LES ARTS EN ESPAGNE. LXXIII
fresque. Jacomart Baço n'eut d'imitateurs qu'à Saragosse (panneaux de l'archevêque Mur, à l'archevêché) et dans la région de Valence (retable de Rubielos de Mora). Quant à Dalmau, il n'eut pas de disciples. Les peintres catalans ne gardent presque rien des formes flamandes ; leurs personnages, plus vivants que ceux d'un Borrassà, sont aussi doux, avec un air résigné. Ces peintres, qui ont parfois une ressemblance lointaine avec les Siennbis de leur temps, ont été nombreux à Barcelone et fort achalandés par les corporations. On connaît aujourd'hui les i^oms de Jaime Buguei, le peintre du retable des saints Abdon et Sénen, à San Miguel de Tarrassa; ceux des Vergés, une famille de peintres qui travailla vers 1490 au grand retable de Granollers et au retable des corroyeurs de Barcelone, encore conservé dans l'oratoire de la corporation. Parmi les œuvres anonymes, qui se placent entre Huguet et les Vergés, on remarquera le retable royal de Santa Agueda (Musée archéologique de Barcelone), et les panneaux du retable de Sarria (Musée du Parc), où les types populaires sont dessinés avec une si franche bonhomie. Les tableaux de ce style sont encore nombreux en Catalogne : en passant de l'un à l'autre, on sera bientôt fatigué par les redites et les copies d'un art qui s'épuise par sa fécondité même.
La peinture catalane domina au xv« s. la peinture aragonaise : vers la fin du siècle, quelques tableaux aragonais, dont on trouve des exemples dans les Musées de Huesca et de Saragosse, montrent un dessin plus vigoureux et des silhouettes plus sombres sur des tonds d'or moins chargés. La plus remarquable de ces œuvres locales, qui restent anonymes, est le grand triptyque de Saint Martin, dans l'église Santo Domingo de Daroca.
Architectes et sculpteurs flamands et allemands. — L'Espagne avait connu la peinture flamande du xv* s. par l'intermédiaire de tableaux flamands et de peintres espagnols. A défaut de peintres, des architectes et des sculpteurs flamands et allemands vinrent travailler au delà des Pyrénées, comme avaient fait jadis les imagiers français.
Une influence germanique semble avoir dominé la construction de la gigantesque cathédrale de SéviUe, bien que les premiers architectes de l'édifice portent des noms espagnols. Si le plan couvert par les cinq nefs est celui de la mosquée dont la cathédrale a pris la place, les voûtes latérales, presque aussi hautes que la voûte de la nef, rappellent les dispositions des « Hallenkirchen ». En Castille, les architectes venus du Nord fondent des dynasties d'ajtistes. Le Bruxellois Anequin de Eycken {de Egas), difigc, avec la collaboration de sculpteurs allemands, la construction du portail du transept méridional de la cathédrale, et la décoration du pourtour de la Capilla Mayor. Il a deux fils, architectes comme lui. A Burgos, ffans de Cologne élève sur les tours de la cathédrale les deux hautes flèches ajourées. Ses fils, Simon et François sont, après lui, « Maestros de las obras ».
Des sculpteurs flamands et allemands parcourent toute l'Espagne; un maître Hans termine en 1480 le grand retable de la Seo de Saragosse, qui ressemble au retable sculpté vers le même temps par Veit Stoss à Notre- Dame de Cracovie. Un Allemand inconnu sculpte le grand retable de Ste Anne, dans une chapelle de la cathédrale de Burgos construite par Hans de Cologne. Le flamand Dancart commence le prodigieux retable de la cathédrale de Sévillo, qui sert de modèle au retable de la cathédrale de Tolède. Celui-ci est exécuté, sous la direction d'Anequin de Egas, pyr Is Hollandais Copin et le Castillan A Imonaçid*