LES ARTS EN ESPAGNE. ITX
liera, aux statues et aux bustes retrouvés à Palmyre. Ce sont des ouvrages sommaires et très inégaux, difficiles à dater, et qui restent mêlés dans les vitrines avec des faux dus à l'imagination d'un horloger d'Yecla. La seule sculpture gréco-orientale d'Espagne qui soit une œuvre d'artist© et qui ait pu être attribuée à un Grec, est le fameux buste de femme retrouvé à Elche et conservé au musée du Louvre. Les Parisiens qui se préparent à un voyage d'Espagne doivent une visite à cette « Carmen » ibérique, parée comme une Salammbô.
La domination romaine. — L'art du Cerro de les Santos, dont l'apogée a été placée, sans preuves, au siècle de Phidias, paraît avoir survécu obscurément jusque sous la domination romaine. Après une première « Guerre de l'Indépendance », qui dura deux siècles, la soumission des régions les moins accessibles fut achevée au temps d'Auguste. La Gaule même n'a pas été romanisée plus complètement que l'Espagne, qui envoya à Rome des écrivains et des rhéteurs fameux, et un empereur tel que Trajan.
La plus grande et la plus riche des villes de l'Espagne romaine fut Mérida : aujourd'hui simple bourgade, dont le sol et les maisons sont remplis de marbres antiques, et qui peut montrer des ruines de tous les monuments officiels de ses plaisirs, y compris la naumachie. Tarragone, dont les murailles romaines ont été élevées très haut sur le soubassement des blocs cyclopéens, possède un petit musée de restes antiques, où l'on verra de beaux morceaux de sculpture décorative, provenant sans doute d'un temple augustéen de Jupiter. La tour funéraire et le petit arc de triomphe qui se sont conservés à quelque distance de la ville ne peuvent être comparés aux monuments romains de la Provence. Pour l'Espagne, ce sont les aqueducs qui apparaissent vraiment, selon le mot do Frontin, comme les témoins les plus solennels de la grandeur de l'Empire. L'aqueduc de Tarragone égale un « Pont du Gard », pour la beauté de l'édifice et du site ; les aqueducs de Mérida, cette « seconde Rome », sont dignes de la Campagne romaine; et la puissance d'Auguste et de Trajan semble régner encore sur le faubourg de maisons naines que domine l'aqueduc de Ségovie»
Les origines de Part chrétien. — Les sarcophages de marbre, décorés de reliefs, qui se multiplient dans tout l'Empire, après la diffusion des religions orientales, sont moins nombreux en Espagne qu'en Gaule. Ils semblent avoir été importés d'Italie ou de Provence. Les sarcophages à sujets chrétiens ont la même origine. Cependant l'Espagne a reçu, avant la fin de l'Empire, un nouvel apport d'art oriental, sans doute par le commerce des Syriens. On a retrouvé en Catalogne des restes particulièrement défigurés de chapelles à coupole {San Miguel^ dans l'ancienne Tarrassa). Des motifs géométriques d'origine orientale sont adoptés par les artisans barbares, incapables d'imiter la sculpture gréco-romaine# L'arc en fer à cheval se montre sur des stèles du ii" et du m* s. (dont l'une est au Musée archéologique); il est employé comme élément de décoration dans la plus grande partie de l'Espagne, longtemps avant l'invasion musulmane.
L'art visigothique. — Tolède entre dans l'histoire au temps où le roi visigoth Athanagild fixe sa résidence, vers le milieu du vi« s., sur le rocher qui a pour fossé le Tage. L'Espagne connut, sous le règne de ce Barbare et de ses successeurs, pendant un siècle et demi, une civilisation qui rivalisa avec celle du royaume ostrogoth d'Italie pour la culture du droit, de» lettres et des sciences. Les industries de luxe qui prospérèrent dans la