Cliché de l'auteur.)
PEINTRI-.S 1)1. LA Pl'.niODi: P 1. A r 1. RI-.SQU E
L'élève favori de Llanos fut Vicenle Macip. Ses jieintures, ou se révèle le désir d'imiter Raphaël, sont exécutées dans un sentiment religieux qui en fait le principal mérite. Ce sentiment s'exalte encore chez son fils, Juan de Juanes (Fuente la Higuera, 1 507 ? — Bocairente, 1579), un artiste consciencieux, d'une individualité fort accusée et à qui la critique n'a pas toujours rendu justice. Un séjour en Italie, durant lequel il reçut, dit-on, les conseils de Jules Romain, lui fut profitable, mais n'amoindrit pas sa personnalité. Les têtes de christ étudiées avec amour et piété lui appartiennent au propre fig. 484. — Toiuugiano.
(fig. 485). Dans ses portraits, d'ailleurs La Vierge et le Divin Enfant.
excellents, il rappelle le Bronzino. '""'"i '' '""'";'
Bien que Luis de Vargas (1502- 1 568) procédât, comme Juan de Juanes, de 1 école de Raphaël, des différences notables existent entre les deux maîtres. Elles tiennent à ce que Luis de Vargas défendit moins sa personnalité que Juan de Juanes. Son célèbre tableau dit de la Gamba (cathédrale
de Seville), qui représente la génération temporelle du Christ, est une peinture italienne, correcte, d'une couleur chaude et dorée, mais d une clarté uniforme et où la formule se substitue trop souvent à 1 émotion.
Luis de Vargas est encore l'auteur d'une Adoration (les Bergers{^g.4Q6) et d'une Piéta (fig. 487) ou l'on relevé les qualités et les défauts de la Gamba et d'un Jugement dernier (Couvent de la Misericordia, Séville) dont il ne reste que des vestiges. Cette distinction un peu conventionnelle, cette correction académique furent communes à tous les peintres valenciens et andalous de l'époque de Vargas.
Fig. 485. — JiîAN DE JrANEs.
•■ EccE Homo ".
lMi(sée du f'nido.)
(Cliché Hachette.)
FiG. 486. — Llis de
Vargas. — Adoration dks
Bergers, (l'artic centrale du
retable de la chapelle
du Xaciniieiitn. Serille.)
(Cliché Lacoste )
~ ESPAGNE
Aucun d'eux ne laissait présager l'éveil prochain d'une école promise aux plus glorieuses destinées. En effet, 1 époque arrive ou l'architecture plateresque perdra son caractère pour se rapprocher de 1 architecture italienne pseudo-classique ; en revanche, la peinture et la sculpture, brisant les liens qui les retenaient captives, ne s'inspireront que de la nature, n obéiront qu'au génie national. Cette époque est celle que l'Espagne isole et célèbre sous le nom de Siècle d'Or.
Le Siècle dOr comprend la période qui s'ouvre vers 1 560 et se prolonge jusqu'à la fin du XVll s. Il est pareil à une merveilleuse couronne où s'enchâsseraient les gemmes les plus précieuses qu'ait produites le génie espagnol : Fray Luis de Leôn, Cervantes, Guillén de Castro, Lope de Vega, Calderôn, dans la littérature ; Murillo, Vélasquez, dans la peintu-
re ; Juan de Juni, Gregorio Fernândez, Montafiés dans la sculpture ; Morales, Salinas dans la musique. Seule, l'architecture est en décadence. Le Siècle d'Or est pour elle le Siècle de l'Escorial (fig. 488, 489).
Commencé en 1 563 par Juan Bautista de Tolède et terminé en
I 584 par Juan de Herrera, le monastère royal de San Lorenzo pesé de la masse triste de ses granits sur la période que ferme, à Saragosse, Nuestra Senora del Pilar (fig. 572).
II fut fondé par Philippe 11 pour accomplir un vœu fait a saint Laurent dont il avait canonné l'eglise pendant le siège de Saint-Quentin. Aussi bien,
Fig. 487. — Liis de Vargas.
Piéta. (Retable de Santa Maria
la lllajica, Séville.)
(Cliché Lacoste.)
L'ARCHITECTURE AU Sli.CI.E f)OR
Fio. 488. — Ji'AN DE Herrera. — Monastère royal de San Lorenzo. (El Escorial.) (Cliché l.acasle.)
rédifice a-t-il la forme d'un gnl (280 m. sur 1 56), afin de rappeler sur quel instrument de supplice le samt souffrit le martyre. Le manche est figuré par le palais, et les pieds sont représentes par quatre tours hautes de 55 m. (fig. 488).
Le patio de los Rêves, où l'on pénètre d'abord, est bordé de colonnes sur deux côtés. Au fond, s'élève la façade de l'église, précédée de larges degrés et ornée de six colonnes doriques portant les statues colossales des rois de Juda. Tout cet ensemble est austère, gns et compassé.
L'église, dont les dispositions furent copiées sur celles de Saint- Pierre de Rome a l'époque où triomphait la croix grecque avec Perruzzi et Michel- Ange, est traitée dans le même esprit que les façades (fig. 489). Seule la Capilla Maxtor {sài exception. Le retable, haut de 30 m. environ, est l'œuvre de Giacomo Trezzo de Milan. C est un monument classique, aux ordres de colonnes étages, construit en marbre de couleur, couvert d'ornements dorés, peuplé de statues de bronze plus grandes que nature et orné de peintures par Pellegrino Tibaldi et Francisco Zuccaro. A droite et a gauche, s'ouvrent les oratoires, également ornés d'une profusion de marbre et de dorures, où sont placés deux groupes célèbres, modelés et fondus en bronze par Pompeo Léoni (/n/., p. 255) — du côté de l'Evangile, Charles-Quint et sa famille ; du côté de l'Epitre, Philippe 1 1 et les siens. — Enfin, du même côte de l'Epitre, on voit une sorte de fenêtre d'où Philippe 1 1 assistait aux offices sans sortir de ses appartements et sans quitter son fauteuil de goutteux.
Fie