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XCII LES ARTS EN ESPAGNE

êtres qui ont posé devant le peintre, njais le lieu où il a travaillé et jusqu'à l'heure du jour, et qui nous fait a'pparaître les Menines et Velâzquez lui-même, tels que les ont vus, dans une grande et triste salle de rAlcazai de Madrid, depuis longtemps brûlé, le roi et la reine dont nous apercevona les pâles visages dans la glace embuée du fond.

L'école de Madrid, vers le milieu du xvii« s., devient l'école de Velâzquez. Le grand peintre avait eu pour élèves son esclave Pareja et son ^ndre /. B. del Maso. Les formules qui pouvaient être tirées des dons du portraitiste sans égal furent appliquées avec un bonheur parfois extraordinaire par les deux portraitistes de Charles II, le roi avec lequel s'éteini lamentablement la Maison des Habsbourg d'Espagne et que l'étonnant tableau documentaire de Francisco Risi montre sur l'estrade d'un autodefé (Prado). Des figures de cauchemar revivent dans les cadres de Juan Carreno de Miranda: la reine mère en costume de nonne, l'enfant géante, un monstre tout rouge ; et Claudio Coello, lorsqu'il a peint, au fond de la grande sacristie de l'Escorial, l'immense toile où Charles II apparaît à genoux devant l'hostie miraculeuse (« Sagrada Forma »), entouré des courtisans et des prêtres, dans une salle qui semble continuer la sacristie, a refait les « Ménines », sans la simplicité du génie.

Le siècle de Velâzquez finit à Madrid dans les apothéoses théâtrales du Napolitain Luca GiordanOy le fameux Fa presto, que Charles II appela pour terminer les grandes fresques de l'Escorial par un dernier bouquet d'improvisations. Il revint bientôt dans sa patrie, après être resté quelques mois au service du nouveau roi, Philippe V, qui était un Bourbon de France.

Le réalisme dans la sculpture polYchrome. — Les successeurs de Philippe II firent ériger à Madrid des statues équestres fondues à Florence, mais dont les modèles avaient été envoyés de Madrid : la statue de Philippe III fut exécutée par Jean Bologne^ d'après un portrait de Pantoja; pour celle de Philippe IV, commandée à Pietro Tacca, un dessin fut donné par Velâzquez et une maquette par son ami, le sculpteur Montanés. La sculpture religieuse resta fidèle aux traditions espagnoles pour la matière et la couleur. Le marbre italien est délaissé : les sculpteurs se contentent du bois, destiné à recevoir les tons de chair et les couleurs opulentes de r « encarnador » et de 1' « estofador ». Les grands retables, aussi hauts qu© les églises, sont abandonnés peu à peu pour les groupes de ronde bosse ou les statues isolées, qui descendent des autels dans les jour^ de fête, et vont figurer dans les processions. La vogue des représentations religieuses, les « autos », contribua sans doute à celle des pasos, ces tableaux vivants de bois polychrome que le mouvement des porteurs devait achever d'animer. Cet art, qui parlait à la foule, eut pour représentants, dans le grand siècle de la peinture espagnole, des sculpteurs illustres, dont les œuvres furent achevées par des peintres de renom. Le réalisme, dans la sculpture, comme dans la peinture, l'emporta sur l'italianisme.

A Valladolid, où le musée permet de suivre pas à pas les transformations de la sculpture polychrome, Gregorio Hernandez abandonne les contorsions par lesquelles Juan de Juni avait cru imiter les poses héroïques de Michel- Ange. Il ne prête de grimaces qu'aux soudards à mine de brigands qui iouent leur rôle brutal et comique dans la Passion. Les statues de la Vierge, tenant sur ses genoux le corps du Christ, ou seule dans sa douleur, sont d'un© vérité populaire et d'une émouvante simplicité. L'or a disparu do la

Lès arts en ESPAGNE. XCIII

guimpe monacale et de la robe sombre ; les puërilos gouttes de verre, fixées aux joues dé la Vierge des Angoisses (Chapelle de la Santa Cruz), sont do vraies larmes.

Hernandez, qui meurt en 1636, laissait des disciples qui travaillèrent jusqu'en Galice : il n'eut pas d'égal dans l'Espagne du Nord. C'est l'Andalousie qui, pendant le xvii« siècle, a été l'école la plus féconde en maîtres, dans la sculpture comme dans la peinture : l'un d'eux, Alonso Cano, s'est partagé entre les deux arts. Peut-être la technique du bois polychrome fut-elle apportée de Castille ; mais Séville pouvait offrir aux sculpteurs des modèles de réalisme dans les statues en terre cuite polychrome laissées par Torrigiani. Le St Jérôme du Florentin et ses autres œuvres, négligées pendant le xvi® s., furent imitées librement parle premier des sculpteurs réalistes de Séville, Martiyiez Montanés : (-î* 1649). Ce grand artiste, que l'on ne peut connaître que dans sa patrie, sculpta pour les confréries pieuses des statues du Christ et de la Vierge, dont la plupart furent peintes par Pacheco, le beau-père de Velâzquez. Toutes les douleurs humaines et divines sont concentrées dans ces visages sacrés dont les noms populaires disent la puissance sur les âmes {Cristo del gran Poder). La vérité et la noblesse des attitudes et des formes, admirable dans le Crucifix de la Sacristie des Calices, est trop souvent dissimulée sous des oripeaux de velours.

Les sculpteurs sévillans contemporains de Montanés lui sont inférieurs : le plus digne d'attention est Pedro Roldan (f 1700), qui a sculpté des retables composés comme de grands tableaux et qui a eu pour disciple sa propre fille, la JRoldana. Alonso Cano, le maître de Grenade, n'a laissé à Madrid, avec ses toiles, qu'une œuvre de sculpteur : le crucifix de Santa Isabel. C'est dans sa patrie seulement que l'on peut connaître, en contemplant des Vierges de gloire ou de douleur, Purisima ou Soledad, le Murillo de la sculpture. Cano eut en José de Mora un disciple dont les œuvres ont été souvent confondues avec celles du maître. Un autre disciple de Cano, Pedro de Mena, cisèle des statuettes d'un réalisme précieux, comme le fameux Saint François de Tolède ou la Madeleine moins connue du couvent de la Visitacion, à Madrid.

Au xviii« s., la sculpture polychrome perd le grand style et la technique raffiné des maîtres ; elle devient de plus en plus populaire. Un Napolitain, Francesco Zarcillo (1748), qui vient s'établir à Murcie, mêle à la tragédie de la Passion la trivialité des figurines de crèches (les « presepi » napolitains) et les saillies de sa verve endiablée. D'autres, surtout en Castille, ne cherchent plus que l'horreur : après les têtes coupées, les cadavres décomposés. Le musée de Valladolid a des coins de musée Tussaud. Au fond des chapelles de Burgos apparaissent des Crucifiés, sur lesquels pond une perruque de vrais cheveux et dont le corps zébré de plaies semble celui de quelque malfaiteur empaillé pour l'exemple.

La couleur est tout ce qui reste dans la sculpture des traditions glorieuses : après avoir résisté à la Renaissance, qui s'était avancée, parée de la blancheur du marbre, elle imposa sa parure voyante à la décoration baroque, importée d'Italie vers la fin du xvii« s. Les plus étranges folies des successeurs de Borromini sont dépassées par des architectes sculpteurs commet Churriguera (f 1725), qui donne son nom en Espagne à un style extrava gant. La richesse de certaines façades, comme celles de Valence (cathédrale ott palais du marquis de Dos Aguas), chargées de reliefs confus,

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