‹ Espagne et PortugalChapitre 28 sur 196 · LES ARTS EN ESPAGNE.^ LXXI · texte numérisé non relu

LES ARTS EN ESPAGNE.^ LXXI

Premières influences italiennes. — L'art italien pénétra en Espagne par lo royaume d'Aragon, dont la poliliquo et le commerce étaient orientés vers l'Italie. Un disciple de Giovanni Pisano sculpte en 1339 le sarcophage reliquaire de Sainte Eulalie, dans la crypte de la cathédrale de Barcelone; le tombeau de l'archevêque infant Juan d'Aragon, dans la cathédrale de Tarragone, est l'œuvre d'un disciple d'Andréa Pisano; au commencement du XV* s., le Florentin Giuliano laisse dans la cathédrale de Valence des basreliefs inspirés de Ghilberti. Ces étrangers ne trouvent pas d'imitateurs parmi les sculpteurs catalans. En revanche, l'art des peintres siennois, connu en Catalogne à la fois par l'Italie et par Avignon, fleurit déjà, vers 1350, aux' portes de Barcelone, dans les pointures murales du couvent royal de Pedralbes, œuvre du Catalan Ferrer Bassà, qui reste invisible aux profanes. Le peintre florentin Siarnina, dont Vasari a rappelé les voyages d'Espagne, paraît avoir séjourné à Valence; peut-être le triptyque donné par un chartreux de Porta Cœli et conservé au Musée de Valence doit-il lui être rendu. En tout cas l'influence de ce Florentin fut négligeable. C'est l'art siennois qui règne pondant trois quarts do siècle à Valence et à Barcelone, comme à Avignon, à Cologne et à Paris. Il est représenté après Bassà par Père Serra, auteur du grand retable de Saint Esprit (1394), à la cathédrale de Manresa, par Luis Borrassà, dont le Musée de Vich a recueilli un grand retable peint en 1415, et par bien d'autres dont on peut voir les œuvres anonymes dans les musées de Barcelone et de Palma.

Avant la fin du Trecçnto, la peinture florentine avait été importée dans le royaume de CasùUe, soit par Starnina, soit par l'Italien inconnu qui peignit la chapelle de San Blas, clans le cloître de la cathédrale de Tolède. Un atelier « giottosque » travaille vers 1400 à Séville : c'est probablement de cet atelier qu'est sorti le peintre qui fut appelé à décorer trois petits plafonds de l'Alhambra.

Un autre Florentin, JDello di Nicolo^ alla chercher fortune en Castille, où il mourut vers 1465. Il a laissé dans l'abside romane de la Cathédrale Vieille de Salamanque un ensemble très important de peintures authentiques, grand retable à compartiments multiples, grande fresque du Jugement der. nier, où les peintres castillans n'ont pas su lire l'enseignement que leur apportait un messager de la jeune Renaissance.

La peinture hispano- flamande. — L'art franco-flamand, qui avait ajouté à la peinture siennoise, devenue la peinture européenne, un accent nouveau de drame et de caricature, fut connu en Espagne à la fin du xiv« s. ; il est représenté au Musée de Valence par une œuvre capitale, le retable do la Sainte-Croix. Son influence s'est prolongée jusqu'au milieu du xv« s. Elle domine, en Catalogne, dans les œuvres vigoureuses du « Maître de Saint Georges » dont les panneaux sont partagés entre la collection Ferrer Vidal, de Barcelone, et le Musée du Louvre ; elle apparaît dans les scènes de la vie de St Froilan, qui forment une partie du grand retable composite de la cathédrale de Léon.

L'art nouveau des frères Van Eyck fut imité do bonne heure par deux peintres d'origine valencienne : Luis Dalmau, qui alla lui-même en Flandre, dès 1431, et qui, après son retour, signa en 1445 le tableau des conseillers de Barcelone (Musée), avec ses portraits ressemblants et secs; Jacomart Baçô, qui connut sans doute l'art de Van Eyck par un Flamand établi à Valence, et qui passa plusieurs années à la cour do Naples. Ses œuvres authentiques,

tXXII ,LES ARTS EN ESPAGNE.

le triptyque du cardinal Alfonso Borgia, à Jdtiva, et le retable de St Martin, à Ségorbe (Clarisses), sont faciles et brillantes.

Jean Van Eyck en personne avait voyagé en Portugal avec l'ambassade bourguignonne qui alla en 1428 demander la main de l'infante Isabelle pour le duc Philippe le Hardi. Il travailla pour la Castille : l'Église et la Synagogue, le fameux tableau du Prado, est une copie ancienne d'une de ses œuvres, qui se trouvait à Palencia et qui est perdue.

Cependant l'école de peintres qui se forme en Casiille, vers le milieu du XV* s., en imitant habilement la technique flamande, s'inspire, non pas des Van Eyck, mais du « Maître de Flémalle » et de Roger van der Wcyden. Le centre de cette école hispano-flamande fut Salamanque ; son représentant le plus fécond ©st Fernando Gallego, dont on peut voir les oeuvres éclatantes et brutales, à Salamanque même, à Zamora, Toro (San Lorenzo), Trujillo.

Gallego a eu des émules et des successeurs, encore mal connus, comme le peintre des scènes de la vie de St Jean-Baptiste qui ont été transportées de la chartreuse de Miraflores au musée du Prado. Le peintre de la Vie de la Vierge, dont les panneaux, provenant de la Sisla^ près de Tolède, sont au Prado, s'est germanisé en imitant des gravures de Schongauer.

L'influence de l'école hispano-flamande de Castille s'est étendue de bonne heure vers le Nord de l'Espagne, comme le prouvent le grand retable de la cathédrale de Tudela, peint vers 1490 par Pedro Diaz d'Oviedo^ ceux de Fromista et de Santillana de Mar.

La reine Isabelle la Catholique avait formé une véritable collection de tableaux flamands, dont il reste, dans la Chapelle Royale de Grenade, un grand triptyque de Thierry Bouts, avec d'autres petits panneaux de cô maître et de Memling^ enfermés dans des armoires.

La reine eut à son service plusieurs peintres flamands, dont l'un, Juan de Flandes, disciple délicat de Gérard David, a su introduire dans les panneaux du retable monumental de la cathédrale de Palencia, des types et même des paysages castillans.

Nombre de tableaux de Gérard David lui-môme et de ses disciples brugeois Isenbrandt et Benson furent importés en Castille au commencement du XVI* s. Des tableaux importants de cette école se trouvent à Ségovie (grand tripityque à San Miguel) et à Avila, d'où une série do panneaux a été transportée au Prado.

Ils ont été imités par des maîtres castillans, dont les tableaux sont encore difficiles à distinguer de leurs modèles flamands.

La peinture flamande pénètre jusqu'en Andalousie. A Séville, Juan Nunez, le médiocre peintre qui a signé la petite Pietà de la cathédrale (Sacristie des Calices), se rattache, comme les peintres castillans de son temps, à la tradition de Roger van der Weyden.

Pedro de Cordoue, auteur d'une Annonciation datée - de 1475, qui est restée dans la cathédrale-mosquée, couvre d'or ses figures raides et sèches. C'est un vrai « primitif ».

La peinture catalane et aragonaise. — La technique de l'huile ne fut pas adoptée au xv® s. dans le royaume d'Aragon, où les peintres restèrent fidèles à la claire tempera de l'ancienne peinture siennoise. Ils se contentèrent de charger les fonds d'or de reliefs de stuc et s'enhardirent peu à peu à grandir leurs personnages jusqu'à la taille naturelle, celle des figures dp

Page 1