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LXXVIII LES ARTS EN ESPAGNE

bas-reliefs du trascoro, où beaucoup de types restent français et dont l'encadrement est purement gothique. A Tolède, il acheva de s'italianiser en travaillant dans la Capilla Mayor à côté d'un Florentin; il commença en même temps à s'hispaniser : dans le retable de la Chapelle Royale de Grenade, il donna le premier exemple d'une adaptation aisée des formes importées par les marbriers lombards au modèle des retables espagnols et à la technique du bois peint et doré. Ce Bourguignon a su évoquer, au temps de Charles-Quint, le temps des Rois Catholiques, qui semble revivre dans les deux statues des Rois, agenouillées à côté de bas-relièfs historiques.

Les progrès de l'italianisme, si rapides dans le groupe des sculpteurs d'origine étrangère établis en Castille, se manifestent de la manière la plus saisissante en Aragon, dans la série des retables monumentaux sculptés par Damian Forment, un Valencien qui, pour la puissance et la fécondité, comme pour les raffinements du ciseau, remporte de loin sur un Adam Krafft, et dont le nom devrait avoir une célébrité européenne. Il avait connu à Valence, où venaient sans cesse des Italiens, quelques motifs de la Renaissance qui paraissent déjà dans ses premières œuvres (portail de la collégiale de Gandia). A Saragosse, où M va s'établir, il rencontre Juan Mortanes et sou fils Diego, qui élevèrent de 1505 à 1519 le portail de Santa Engracia dans un style lombard pur de toute réminiscence gothique, mais beaucoup plus sec que le stylo du Florentin Moreto. Forment lui-même élève, de 1505 à 1511, le grand retable d'albâtre de la basilique du Pilar, directement imité du retable germanique de la Seo. L'architecture des énormes dais reste gothique, et les menus motifs italiens sont relégués sur le soubassement; mais les types, les draperies, toutes les formes plastiques doivent à l'Italie une part do leur ampleur et de leur beauté, vivifiée par des détails réalistes. Dans le retable de Huesca, commencé en 1520, l'architecture n'a pas changé; mais les formes se sont amollies dans une élégance plus conventionnelle. Une transformation complète du cadre d'architecture s'accomplit dans le retable de bois de Santo Domingo de la Calzada; elle s'achève, peut-être sous l'influence du Florentin Moreto, dans le retable de Barbastro, dont le soubassement d'albâtre, seul terminé à la mort de Forment, vers 1543, est une forte et magnifique construction italo-antique, étrangement animée par une foule d'êtres mythologiques et de demi-dieux nus.

En Castille deux contemporains de Forment se montrent, dès leurs premières œuvres, entièrement maîtres de la « Obra à lo rornano ». Domenico Fancelli a été, à Avila, le maître ou le modèle de Vasco de la Zarza, auquel des recherches récentes ont permis de rendre le tombeau de l'évêque Alfonso Carrillo de Albornoz (1514), dans la cathédrale de Tolède, et le magnifique monument commémoratif de l'évêque Alfonso de Madrigal (<?/ Tostado), placé derrière le chœur de la cathédrale d^ Avila. Bartolomé Ordonez de Burgos avait dû être formé, lui aussi, au style nouveau, dans sa patrie, et aux côtés de Vigarni, avant d'être envoyé à Carrare, en 1517, pour diriger la bottega d'où furent envoyés à Coca les tombeaux des Fonseca. Au retour, il commence le « trascoro » de la cathédrale de Barcelone ; mais il repart pour Carrare où il doit exécuter des commandes aussi importantes que celles qui étaient confiées, dans la génération précédente aux maîtres italiens. C'est, en 1524, le mausolée du cardinal Cisneros, destiné à Alcalà do Henares, et dont^ Fancelli avait laissé lo dessin, à sa mort, en 1517; deux ans plus tard lo tombeau des parents de Charles-Quint, réplique enrichie du tombeau du cardinal

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souverain. Dans la ChapelieP Royale de Grenade, où elle a pris place, l'œuvre d'Ordonez apparaît plus chargée et plus boursouflée que le tombeau florentin des Rois Catholiques, dont elle conserve Tordonnance : le sculpteur do Burgos s'était rencontré à Carrare avec des disciples de Michel- Ange.

Le « style Charles-Quint ». — A côté des premiers maîtres espagnols qui ont su trouver dans la sculpture italienne le style et la vie d'un art nouveau, nombre de praticiens n'ont vu dans la Renaissance qu'un répertoire d'arabesques qui remplaça bientôt, dans la pierre ou l'albâtre, les grandes décorations composées de motifs gothiques, comme celles-ci avaient remplacé les revêtements de dessin mauresque.

Les menus reliefs qui semblent parfois copiés de la Chartreuse de Pavie couvrent des façades entières : « Casas consistoriales » de Séville, construites à partir de 1527 par Diego de Riaîio', couvent de San Marcos à Léon, commencé en 1537' par Ôrozco, continué par un Juan de Badajoz, peut-être flls de celui qui avait donné à la chapelle de Santiago, dans la cathédrale, une si élégante décoration de style flamboyant. Les ciselures des arabesques lombardes ont gardé toute leur finesse dans la pierre dorée de Salamanque : la façade de l'Université fameuse, où l'aigle de Charles-Quint surmonte le médaillon des Rois Catholiques, est une broderie où l'œil se perd.

Le décor lombard déploie ses fantaisies à l'intérieur des églises, où les entrées des chapelles, comme les niches funéraires, prennent une allure de portes triomphales. A Tolède, Covarrubias bâtit dans le nouveau style la somptueuse chapelle des Rois Nouveaux, au chevet de la cathédrale Dans la cathédrale de Sigiienza, où le style nouveau fait son apparition dès 1509, des sculpteurs venus de Tolède s'inspirent du tombeau du cardinal Mondoza, pour exécuter le tombeau de Fernando de Arce, évoque des Canaries, 1522) et le mausolée gigantesque du prince-évcque D. Fadrique de Portugal (f 1539), accompagné du monument reliquaire de Ste Livrada. Des monuments funéraires de même type, mais beaucoup plus chargés, sont sculptés vers 1530 par un groupe d'artistes d'Avila, à droite et à gauche du retable de l'église du Parral, près de Ségovie, où ils forment un ensemble d'une richesse pesante et bizarre. A Léon, le trascoro do la cathédrale, dont les reliefs opulents et l'arcade solennelle contrastent si fortement avec la décoration toute gothique des stalles, à Cuenca, dans la vieille cathédrale, la grande porte romano-lombarde de Jamete, semblent célébrer la victoire de la Renaissance.

Les sculpteurs de stalles adoptent la décoration italienne; Bartolomé Fernandes de Ségovie l'emploie en 1526 pour encadrer les reliefs encore tout gothiques de la silleria du Parral (près de Ségovie), aujourd'hui transportée à Madrid, et partagée entre le Musée archéologique et l'église de San Francisco el Grande. Les arabesques italiennes se mêlent aux motifs héraldiques et aux découpures flamboyantes dans des grilles, dont la plus riche est peut-être celle qui entoure le tombeau plus ancien de l'archevêque de Diego de Anaya, dans une chapelle du cloître de la cathédrale de Saûlamanque. Les motifs gothiques disparaissent complètement des grilles exécutées par Fray Francisco de Salamanque, dans la cathédrale de Séville (1518-1531) et par Bartolomé de Jaén, en 1518, dans la Chapelle Royale d© Grenade. Des figurines et des scènes entières compliquent de leurs silhouottof la dontoilo de fer. Un maître novateur, Cristobal de Andino, exécute en

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