SOT
on s’empara de lui, et comme les autres il eut la tête tranchée.
Cela étant fuit, Ruy Velasquez prit congé des Maures et retourna à son logis de Riinren.
Les Maures (irirent les têtes des sept infants et celle de NiifioSalido, et on les porta à Almanzor; celui-ci les fit laver, les fil placer sur un drap blanc , et on amena Gonçalo Giistios pour qu’il les reconnût. Quand il tes vit, sa douleur fut si forte (|ii'il tomba à terre; on crut qu’il était trépassé, mais il se releva et versant de grosses larmes, il dit à Al manzor: Ces têtes je les reconnais bien. Ce sont celli s de mes fils, les sept enfants de .Salas, et l'autre c’est celle de Nuûo Salido qui les a élevés.
Et après avoir dit cela , il commença à pousser des gémissements si remplis de douleur (|ii'il n’y avait pas un homme qui le vil qui ii'eiit grande douleur aussi, et qui pût r<‘tcuir ses larmes.
Il prenait lui-même les têtes une à une, et raisonnait avec cliactine d’elles des grandes actions qu’elle avait faites.
Et sa douleur était si grande qu’il supplia Almanzor de le faire mourir; mais Almanzor eut pilié de lui, et il voulut (|ii'aueun mal ne lui fût fait. Il lui dit : " \ a eti ton pays; il y a longtemps que ta femme doua Sânelia ne t’a vu; (piant aux têtes de tes fils, je ferai pour elles tout ce qu’il faudra faire. »
I.a dame maure que Gonçalo Gustios avait aimée le prit alors à part, s Seigneur, lui dit-elle, je suis enceinte de vous, et il faut que vous ayez pour bien de me dire comment je dois agir.
— Si c’est un garçon, doutiez -le à élever à deux nourrices et qu'elles l’élèvent bien, et quand il sera en dge de comprendre ce qui est bien et ce qui est mal, vous lui direz qu’il est mon fils et vous l’enverrez à Salas. » En disant cela, il tira une bague qu’il avait au doigt, In rompit en deux et eu donna la moitié à la dame maure pour qu’elle la remit un jour à son fils.
La dame maure enfanta bientôt un (Ils, aiii|uel on donna le nom de Mudarra Gonçalez ; on l’éleva suivant les instructions de Gonçalo Gustios, et
L’UNIVERS
Mudarra devint un vaillant chevalier.
Quand il se sentit assez fort pour venger ses frères, il prit congé d'AIinanzor et s’en fut à Salas; il se lit reconnaître par son père, et quand celui-ci eut vu la moitié d’anneau qu’il portait, il lui plut beaucoup; il en mena grande joie. Mais au bout de quelques jours Mudarra dit à don Gustios : « Je suis venu ici pour savoir de vous comment allait votre fortune, pour venger la mort des infants, et puisque c’est ainsi, il n’est pas bon que nous prolongions plus longtemps cette affaire. »
Il s’en fut a Burgos, où étaient le comte Garci Fernandez et Ruy Velasquez ; il défia celui-ci devant iè comte; Ruy Velasquez ne voulut pas accepter le combat; Mudarra en eut grande colère; et il alla vers lui pour le frapper de l’épée, mais Garci Fernandez le retint de sa propre main, et ne le laissa pas faire. Il ordonna une trêve de trois jours; mais il ne put la prolonger plus longtemps, et tous ceux qui étaient présents prirent congé du comte. Ruy Velasquez tarda jusqu’à la nuit pour s’en aller.
Mudarra Gonçalez l'attendait sur le chemin qu'il devait prendre, et quand il vint a passer il lui parla à voix haute :
« Tu mourras, faux et traître »
Puis il se laissa aller sur lui de toute la force de son cheval , et lui donna un si grand coup d’épée que de ce coup il tomba mort.
Après cela, llludarra Gonçalez parvint à prendre dona Lambra et la fit brûler. Par cette vengeance il gagna l'amitié de toute sa famille, et principalement de dona Sancha, mère des sept infants de Lara, qui voulut le reconnaître pour son fils. A cette occasion, les historiens nous font connaître la cérémonie symbolique et pleine de sens, bien qu’un peu bizarre, par laquelle, en ce temps, on consacrait l’adoption. Pour montrer que l’adopté n’entrait pas dans sa nouvelle famille par les voies ordinaires de la nature, on le revêtait d’une chemise ; mais il ne la mettait pas de la manière accoutumée. Il y entrait par une des man-
ches qui était très-large, et on lui faisait sortir la tête par le collet. Ensuite la personne qui l'adoptait le baisait au visage, et il était ainsi agrégé à la famille. Cette ancienne coutume a donné lieu au proverbe espagnol , employé pour exprimer une chose qui s’écarte des règles habituelles : « Entrer par la manche et sortir par le collet. » Tout se passa de cette manière quand dona Sancha adopta Mudarra Gonçalez, qui le même jour reçut le. baptême et fut armé chevalier par le comte Garci Fernandez. C’est de lui, dit'On,que descend la célèbre famille des Manriquez de Lara. Bien des écrivains regardent cette aventure cemme entièrement fabuleuse. Pour notre compte, nous sommes loin de croire que tout se soit passé bien exactement comme on le rapporte; mais nous pensons aussi qu’au fond de tout cela il doit y avoir quelque chose de réel, et M. Ferdinand Denis cite, à l’appui de la vérité de cette histoire, le procès-verbal dressé le 12 décembre 1579, de l’exhumation des sept têtes des infants de Lara et de celle de Nuno Salido (*).
(*) Voici le texte de ce proces-verbal :
•• î? Le n décembre 1579, fut faite une information d’office par le gouverneur de la susdite ville de Salas, avec l’a.vsistance de don Pedro de Tovar, marquis de Berlanga, et de dofia Maria de Recald'e sa femme, devant Miguel Kedondo, écrivain de ses ordres ; de laquelle information il résulte qii’alors il y avait en la grande église de Santa Maria, dans le mur même de la cha pelle, du côté de l’Évangile, les télés des sept infants de la terre de Lara, et celle de Guslios leur père, et celle de Mudarra Gonçalez, le fils bâtard de ce dernier. Et quoiqu’il y eôf tant d’années qu’elles étaient là ( les épitaphes étant fort anciennes), comme quelques personnes doutaient si c’était vérité, on ordonna d'ouvrir et de creuser à l’endroit des peintures, au lieu où la muraille était couverte des blasons, pour savoir ce qu'il y avait dedans, et pour s’assurer de raiilbenticité des choses. Et ledit gouverneur menant cela en e.vécution, ordonna à un ouvrier d’enlever une table peinte qui était lisé-e dans la muraille, laquelle porte sept tètes de peinture antique paraissant avoir plus de cent ans. Et au-dessus il y a
ESPAG.NK.
Cette clii'oiiii|ue nous a éloignés un instant des faits positifs de l’iîistoire.
wpt iuso4'i|)lluns nommant : Diego Gompilez, Martin Gonzalez, Suero Oonçalez, don Fernand Gonçalez, Riiy Gonçaicz, Girstios Gonçalez, Gonçalo Gonçalez, et à la suite 1111 |)ou plii.s bas, se trouvait une autre tète (|ui, scion l'inscriplioii |>laece au-dessus, est celle de Nuno Salido. D’autre part au-dessous des tètes, on voit un château doi é, puis au sommet deux corps d’hommes peints de la ceinture en haut ; l’inscription de riin dit ; Goncalo Gust'ios; celle de l’autre : Mudarra Gonçalez. Chacun d’eux tient en la main la moitié d'un anneau , qu’il joint à l’autre moitié qu’on lui présente. F.t la table une fois enlevée, parut tracée sur la muraille une autre peinture fort ancienne, avec les mêmes noms que ceux inscrits sur la première, si ce n’est que le nom attribué à la tète qui se trouve dans la partie inférieure de la première table dit Kuno Salido , tandis que la plus ancienne porte A'imo Sn^ lido. Et comme lesdites peintures étaient sur pierre et qu’il n’y avait là aucun ouvrier qui pét rompre la muraille, on suspendit les recherches. Néanmoins, le iG du même mois de l’année i57g, le gouverneur lui-mènie ordonna à Pedro Saler, tailleur de pierres, de sonder ladite muraille pour savoir si elle était creuse, et, en frappant plusieurs coups avec un marteau à l’endroit où se trouvent les armes (à savoir un château doré), ou entendit sonner creux. Alors, en levant la table peinte qui était sur ladite pierre, on trouva une autre pierre d’une demi-vare environ de large sur un tiers de hauteur. Elle était mobile et se tirait facilement, et ledit maçon l’enleva tandis que se trouvaient là présents plusieurs habitants de la ville. Et, dans l’intérieur, il y avait une grande cavité en forme de chapelle, où se montrait un coffre dont le couvercle était fixé au moyen de deux clous. Et, après l’onverture, on le déposa près des degrés de l'autel, où on le décloua. Ce fut alors que parut un linceul très-fin, mais en très-bon état et sans déchirure ; il senait à cnveloppci' les tètes dont il a été parlé; elles étaient à moitié détruites et déjointes en raison de l’action du temps. Cependant, les mâchoires et les voûtes du ciiâne se trouvaient en tel état de conservation , que l’on reconnaissait clairement que c’étaient les restes des tètes qui étaient renfermées dans ledit coffre. Et, une fois qu’elles curent été vues par les habi-
14' Livraison. (Espagne.)
Il y fatil maiiiteiiiitit revenir, et nous rappeler entre les mains de quels .souverains SR trouvaient les États chrétiens de la Péninsule au commencement du onzième siècle. En Ramon Borell gouvernait le comté de Barcelone; Sancho, lils de Garcia le Trembleur, possédait l'Aragon et la Navarre qtii ne faisaient qu'un seul royaume. La Castille était toujours entre les mains du comte Garcia Fernandez. Le roi de Léon, don Bermude, auquel ses infirmités ont fait donner -Je surnom de Goutteux, était mort en 999, laissant pour héritier Alphonse son fils, qu’il avait eu de dona Elvire sa femme.
Quoique ce jeune prince n’eilt que cinq ans lors de la mort de son pere, on l’avait élu pour roi, et on avait confié son éducation au comte Menendo Gonçalez. Sancho, Garcia Fernandez et le tuteur d’Alphonse V, instruits par leurs défaites des vingt-cinq dernieres années, sentirent la nécessité de s’allier pour résister à la puissance musulmane. Chacun d’eux rassembla le plus de troupes qu’il lui fut possible, et les trois armées se réunirent vers les sources du Duero, dans les plaines de Soria. Don Sancho, qui était roi, nonseulement de la Navarre et de l’Aragon, mais encore d’une partie du versant septentrional des Pyrénées, avait tiré de France d’importants secours. Enfin les peuplades basques étaient aussi entrées dans cette ligue. Almanzor, de son côté, a,vait fait venir d’Afrique un nombre de troupes plus considérable que celui qu’il en tirait chaque année. Les Maures et les Espagnols se rencontrèrent auprès d’une hauteur appelée Calatanazor, c’est-à-dire en arabe la Hauteur du vautour (Calatal nossour).
Les deux armées passèrent une journée entière à s’observer et à prendre leurs dispositions. Le lendemain la lutte fiit acharnée, et la nuit seule
tanlsde celte ville et d'aiities individus, ledit gouverneur ordonna ipie l’ouvrier recloiiât le coffre ; ce qu’il fit en employant cinq ou six clous, au moyen desquels il fixa le couvercle, laissant dedans les têtes et remettant la boite dans la chapelle nu lieu où elle était précédemment. »
ea oy Googlf
L’UNIVERS
sépara les combattants, sans que d’un côté ni de l’autre on eût cédé un pied de terrain. Nul ne savait au juste quelles pertes il avait faites, ni n’osait s’attribuer la victoire. Retiré dans sa tente, Almanzor attendait que, suivant leur habitude, les généraux de son armée s’y réunissent pour lui rendre compte de ce que chacun d’eux avait fait; mais il n’en vint que quelquesuns. Les autres faisaient panser leurs blessures, ou bien ils étaient restés au nombre des morts. Il reconnut alors combien la journée avait été funeste pour les siens , et il ordonna de lever le camp avant la pointe du jour. Sa défaite lui fit éprouver un chagrin si amer qu’il ne prit aucun soin de ses blessures. Bientôt elles s’enveni'mèrent ; comme il ne pouvait plus se tenir à cheval, on le mit sur une civière, et ses soldats le portèrent ainsi pendant quinze lieues. Sur les confins de la Castille, près de Medina- Cœii, il rencontra son fils Abd-el-Me- Icck qui venait au-devant de lui. C’est en cet endroit qu’il s’arrêta, et qu’il mourut le vingt-septième jour du mois de ramadan de l’année 392 (le dimanche 9 août 1002). Il fut enterré avec ses vêtements, et on le couvrit de la poussière qu’il avait recueillie dans tant de batailles.
Les chroniqueurs-chrétiens eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de rendre hommage au beau caractère de ce général; non-seulement ils avouent qu’il fut un grand homme de guerre, mais ils reconnaissent que souvent il se montra plein de noblesse et de générosité. On raconte qu’un jour il avait cerné dans un défilé une troupe assez considérabled’Espagnols. Les chrétiens étaient dans une telle position, que toute défense était impossible. Il les lit sommer de se rendre. Mais ceux-ci refusèrent : ils préféraient mourir; et puisque leurs armes ne pouvaient les sauver, ils se mirent tous à genoux pour prier Dieu en attendant qu’on les égorgeât. Almanzor fut touché de leur courage : il ordonna à ses soldats d’ouvrir les rangs pour les laisser partir; il aima mieux envoyer ce renfort
à ses ennemis que de faire massacrer tant de braves gens.
Mariana, Ferreras, et plusieurs autres écrivains, placent la bataille de Calatanazor et la mort d’Almanzoren 998. C’est évidemment une erreur : les annales de Compostelle, celles de Burgos et les auteurs arabes disent qu'il ne mourut qu’en 1002. A ces preuves il en faut joindre une , qui , nous le croyons, n’a point encore été invoquée, bien qu’elle nous paraisse sans réplique. Le dinar d’Hescham II, gravé pl. n° 77 , et sur lequel se trouve le nom d’Almanzor, est daté de l’année 391 de riiégire (*). Cette année a
(') Des années de the'gire.
Il est impossible de s’occuper de l'hisloire de l'Esp,igne pendant l'occiipalion des Arabes , sans renconlrcr à chaque pas des dates énoncées en années de l'bégire. Masdeu, les Tablettes chronologiques de Lcnglet et même l’Art de véiifîcr les dates, ne donnent que des tables de concordance entre l’ére chrétienne et l’hégire. Ce sont des comptes tout faits. Mais ces ousTages ne parlent aucunement de la manière de trouver celte concordance. On peut cepetidaut ne ■pas avoir sous la main ces livres fort volumineux; il est donc utile d’expliquer ici comment se compose l’anncc arabe, et d’exposer la méthode que nous avons employée pour convertir en années de l'ère chrétienne une date quelconque de l’hégii-e.
Le vendredi, iG juillet Gaa, Mahomet ayant été obligé de fuir de la Mecque, ce jour a été pris par les musulmans pour point de départ de leur compiit chronologique. Ils comptent leurs années depuis sa fuite qui, en aralte, se dit hégire. Ils divisent le temps d’après les phases de la lune : et comme la lune emploie 354 jours 3 heures 48 minutes pour accomplir sa révolution , ils ont fait leur année ordinaire de 354 jours. Cependant , il n’est pas possible de négliger une fraction aussi importante que 8 heures 48 minutes; répétée trente fois, elle produit précisément si jours que les musulmans ont répartis dans chaque période ou cycle de trente années, de manière à avoir 19 années de 354 jours qu ils appellent des années caves, cl ii années de 355 qu’ils appellent surabondantes* Ce jour surabondant se place à la fin du dernier mois de l’année. Les années surabondantes
commencé le décembre tOOO. Almanzor n'était donc pas mort en 998, puisque, deux ans plus tard , on frappait encore la monnaie à son nom.
sont, dans chaque cycle, les a, 5, 7, 10, i3, 16, 18 , 21 , 24, 2Ü et 29.
L’année arabe a 12 mois qui sont de
3o ou 2y jours.
Ce sonl :
t Mubarreni ,
3o jours.
a Sé)j>h:ira
3 Rabiu prîor
4 Rabia posterior
ou Rabia t>1 awal, 3n.
ou Rabîa et akher, 29.
â Sjumada urîor
ou Sjumada al awai , 3o.
6 Sjumada poaterior ou Sjumada al akher aq.
7 Rpsjeb,