CID A SAIT PEDRO DE CARDERA
Au milieu de ces grands événement.s, les armes du Cid ne restaient pas oisives, et taudis que le roi Alphonse reculait au couchant de la Péninsule les limites de la domination chrétienne, Riiv Dias tentait d’enlever aux Almoravides une de leurs plus riches conquêtes. Il avait été mettre le siège devant la ville de Valence. Agissait-il avec, ses propres forces ou bien avaitil, comme le disent quelques auteurs, demandé des troupes au toi de Castille? C’est un fait ipi’il n’est guère possiule d’éclaircir. Quant à l’allégation qu’il aurait tenté une entreprise aussi hardie avec le concours des rois de Saragosse et d’Albaracin. elle est d’une telle invraisemblance qu’il faut la laisser d ois les écrivains arabes dont on l’a tirée. Le roi de Saragosse était vivevement pres.sé par Sancho- Ramirez d’Aragon, par les Catalans et par les chevaliers normands venus en aide au jeune comte de Barcelone, Ramon Berenguer, qui était, on se le rappelle, fils de Cap-d’Estopa et de Mahalta , fille de Robert Guiscard. Lorsque les Almoravides étaient débarqués à Algesiraz, il était assiégé dans sa capitale par le roi de Castille, et c’est à leur arrivée qu’il avait dû de ne pas être dépouillé de son royaume. Il ne résistait qu’avec peine aux efforts des chrétiens. Est-il possible qu’il ait, par une attaque ingrate autant qu’imprudente, attiré sur lui la colère du puissant Youssouf? Quant iiu petit roi d’Albaracin, qui n’avait conservé le titre de roi que sous le patronage du souverain de Saragosse et à la charge de se reconnaître vassal des Almoravides, s’il se fût armé ouvertement contre ceux qu’il venait de reconnaître pour ses suzerains, il eût commis à la fois une imprudence et une félonie. Ni le roi de Saragosse ni celui d’Albaracin n’ont donc prêté leur concours pour assiéger Valence. C’est assez que,
Mtisfaits de voir le Cid s'interposer comme une barrière entre eux et un protecteur dont la trop grande puissance les effrayait, ils n'aient apporté aucun empêchement à une entreprise dont ils ne pouvaient ostensiblement désirer la réussite. Le Cid a donc lui seul attaqué Valence, que le cadi Abmed-ben-Djebaf-el-Moaferi défendait pour les Almoravides. Abou-Bekr vint inutilement au secours de la place assiégée. Il fut vaincu, et Valence pressée"par la famine fut contrainte de se rendreen sjumada-el-awal487(I9 mai au 17 juin 1094). El-Moaferi stipula dans la capitulation , que sa charge de cadi lui serait conservée, et que les vainqueurs respecteraient également les propriétés et les personnes. Le Cid fit hommage de sa conquête au roi Alphonse, mais, tant qu'il vécut, il y exerça la souveraine puissance.
Il la traita avec justice et avec bonté. Les Arabes eux-mêmes sont forcés de le reconnaître. Il gouverna, disentils, avec une apparente douceur ; mais après une année, il fit Saisir Âhinetel-Moaferi , et le fit brûler vif sur la place publique de Valence.
C’est un parti pris chez les historiens d'une certaine école , de jeter le blâme sur tout ce que leurs devanciers ont loué; de chercher à flétrir tout ce qu’on a, jusqu'à ce jour, signalé comme noble et comme généreux.
Aussi reprochent-ils au Cid , comme l’acte de la plus odieuse barbarie, cette mort qui ne fut probablement qu’une cruelle, mais indispensable sévérité. Répétant une accusation ramassée chez les écrivains arabes , ennemis et détracteurs de tout ce qui était chrétien , ils, prétendent que le Cid lit brûler Ahmet sur la place publioue de Valence, pour le contrainure à déclarer où étaient cachés les trésors du roi Yahva. Ils oublient ■qu'il faut juger un peu les faits d'après le caractère connu des personnages.
L'histoire ne reproche au Cid aucun autre trait de cruauté ou de perCdie.
Est-il probable qu'il eût été démentir une vie tout entière de générosité?
Alimet-el-Muaferi , au contraire , était
un ambitieux qui s'était maintenu au pouvoir .sous trois gouvernements différents. Il avait trahi son prince, livré son pays . ouvert Valence aux Almoravides, et pour prix de sa trahison, il avait reçu le commandement de la ville. Il avait' encore conservé le pouvoir pendant une année après oue Valence avait été conquise par les chrétiens. Sa mort est probablement le châtiment de quelque trame, de quelque trahison nouvelle que la vigilance du Cid a déjouée. Il a expié bien sévèrement son crime; mais à raison de son supplice, faut-il s'éprendre pour lui d’une tendresse si fervente qu’elle aille jusqu’à jeter l’injure à la mémoire du plus fameux des guerriers castillans? Nous ne comprenons pas ces amités subites pour l'ambition et pour la perfidie, et nous ne nous sentons au cœur nulle sympathie pour le traître qui a vendu sa ville natale, fût-il , comme Ahmet, de la race d’Almanzor.
Au reste, le zèle que le vainqueur a montré pour la religion chrétienne, a peut-être contribué autant que ses succès , à lui mériter les imprécations dont les auteurs arabes chargent sa mémoire. Beaucoup de chrétiens s’étaient établis à Valence. Le Cid s’empress.i de rétablir en cette ville le culte du vrai Dieu. Sur sa demande, un évêché y fut érigé en 1098, et l'on choisit pour evê(|ue, Jérôme de Périgueux , un de ces moines venus de France avec la reine Constance et avec Bernaid. archevêque de Tolède.
L'année 1094, qui vit tomber Valence entre les mains des chrétiens, fut également signalée par d'autres actions dignes d'être racontées. Sancho Ramirès, apres avoir enlevé aux musulmans Barbastro, Montaragon, et toutes les villes des environs d’Hiiesca , vint mettre le siège devant cette place. Elle était très-forte; malgré toutes les attaques du roi, elle sedéfendaitcourageu>eTnent,et le siège traînait en longueur. D. Sancho voulant cependant emporter Huesca de vive force , s’approcha des remparts jilus que la prudence ne le permettait. Au moment où il levait le bras pour
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signaler un endroit de ia muraille qui lui semblait plus faible, et vers lequel il voulait faire diriger les machines de guerre, un trait parti du haut des créneaux le frappa dans Paisse. le, au défaut de Iji cuirasse. I.e roi sentant bien ipie la blessure était mortelle, fit appeler ses iils. Il leur fit jurer de ne pas lever le .siège avant d’avoir pris la ville. Quand il eut ainsi réglé les affaires de ce monde, il s'orcupa de sa conseienee. Puis il fit arracher le trait qui était resté dans sa blessure , et il mourut le 4 juin 1094. D. Pedro son fils aîné, qui portait déj.à le tkre de roi de .Sobrarhe, hérita de. tous scs Etats. Son second fils, Alphon.se, n’eut que la seigneurie de (Juplques villes. Le plus jeune, nommé don Ramire, avait, des l’année précédente, pris l'habit de moine dans le couvent de Saint- Pons de Toiniers, situé sur le territoire de Narbonne.
Don Pedro et son frère continuèrent le siège, comme ils l'avaient juré à leur pere. Pendant les premiers moments, la nécessité de régler les affaires du royaume ne leur permit pas de le pous-ser avec autant de vigueur qu’ds l'auraient désiré; mais bientôt ils le pressèrent avec plus d'ardeur, et la ville, réduite aux dernieres extrémités, fut obligée d’appeler à son secours le roi de Saragossc. Celuici, pour délivrer Huesca , se mit en marche à la tête d’une puissante armée. Don Pedro, digne Iils de celui qu'il avait remplacé sur le trône, alla au-devant de l’ennemi. Il le rencontra le 18 novembre 1096, non loin de la ville d’Huesca, dans la plaine d’Alcoraz. La victoire ne fut pas longtemps douteuse. Les musulmans lais'èrent sur le champ de bataille 40,000 îles leurs. On dit que quatre rois nègres furent trouvés au nombre des morts; ce qui ne semble pas tres-etonnant , lorsqu’on se rappelle que le titre de roi était souvent pris par 1rs gouverneurs de la plus petite ville niu.sulmane. Le vulgaire, toujours ami des prodiges, raconte qu'on vit saint George combattre pour les Aragonnais, èt qu’un chevalier de la famille de iUoncade ,
qui se trouvait le même jour en Sy* rie, dans la ville d’Antioche où il avait été pour prendre part à la croi* Sade , fut cependant remarqué parmi les plus braves qui se signalèrent à Alcoras. Nous ne nous occupons pas sérieusement de ces prodiges ; mais ce qui parait certain, c’est qu’à partir de ce jour don Petiro changea les armes que, depuis liïigo Arista, les rois d’Araeon portaient d’arur et au premier canton la croix d’argent pattée , terminée à sa branche inférieure en lame de poignard. Il prit la croix de Saint-George, de gueules en champ d'argent, et dans chacun des quatre cantons, une tête de roi nègre au naturel, couronnée d’or.
S('pt jours après la victoire d'Alcorae , la ville, désespérant de pouvoir plus longtemps se défendre, se rendit, et le roi y entra le 25 novembre.
Huesca devint pendant quel(|ue temps la résidence des rois d’Aragon.
Les musulmans , désolés par tant de désastres , ne cessaient de déplorer la perte de Valence. Néanmoins , tant que le Cid vécut, ils osèrent à peine concevoir l'espérance de la reconquérir ; mais l’année même de la prise de .Jérusalem par les croisés , en 1099, le Cid rendit son âme, à Dieu. Dès que les musulmans furent instruits de cette mort, ils formèrent le projet de reprendre la riche cité qu’il leur avait enlevée. Abou-Rekr, a la tête d'une flotte formidable, s’était depuis peu de temps emparé des Baléares. Il vint, ex(îité par le fils d’Ahmet el-Moaferi, gouverneur d’Almeria, mettre le siège devant Valence. La ville était gardée par les vieux soldats du Cid , que commandaient Ximèiie sa Veuve, et Alvar Fanez de Minaya , le compagnon de tous ses travaux. Ils se défendirent avec courage. Fn 1101 , Alphonse envoya une armée au secours des assiégés. Cette armée rencontra les troupes d’Abou-Bekr, les battit; mais les musulmans étaient maîtres de toutes les places voisines, d’où ils sortaient pour ravager les environs. Aussitôt que l’armée d’Alphonse fut éloignée, ils vinrent recommencer le siège.
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ESPAGNE. 25â
Aiofs le roi de Castille comprit qu'il ne pouvait, sans ries peines et sans des dépenses trop grandes, conserver une place entourée de tous les côtés par les Maures. Il se résolut à l'abondonner. Ce fut un moment solennel que celui où tous ces vieux soldats qiiiltèrent la conquête achetée au prix rie leur sang. Ou n’y laissa ni unefetiime, ni un -enfant, ni un cheval, ni une voiture, ni un meuble qui appartinssent aux chrétiens. Chacun enleva tout ce qu’il possédait. On emporta au.ssi le corps du Cid. Des écrivains rapportent même qu’il avait été embaumé, qu’on le revêtit de son armure , qu’on l’attacha droit sur Babieca, son bon cheval de bataille , qu’on lui mit dans la main droite, Tisona , l’une de ses deux épées (*), qu’on porta sa bannière haute , et qu’on le fit ainsi marcher au premier rang comme il avait coutume de le faire aux jours de danger. Les Maures, en voyant tout cet appareil, en apercevant la poussière que soulevaient tant de chariots qui sortaient de la ville, crurent que c’était une armée immense qui s’avançait pour les attaquer. Ils livrèrent le“passage, et tous les chrétiens de Valence purent regagner la Castille.
Le Cid fut déposé dans le tombeau ui lui avait été préparé dans l’église e Saint-Pierre de Cardena. -Xiinena mourut, dit-on, deux années plus tard et fut ensevelie à côté de lui. Le noble cheval de bataille, le brave Babieca, reçut aus«i les honneurs de la sépulture. Il fut mis en terre à la porte de l’église de Saint-Pierre. La bannière du Cid et ses épées restèrent au monastère de Cardena, et pendant longtemps, quand les rois de Castille allaient entreprendre quelque guerre importante, ils faisaient porter devant eux la croix du Cid (c’est-à-dire l’une de ses épées), dans l’espoir que cette noble relique leur assurerait la victoire (**).
(*) L’autre épée du Cid se nomniait Colada.
(**) Voici la lettre assez riiriense qii’Alphonse XI écrivait en i335 : " Al-Abad de « San Pedro de Cardeûa , salud y fp^cia.
■OST ne -no» ezDati i»r d'araros. — noix
ALPHOaSt BKRITa DO 1-ROlXÏ. MORT
D’tOOSSODP. BATAILI.E D’oCléS' MORT
ni i.'inpART DOW SAifiao. — Ai.prioirsi iv DORIfl SA Flll.l ORRAr.A llX SlttlRDlS BOCKS A DOB ACPHORSE I®' d'aBAOOB. — MORT DU ROI ALPUUBSE VI.
La victoire d’Alroraz ne fut pas la seule que. don Pèdre d’Aragon remporta contre les Maures. Ses armes furent constamment heureuses. Depuis huit années sa fortune ne s’était pas démeiitre; mais chacun doit en cette vie supporter sa part de chagrins et d’afflictions : c’est une triste condition de la nature humaine Le iSaoût 1104, ses deux enfants don Pèdre et Isabelle lui fuient enlevés. Soit qu’il n’ait pu supporter la douleur que leur perte lui causa, soit qu’il fût atteint déjà de quelque grave maladie, il mourut quarante jours seulement après eux , le 28 septembre 1104. Il laissa pour successeur son frère Alphon.se, surnommé le Batailleur à raison du grand nombre de combats qu’il a livrés.
Le prince des Almoravides , You.ssouf-ben-Tascbfyn , ne tarda pas non plus à payer son dernier tribut à la nature. Il était âgé de cent ans, et mourut dans le courant de l'année 1 1 06. Son
« Sepades que\por la gran deuocion que « atiemos con la criiz del Cid , la quai lle- K vamos la oira vez quâdo futmns sobre
• Xibraltar, tenemos por bien de cuibiar
• por ella para lieuar la con nos olros en « esta ida que iraos a Portugal , y embiaâ mos alla para que nos la Irayan a .Xlvaro
• Roi.s, e a Joâ Garcia niieslros Kallesleros,
A e vos que embiedes dos monjes con > eilos , etc.
« A l'abbé de .Saint-Pierre de Cardena , salut et grâce. C'est afin que vous sachiez qu’à raison de la grande dévotion que nous avons en la croix du Cid , que nous avons portée avec nous l’autre fois quand nous avons été au camp devant Gibraltar, nous trouvons bon de l'envoyer demander, pour l’avoir avec nous dans la guerre que nous allons faire en Portugal. Nous envoyons donc nos deux arbalétriers Alvar Rois et Jean Garcia pour qu’ils nous l'apportent; et vous, envoyez deux moines avec eux, etc., etc. »
Digitizea oy vjuugif
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es6
fils Aly, que depuis trois ans il avait fait reconnaître pour son successeur, fut proclamé émir. Il resta pendant quelque temps en Afrique pour y mettre ordre aux affaires de son gouvernement ; ensuite ayant à cœur d’acliever l’entreprise commencée par son père et de rétablir en Espagne la domination musulmane, il v fit passer, sous la conduite de son frère , une armée de Lamtounes. Les ^Maures recommencèrent donc à faire avec plus d'activité la guerre aux chrétiens. Us allèrent mettre le siège devant le château d'Uclès. C’était lin de ceux livrés par Ben- Abêd à Alphonse. Il faisait partie de la dot de Zaïda. Le roi de Castille rassembla des troupes. Il voulait marcher lui-mémc à leur tête pour aller chasser les ennemis: mais son grand âge et les maladies dont il était atteint lui eussent diflicilemeut permis de faire une campagne. On pan int donc à le dissuader de prendre lui même le commandement de l'armee. Il en remit la direction au comte don Garcia, et, pour qu'il eût plus d'autorité, il envova avec lui rinlant don Sancho, qui n'était pas â«é de plus de onze ans. C’était l’enfant de Zaïda , celle de ses femnies qu’Alphonse avait le plus aimée. Le roi n’avait pas eu d’autre fils de ses nombreux mariages. Celait une double raison pourqii’ilchéritavec plus de tendresse cet uniuue héritier de sa couronne. Le jeune inlant avait été élevé par don Garcia , comte de Cabra ; ce fut à ce brave guerrier que fut principalement confiée la défense de sa personne. Lorsque les chrétiens furent arrivés près d'Uclez , ils attaquèrent les Aimoravides; mais il.s furent mis en déroute. Au plus fort de 1a méiee , l’infant Sancho, s’adressant an comte de Cabra, lui cria : » Père! père! mon cheval est blessé.» Le comle.s’empressa d’accourir. Il sauta à bas de son cheval au moment où celui de Sancho s’abattait ; il plaça l'infant entre lui et son bouclier. La mort les menaçait de toute part; neanmoins il se 'défendit vaillamment. Il couvrait le jeune prince avec son bouclier , et les coups de son épée tenaient les assaillants
éloignés. Mais ayant eu un pied tranché d’un coup de sabre et ne pouvant plus se soutenir , il se coucha sur le corps de sou élève, afin de recevoir la mort avant lui.
La nouvelle de cette, défaite arriva bientôt à Tolède où le roi était resté. « Ah! mon fils, s’écria Alphonse en sanglotant, ah! mon fils, joie de mon cœur, lumière de mes yeux, consolation de ma vieillesse! Ah! mou fils, miroir où j’aimais tant à me contempler. Ah ! mon grand héritier ! Chevaliers, où l’avez-vous laissé.’ Comtes, rendez-moi mon fils. »
Les chevaliers, émus de la douleur du roi, restèrent quelque temps sans répondre. Enfin l’uii d'eux, le comte Gomez,lui répondit : «Seigneur, pourquoi nous demander votre fils ? vous pe nous l’avez pas confié. — Si je ne vous l’ai pas confié , reprit le roi , je vous ai envoyés avec lui pour le protéger. Celui que j’avais chargé de sa garde l’a défendu; et quand il ne pouvait plus le défendre il s’est couché sur lui , et il est mort en le couvrant de son corps. Mais vous qui l’avez abandonné, que venez-viuis faire ici .’ »
Alors ou ditqu’Alvar Fanés lui répondit : « Seigneur, depuis votre enfance vous avez durement fût la guerre.
Vous avez appris en combattant qu'il ne suffit pas toujours d’agir vaillamment pour avoir la chance favorable.
La fortune a cette fois été pour les musulmans. V'otre lils était mort; à quoi eût-il servi que nous fussions restés avec lui sur le champ de bataille ? Il ne fût revetiu personne pour défendre l’État contre les .Maures, et le fruit de tous vos travaux eût été perdu. »
Quand les premiers moments de sa douleur furent passés, le roi s’occupa d’assurer la succession au trône. Peu de temps après la défaite deZalaca, Alphonse avait marié a Henri, descendant de Robert l'Excommunié, sa fille doua Thereza , qu'il avait eue de son union passagère avec Xi mena iMunos; il avait à la même époque donné sa fille légitime Urraca pour épouse à Raymond de Bourgogne: Bavait confié au premier le gouvernement du Por-
tugal ; il avait fait l’autre comte de toute la Galice; mais ces honneurs n'avaient pas sufG à l’ambition de ses gendres. Ils avaient formé une alliance pour s’emparer du trône après la mort du roi. Ce traité ne fut pas tenu assez secret; Alphonse eut dos preuves de la haine qu’ils portaient à Zaïda, et de leur coalition pour dépouiller l’infant Sancho de la couronne (*). Il avait donc conçu contre eux un juste ressentiment. Le comte Raymond était mort peu de temps avant le désastre d'Uolez, laissant un Gis en bas âge. Cet enfant, appelé Alphonse- Raymondez, se trouvait, par la perte du jeune Sancho, le seul descendant mâle du roi Alphonse le Brave. Suivant l’ordre naturel des successions, il devait être un jour son héritier; mais le roi reportait sur lui une partie du ressentimentque le.çomte Raymond avait mérité. Il le faisait donc élever loin de la cour, au fond de la Galice, et il résolut de donner un nouveau mari à sa Qlle. Ses vues se tournèrent du côté de don Alphonse 1", qui, depuis 1104, était monté sur le trône d’Aragon. Les nobles castillans furent blessés du choix qu’il faisait d'un prince étranger. Ils le considérèrent comme injurieux pour eux puisqu’il exprimait dans leur opinion que le roi ne trouvait aucun d’eux digne de s’asseoir sur le trône. Cependant comme ils n’osaient pas adresser eu.x-mêmes leur réclamation à Alphonse, ils lui Grent parler par son médecin. Le roi fut vivement irrité de leurs prétentions. Il défendit à leur interprète de se représenter jamais devant lui, et il donna la main de sa Glle à don Alphonse d'Aragon, quoiqu’ils fussent cousins issus de germain (**).
(*) Le texte de ce traité se trouve dans d'Acliery, Spiciltgitun velerum scriptorum, t. 111, p. 4i8.
(") C’est par erreur que M. Viardot, dans son Hlsloiie des Aralies, dit qu’ils n'élaient parents qu'au septième degré ; c’est au sixième qu’il faut dire : d'Urraca à son père Alphonse, il y a un degré; à Ferdinand son aïeul a ; à Sancho le Grand son bisaïeul , 3 ;
17' Livraison. (Espagne.)
Lors du départ de son Gis pour la désastreuse campagned’Uclez, Alphonse était déjà malade ; le chagrin augmenta encore ses souffrances. Cependant il montait tous les jours à cheval par l’ordre de ses médecins qui essayaient, par cet exercice, de rappeler la chaleur dans son corps accoutumé à la fatigue. EnGn, vers la Gn de juin, il se sentit encore plus faible; il vit bien que le moment était venu pour lui de s’occuper uniquement des intérêts de l’autre vie. Il avait alors, dit Mariana , soixante et dix-neuf ans, et il mourut le !"■ juillet 1109.
Alphonse avait mérité que ses contemporains lui déférassent le surnom de Brave. Sa libéralité l’avait fait appeler aussi Alphonse à la Main trouée.
Il était sans jactance dans la bonne fortune, et jamais il ne se laissa abattre par l’adversité. Il joignait aux qualités du vaillant capitaine les talents de l’homme d’Rtat. Il avait surtout le talent si rare de se faire aimer ; aussi la nouvelle de sa mort fut-elle accueillie dans tous ses États par un deuil général, comme si le peuple eût compris que des jours de trouble et de discorde allaient succéder aux temps de gloire et de prospérité.
KEGITE DE DOIVA URRACA. DlSSETTSIOifS
ENTRE r.A REINE ET SON RtARI. f.A REINS