LES ARTS EN ESPAGNE. LXXV
toutes les chapelles de la cathédrale de Barcelone des grilles hérissées de fleurons aigus. En Castillc, des grilles monumentales commencent vers 1500 à barrer l'entrée des chapelles et môme de la Capilla Mayor. Le modèle de ces grilles, où les arabesques gothiques se combinent avec des motifs héraldiques et des silhouettes d'animaux volants, d'un goût tout espagnol, paraît avoir été donné par un Français, Juan Francés, qui fut « Maestre Mayor » à Tolède, et dont les œuvres signées sont restées intactes dans la cathédrale de Burgo de Osraa.
Des sculpteurs de pierre et d'albâtre s'étaient formés «en travaillant avec les maîtres venus de Flandre et d'Allemagne. Les portails de la cathédrale de Séville, sculptés par Pedro Millân, pourraient passer pour une couvre allemande. Il est difficile de faire la part des étrangers et celle des Espagnols dans la décoration touffue et vivante du cloître de San Juan de los Reyes, à Tolède. Les chapelles de famille se remplissent de tombeaux très riches, et des formes les plus diverses, où les défunts sont tantôt gisants, tantôt agenouillés : tombeaux princiers, où parfois le sarcophage a pour gardes d'honneur des statues agenouillées (Alvaro de Luna, le décapité, et sa femme, par Pablo Ortiz, à Tolède); tombeaux de capitaines morts à la guerre de Grenade (Vasquez de Arce, à Sigiienza); tombeaux de dignitaires ecclésiastiques, où les cycles théologiques se développent comme sur les retables (Fernando Diaz de Fueute Pelayo, 1492, chapelle Sainte Anne, à Burgos; Juan de Grade, 1507, à Zamora; Pedro de Carranca, 1517, à Santo Domingo de la Calzada).
Tandis qu'une sculpture castillane se dégageait de la sculpture germanique, l'art mudéjar, qui avait été pendant le moyen âge le seul art vraiment espagnol, restait vivant et florissant à la cour même des Rois qui prirent Grenade et expulsèrent les juifs. L'art mauresque se combine de la façon la plus fantaisiste et la plus brillante avec Tart gothique dans les galeries et les plafonds des appartements royaux de l'Aljaferia de Saragosse, dans la décoration féerique du palais du duc de Tlnfantado, à Guadalajara, dans la collégiale et le palais archiépiscopal d'Alcalâ de Henares. De longues inscriptions en lettres gothiques prennent la place des inscriptions arabes, que les juifs de Tolède avaient déjà imitées au xiv® s. dans leurs inscriptions hébraïques. Allemands et Flamands subissent eux-mêmes en Espagne l'influence de l'art mauresque. Les grandes chapelles funéraires de plan octogonal, comme la chapelle du Connétable, à Burgos, le cimborio de la Sco de Saragosse, œuvre d'Enrique de Egas, ont des voûtes dont les nervures s'entro-croiscnt pour dessiner des étoiles de tracé musulman. Le principe même de la décoration musulmane, qui répète ses motifs à l'indéfini, s'est imposé à Juan Guas, quand il a aligné dans le chœur de San Juan de los Reyes la majestueuse assemblée des grands aigles porteécussons. La décoration sculptée de l'église des chartreux de Miraflores, que la reine Isabelle transforma en chapelle funéraire pour son père et sa mère, fut confiée à Git de Stloe, dont l'origine resté mystérieuse. Ses statues et ses figurines, véritables orfèvreries d'albâtre ou de bois polychrome et doré, sont d'un style tout flamand. Cependant la prodigieuse richesse des reliefs se joue sur des tracés dont l'origine musulmane n'est pas douteuse : grands cercles du retable, étoile à huit pointes qui dessine le plan du tombeau royal. L'éblouissement qui empêche de distinguer les détails dans ce kaléidoscope de sculptures (ou dans la grande rose de