LES ARTS EN ESPAGNE. I^IX
mattresque, étonnent sous les voûtes d'ogives. Les nefs soni plus purement françaises : elles reproduisent le modèle de Bourges, avec dos formes plus trapues et moins de hauteur. L'ensemble est aussi original qu'imposant.
La cathédrale de Tolède attendit longtemps sa décoration sculptée. Les ateliers français se dispersent : seul l'atelier de Léon continue pendant le xiv» s. la décoration du cloître de la cathédrale. L'art français d'Espagne reate confiné dans la Navarre, qui a été un prolongement du royaume de France, de 1231 à 1343, et qui est restée jusqu'au xv^ s. en rapports constants avec Paris. La cathédrale de Pampelune possède une pièce d'orfèvrerie envoyée par saint Louis, un précieux tableau français peint vers 1300. Le cloître du xiv» s. est un petit musée de sculpture du Midi de la Franco, où un groupe de l'Adoration des Mages porte la signature de Jacques Pérut. L'ancienne cuisine des chanoines sert aujourd'hui de chapelle funéraire au magnifique tombeau d'albâtre du roi Charles le Noble, à la cour duquel les artistes français et flamands se rencontrèrent avec les décorateurs mudéjars. Son tombeau, qui rappelle ceux des ducs de Bourgogne, est l'œuvre de Jean Lomme, de Tournai (1416). Dans le cours du xiv« s., d'autres ateliers français ont travaillé, hors de la Navarre, au porche très remarquable de la cathédrale de Viioria.
Les sculpteurs castillans formés par les imagiers français reviennent bientôt aux formes romanes, comme le montrent les deux portails ajoutés, à la tin du xiii« siècle, aux cathédrales de Toro et de Ciudad Rodrigo.
Quelques traditions de la sculpture française se conservent jusqu'au milieu du xiv* s., dans les riches tombeaux des évêques de Burgos; elles se combinent avec les frises de stalactites dans les tombeaux de la Cathédrale Vieille de Salamanque et avec les stucs mudéjars dans les extraordinaires tombeaux de Citellar. Pendant la première moitié du xiv* s. la cathédrale de Tolède s'enrichit d'un merveilleux mobilier de marbre doré : la clôture du sanctuaire, dont les arcades superposées conservent des tracés mauresques, et la clôture du chœur des chanoines, au milieu de la nef. Ces murailles intérieures, précieusement ornées de statues et de bas-reliefs étaient imitées des clôtures de chœur et des jubés qui avaient été élevés au xm" s. dans les cathédrales françaises. Elles ont été multipliées, à partir du XIV* s., dans les églises d'Espagne, où le voyageur français, qui ne voit plus dans les cathédrales de notre pays les clôtures monumentales, détruites l'une après l'autre par les chanoines, s'étonne de trouver la perspective des nefs barrées par le trascoro.
L*architecture et la sculpture catalane. — Le royaume d'Aragon entre, au commencement du xiv« s., dans une époque de puissance et de prospérité qui dure jusqu'à la fin du xv® s. Les possessions méditerranéennes des rois d'Aragon comprennent, avec les Baléares, la Sardaigne et la Sicile ; au xv* s., ces rois ont une de leurs capitales à Naples. Pendant cette époque se développe en Catalogne et dans la région de Valence une civilisation très brfllante, qui adopte et modifie des formes d'art empruntées à la Ftance et à l'Italie.
Le lianguedoc avait appliqué, dès la fin du xin'' s., le système des voûtes d'ogives à de grandes églises entièrement diiférentes des cathédrales du Nord et dont les proportions s'étendaient plutôt en largeur qu'en hauteur. Ces vastes salles, dont la aathédrale d'Albi est un exemple magnifique, servirent de type, pendant le xiv* s., aux cathédrales neuves qui s'élevèrent