‹ Espagne (volume 2)Chapitre 37 sur 70 · E'P SON PERE. MASSACRE DES HABITANTS · texte numérisé non relu

E'P SON PERE. MASSACRE DES HABITANTS

DE TAL AVERA. TE.STAMENT d’aLFHONSE X.

MORT d'aLPHONSR.

On a vu que le roi Henri de Navarre était mort le 37 août 1374, laissant

f>our héritière sa fille Juana, âgée seuenientde trois ans. Elle devait apporter en dot une couronne à celui qui serait son mari. Aussi les princes voisins recherchaient- ils avec empressement une alliance qui pouvait considéra-

blement augmenter leurs États. Ils s’occupaient à se faire des partisans parmi les seigneurs navarrais, qui se divisaient en deux partis. Les uns voulaient un prince aragonais; les autres préféraient un Castillan. Blanche, veuve de don Henri, tutrice de la jeune reine et régente du royaume, avait, du consentement des cortès, confié la direction des affaires h don Pedro Sanchez de Montaign. Ce seineur était favorable aux prétentions e l’infant d'Aragon, don Pedro, qui eût voulu marier son fils avec la jeune reine de Navarre. Les seigneurs qui préféraient une alliance castilfane , avaient pour chef don Garde Almoravides. Tout le pays était partagé entre ces deux factions. On en était venu aux armes : on ravageait les récoltes ; on incendiait les maisons : c’était le commencement d’une guerre civile dont on ne pouvait prévoir les chances. Aussi Blanche résolut-elle de mettre eu sûreté la couronne et la liberté de sa fille en la plaçant sous la protection de Philippe le Hardi. F.lle passa en France avec sa fille, se rendit â Paris où le roi lui assigna un hôtel et des revenus. Ensuite il envoya, pour gouverner le royaume de Navarre, Eustaclte de Beaumarchais, ui, après avoir, suivant l’usage, juré e respecter et de l'aire respecter les fiieros navarrais, prit la direction des affaires; et par une conduite pleine de sagesse et de fermeté, il parvint à rétablir momentanément la tranquillité en Navarre.

Dans la Castille, au contraire, les discordes civiles n’avaient pas encore éclaté. Mais c’était un incendie qui couvait. Il s’en fallait beaucoup que la décision des cortès de. .Ségovie eût convaincu tout le monde de la justice des prétentions de l’infant don Sancho.

Yolande, reine de Castille, était Aragonaise ; et , jugeant d’après les principes admis par la constitution de son pays, elle trouvait inique de priver du trône les fils de son premier-né. Blanche, fille de saint Louis, élevée dans les idées françaises, se révoltait contre une décision quj dépouillait ses enfants

de ce wi, aux termes de la loi salique, edt été l’héritage de leur père. Yolande, ne trouvant pas, auprès d'Alphonse X, la justice et l’appui qu’elle eût désirés pour les infants de la Cerda , les enleva , et , avec leur mère , elle se rendit auprès de son frère don Pedro d’Aragon.

Alphonse X, et surtout don Sancho, se montrèrent fort irrités de cette fuite. Ils Créât redemander à don Pedro de leur renvoyer les fugitifs. Mais ce prince répondit qu’il n’avait jamais livré ceux qui étaient venus chercher un asile auprès de lui, et qu’il ne commencerait pas par trahir sa sœur et ses neveux. Cette réponse augmenta encore le mécontentement de don Sancho, qui, accusant l’infant don Fadrique , son oncle , d’étre favorable au parti des infants de la Cerda, et d’avoir conseillé leur fuite, le fit étrangler à Burgos, lorsqu’il rentrait dans son palais (*). Il adressait les mêmes reprodies à Simon Ruiz de Cameros. Il fit incendier la maison où ce seigneur s’était retiré, à Trevino, et le fit ainsi périr dans les flammes. Cependant le parti des infants de la Cerda avait trouvé plus d'un appui. Le frère de Blanche, Philippe le Hardi, envoya plusieurs fois des ambassadeurs au roi de Castille, pour lui adresser des réclamations; et, comme Alphon.se n’y faisait pas droit, il lui déclara la guerre, et se disposa à passer les Pyrénées; mais le pape intervint. Il menaça le roi de France de l’anathème, s’il commençait les hostilités. Cette menace, jointe à la mauvaise saison qui rendait te passage des montagnes difficile, contribua à maintenir la paix.

Cependant le terme de la trêve conclue avec Yacob-Abu-yoïisouf était arrivé. L’année de don Alphonse avait été mettre le siège devant Atgéciraz; elle serrait la ville par terre et par mer. Mais, comme le siège traînait en longueur, l’argent vint à manquer pour payer la solde et les vivres. Don Alphonse chargea un juif de Séville,

(*) Mariana dit qu’il fut décapité. Liv. xrv, ch. 3.

nommé Cax de la Maloa , de lui trouver des fonds.

Cependant Sancho souffrait avec impatience que sa mère fût retirée auprès du roi d’Aragon. Il avait envoyé l’infant don Manuel auprès d’elle pour obtenir son retour. Après une longue négociation , on convint que la liberté serait laissée à Blanche de se retirer en France, si elle le jugeait convenable; que les infants de la Cerda seraient élevés dans le château de Xativa, et qu’Yolande reviendrait en Castille; mais, quand cet accord eut été conclu, la reine différa de l’exécuter, sous prétexte qu’elle avait contracté des dettes, et qu’elle ne pouvait pas quitter l’Aragon sans les avoir payées. Alors don Sancho se transporta chez le juif Cax de la Maloa; suit de bon gré, soit de force, il se fit remettre l’argent ramassé pour l’année qui assiégeait Algéciraz, et l’envoya à la reine Yolande. Cependant la flotte et l’armée ne recevant ni vivres ni argent, les maladies et la désertion commencèrent à se mettre dans le camp et dans les équipages. Ahu-Yousouf, en ayant été averti par ses espions, vint, à là tête d’une escadre bien armée, attaquer les vaisseaux chrétiens qui manquaient de tout et qui étaient à peu près déserts. Il les détruisit presque tous. Il entra triomphant dans le port d’Algéciraz , et les chrétiens furent forcés de lever précipitamment le siège (*).

En Navarre, le parti castillan, un moment comprimé par Eustache Beaumarchais, avait pris de nouvelles forces. Une sédition éclata à Pampelune; Sanchez de Montaigu y fut massacré, et le gouverneur français, Eustache de Beaumarchais, forcé de. se retirer dans la citadelle, y fut assiégé par les révoltés. Dès que Philippe le llardi fut informé de cette rébellion , il envoya en Navarre une armée sous le commandement de Robert , comte d’Artois, et du connétable Imbert; et elle

(*) Condé place cet événement an i.t rabia 1“'' 678 (a6 juillet 1379); d y a probablement là une erreur d’une année , car les chrétiens le mettent en 1178. Alors il fàndrait lire, i5 rabia i*'' 677 (6 août tayft).

L’UNIVERS

vint, la veille du jour de Noël 1272 , mettre le siège devant Pampelune. Alphonse avait envoyé des troupes au secours des révoltés ; mais, après s’être avancées jusqu’à trois lieues de Pampelune, elles se retirèrent sans avoir osé attaquer les Français. Le connétable Imbert entra dans la ville, et les rebelles furent sévèrement châtiés.

En voyant une armée française si près de ses frontières, Alphonse manifesta le désir de terminer à l’amiable ses différends avec le roi Philippe. Il eut une entrevue avec le comte d’Artois ; mais, comme celui-ci n’avait aucun pouvoir pour traiter, on fixa d’autres conférences. Enfin, après bien des débats, on convint, à titre de transaction , que le roi de France reconnaîtrait don Sancho comme héritier de la couronne de Castille, mais qu’on donnerait à l'infant Alphonse de la Cerda le royaume de Murcie, à titre de fief relevant de la couronne de Castille. Ce n’était pas tout d’avoir conclu cet arrangement : il fallait encore le faire accepter par les cortès. Elles furent convoquées à Séville pour la fin de l’année 1281. Alphonse leur exposa que les guerres soutenues contre les Maures de Grenade, dans les années précédentes , avaient épuisé le trésor; qu’il fallait frapper le peuple de nouveaux impôts, ou bien autoriser le roi à altérer la monnaie d’argent, en y alliant une plus grande quantité de cuivre. Bien qu’Alphonse eût déjà la triste expérience d’une opération de ce genre , il insista pour cette refonte des monnaies. Les cortès, de leur côté, tout en éprouvant le mécontentement le plus vif de cette mesure, ne surent en proposer aucune autre pour faire face aux besoins de l’État , et furent forcées de l’approuver. Alphonse leur rendit aussi compte de l’arrangement qu’il avait conclu avec le roi de France, et il demanda l’approbation des représentants de la nation. Don Sancho, qui avait été reconnu héritier présomptif de la couronne , manifesta tout son mécontentement de la proposition qui était faite de démembrer son héritage. Il refusa d’as-

sister aux séances des cortès; mais il employa toute son influence pour que cet arrangement ne fût pas sanctionné , et ses partisans parvinrent à empêcher qu’on terminât rien sur cette affaire. Bien que la proposition sur la refonte des monnaies eût été adoptée, elle avait cependant indisposé contre le roi presque tous les représentants des villes. Don Sancho profita de ce mécontentement général, et indiqua pour le mois d’avril suivant une nouvelle réunion des cortès.

Il choisit la ville de Valladolid pour tenir cette assemblée, où, disait-il, on remédierait à tout. Le remède qu’on y proposa fut de remettre le gouvernement entre les mains de don Sancho.

C-tte motion fut faite par l’infant don Manuel . et adoptée presque par l’iinanimitédes membres. On alla plus loin:

on demanda qu’Alpbonse fût dépouillé du titre de roi , qui serait donné à don Sancho. Mais celui-ci, avec une hypocrite modestie, répondit que tant' que son père vivrait, il fallait lui conserver le titre de roi et les lionneurs de la souveraineté; uu’il était content, pour son compte, au titre d’héritier présomptif et de régent du royaume. En apprenant ce qui se passait à Valladolid, Alphonse fut rempli de colère. Il voulut châtier la rébellion de son fils; mais il était abandonné par pre.sque tout le monde. C’est à peine si quelques villes lui étaient restées fidèles.

Il demanda contre son fils des secours en France, en Portugal ; mais ce fut inutilement. Il fut réduit à implorer l’assistance du roi de Maroc. Ce prince lui envoya des troupes et de l’argent ; maiscette aide fut insuffisante pour faire rentrer ses sujets dans le devoir. Il invoqua l’autorité du pape; mais le souverain pontife ne jugea pas à propos d’user des armes spirituelles contre un fils qui faisait à son père cette guerre impie. Ch.aque jour apportait au malheureux Alphonse quelque nouveau sujet de. ressentiment. Aussi , le 8 novembre de l’année 1282, il fit dresser publiquement, à Séville, une déclaration par laquelle il donnait ça malédiction à Sancho, après l’avoir

déshérité comme fils ingrat et comme sujet rebelle. Ces actes ne servirent, au reste , qu’à irriter encore les passions, et à donner une nouvelle activité à la guerre civile. Un faubourg de Talavéra ayant embrassé le parti d’Alphonse, don Saiicho vint à la tête de bonnes troupes. Il fit prendre et massacrer quatre cents des principaux habitants. Il fit couper leurs corps par quartiers, et en fit attacher les débris à des pieux plantés près d’une porte de la ville, qui, depuis ce temps , a conservé le nom de porte des Quartiers , Puerta de Quartos.

Cependant, l’âge et les chagrins avaient épuisé les forces d’Alphonse.

Vers les premiers jours de novembre

1283, sentant qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, il voulut confirmer le testament qu’il avait déjà fait.

Il maudit l’infant don Sancho pour cause d’ingratitude et de désobéissance , le déshérita et l’exclut du trône, lui et toute sa postérité. Il institua pour son héritier, Alphonse, fils ainé de Ferdinand de la Cerda, et, à défaut d’Alphonse, son jeune frère Ferdinand.

A defaut de ceux-ci, ou de leurs descendants, il institua le roi de France.

Quelques jours plus tard , l’infant don Juan ayant abandonné le parti de son frère, Alphonse voulut lui laisser un témoignage de son contentement, et, par un codicille daté du 22 janvier

1284, il lui légua les royaumes de Séville et de Badajoz. Il légua aussi à son autre fils, l'infant don Diego, le royaume de Murcie. Il languit encore quelque temps. Don Sancho fit quel-

ues démarches pour obtenir le pardon

e son père. Alphonse commençait à se laisser fléchir quand il mourut a Séville, le mardi 4 avril 1284; avant de mourir, il pardonna, dit-on, à son fils, mais il ne révoqua aucune des dispositions qu’il avait consignées dans ses testaments.

Alphonse ne fut marié qu’une fois, et eut de la reine Yolande don Fernand de la Cerda, mort en 1275; don Sancho, qui, malgré l’exhérédation prononcée contre lui , demeura son successeur; don Juan, don Pedro et

don Diego (*). Il avait eu d’une mattresse , avant son mariage , une fille nommée Béatrix, qui fut mariée au roi de Portugal ; il eut aussi un fils bâtard nommé Alphonse le Jeune.

Son royaume fut agité par des troubles presque continuels, que causa d’abord la. pénurie du trésor et que ses fautes perpétuèrent. Comme Alphonse le Grand, il fut avant le temps dépouillé par ses fils de l’autorité royale. Si Alphonse, au lieu d'être roi, eût été un simple écrivain , personne ne lui contesterait le titre de sage. Son amour pour les lettres , l’étendue de ses connaissances , la protection qu’il accorda aux savants, de quelque secte u’ils fussent , sa tolérance religieuse oivent recommander sa mémoire à la postérité. Il a aboli en Espagne l’usage d’écrire les actes en ce latin barbare du moyen âge ; il a voulu que tous les contrats fussent rédigés en castillan ; enfin, ce qui suffirait à la gloire d'un siècle, il a rédigé ce code si connu sous le nom de Siete partidas.

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