LXVI LES ARTS EN ESPAGNE
ligans^ à Gérone, San Père do Roda, etc.), en Aragon (San Pedro do Huesca), dans le pays do Léon la Vieille Castille, depuis San Martin de Frômista [près Palencia] jusqu'à Santo Domingo de Soria). L'école poitevine de sculpture semble avoir exercé une influence étendue on Espagne : <;ette influence peut se reconnaître aussi bien à Santo Domingo de Soria qu'à Sangûesa, en Navarre, où des façades sont couvertes d'arcatures et de reliefs, comme celles do Notre Dame la Grande, à Poitiers, et de la cathédrale d'Angoulôme. Il est probable que des artisans seront venus de cette région, avec les marchands ou les moines qui ont importé en Espagne tant d' « ouvrages de Limoges », dont quelques-uns, encore parfaitement conservés, n'ont pas d'égaux en France pour la grandeur et la richesse (statue de la Vierge de la Vega, à Salamanque; devants d'autel de San Miguel in Excelsis, près de Huarte Araquil, en Navarre, et de Santo Domingo de Silos^ au Musée de Burgos).
Les cloîtres romans d'Espagne, encore très nombreux, enclosent dans leurs colonnades des jardins dont quelques-uns sont aussi luxuriants et aussi parfumés qu'un jardin de mosquée. Les visiteurs qui se détourneront des orangers et des fleurs pour regarder les vieux chapiteaux historiés y liront mieux que partout ailleurs l'histoire des rapports artistiques qui ont uni si étroitement, au xii« et au xiii« s., la France du Midi et l'Espagne du Nord La sculpture toulousaine qui a établi ses avant-postes les plus lointains à Compostelle, pénètre en Navarre et dans le Haut Aragon : par le Somport, elle gagne Jaca (cloître de San Juan de la Pena) et Euesca (cloître de San Pedro); par Roncevaux, Pampelune (chapiteaux do Fancien cloître de la cathédrale) et Estella (cloître de San Pedro la Rua). La Catalogne doit moins à Toulouse qu'à la Provence; au contact de l'école savante dont le centre était à Arles, les sculpteurs catalans abandonnent le décor géométrique et barbare dont on trouve les restes dans les cloîtres peu accessibles A'Estany et de Lluça. Ils imitent librement l'art provençal et s'en dégagent bientôt pour regarder la vie et la transporter sur leurs chapiteaux en groupes spirituellement caractérisés. C'est une école vraiment catalane qui a travaillé, de 1150 à 1250 environ, aux cloîtres à'Elne (Pyrénées-Orientales), de Gérone, de Barcelone^ de Tarragone. Le seul artiste de cette école qui ait signé son ouvrage est Arnall Catell, auteur du charmant cloître de San Cugat del Valls^ près de Barcelone. La çculpture catalane du xii® s., comme l'architecture, a pu profiter du passage des Comaciui qui ont élevé dans le Roussillon des clochers massifs à « bandes lombardes ». La façade de l'église de lîipoll, véritable mur de bas-reliefs, rappelle par l'abondance de sa décoration les porches de Vérone.
L'Espagne est à peine moins riche que la France en peintures murales du moyen âge. Les plus anciennes de ces peintures, de style à demi français, sont perdues dans des églises catalanes voisines des Pyrénées. Le cycle d'images saintes qui décore les voûtes du narthex funéraire de San Jsidro do Léon est d'une conservation remarquable. Les fresques de la salle capitulaire de Sijena (Aragon) sont d'un style archaïque pour la date (xiii« s.), et superbe. Le Musée de Vick a réuni nombre de très anciens panneaux peints, des devants d'autels du xi« au xiii» s., qui forment une série unique en Europe.
Les monastères cisterciens. — Vers le milieu du xii* siècle, la décadence de l'ordre de Cluny se précipite en Espagne; mais déjà l'ordre de