LXXIV LES ARTS EN ESPAGNE
Les pins simples des stalles dont les chœurs de chanoines se meublent dans toute l'Espagne, pendant le xv« s., sont seules exécutées par des artistes locaux et ornées de marqueteries à entrelacs mauresques; les plus riches se couvrent dfe reliefs, qui sont l'œuvre de sculpteurs du Nord. Dancart termine les stalles de la cathédrale de Séville, commencées par Nufro Sanchez; r allemand Michel Locher surmonte les stalles de la cathédrale de Barcelone d'une dentelle de bois : un maître Théodoric sculpte les grandes figures et les groupes dramatiques des stalles de Léon; un Allemand inconnu décore dans le même style, mais avec plus de richesse et de fierté, les stalles de Zamora; Rodrigo Alemân montre une imagination abondante dans les stalles finement ouvragées de Plasencia et de Ciudad Rodrigo ; il raconte sur les stalles de la cathédrale de Tolède la glorieuse histoire de son temps et la chronique de la guerre de Grenade.
L'époque des Rois Catholiques; le style « Isabelle ». — Le grand siècle historique de TEspagne commence à la date du mariage de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille (1468), qui unit deux royaumes longtemps rivaux. La conquête du royaume musulman de Grenade (1492) achève l'œuvre d'unité. Le mariage de l'infante Juana avec un fils de l'empereur Maximilien, la prise de possession d'un nouveau monde ouvrent à l'Espagne des ambitions illimitées en Europe et au delà de l'Océan. Cependant la puissance d'Isabelle et de Ferdinand s'exerce encore presque tout entière dans les limites de l'Espagne. Les « Rois Catholiques » ont dû leur nom au zèle qu'ils ont déployé contre l'hérétique et l'infidèle, qui était pour eux l'étranger. Leur règne a été une époque de volonté et d'activité nationale.
Le voyageur rencontre depuis Santiago de Galice jusqu'à l'Alhambra les emblèmes dont les Rois Catholiques ^ ont marqué leurs monuments : le joug et le faisceau de flèches, qui symbolisaient l'union des époux royaux ; l'écussoû chargé des armoiries de leurs royaumes et porté par un aigle nimbé : l'aigle de Saint Jean l'Evangéliste, pour lequel la reine Isabelle professait une particulière dévotion. A côté des Rois, des prélats puissants et opulents, les Pedre de Mendoza, les Juan de Fonseca font sculpter de tous côtés leurs armes ; le plus grand de ces hommes d'église, le cardinal Cisneres, devint régent des Espagnes, après la mort de Ferdinand, et continua royalement l'œuvre des Rois Catholiques.
Les constructions les plus importantes de Ferdinand et Isabelle furent des chapelles royales à une seule nef, avec des tribunes pour les religieux des monastères auxquels ces chapelles étaient attenantes. Les plus grandes, San Juan de los Reyes, à Tolède, et la Capilla Real de Grenade furent successivement destinées à recevoir les tombeaux des denx époux. L'architecte du premier de ces édifices fut un Juan Guas; celui du second, Enrique de Egas, le fils d'Anequin.
Après les sculpteurs allemands et flamands déjà établis en Castille, l'orfèvre Enrique de Arfe (Harfe, « La Harpe ») vient de Flandre, avec Philippe le Beau, probablement en 1506. Il exécute pour Léon, Sahagun, Cordouo et Tolède ces « custodias » monumentales, imitées des ostensoirs allemands e*. pareilles à des clochers flamands, qui furent dorées avec l'or de l'Amérique. Celle de Léon seule a disparu. Comme Hans de Cologne et Anequin de Egas, Enrique de Arfe fut le chef d'une famille d'artistes.
Pendant le xv* s., le fer, que battaient les armuriers de Tolède, avaiti été *"^^<?:é en Catalogne par des artistes, qui avaient élevé à l'entrée de-