‹ Espagne et PortugalChapitre 91 sur 181 · Eglise de i.Escorial · texte numérisé non relu

Eglise de i.Escorial

Nef et abside.

(Cliché Lacoste.)

ESPAGNE

Le caveau royal fut construit au XVI 1' s. par Crescenzi. L'escalier, le Pudridero où les corps séjournent cinq ans et la salle octogonale où ils sont portes après ce délai sont d'une richesse excessive. L'entrée occupe un des côtés de l'octogone et l'autel le côté opposé. Sur les six autres sont disposées quatre rangées de niches renfermant chacune un cippe de forme antique en marbre noir avec un cartouche au nom du monarque dont le tombeau a reçu la dépouille.

Bien qu'elle fût en opposition avec le génie artistique de la nation, l'architecture froide et nue de l'Escorial jouit d'un demi-siècle de faveur. La sévérité du style s'accentue même à Valladolid, dans la cathédrale de l'Asuncion, commencée en 1 585 par Juan de Herrera sur des dimensions

si colossales qu'elle n'a jamais été finie, et dans l'église de l'incarnacion, édifiée à Madrid par Juan Gomez de Mora.

Déjà l'architecture s'humanise dans l'immense Séminaire Diocésain ou Seminario Concilier (20 000 m. q.) dont les Jésuites firent dresser le projet par ce même Juan Gomez de Mora et dont la première pierre fut posée le 12 Novembre 1617, sous le règne de Philippe 111 (1598- 1621). Il est vrai que, les travaux ayant duré 1 38 ans, chaque étage reflète le goût de l'époque où il fut construit (fig. 490). Le fronton avec son cadre sinueux au centre duquel se détache VAs-

FlG. 490. — Jl'AN GO.MEZ DE MORA.

SÉMINAIRE Diocésain.

(Salcimaiique.)

(Cliché de Vauteur.)

AKCIH I I.CTL'RI- CiriLE

soniplion de la Vierge et que surmonte un Saini Ignace colossal est deja très orné. Mais les clochers latéraux, le dôme central, les contreforts et les pmacles, d'ailleurs de grande allure, sont d'une richesse encore plus accusée. L'église est en croix latme à trois nefs. Les bascôtés sont sépares de la nef centrale par quatre belles arcades auxquelles repondent autant de chapelles des collatéraux. Un entablement d'ordre dorique avec métopes, tnglyphes et corniche saillante supporte la voûte plein cintre. Au-dessus de chaque chapelle existe un balcon qui court le long du transept et du chœur. Enfin le dôme octogonal repose sur des pendentifs décorés d'immenses écus aux armes d'Espagne.

Le règne de Philippe IV (1621- 1 565) se signale par la construction de San Isidore el Real, la cathédrale toujours provisoire de Madrid. Des revêtements de marbre, des pilastres décores de bronzes dores, un étage en triforium compose de tribunes ou plutôt de loges de théâtre donnent a l'intérieur un caractère mondain que ne laisse pas pressentir la nudité de la façade.

Les constructions civiles sont moins sévères que les constructions religieuses. Juan de Herrera luimême se départait en pareil cas de son excessive froideur, comme en témoignent les maisons qu'il a bâties (flg. 491) et le bel escalier de la Lonja de Seville (1583-1598).

F.G. 402 - AsTORr.A. L^ ^^^ç observation

HOTEL DK VIl.l.K. • r ■ 1 Dl

(Cliché dérouleur.) S applique a la rlaza

FiG. 491 . — JUAN DE

IIi:rrkra. — Maison dk José

ni-; !.A C.Ai.i.K. (Plasciicia.)

(Clichc Lacinilc.)

ESPAGN-E

FiG. 493. — ToLÈDi;. — Cathédrale. Salle

DU CHAPITRE, d'après MaDRAZO.

iClichO I.acnMc )

Mayor de Madrid, dont les maisons à portique furent exécutées pourtant d après les plans de Juan Gomez de Mora, sous le règne de Philippe 111.

C'est vers la fin du XV' s. seulement que furent élevées les premières Casas Consistoriales ou Ayuntamienlos (hôtels de ville). Jusquela, les assemblées ordinaires des corps municipaux s'étaient tenues chez V Alcade Maxtor et les séances solennelles devant la porte ou sous le cloitre des cathédrales.

Seville, Grenade, Cadix, Ciudad Rodrigo sont dotes d'hôtels de ville de style plateresque en rapport avec leur importance, sans caractère distinctif.

L'hôtel de ville de Tolède, bâti vers 1575 par le célèbre peintre Domenico Theotocôpuli (Domenikos Theotokopulos) dit el Greco " (le Gréco ; p. 267 a 269, 283), et terminé sous le règne de Philippe 111, ainsi que ceux de Léon, Lugo et Astorga (fig. 492), présentent au contraire des traits communs. On les retrouve encore dans YAyuntamiento de Madrid, bien qu'il occupe un palais adapté à sa destination actuelle.

La distribution intérieure des maisons d'importance moyenne ne

s'est pas modifiée. Celle des palais subit l'influence de la France et de l'Italie ; les cours tendent à s'y substituer aux patios. La décoration, elle-même, est devenue plus classique qu'à l'époque de Charles-Quint.

Fui. 494. — Ji'AN DE JuNi. — Christ gisant. Dans le mobilier s'in-

(Fvairment du Saint Sépulcre de San-Francisco. } j j j^ l'usage des tentUiMusJe de Valladolid.) r • j

(Ciiciw de i\Tuieuy.) res volantes formées de 25o

DECOHATION INTÉRI FAIRE

laizes de velours ou de damas — parfois alternées — bordées d'un galon, rattachées les unes aux autres par des aiguillettes d or, terminées dans le bas par une frange de même métal et engagées sous un lambrequin supérieur (hg. 493). Des tapis analogues sont jetés sur les tables. Quant aux sièges, ils ressemblent beaucoup à ceux qui étaient en usage en France. Les cabinets de style italien paraissent avoir été fort goûtés.

Quelques années avant le retour de Becerra en Espagne (1516), don Pedro Alvarez de Acosta, evéque de Porto, aurait fait venir de Rome Juan de Juni,

FiG. 495. — Ji'AN DE Ju.Ni. — Descente de

Croix. (C.athidralc de SOffovic.)

(Cliché de l\iiiU'i(r.l

FiG. 49Ô. — Juan de Juni.

Vief<(;e des Épées. (Église de

Liis AiiiTKstias. Valladolid.l

(Cliché de l'auteur.)

FiG. 497. — Cristobal Velasqlez.

L'Annonciation. (Église de Las

Angustias. Valladolid.)

(Cliché de l'auteur.)

ESPAGNE

FiG. 498. — HerinAndez.

Baptême du Christ.

(Miisce de Willad^lid.)

(Cliché I.aciislc.)

sculpteur, peintre et architecte, pour le charger de construire son palais épiscopal. Les biographes ajoutent que, ce monument terminé, Juan de Juni se rendit à Osma, puis a Santoyo et, enfin, à Vailadolid, où il mourut.

En vente, bien des points restent obscurs dans la vie de ce grand artiste. On ignore même sa patrie. S'il ne vit pas le jour sur les bords du Tibre ou de l'Arno, il étudia les arts dans l'atelier de Michel- Ange et, s'il ne naquit pas Espagnol, il le devint par adoption.

Le suprême service que Juan de Juni rendit aux écoles du Nord fut de leur montrer une autre fin que la décoration des retables à

compartiments. La Descente de Croix de la cathédrale de Segovie passe en Espagne pour l'œuvre capitale du maitre (fig. 493). L'Ensevelissement du Christ {Entierro de Cristo), du type traditionnel des Saints-Sépulcres {sup.,p. 241), et qui fut exécuté pour un couvent de Vailadolid, parait préférable (fig. 494). Le modelé est d'un réalisme que la couleur accroit encore.

La tète et les membres du Sauveur sont marbres de taches livides. Le sang ruisselle des blessures ; les plaies sont rendues avec un scrupule qui n'est jamais en défaut. Certes, le morceau est superbe, mais la divinité du Christ disparaît derrière

Fig. 499. — IlERN'AiSDrz.

Vierge des Angoisses.

(Chapelle de la Cr»^,

\-alladolid.)

(Cliché de railleur.)

/(.y.-i.v DI-: ju.vi

l'humanité du supplicie. Ces légères fautes de goût, compensées par la grandeur artistique de l'œuvre et la vaillance de l'exécution, s'atténuent pour ne laisser briller que les qualités de l'artiste dans la Virgen de los Cuchillos {Vierge des Epées, fig. 496), une variante de ces Vierges de Pitié qui apparaissent pour la première fois dans les manuscrits français du XIV s. finissant. Affaissée au pied de la croix, les jambes repliées dans l'attitude particulière que prennent les Espagnoles durant les offices religieux, le visage tragique, sillonné de larmes, la mère du Christ a la beauté d'une femme que les ans ont ménagée tout en laissant des traces de leur passage. La robe est rouge fonce, damassée ton sur ton ; le manteau est indigo, réchauffé par des arabesques brunes d'un beau dessin. La figure semble dorée ; le dernier rayon de soleil du Golgotha l'enveloppe et l'illumine.

Cristobal Velasquez, de qui l'on connait une très belle Annonciation (fîg. 497), dans cette même église de Las Angustias ou l'on admire la Virgen de los Cuchillos, occupe une place honorable à côté de Juan de Juni.

Gregorio Fernàndez ou Hernândez, le maître incontesté de l'école castillane (Galice, 1566 ; Valladolid, 1636), ne s'inspire ni de Berru- F'*'- 5ui. — Jlan deArfe. — Don Cristobal

• 1 D C DE ROJAS Y SaNDOVAL.

guete, m de Becerra. bon ^^^,^ p^^,.^^ ^^,.„,^^^

œuvre ne présente aucune icuché Lacoste.)

Fig. 5oo — Juan de .\ki-e.

Saint Michel.

{Miiscc de Salamanqiic.l (Cluhc I.acn^tc.l

mWJJÊ ^!^mm

^^^^Sy ^"^M m

mM

^ÊÊk

FlO. 502. — MONTANÉS. SaINT

JérÙ.me. (Retable de San Jcronimo,

à ^ Saiitipoiicc.}

{('.licite de railleur.)

■ ESPAGNE

trace de formules, aucune recherche apparente, aucun effort visible. Sa perfection les ignore. Alors que Juan de Juni recourt aux damas participant de l'éclat de l'or, le maître galicien semble travailler sur l'argent et l'ivoire, et, qu'il peigne des chairs ou des étoffes, il les rend avec un égal souci de la vérité. Les œuvres ou cette gamme apaisée fait défaut lui sont attribuées a tort. De ce nombre, sont les groupes ou pasos du musée de Valladolid, que les membres des confréries portaient dans les processions durant la semaine sainte. Il y a dans ces figures vigoureuses la plus étrange collection de rufîans, de valets de bourreau et de bandits qui se puisse rêver en une nuit de cauchemar. Sous les apparences des persécuteurs du Christ, les suppôts du monde picaresque ressuscitent avec leurs visages

enluminés, leurs vêtements déguenillés, leurs faces patibulaires.

En revanche, la Pietà et le Baptême du Christ (fig. 498) du musée de Valladolid appartiennent bien en propre a Hernàndez. Il en est de même de la Virgen Je las Angustias [Vierge des Angoisses, fig.

499), le chef-d'œuvre de la statuaire peinte du Nord. Les yeux profonds, cernés d'une auréole bistre forment deux taches tragiques sur la ligure pâle qu'accompagnent les lèvres décolorées de Marie. Une cape grise avec un simple filet blanc sur le bord et, au-dessous de la cape, un voile en mousseline crème borde d'une raie noire très fine entourent le visage.

La tête, comme les étoffes légères

Fig. 5()3. — Monta55és.

Crucifix. iSacrislie de Los Calico

i^alhèdrale de Séville.)

(Cliché Lacoste.)

GRF.CORIO IIKRN ÂNDEZ

Fh;. 504. — MoMANÉs. — Christ

TOUT-PUISSANT {San I.orcn^ii. Sci'illc.)

(Clichc de railleur.)

qui l'enveloppent, prennent ainsi un aspect aenen.et céleste, tandis que la robe brune avec des reflets sanglants et la note docre jaune mise au revers des manches ramènent la pensée vers la terre. Une draperie d'un noir bleuté, tel un manteau de deuil, tombe en grands plis sur le sol. Les yeux et les larmes, qui des paupières roulent sur les joues sont en verre. Très habilement rattachées à la polychromie, ces incrustations en augmentent l'effet saisissant. Antenor et Phidias avaient précédé Juan

de Juni et Gregorio Hernàndez dans cette voie pleine de périls.

Hernàndez n'était pas mort, sans doute, quand un artiste portugais,

Manuel Peyrera (? 1600-Madrid 1667) vmt s'établir a Madrid.

Sa réputation grandit très vite. Le Sainl Bruno de la Chartreuse

de Miraflores montre qu'elle était méritée. La statue est peinte sans adjonction d'or ni de damas. Seules, la mitre et la crosse portent des traces de métal et tranchent sur les blancs de la robe et du scapulaire, dont la tonalité chaude et puissante laisse deviner par transparence un dessous métallique.

L'histoire de la sculpture en Castille serait incomplète si l'on ne citait pas les œuvres des Léoni, qui, durant trois générations, furent les favoris de Charles-Quint puis de Philippe II, et qui exercèrent une action incontestable sur la technique des fondeurs espagnols. En outre des groupes et des figures exécutés pour l'Esconal, ils sont

FiG. 5o5. — MONTANÉS.

Lmmaclikk Conception.

(Cathédrale de Sérille I (Cliché de Vaiileiir.)

ESPAGNE

FiG. 5o6. — MontaSés.

Saint Bruno. iCalli. de Cadix.)

(Cliché I.acdUtc.)

les auteurs d'un grand nombre de statues de bronze et de médailles à l'effigie des souverains.

Leur émule, Juan de Arfe (1523- 1603), était le petit-fils d'un célèbre orfèvre allemand, Enrique de Arfe, qui était venu en Espagne dans les dernières années du XV s. Bien que Juan de Arfe ne prit que le titre modeste de escultor de plata y oro, il brilla d'un vif éclat à côté des Léoni. Le sculpteur d'or et d'argent a fonde sa renommée sur des custodias (monstrances), — il en fit deux pour Valladolid, d'autres pour les cathédrales de Burgos, d'Avila, de Séville et de Santiago de Compostela, — et sur un Saint Michel terrassant le démon (fig. 500).

Comme statuaire, l'œuvre capitale de Juan de Arfe est la figure

crante de Don Cristobal de Rojas y Sandoval, archevêque de Séville

(fig. 501 ). La mort surprit l'artiste avant que la figure ne fût coulée.

Aussi bien, la fonte en fut-elle surveillée par Lesme Fernandez del

Moral, sous la direction de Pom-

peo Léoni. Cette circonstance a

donné lieu à des confusions qu'il

importe de dissiper, car il s'agit d'un

chef-d'œuvre.

D'autres sculpteurs d'argent, Ver-

gara el Viejo, Cristobal de Andino,

Antonio Suarez et Juan de Bena-

vente jouirent, a côté de Arfe,

d'une juste célébrité {inf., p. 285).

Le constater, c'est faire leur éloge.

Le véritable émule de Gregorio

Hernândez fut, dans le Sud, Juan

Martinez Montafiés (Alcala la Real,

prov. de JaeP: vers 1 564 — Se ville,

1649). Sa première œuvre bien

Fig. 507. — Ai.ONSO Cano.

SoLEOAi). (Sailli! Aim. Grenade.)

(Cliclié de l'auleiir.)

y. M ARTI NEA MONTAMES

datée remonte a 1607. Quand il l'exécuta, il devait avoir plus de quarante ans. Les caractères dominants de sa personnalité artistique sont la foi et la sincérité. A ce point de vue, il se

rapproche de Gregorio Hernàndez. Nul, plus que lui, n'a le respect de la vérité, ni un sentiment plus vif de la convenance, de la noblesse et de l'esthétique qu'exige l'association de l'idéalisme chrétien à la reproduction des formes humaines. Il est l'honneur de l'école ; il élève la sculpture polychrome espagnole a un haut degré de splendeur ; il plane dans les mêmes régions que Velasquez et Murillo, ses adm.irateurs et ses frères par le génie.

Montanes (fig. 538) employa deux années (1610-1612) a composer et a tailler le magnifique retable et les statues que les hiéronymites avaient commandées pour leur monastère de San Isidoro del Campo, situé a Santiponce, dans les environs de Séville. Le Saint Jérôme, qui égale en beauté plastique le chefd'œuvre de Torrigiano (fîg. 483), se détache sur un paysage aux tons assourdis (fig. 302). Les chairs semblent peintes sur un vieil ivoire dont on aurait ménagé par endroits la patine dorée.

Le Crucifix des Calices, exécuté par le maître dans la belle période de sa vie artistique (1614), est peut-être la suprême image du divin supplicie (fig.

503). La polychromie en fut confiée à Pacheco, qui la traita dans la manière

Fig. 5o8. — Alonso Cano.

(]iiEK DE SAINT Jean-Baptiste.

(San Juan de Dios, Grenade.)

(Cliché Linares.l

Fig. Soq. — Alonso Cano.

Sainte Anne, la Vierge

ET le Divin Enfant.

((.aihédrale. de Grenade.)

iCtiché de raitteur.)

ESPAGNE

FiG. 5io. — Pedro RoldAn. — Saint

SÉPULCRE. (Retable de la CarUiad,

Grenade. I

iCliehc Beaucliwt

de San Pedro de Vergara (pro. basque).

Il était réservé à Montanés, tout en recueillant l'héritage de ses devanciers, de donner une représentation idéale de Marie conçue sans péché. Sa première Concepciôn {Immaculée Conception) date de 1 630. Marie médite sur le mystère de sa naissance ; aucune pensée funèbre ne l'en distrait ni ne l'attriste (fig. 505). Montanés, sans accentuer les formes féminines à la manière de Torrigiano (sup., p. 244; fig. 484), avait cependant choisi pour modèle une Andalouse dans tout l'éclat de sa beauté. Si les lignes du corps sont chastement atténuées, elles n'en donnent pas moins une grâce particulière aux plis de la robe et du manteau. Tel est le thème que le maitre variera dans les détails, mais auquel il restera fidèle et que les peintres et les sculpteurs reproduiront si souvent après lui.

Le retable et le Saint Bruno (fig. 506) de la cathédrale de Cadix (1641) sont les

mate qu'il préconisait. Elle est très poussée, très harmonieuse et fait grand honneur au peintre dont elle est l'œuvre {in/., p. 262-263).

Ce fut en 1619 que Montariés conçut l'idée de ces Christs Tout-Puissants (fig. 504), de ces Christs de la Passion et de ces Christs Agonisants, a qui sa piété et son talent donnèrent une expression si douloureuse.

Le premier en date fut exécuté pour la célèbre confrérie du Cristo del Cran Poder. Le second (1623), connu sous le nom de Sehor de la Pasién, appartient au couvent de la Merced Calzada de Séville. Le dernier est à l'église

Fig. 5ii. — Pedro Mena. — Sainte Marie- Madeleine.

(Visitaeiôn, Madrid.)

ALONSO C.-JAO

"iG. 5i2. — J. A. Gix-ON. — Christ

Agonisant.

iChap. de Triana, l-'aiib. de Séville.)

(Cliché de l'auteur. )

derniers travaux de Montanés sur

lesquels il existe des renseignements.

Alfonso Martinez, Alonso de

Mena, Luis Ortiz, l'abbe Juan

Gômez, l'abbe Solis et Alonso Cano

recueillirent l'héritage du grand

maître sevillan.

Alonso Cano, de qui l'école de

Séville reçut un lustre nouveau,

naquit à Grenade, le 1 7 Mars 1 601 .

De bonne heure, il vint à Séville,

où il étudia la peinture dans l'atelier

de Pacheco et la sculpture dans

celui de Montanés. Il travailla beaucoup aussi d'après les statues antiques que renfermait la célèbre Casa

de Pilalos {sup., p. 169). De cette

époque datent les deux retables de

Santa Paula (Séville), qu'il projeta,

sculpta, dora et peignit, dit-on, à lui seul. Il avait à peine vingt-six

ans. On connaît encore de sa jeunesse une Concepcién placée sur la

porte des religieuses de ce nom, une seconde appartenant à la paroisse de San Andrés et quelques statues de moins grande valeur.

Alonso peignit plus peut-être qu'il ne modela (/n/., p. 275). Les tableaux qu on lui attribue sont en effet nombreux et pour la plupart authentiques. Il n'en est pas de même des statues. Sous le bénéfice de cette observation, je choisirai parmi les sculptures dites d'Alonso Cano celles qui me paraissent être de sa main ; mais je ne réponds pas que dans le nombre il ne se glisse une figure de Diego de Pesquera, de qui la cathédrale de Grenade possède des oeuvres faussement attribue'es à Torrigia-

FiG. 5i3. — Tombeau de Lorenzo

SUAREZ DE FiGUEROA.

(Cathédrale de Hadajoi^.)

(Cliehe de l'auteur.)

FiG. 514. — Pacheco. — Caïalina de

Erauso. La nonne porte-étendard.

(Prupriété du Marquis de Seoane.)

(CJichc Lacnftc.l

ESPAGNE

no, de Pedro de Mena ou de José de Mora, qui s'appropria la manière de son maitre et copia ses principales œuvres avec autant de fidélité que de talent.

Le Saint Bruno (demi-nature) de la Chartreuse de Grenade jouit en Espagne d'une réputation méritée. Le visage pâle du moine, ses mams exsangues, sa robe, son scapulaire blancs ne semblaient pas se prêter à la polychromie. L'artiste a triomphé de la difficulté et a su varier le blanc des chairs et des laines jusqu'à leur donner une véritable richesse de ton. Il arrive à ce résultat en peignant les vêtements sur un fond d'or. L'artifice était d'ailleurs connu de tous les damasseurs (sup., p. 255).

La Soledad {Isolement moral, privation de tendresse) reproduit en relief la Vierge célèbre qu'Alonso Cano peignit sous ce nom pour la cathédrale {inf., p. 275). La figure et les mains ont cette pâleur mate caractéristique du teint de la femme andalouse ; le blanc laiteux de la robe et du voile et le noir bleuté de la cape, loin de se nuire, sont ramenés a l'harmonie, grâce a des reflets étudiés avec une grande adresse. Enfin, un galon violet clair, tissé d*or et d'argent, borde les manches et jette une note de couleur discrète sur cet ensemble sévère (fig.

A côté de ces œuvres maîtresses, se placent un Chef de saint Jean-Baptiste (fig. 508) et une Anna selhdritte

Fk

. 5i5. — Pedro Campana.

Descenie de <;roix.

iCalh. de Sèville.) (Cliché Lacoste.)

PF.niiO ROI.DAN

Via. 5iD. — Luis dk Morales.

La Vierge et le Divin Enfant.

(Musée du Prado.)

(Clichc ILu-hclle.)

(fig. 509, comp. hg. 366) attribuée

aussi a Diego de Pesquera. Les

trois générations sont reunies dans

une composition pleine de charme. Bien au-dessuc de José de Mora,

se place un autre élevé de Cano,

Pedro de Mena, l'auteur du SainI

Françoi.s J'/1,s,s/.se de la cathédrale

de Tolède, d'une Sainte Marie

Madeleine (hg. 511) et d'autres

œuvres justement renommées.

A l'époque où fleurissait l'école

de Grenade, Pedro Roldàn ( 1 624-

1 700) perpétuait a Seville les

grandes traditions de l'atelier de

Montanés. Elles revivent dans le

retable de la paroisse de l'église

métropolitaine de Seville et dans

celui de l'hôpital de la Caridad. Le

retable de la Caridad (fig. 510) représente la mise au tombeau.

Le Christ et les figures placées autour du Saint Sépulcre sont

traitées en ronde-bosse; celles des derniers plans se détachent

à peine du fond. C'est un morceau unique. 11 est juste d'ajouter que le bas-relief fut peint par Juan Valdes Leal (/n/., p. 278) et que Murillo (/n/., p. 275 à 277) aida le polychromiste de ses conseils, sinon de son pinceau.

En même temps que Pedro Roldân, vivait à Séville Juan Antonio Gixon, l'auteur d'un Cristo de la Espiraciôn (Christ Agonisant), qm est, lui aussi, une perle de l'art chrétien (fig. 512).

Le Sud, comme le Nord, eut des sculpteurs d'argent et de bronze. Vers l'époque où Bartolomé Morel faisait pour la cathédrale de Séville le Tene-

FlG. 517. — S.\NCHEZ COELLO.

Don Carlos.

(Musée du Prado.) (Cliché .4 nderson.)

FiG. 5i8. — Sànchez Coello.

DoNA ISABEL Clara Eugenia.

(Musée du Prado.)

(Cliché Lacoste.)

^ ESPAGNE

brario (1562) — lampadaire en éventail haut de huit mètres et décoré de qumze figures — et la statue colossale de la Foi qui surmonte la Giralda ( 1 568), un artiste mconnu — peut-être un Italien — exécutait en bronze vénitien la dalle tumulaire de l'ambassadeur Lorenzo Suarez de Figueroa (fig. 513). C'est une œuvre que Torrigiano aurait pu signer.

Tandis que de nombreux peintres espagnols instruits a l'école des maitres florentins et lombards retournaient dans leur patrie, Charles-Quint et Philippe II appelaient a leur cour des artistes italiens et flamands. Au nombre de ces derniers, était, notamment, Pedro Camparia ou de Kempeneer (1503-1580), l'auteur de la fameuse Descente de Croix de la cathédrale de Séville exécutée durant les vingt-quatre ans qu'il vécut en Andalousie

(fig. 515). Sous cette double influence, se formèrent trois écoles de méthode, de tendance et de tempérament distincts. La première est caractérisée par l'instruction générale que possèdent ses membres. La seconde réunit les réformateurs. La troisième comprend les peintres de portraits.

Les maîtres de la première école sont Pablo de Céspedes (1538-1608), Vicente Carducho (Carducci-Florence 1 578- Madrid, 1638) et Francisco Pacheco (Seville, 1571-1654), de qui l'on a El arie de la pintura, su aniigiiedad }) grandeza

Fig. 5io. — Sànchez (^oei.lo.

DoNA (-ATALINA MiCAEl.A (?).

(Musée du l'rado.) (Cliché Lacnsle.)

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