LES ASTURIES
On rencontre souvent des vérités , Blême dans les fables les plus déraisounuldes. Les dirétiens, dit l’Arioste, étaient sur le point desucoomber. Dieu appela l'archange Midiel, et lui dit:
«Va dans l’endroit où lu Discorde fait son séjour: ordoiirie-lui d’en sortir, d'emporter avec elle un brandon , et d’alkiiuer l’incendie dans le camp des Maures (****). » Eu effet, dès les pre- (*) PUnclie is.
(’•) Plaiiclre 56.
(•*■) Pbmcbe S4.
(*"■) I ........ . subito va in parle
Dove il Euo Eoggio la disconlia leiiga.
Dille die l’esca , et il fiicil acco preiida ,
E uel carapo de’ mori il foco accenda.
fiiiers Histantsde la victoire, la jalouse éclata «utre les généraux arabes ; les <lis»easkuis aux^ielles eUe éonna naissance contribuèrent {Mn'ssamment à préserver l'EHrope 4u joug musulman et à garantir le clirit^ianisine d'une entière destruction. Ces discordes, qui dwèretit autant que la domination des Maures, ne pruvenaieut pas seulement de cette ambition, de cette soif du pouvoir, si commune chez ceux qui cominmideiit ; elles étaient encore excitées par la différence des races dont était ooinposéel’arinéedesconquérants.
Le fondateur de l'islamisme , Maltemet, appartenait à lu race d'Adnan, la plus illustre chez les Arabes. Il était de la tribu des Koraïscliites , la première parmi celles d'Adnan. Lorsque le prophète mourut en lu onzième année de l'hégire, il avait déjà reuiri sous ses bannières toutes les tribus de l'Axabie. Aboubecber, son l>euu-père et son successeur, ajouta là Sx'rie à son empire. Omar fut le premier qui porta les armes musulmanes en Afrique; il commença la conquête de l'Égypte. Ses successeurs continuèrent à s’étendre vers l’occident , en suivant le bord de la Méditerranée. C'est sous le calife Abdel-Meleck (*), vers le commencement du huitième siècle, que Mousa-Ben- Nosseïr(**), irudeses lieutenants, poussa SOS conquêtes jusqu'à l’e.\tremité occidentale de l’Afrique. Il acheva de ranger la Mauritanie sous la domination musulmane. La ville de Ceuta, dé fendue par le comte Julien, beau-frère de VVitiza, avait seule résisté à ses efforts. Les Sarrasins s’étaient établis dans le reste du pays où se trouvaient ainsi trois races bien distinctes. U’abord , les premiers habitants de cette partie de l’Afrique, les Berbers, se tenaient sur les hauteurs de l’Atias et dans les sables du désert, où ils avaient été refoulés par les Romains. Les villes étaient pelées par une race hyttri* de, née de l’alliance des anciens colons romains avec les débris des Carthaginois et avec les iacligènes , et dans la-
(*) Lilléralemeat : le serviteur du roi.
' (**) Moïse fils de Nossetr.
quelle étaient venus se confondre des Gotlis, des Alains et des Vandales.
EhGu , l’armée de Mousa était formée eu grande partie d’Arabes, parmi lesquete on comptait les plus nobles des Koraîschites.
Mousa s’occupait à établir solidement la puissance musulmane chez les Berbers, et à propager la loi du prophète dicz ces [letiples plongés encore dans les superstitions du sabéisme et de l’idolâtrie, lorsque le comte Julien vint réclamer son assistance pour tirer vengeance du roi Rodrigue. On n vu déjà que Mousa ne passa pas luimême eu Europe. C’est une politique commune à toutes les nations conquérantes de lancer d’abord , sur le nouveau paysqu’elles veulemtenvahir, tout ce qu’il y a d’énergique dans celui qu’elles ont déjà vaincu. De cette manière elles atteignent un double but :
d’abord de laisser derrière elles moins d’éléments de révolte; ensuite, elles ménagent leurs propres fon-es, et souvent elles n’ont qu’a recueillir le fruit de la victoire remportée par ceux qu’elles ont ainsi jetés en avant. Mousa ne dérogea pas a cette habitude : il confia le commandement des expéditions dirigées contre l’Espagne à Tarif, dief berber, et les Berbers formaient la plus grande partie de l’armée qui vainquit Rodrigue sur les bords du Gua<> dalete.
L« sentiment- de jalousie qui existait entre les Arabes et les Berbers se manife.sta dés les premiers instants.
Mousa apprit avec dépit la victoire de son lieutenant. Un semblable succès allait au delà de ses espérances et de toutes ses prévisions : il envoya donc à Tarif l’ordre de s'arrêter, et se disposa à passer immédiatement en Espagne pour en acltever lui-même la conquête. Après avoir laissé le commandement^ l’Afrique à son fils Abd- Allah, il franchit le détroit à la tête d’une armée oomposée en grande partie d’Arabes.
Cependant Tarif, que l’ordre de Mousa était venu surpendre au milieu de ses succès, ne pouvait ni ne voûtait obéir. Il avait attaqné et battu lee
L’tlNIVEKS.
débris de l’armée des Goths, qui s'étaient ralliés à Ecija sur les bords du Xenil. Il était évident que s’il s’arrêtait comme on le lui enjoignait, il laisserait aux vaincus le temps de se reconnaître, et qu'il perdrait une partie des fruits de sa victoire. Il se détermina donc à continuer activement la guerre. Il sépara son armée en plusieurs divisions ; il donna le commandement de l’une d’elles à un renégat appelé par les auteurs arabes Mogueïthel-Roumi (Mogueïth le Romain). C’^ tait probablement quelque chef de la population romaine ûue les vainqueurs avaient trouvée établie dans les villes de la Mauritanie, ou bien, c’était un ^ de ceux qui , avec le comte Julien , ' avaient trahi leur Dieu et leur patrie. Il avait ordre de marcher sur Cordoue. Une autre division, dirigée par Zald-ben-Kesadi , devait s’emparer de quelques villes du littoral. Tarif, à la tête de la troisième division , comptait traverser le territoire qui forme aujourd’hui le royaume de Jaën , la Sierra Morena, la vallée de l’Ana, les monts qui la séparent de la vallée du Tage, et arriver enfin jusqu’à Tolède, qui était la ville royale des Goths.
Ces trois expéditions furent également couronnées de succès. Mogueïth s’avança avec précaution, faisant éclairer sa marche par des soldats qui portaient le costume des Goths. Comme il approchait de Cordoue , ses éclaireurs surprirent un pâtre qui promit de leur indiquer un endroit où la muraille tombait en ruine, et par lequel il était possible de pénétrer dans la ville. Le chef arabe cacha son armée dans un bois de pins, qui, à cette époque, existait dans les environs. Lorsque la nuit fut venue, mille cavaliers, portant en croupe autant de fantassins, s’approchèrent en silence de la ville. Un violent orage, mêlé de grêle et de tonnerre , favorisa leur marche et leur permit d’arriver au pied des remparts sans être découverts. Le berger qu’ils avaient fait prisonnier leur montra une brèche , près de laquelle avait poussé un énorme figuier. En s’aidant des branches de cet arbre un
des Maures parvint à escalader la muraille. Alors Mogueïth, ayant déroulé son turban, lui en jeta le bout et s’en servit pour monter le second. Cette toile ainsi retenue par les premiers arrivés fut pour les autres une espèce d’échelle. Quand ils se trouvèrent en assez grand nombre sur le rempart, ils coururent vers une des portes de la ville, égorgèrent ceux qui la gardaient, et, l’ayant ouverte, livrèrent passage à ceux qui étaient restés deliors : alors ils se précipitèrent tous dans la ville, en poussant des cris de victoire. Au milieu du désordre, le gouverneur de la ville parvint à réunir quatre cents soldats chrétiens, avec lesquels il se réfugia dans une église consacrée à saint George. Il y avait fait transporter de l’eau et des vivres, et il s’y défendit avec courage. Il y a certainement de l’exagération dans le récit que fait Mariana, lorsqu’il prétend qu’ils résistèrent pendant trois mois. Mais ce qui parait certain, c’est qu’ils combattirent jusqu’à ce que le feu ayant été mis à leur retraite, ils périrent tous dans l’incendie : aussi ce lieu fut-il appelé depuis Yéglise du bûcher, et demeura-t-il en grande vénération chez les chrétiens.
Zaïd-Ben-Kesadi prit en courant Malaga, Grenade. Il y laissa des garnisons , composées en grande partie de juifs, qui , trop heureux de se soustraire aux persécutions exercées contre eux par les Goths , avaient embrassé avec empressement le. parti des vainqueurs. Il rejoignit ensuite Tarïf, avant que celui-ci fût arrivé devant Tolède.
Ils mirent ensemble le siège devant cette capitale. Les chroniques ne sont pas d’accord sur la maniéré dont iis s’en rendirent maîtres. L’archevêque don Rodrigue raconte que, par haine pour les chrétiens , les juifs livrèrent aussitôt les portes aux ennemis. Don Lucas de Ti^ raconte les faits d’une manière differente. Les chrétiens de Tolède, dit-il, étaient peu nombreux ; mais la ville, située sur un rocher que le Tage entoure presque de tous les côtés , pouvait facilement être défendue. Ils résistèrent donc avec courage
pendant plusieurs mois. Enfin, le dimanche des Rameaux , ils sortirent pour aller, suivant l’usage, en procession à l'église de Sainte-Léocadie du Faubourg. Les juifs proGtèrent de ce moment pour ouvrir les portes aux Sarrasins, qui se précipitèrent dans la ville et qui en massacrèrent tous les défenseurs. Les auteurs arabes disent, au contraire , que les habitants capitulèrent sans faire une longue résistance.
Lorsqu’on trouve tant de diversité dans les récits, il y aurait de la témérité à affirmer que l’un est plus vrai que l’autre ; cependant il est des circonstances qui rendent la dernière opinion plus probable. Les principaux seigneurs qui habitaient ordinairement la ville et qui auraient pu la défendre avaient péri sur les bords du Guadaleté. Beaucoupd’entre eux, commandés par l’évéque Oppas, étaient passés dans les rangs des Arabes. Enfin , un
filus grand nombre encore avaient pris a fuite, épouvantés par les récits effrayants qui arrivaient de toute part ; aussi est-il probable que Tolède se rendit à composition presque sans s’étre défendue.
Les conditions imposées par les vainueurs aux villes qui se soumettaient taient d’ailleurs assez douces ; ils réservaient toute leur rigueur pour celles qui résistaient ou pour les Espagnols qui avaient fui. Ils séquestraient tous les biens de ces derniers; mais ordinairement ils se bornaient à exiger un tribut du cinquième, et quelquefois du dixième seulement des revenus. Ils laissaient aux chrétiens la liberté de suivre leur religion, à la condition d’en exercer les pratiques dans l’intérieur seulement de leurs temples, et surtout de ne mettre aucun obstacle à la conversion de ceux de leurs compatriotes qui voudraient embrasser l'islamisme.
Ils leur interdisaient de construire des églises nouvelles, mais ils leur laissaient une grande partie de celles qui existaient. Ainsi , à Tolède , les chrétiens en conservèrent sept : c’étaient celles consacrées à saint Just, à saint Torquatus , à saint Lucas , à saint 9* lAvraUon. (Espagne.)
Marc, à sainte Eulalie, à saint Sébastien et à Notre-Dame du Faubourg.
Tarif s’établit dans le palais des rois goths. Les auteurs arabes, qui ne sont pas moins prodigues de fables que les chroniqueurs chrétiens, font un merveilleux récit des richesses qu’il y trouva. A la mort de chaque roi goth, disent-ils , on déposait dans le trésor la couronne que ce prince avait portée, et Tarit trouva ainsi à Tolède vingt -cinq couronnes d’or enrichies des pierres les plus précieuses : c’étaient celles des vingt-cinq rois goths qui avaient fixé leur résidence en Espagne. Pour apprécier ce conte à sa juste valeur, il suffit de se rappeler que Léovigilde fut le premier de la race gothique qui porta les insignes royaux, et de Léovigilde à Rodrigue on ne compte que dix-huit rois.
Tarif ne s’arrêta pas è Tolède , il poussa ses conquêtes jusque dans, la vallée du Duero et dans celle de l'Èbre. Dans une ville située sur les bords du Xalon on trouva , disent les Arabes , une table faite d’une seule émeraude et montée en or : c’était la table de Salomon. Les Goths s’en étaient emparés lors du pillage de Rome, où elle avait été apportée par Titus après la destruction du temple de Jérusalem. Ils donnèrent à cet endroit le nom de Jfetfina 7’a/meyrfo, qui signifie la ville de la table elle s’appelle aujourd’hui Medina-Celi.
Dès que Mousa fut débarqué à Algéciras , il s’efforça d’éclipser par ses conquêtes la gloire de son lieutenant.
Il s'abstint soigneusement de passer dans le pavs que celui-ci avait déjà parcouru, il commença par s’emparer de quelques villes voisines du point où il avait pris terre. Il enleva d’assaut l’antique Asido, à laquelle les Maures donnèrent par la suite le nom de Medina-Sidonia. Il marcha ensuite sur Carmona , qui lui fut livrée par la trahison du comte Julien. Celui-ci, feignant d’être poursuivi par les .Maures, vint, à la tête des siens, demander un asile dans la ville. Dès qu’il y fut entré, il s’empara d’une porte qu’il ouvrit aux Arabes. Après cette conquête
130 1;U1HIVKÎIS.
facile, Mousa courut attaquer Séville, dont la résistance ne dura qu’un mois.
Ossonaba, Pax Julia, aujourd'hui Beja, furent rapidement enlevées. Enfin , en remontant le cours de la Guadiana , Mousa arriva devant Mérida, cette colonie des vétérans d’Âiieuste, que les empereurs avaient embellie de tant de majestueux édifices. En apercevant les monuments dont elle était remplie, Mousa s’écria qu’il semblait que l’univers entier avait dû se réunir ^ur la construire. « Heureux , ajoutat-il, celui qui serait maître d’une semblable cité. » Cependant, il ne pouvait songer à s’en emparer aussi rapidement que de Séville et de Carmona.
Tout ce que l’art de la guerre avait alors inventé pour rendre les places imprenables avait été mis en usage.
Les murailles étaient garnies de machines de toutes sortes. Les habitants étaient nombreux et bien déterminés à se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Ils faisaient de vigoureuses sorties, et souvent ils venaient enlever les premières tentes du camp des assiégeants.
Mousa profita de leur impétuosité pour les attirer dans une embuscade. Il avait remarqué près de la ville une carrière profonde; elle lui parut disposée tout exprès pour ce qu’il méditait. Pendant la nuit, il y fit entrer sans bruit une partie de son armée. Dès que le jour lut venu , un petit corps de troupes courut insulter les murailles et provoquer les assiéeés. Ceux-ci sortirent en foule , cbar^rent les Arabes qui ftiyaient devant eux et les poursuivirent avec intrépidité. Mais lorsque les fuyards eurent entraîné les Espagnols assez loin de la ville, ils firent volteface; les soldats cachés dans la carrière sortirent précipitamment de leur embuscade, coupèrent la retraite aux chrétiens, qui se trouvèrent attaqués à la fois de tous les côtés. Ce ne fut qu’en faisant des pertes énormes qu’ils parvinrent à regagner la ville; aussi, rendus prudents par ce malheur, ils se bornèrent dans la suite à défendre leurs murailles. Mais chaque jour leur nombre diminuait. On amenait, au contraire, de nouveaux ren-
forts à Mousa. Abdelaziz, un de set fils, venait d’arriver au camp à la tête de sept mille cavaliers et d’un grand nombre d’archers berbers. Les vivres commençaient à manquer aux assiégés; ils songèrent donc à capituler. Mousa avait la barbe et les cheveux blancs ; aussi parut-il si vieux aux parlementaires envojrés par les habitants, qu’ils se demandaient s’il pourrait vivre jusqu’à la fin du siège. Cependant les négociations, qu’ils avaient d’abord rom-
fmes, se renouèrent, et, cette fois, es députés trouvèrent Mousa beaucoup lus jeune. Il avait les cheveux et la arbe d’un brun qui tirait sur le roux.
Il les avait teints ; mais les Espagnols, ne soupçonnant pas cet artifice, ne surent comment expliquer ce changement ; ils l’attribuèrent à un prodige, et dirent à leurs compatriotes qu'il fallait bien céder à un homme qui n’était pas soumis aux lois ordinaires de la nature, et qui rajeunissait à volonté.
Les conditions furent à peu près les mêmes que celles accordées aux autres villes. Indépendamment du tribut qu’il exigea, Mousa confisqua les biens de tous ceux qui étaient morts pendant le siège, ou qui voulaient quitter la ville.
Il prit également la moitié des églises our les convertir en mosquées , et se t donner la moitié de leurs ornements.
Enfin , il exigea qu’on lui remit comme otages les principaux Espagnols, qui, apres la bataille du Guadalete, s’étaient réfugiés à Mérida. De ce nombre setrouvait Egilona , veuve du roi Rodrigue.
Mousa partit de Mérida pour se rendre à Tolède. A sa rencontre vint Tarif qui, le connaissant avide de richesses, lui offrit les bijoux précieux qu’il avait eus pour sa part du butin.
Il lui donna meme la fameuse table de Salomon. Il espérait apaiser de cette manière le ressentiment du vieux général. Mousa accepta tout ce qui lui i était offert. Mais, le lendemain, il interrogea Tarif en présence des chefs de l’armée, lui demanda pourquoi il ne s’était pas conformé aux ordres qu’il avait reçus , lui reprocha sa désobéissance, iui ôta ie commandement
qn il remit à Mogneïth-el-Roumi. Ce- ^ndant, celui-ci agit avec générosité ; il s’efforça de disculper Tarif, et reprocha, avec chaleur, à Mousa, l'injustice de sa conduite. Peu de temps après , Mousa , forcé peut-être de céder aux réclamations des Berbers, qui redemandaient leur général, feignit de se reconcilier avec lui et le remit à la tête de ses troupes ; alors ces deux généraux se rendirent ensemble devant Saragosse, dont le siège était commencé depuis plusieurs mois. A leur arrivée, cette ville, qui était vivement pressée, demanda à capituler.
Mousa parcourut ensuite rapidement la Catalogne, dont il prit toutes les villes importantes. Barcelone, Tarragone. Roses se rendirent à lui. On dit même qu’il passa les Pyrénées , et qu’il s’empara de Narbonne ; mais il est plus probable que la prise de cette ville n’eut lieu que plus tard , et que les Arabes se bornèrent cette fois à pousser quelques reconnaissances dans la Gaule narbonnaise.
Pendant ce temps, Abdelaziz, fils de Mousa , était chargé de soumettre la partie de l’Andalousie que baigne la MMiterranée. Le capitaine gotn qui commandait dans cette province, s’appelait Theudemir. C'était un homme de courage, qui s’était principalement distingué à la malheureuse bataille du Guadaleté. Après la mort ou la fuite de Rodrigue, il s’était retiré, à la tête de quelques soldats, dans les montagnes qui font auj'iurd’hui la limite occidentale du royaume de Murcie. Les siens l’avaient proclamé roi, et il avait pris la résolution de défendre ce pays, que les Arabes appelèrent, pendant melque temps, la terre de TaamirC).
Il se défendit avec succès dans les montagnes, harcelant sans cesse, dans les défilés , Abdelaziz, qui s’efforcait en vain de l’attirer à une bataille. Kn- Rn , les chrétiens se trouvèrent dans
(*) 11 avait elevé au pied de ces montagnes une forteresse dont le nom arabe, Carittoucat Tadmir, 1a forteresse de Teudeaiir, parait avoir été l'origine du nom de Cararaem, qu’elle porte aujourd’hui.
une telle position, mi’il ne leur fut plus possible de refuser in combat.
Teiidemir fut vaincu, et forcé de chercher un refuge dans la plus prochaine ville fortifiée: c’était Orihuela. Ce caitaine s’y enferma, bien déterminé tirer de sa position le meilleur parti possible. Sa garnison était peu considérable, mais il fit habiller en soldats, et placer sur les remparts, toutes les femmes de la ville. Ilfit ainsi croire aux ennemis qii’Orihuela avait de nombreux défenseurs, et, parce stratagème, il obtint d’Abdelaziz une capitulation \ honorable (*).
Tarif, de son cêté, ne restait pas
(*) En voici le texte authentique, tel qu’il a été traduit de l'arabe par M. Ch. Romey ;
• Au noaa de Dieu clément et mitéri- « cordieux : Retcrit d’ Abdelaziz , fils de
Mousa , pour Teiidemir Ben-Gubdos (fils « de* Goths). — Qu’il lui soit accordé la - paix , et que ce soit pour lui une stipu- « iation et un pacte de Dieu et de son
• prophète , savoir : Qu’il ne sera déposé « ni éloigné de sou royaume ; que les fidèles «ne tueront, ne captiveront ni ne sépa- « reront les chrétiens , leurs fils ni leurs « femmes , ni ne leur feront violence en ce
• qui concerne leur loi (leur religion) ; qu'on « ne brillera pas leurs églises ; sans autres « obligations de leur part que celles ici sti- •• pillées. Il demeure enteodu que le pouvoir « de Tadmir s’étendra et s’exercera pacifi- < qiiement sur les sept villes dont les noms « suivent : Aourioiialet, Raleutolat, Locant, «Moula, niscaret, Atzhi et Dourcat; qu’il « ne s’emparera pas des nôtres ; qu’il ne « donnera point asile à nos ennemis , ni ne « leur prêtera assistance , et qu’il ne nous « cachera pas , les connaissanl , leurs projets « contre nous. Lui et les siens se soiimellent
• à payer une redevance annuelle d’iiii di- « nar d’or par tète , quatre mesures de fro- « ment, quatre d'orge, quatre de vin cuit,
« quatre de vinaigre , quatre de miel et qiia- « tre d’huile; et les esclaves ou paysans « payeront la moitié. — Fait le 4 de redjeb « de l’an g4 de l’hégire ; et ont signé la
• présent rescrit , ete. • 5 avril , 7i3 de J. G.
On croit que les villes dont les noms se
trouvent énoncés dans cette capitulation, sont Orihuela, Valence, Alicante, Muta, Bigerra , Aspis et Lorca.
ISS
L’UNIVERS
inoccupé. Il d^ceudait le long de l’Ebre, et, après avoir soumis Tortose et les autres villes qui se trouvent sur ses rives, il retournait vers le couchant, prenant Dénia, Xativa, et s’avançant le Ions de la Méditerranée, jusqu’à ce qu’il fût arrivé au pays de Theudemir. Il y avait, comme on le voit, des conquêtes pour tous les cliefs. Cependant cette continuité même de suc(^ eut de funestes effets pour les Sarrasins, car elle entretint la jalousie entre Tarif et Mousa. Ils écrivaient l’un et l’autre au calife pour s’accuser réciproquement de compromettre les progrès de l'islamisme.
AM-el-Meleck , pour mettre lin à ces discussions, leur envoya l’ordre de se rendre l’un et l’autre auprès de lui à Damas. Tarif obéit sans balancer.
Mousa , au contraire, chercha des prétextes pour ne pas aller en Syrie. Il se préparait à porter la çuerre dans les montagnes de la Galice, où les chrétiens se rassemblaient. Il était à Lugo, à la tête de son armée, lorsqu’un second messager vint saisir la bride de son cheval et lui intimer les ordres du calife. Mousa avait, dit-on, formé un projet gigantesque. Il voulait soumettre l’Europe entière à la loi du prophète. Il comptait conquérir successivement les Gaules, la Germanie, l’Italie , la Grèce, tandis qu'une autre armée musulmane s’avancerait par l’Asie Mineure. C’était à regret qu’il apportait un instant de retard à l’accomplissement d’une semblable entre-
f irise ; mais, avant tout, il fallait obéir.
I laissa le commandement de l'Espagne à son fils Abdeiaziz , et il se mit en route pour se rendre auprès du calife. Sur ces entrefaites, AixI-el-Meleck vint a mourir. Il fut remplacé par Soliman, homme cruel et de peu de valeur personnelle, qui se plut à placer Mousa en présence de son capitaine.
Parmi lesoioses précieuses que Mousa avait apportées au calife , comme dépouille ou pays conquis, se trouvait la fameuse table d’émeraude. Il en exaltait la valeur. — Oui, dit alors Tarif, mais ce n’est pas vous qui l’avez conquise.
— C’est moi qui l’ai' enlevée aux infldèies , répondit Mousa.
— Pourquoi donc, reprit Tarif, ne donnez-vous que trois des quatre pieds de cette table?
. — Elle était ainsi lorsque je l’ai trouvée.
— Qu’on juge de la véracité du fis de Nosseîr, dit alors Tarif en montrant le quatrième pied qu’il avait conservé lorsqu’il avait donné à Mousa ce précieux butin.
Le vieux général, convaincu de mensonge , fut condamné par Soliman à payer une amende considérable , et à rester pendant un jour exposé en public. Sans doute cette punition n’avait pas alors le caractère infamant que nos mœurs lui attribuent aujourd’hui, car le calife n’en continua pas moins à recevoir Mousa dans son palais. Il se plaisait à causer avec lui ; il aimait à l’entendre parlerdes combats qu’il avait livrés et des peuples qu’il avait vaincus. Néanmoins , il ne rendit le commandement ni à Mousa ni à Tarif.
Ce furent ces dissensions entre les chefs musulmans qui firent le salut des chrétiens : elles leur laissèrent le temps de se reconnaître, et les préservèrent d’une ruine complète, qu’ils n’eussent probablement pas évitée si les vainueiirs fussent restés unis. Pelage, duo e Cantabrie, celui qui avait été le protospathaire de Rodrigue, avait déjà, du temps de Witiza, trouvé un asile dans les montagnes des Astures et des Cantabres. Il s'y était de nouveau réfugié, et rassemblait autour de lui tous les chrétiens qui venaient y chercher un asile.
Abdeiaziz , de son côté , se montra moins jaloux de faire de nouvelles conquêtes que d’organiser l’administration de celles qui avaient été-faites par son père. Il sappliquait à régulariser la perception des impôts. Les guerres avaientconsidérablementdépeuplé l’ Espagne. Abdeiaziz fit venir une grande uantité de Maures pour la cultiver.
1 protégea les chrétiens, qui aimèrent mieux rester soumis aux vainqueurs que d’aller dans les montagnes chercher une liberté sans doute plus gto-
rieuse , niais aussi accompagnée de plus de périls. Ces chrétiens , qui restèrent mêles aux Maures , prirent le nom de Mozarabes (*).La bienveillance qu’Âbdeiaziz avait toujours manifestée pour eux lui était, dit-on, inspirée par une femme, qui faisait ainsi tourner à l’avantage de ses compatriotes l’empire qu’elle exerçait sur son esprit. La lielle, il faut dire aussi la bonne Égilona , veuve du dernier roi des Goths, s’était trouvée au nombre des otages donnés à Mousa par la ville de Mérida. Dès qu’Abdelaziz l’eut vue, il en devint épris, et il l'épousa sans exiger qu’elle cnangeât de religion. Il lui donna seulement le nom arabe de Omm al Yssam, c'est-à-dire, la mère des colliers précieux. Les auteurs l’appellent aussi quelquefois Zahra-bent-Isa , la fleur fille de Jésus. Ce mariage d’Abdelaziz, ses goûts pacifiques, sa modération, sa douceur pour les chrétiens, parurent une trahison aux yeux des fervents musulmans , qui voulaient avant tout faire prévaloir la loi du prophète par la puissance du cimeterre. Ils l’accusèrent de s’étre fait chrétien, et de songer à se rendre en Espagne souverain indépendant. Cette accusation fut portée devant Soliman, qui , sans entendre ni justification ni défense, envoya à cinq des principaux officiers de l’armée l’ordre de faire périr Abdelaziz et ses deux frères Menvan et Abdallah. Les officiers chargés d’exécuter cette sentence du commandeur des croyants hésitèrent pendant quelque temps. Abdelaziz était chéri de ses troupes, et ils craignaient que les soldats ne se soulevassent pour le défendre. Ils attendirent donc un moment favorable pour le frapper , et l’assassinèrent dans la mosquée pen-
(*) Quelques auteurs veulent que ce mot vienne de mezo-arabe, pour medio-arabe, demi-arabe; d’aulres veulent qu'il vienne de mozo-atabe , jeune Arabe ; d'autres de most-arabe, qui exprime devenu Arabe.
Aucuue de ces étymologies ne parait bien certaine, et la seule chose posiUve c’est le sens attribué par l'usage à ce mot. Il s'appliquait aux cluétiens qui vivaient avec les Maures.
dant la prière du matin. On envoya sa tête à Soliman dans une boite pleine de camphre. Celui-ci la montra a Mousa, en lui demandant s’il la reconnaissait : « Oui , je la reconnais , s’écria « ce malheureux vieillard ; oui , je la « reconnais , et que la malédiction de « Dieu soit sur son assassin ! >
Mousa se retira aussitôt dans son pays natal, où cette même année il mourut de douleur.
VICTOIKl KUtrOnTBE PAR piLACK SUR I.U
MAURES. COMMRRCRMZKT DR LA HOHAR-
CBIR RSPAOROLI. IRVASIOH DE ZAHAB
RB FRABCR. RATAILLR DR TOULOUSt.
MASSACRE DES CBRRTIEHS RRPUOIRS OABS LES PTRRBÉIS.
Le calife, en ordonnant l’assassinat d’Abdelaziz , avait oublié de lui nomtiier un successeur. L’Espagne se trouvait sans gouverneur. Les principaux chefs se réunirent et firent choix d’Ayoub, officier plein de courage, d’ex^rience, et parent de Mousa. Ce chef s'occupa très-activement de régulariser l’administration. Il parcourut les provinces pour réprimer les abus, et réparer, autant qu’il était en son pouvoir, les désastres de la guerre. Sur les ruines de Bilbilis , il éleva une ville nouvelle à laquelle il donna son nom (*).yMais il ne conserva que peu de temps le pouvoir, et le calife, ayant envoyé l’orare de dépouiller tous les membres de la famille de Mousa des commandements dont ils pouvaient être investis, Ayoub fut remplacé dans le gouvernement de l’Espagne par El-Uorr-ben-abd-el-Raiiman-el- Takefi , que les historiens espagnols appellent Alahor. C’était un nomme violent, cruel et avare, qui fit durement sentir son autorité , non-seulement aux chrétiens, mais encore aux musulmans eux-méines. Quelques auteurs pensent qu’il passa dans la Gaule narbonnaise, et qu'il en lit la conquête ; mais l’opinion la plus générale est qu’il
(*j C’eit Cilatayud, appelée dans le principe Calat- Ayoub , c’est-a-dire , le château d' Ayoub.
L’DKIVERS.
86 borna à foire quelques incursions dans ce pays, et que cette conquête fut l'ouvrage de son successeur.
C’est du temps d’Alahor qu’eut lieu l’événement le plus remarquable de l’histoire espagnole. C’est pendant son gouvernement que les chrétiens , commandés par Pélage, remportèrent sur les Maures une victoire qui devait avoir d’immenses résultats, ^histoire,
?|tii nous a conservé le souvenir de ce ait d’armes, ne nous a pas fait connaître tous les engagements qui , probablement, l’avaient précédé. >'ous ne savons pas les combats que s’étaient déjà livrés les Maures et les Astiiriens, ou plutôt les Cantabres , car c’est aux confins des Asturies et de la Cantabrie que se trouve la Sierra de Covadiinga, qui avait servi de refuge à Pélage. Suivant toutes les probabilités , les chrétiens fugitifs, que l’invasion musulmane avait refoulés dans les montagnes, durent bientôt y manquer de moyens de subsistance, et commencèrent à faire des courses dans les plaines dont les Maures s’étaient emparés. Ensuite, poussant plus loin leurs prétentions , ils s’efforcèrent de reprendre les terres dont ils avaient été dépouillés. C’e.st ainsi qu’ils s’établirent d’abord à Canicas (*). Les musulmans ne les laissèrent pas paisibles possesseurs de ce territoire; on se battit, et l’avantage ne resta pas toujours du côté des chrétiens. Ceux-ci , â la suite sans doute de quelque défaite, furent forcés de cfonner des otages pour garantir qu’à l’avenir ils ne se soulèveraient plus, et qu'ils ne troubleraient plus la tranquillité du pays. Au nombre de ces otages se trouvait Pélage , que les Espagnols appellent Pélayo , et dont les Arabes ont à peine altéré le nom. Ils ont remplacé par un B le P qui n’existe ni dans I hébreu, ni dans l’arabe. Ils l’appellent Bêlai. captivité de Pélage, chez les musulmans, est attestée par un historien arabe, Ahmed-el- Mokri. < Le premier, dit-il, qui ras- « sembla les chrétiens, apres leur
(*) Cangiui de Oùis.
« défaite, fut Bêlai, d’entre les AS* « tourischs, peuples de la Djalikiahf*), « qui , retenu à Cordoue comme otage, « ^ur la tranquillité de son peuple ,
• s'en échappa du temps d'El-Horr* « ben-ahd-ei-Rahman. Il souleva 1m « chrétiens contre leur sous-gouver-
• neur arabe, le chassa et établit un « État indépendant. >
Pélage était donc , à cette époque, un homme d’une grande importance, puisque sa présence pouvait déchaîner des tempêtes, et que sa captivité faisait cesser les troubles. L’influence qu'il exerçait est donc bien avérée, ueile qu’en fût l’origine , soit qu’il la ût à la qualité de duc de Cantabrie, dont il avait hérité après la mort de Favila son père, soit que l’attachement des Espagnols, et la couGance qu’ils avaient en lui, ne prissent leur source que dans son mérite et dans sa bravoure personnelle. Ce chef, étant parvenu a s’échapper de Coràoue, vint ranimer le courage des chrétiens réfugiés dans les Asturies. Ils se soulevèrent de nouveau (**). Le sous-gouverneur de cette partie de l’Espagne, établi par les Arabes à Gijon, était un renégat appelé En-Munuza par les chroniqueurs chrétiens. C’est sous le nom d’Abou Nessa que les Maures la désignent. Il Gt connaître cette révolta à EI-Horr,qui envoya une armée oommandée par Alkamab, pour châtier les insurgés. Pélage, averti de la naai^
(*) Le* Mmires donnaient le nota dè Ojalikiah , Galice , à la chaine de monta* gnes et à tout le pays qui s’éleodaient le long de l’Océan , depuis le promontoire des Arlabres jusqu’au pied des Pyrénées, fnwi' (**) Mariana raconte d'une manière touta difi'érente rétablissement du royaume de Pélage. Celui-ci , dit-il , avait une sœur dont Munua devint amonreux. Le gouverneur de Gijon, déses|iérant d'obtenir sa maio., profius d’une absence de Pélage pour Ift déshonorer. Ce arait pour venger cet oo- Irage qua le fondateur de la oiouarohie apagnola aurait pris les armes. Cette pile et fade contre-|>artie de rhistoire de U Cave ne présente aucun caractère de vraisenablance. Aussi n’a-t-elle été acceptée que per U'ès-peu d’écrivains.
ehe de ce général , et connaissant le nombre de troupes qu'il menait avec lui , ne se trouva pas assez fort pour l’attendre dans les plaines. Il fit cacher les vieillards, les femmes , les enfants, sur le haut des montagnes et dans leurs plus profondes retraites.
Pour lui , avec tous les hommes en état de combattre, il en occupa les moyennes hauteurs. Alkamah s’attacha à sa poursuite. Pelage attendait les Maures dans une position habilement choisie. C'était a l’est du mont Auseba, où la Deva coule au fond d’une vallée sombre, étroite et fermée des deux côtés par des montagnes, dont les flancs se dressent et se rapprochent davantage, à mesure qu’on remonte le cours de la rivière.
A l’endroit où celle-ci prend sa source, un énorme rocher vient intercepter la vallée dans toute sa largeur. C'est au milieu de ce rocher que s’enfonce la caverne de Covadunga, as.sez vaste pour servir d’abri à plus de deux cents nommes. On y pénètre par une ouverture naturelle élevée de quelques pieds au-dessus du sol. Pelage s'y enferma avec tout ce qu'elle put contenir de soldats. Il fit placer le reste de son armée en embuscade dans les bois et sur les montagnes escarpées qui , des deux côtés, dominent ce défilé. Alkamah se laissa entraîner dans cette gorge, où quelques hommes , maîtres des hauteurs , devaient facilement anéantir une armée nombreuse. Dès que les Maures furent arrivés près de la caverne, le combat commença. Les vieux chroniqueurs entourent le récit de cette bataille de circonstances miraculeuses. Ils disent que les flèches tirées par les Arabes retournèrent en arrière et tuèrent ceux-là même qui les avaient lancées. Il n’est cependant pas besoin de recourir à des prodiges Mur expliquer la victoire de Pélage.
Ses Asturiens, tous adroits chasseurs, tous habiles archers , embusqués derrière des pointes de rochers , derrière des troncs d'arbres , et presque invisibles pour les ennemis, visaient à loisir ceux qu’ils voulaient abattre; ils les frappaient d’une mort certaine. D’au-
tres accablaient les Maures d’une grêle de pierres , ou bien du haut des ihontagnes faisaient rouler d’immenses quartiers de roche qui, dans leur chute, écrasaient des bataillons entiers. Cela suffisait pour mettre en fuite les troupes les plus intrépides, et sainte Marie de Covadunga, Notre-dame des Batailles, pour donner la victoire aux chrétiens, n’eut pas besoin d’intervertir l’ordre de la nature. Déjà les Arabes fuyaient en désordre lorsqu’une tempête éclata. Dans ces montagnes, où la pluie la plus légère suffit pour convertir les moindres ruisseaux en torrents, les fugitifs se virent, à chaque pas , arrêtés par de nouveaux obstacles, qui les livraient sans défense aux coups des chrétiens, et ceux-ci, du haut des montagnes qu’ils n'avaient pas quittées , les accablaient de traits et de pierres. Cependant une partie des Maures , fuyant dans la direction du territoirede Liebane, étaient parvenus à gagner le penchant du mont Auseba. Ils étaient arrivés auprès de Causegadia, dans un passage où la montagne surplombait au-dessus de la Deva. Tout à coup , le terrain, rongé à sa base par la rivière changée en un torrent impétueux , ébranlé par leurs pas précipités, s’abîma, et ce qui restait de l’armée périt englouti sous les terres qui s'écroulaient, ou submergé sous les ondes furieuses.
Le nombre des infidèles qui périrent en cette circonstance fut consi dérable. Pendant bien longtemps .
quand la Deva, enflée par les pluies, rongeait ses rivages, elle mettait à découvert des ossements et des débris d’armures. Sébastien de Salamanque ne fait pas monter le nombre des morts à moins de 134,000. Rodrigue de Tolède le réduit à 24,000. Un auteur arabe , Abdallah-ben-Abd-el Rahman, dit qu’il fut tué près de trois mille hommes, et que le reste de l’armée fut submergé; mais il ne dit pas le nombre de ceux qui furent engloutis dans les eaux, et ce dut être la plus grande partie. Un écrivain français pense que le nombre des morts ne dut pas excéder trois mille. Pour nous , sans ap-
L’UNIVERS
prouver les exagérations de Sébastien (le Salamanque et de Rodrigue de Tolède , nous ne pouvons nous empêcher de dire que le chiffre de 3,000 nous parait de tous le moins vraisemblable, il n’y a que les très-petits échecs et les très-grands désastres dont on ne cherche pas à tirer vengeance, les premiers parce qu'ils passent inaperçus, les autres parce qu’ils ne laissent pas de force aux vaincus, ou qu’ils jettent l’épouvante dans les esprits. Mais chez aucun peuple la perte de trois mille hommes n’est un de ces événements qu’on accueille avec indifférence; chez aucun aussi, ce n’est un de ces désastres assez grands pour mettre le vainqueur à l’abri de toute tentative de vengeance. Cependant, après la bataille de Covadunga, le gouverneur de G'Jon ne tenta pas même de se défendre. Il battit en retraite; mais, poursuivi par les Espagnols, il fut atteint, vaincu et tué. Pélage resta maître du pays , et l’histoire ne nous a pas appris qu’il ait eu d’autre attaque à repousser. Sa victoire avait donc été de nature à effrayer les Arabes, et ils crurent prudent de le laisser paisible possesseur du petit royaume de douze lieues de large sur quarante environ de longueur qu’il venait de conquérir (*). Cette victoire protégea aussi l’existence d’un autre rassemblement de chrétiens fugitifs qui s’étalent réunis sur les confins de la Cantabrie, sous les ordres d’un chef nommé Pèdre. LesMaures n’osèrent pas venir les attaquer dans leur retraite. Peut-être les nombreux changements qui eurent lieu dans les gouverneurs de la Pénin-
(*) Quelques auteurs pensent que Pélage ne prit jamais le nom de roi. Cela est possible ; mais tous ses successeurs le lui ont donné. Par une exagération en sens contraire, d’autres historiens soutiennent que l’État qu’il venait de fonder avait pris , dès les premiers temps , le nom de royaume de lÂ>n. Jamais Pélage ne po.uéda la ville de Léon (Legio). Il faut croire que quelque erreur se sera glissée dans les manuscrits que ces écrivains consultaient ; et on aura écrit Legio au lieu de Gegio [Gijon) , nom de la ville où il s’était d’abord établi.
suie, contribuèrent-ils aussi beaueoop à assurer la tranquillité dont on laissa jouir le nouveau souverain. £l-horr avait, par son excessive rigueur, excité les réclamations non-seulement des chrétiens, mais encore celles des principaux chefs sarrasins. Aussi le calife nomma-t-il à sa place Zamah , dont le nom est célèbre dans toutes les histoires de chevalerie. Ce nouveau gouverneur s’occupa d’abord de l’organisation du pays. Lors de la conquête de l’Espagne, les Sarrasins n’avaient pas un marin. Ce fut sur des vaisseaux marchands que les troupes de Tarif passèrent en Europe; mais les vainqueurs avaient senti la nécessité d’avoir une marine. Elle se forma rapidement, et, sous le gouvernement de Zamah, on créa un chef de ja flotte auquel on donna le titre de Émir-...
ou plutôt Amir-al-nia , le prince de l’eau (*).
Ces soins ne furent pas les seuls dont s’occupa le nouveau gouverneur.
Mahomet disait que chaque prophète avait son caractère; que celui de Jésus- Christ était la douceur , que le sien , au contraire, était la force, et uue le glaive seul devait faire triompher le Koran. Zamah était un guerrier selon le cœur de Mahomet; il songea à porter en France la foi des musulmans , et appela les croyants à la guerre sainte. Dans une première expédition, il soumit en entier la Gaule narbonnaise, et, remontantle cours du Rhône, il saccagea le pays jusqu’à la Bourgogne, puis il ramena vers Narbonne son armée chargée de butin. Ensuite, il s’avança vers la Garonne, et vint mettre le siège devant Toulouse. Eudes, duc d’Aquitaine, accourut au secours de cette ville. Il marchait à la tête d’une armée formidable. Il attaqua les Sarrasins, et la victoire, longtemps balancée, finit par se décider en sa faveur. Ce fut en vain que Zamah s’élança au milieu des bataillons français les plus épais; le succès ne répondit pas a son intrépidité. Mais s’il ne
(') c’est évidemment de ce nom cpie vient notre mot français AmiraL
put, par son courage, rappeler la fortune, il sut au moins trouver une mort glorieuse: il tomba percé de plusieurs coups de lance. Les Sarrasins , découragés par la mort de leur général, abandonnèrent en fuyant le champ de bataille. Eudes se mit à leur poursuite. Mais Âbd-el-Rahraan (*), un des chefs arabes qui s’étaient le plus distingués dans le combat, rallia les fugitifs, les ramena jusqu’à Narbonne, et dirigea si habilement sa retraite, que le duc d’Aquitaine ne put obtenir sur lui aucun nouvel avantage.
Les restes de l’armée qu’il avait sauvés lui déférèrent le commandement de l’Espagne. Les secours qui lui furent envoyés par le gouverneur que Zamah avait en partant laissé dans la Péninsule , le mirent à même de faire face au duc d’Aquitaine, et de conserver une partie de la Gaule gothique. Abd-el-Rabman eut aussi des succès en combattant contre les chrétiens réfugiés dans les Pyrénées.
Quand Ta ville de Saragosse avait été prise par les Arabes , une partie des chrétiens qui l’habitaient avaient refusé de se soumettre aux infîdèles , et, abandonnant leurs foyers , ils s’étalent retirés dans les montagnes. Là , vivant dans des cavernes, dans de pauvres huttes de bûcherons ou de pasteurs, ils avaient commencé à faire la uerre aux Maures. Mais ils s’étaient ientôt aperçus qu’en combattant chacun pour leur compte, ils ne pouvaient attendre aucun succès sérieux ; aussi trois cents d’entre eux s’étaient-ils réunis sur la montagne d’Uruel, dans une caverne, près de la ville de Jaca.
Ils l’avaient fortiGée pour en faire leur citadelle. Ils espéraient, à l’exemple de ce que Pélage avait fait dans les Asturies, y braver la fureur des Maures ; mais la fortune ne leur fut pas favorable , et, sous Abd-el-Rahman , ils furent tous massacrés (**).
(*) Abd-el-Rabman , littéralement Le serviteur du miséricordieux. C'est l’Abdérame des chroniques.
(**) Klancas , Aragonemium rerum commentarii, de suprarbientu regni initiu ,
niaau.iOR de muhuzs. — lavASion d’abo-
BL-BABMAIT SB VRANCB. BATAILT.E OK POl-
Tisas. DBBODTI d’aBD-EI..MBLXCK DAHS
LES rVEÉHÉES. ORIOIRE DU EOTAUllE
DE SOEEAEBE. VAVILA. AUrHORSE
DE CATHODIQUE.
Malgré tous ses succès, Abd-el-Rahman ne fut pas ronlirmé dans son commandement, et le calife nomma gouverneur de l’Espagne, Ambe.ssa, que Zamah avait choisi pour administrer ce pays pendant son absence. Le nouvel emir tenta de venger l’échec éprouvé par les armes musulmanes. Il passa en France et s’empara de Carcassonne; mais il fut plusieurs fois battu par Eudes. Ces revers ne l’empéchèrent pas de faire des incursions en France et de pénétrer jusqu'en Bourgogne. Mais il eut de nombreux combats à livrer et, lorsqu’il opérait sa retraite, il mourut des suites de ses blessures. Après lui , l’Espagne eut successivement pour gouverneurs Hodheyrah , Yahya , Omman , El Haïtam et Mohammed (*).
EnGn Abd-el-Rahman fut de nouveau appelé au gouvernement. Ce général n’avait pas été ébranlé par les échecs que les Maures avaient essuyés en France. Il persévérait dans le projet de conquérir ce pays et de venger la mort de Zamah et celle d’Ambessa. Le duc d’Aquitaine, de son côté, faisait des préparatifs pour défendre ses États, et il cherchait des alliés jusque parmi les iiiGdèles. La garde des frontières orientales de l’Espagne était conGée à un capitaine appelé Munuza (**). Eudes fit avec lui un
filace cet événement sous le règne d’Abdeaziz.
(*) Les auteurs espagnols ont défiguré ces noms chacun à sa manière. Moriaiia nomme ces gouverneurs Odayfa , Uimen , Aulunia, Alhaytan, Mahomad. Ferrei as les appelle Odera, Jahic, Aulumau, Alialan, Maliimen.
(**) Tous les récits qui nous viennent de celte époque, sont écrits en latin ou en arabe. Les noms ne nous arrivent donc qu’a-
[irès avoir subi une transformât ion arabe ou atiuu, c'est-à-dire, qu’ils sont horriblement
L’UmVERS.
traité d’alliance, et pour en resserrer davantage les liens, il lui donna en mariage sa Gi le Lampégie. Abd-el-Rahman, en apprenant cet arrangement , sentit qu’il pouvait lui causer d'inextricables embarras. Il ne laissa pas aux alliés le temps de se fortifier dans les passages des Pyrénées. Il dépécha un capitaine syrien à la tête d’un fort détachement de son armée. Celui-ci Gt tant de diligence, qu’il surprit dans le fort de Cerritan Munuza,qui n’avait encore rien préparé pour sa défense. L’allié du duc d’Aquitaine se jeta dans les montagnes aQn de passer en France et de gagner les États de son beaupère ; mais, se voyant vivement poursuivi , et désespérant d’échapper à ses ennemis, il se précipita du haut d’un rocher afin de ne pas être pris vivant. Suivant quelques auteurs, et cela est plus probable, il se Gt tuer en se défendant. Sa tête fut envoyée au calife
iléGgurés. Les historiens espagnols qui ont bit usage des chroniques ont léché de rendre aux noms leur véritable physionomie espagnole. Mais de nos jours , chacun a été tout à coup saisi de la vanité de faire mieux que ses devanciers , et pour se donner une couleur locale rétrospective, on a voulu rétablir dans rhistoiiv! tous les noms latinisés, comme étant les seuls aulhentiqiies. On n’a pas fait altenlion que si le latin était bien U langue des couvents et des actes publics, tout ce qui n'était pas moine ou écrivain parlait une langue vulgaire, et, comme nous l’avous déjà dit , Pedro devenait Petriis pour le roiivent et pour le tabellion. Le Munus au Miinuze était probablement un nom approchant de celui de Mu&oa ou de Munia. Le nom d’Elvira est, ainsi que nous l'avona dit (p. 35\ une corruplion des mots basques Ili-berri (Ville ueuve).!! était donc en usage dans la Péninsule avant qu'on y employât le laliu. Les chroniqueurs des temfis barbares l'ont cban-é en celui de Geluira et Geloïra. Les faiseurs de couleur moyen é^e se sont bien gardés d'employer le nom véritable; ils ont pris le mot latinisé, confondant la langue vulgaire et la langne savante de cette époque. Ils se sont condiiils comme celui qui , écrivant l’histoire de France , soutiendrait qu’il faut dire Ludovic XIV, parce qu’on a , sur la porie Saint-Denis , écrit pour dédicace ; txidoyieo magno.
de Damas avec Lampégie, qui, étant d’une beauté remarquable, fut considérée comme uue conquête digne de son sérail.
Abd-el-Rahman, après s’être ainsi débarrassé de cet adversaire, passa en France et marcha vers Bordeaux. Le duc d’Aquitaine ne s’attendait pas à être si promptement attaqué.
Il avait compté que son allié arrêterait quelques instants la marche des Sarrasins. C'est sans doute par cette raison que la ville de Bordeaux se trouva découverte, et qu’Abd-el-Rabman , après avoir dévasté tout le pays entre les Pyrénées et la Garonne, vint livrer cette ville au pillage. Ce fut, à ce qu'il paraît, seulement après avoir traversé la Dordogne que les Sarrasins rencontrèrent l’armée que conduisait le duc d’Aquitaine. Ils lui livrèrent bataille et le mirent en déroute. Après cette victoire , ils se trouvèrent seuls maîtres du pays, et s'avancèrent vers Tours. Ils convoitaient les trésors entassés au tombeau de saint Martin.
Cependant, Eudes s’était décidé à rôclamer les secours de Charles , maire du palais du roi Thierry. Celui-ci s’empressa d’accourir.
Abd-el-Rahman venait de livrer au pillage et aux flammes un des faubourgs' de Poitiers, lorsqu’il apprit que Charles s’avançait pour le combattre. Pendant six jours les deux armées manœuvrèrent en présence l’une de l’autre, avant de s’aborder. Enfln Abd-el-Rabman se détermina à donner le signal de l’attaque. Son armée surpassait de beaucoup en nombre celle de Cliarles. Mais les Français, plus grands et plus vigoureux que les AraMS, étaient couverts d'épaisses ruirasses ou de bonnes cottes démaillés. Les Maures, au contraire, n'avaient pas d'armes défensives. Ils vinrent se briser sur la ligne d'acier que présentaient les rangs des chrétiens. Les Africains ne purent résister à la force de ces guerriers , dont les longues et tranchantes épées, dont les lourdes haches d’armes ne frappaient jamais en vain. Mais s'ils étaient facilement enfoncés, ils se ralliaient avec rapidité, et Charles ne
pouvait les poursuivre dans la crainte de se voir enveloppé. Abd-el-Rahman lui opposait constamment des troupes fraîches , et la victoire pouvait rester lonfçtemps douteuse, lorsque le duc d'Aquitaine, avec les restes de son armee qu’il avait ralliés, se jeta sur le camp des Sarrasins, massacrant tous ceux qui s’y trouvaient, sans épargner ni les enfants, ni les femmes, qui avaient en grand nombre suivi leurs époux et leurs pères. Cette attaque jeta la consternation parmi les Maures.
Cependant Abd-el-Rahman parvint à maintenir le combat malgré le carnage que les Français faisaient des siens.
Enfin, comme le jour approchait de son déclin, il fut tué, et la nuit vint séparer ceux qui combattaient encore.
Les soldats de Charles Martel comptaient recommencer la lutte le lendemain et achever d’exterminer les Maures; mais le matin on trouva leur camp désert. Ils avaient proâté de l’obscurité pour se retirer sans être poursuivis. AQn que rien n’embarrassât leur fuite, ils avaient abandonné leurs tentes, leurs bagages et tout le butin qu’ils avaient ramassé. Les Français ne jugèrent nas nécessaire de les poursuivre, et les faibles restes de cette armée fugitive coururent chercher un asile dans la partie de la Gaule narbonnaise soumise à la domination musulmane.
En apprenant la mort et la défaite d’Abd-el Rabman , le gouverneur d’Afrique nomma Abd-el-Meleck pour le remplacer. Le calife confirma cette nomination, et recommanda au nouvel émir de venger le sang des croyants versé dans les plaines de Poitiers.
Abd-el-Meleck rassembla donc des troupes pour franchir de nouveau les défilés de ces montagnes. Mais il fut mis en déroute et forcé de renoncer à son expédition.
On n'est pas d’accord sur la partie des Pyrénées où ce combat eut lien.
Ferreras revendique l’honneur de la victoire pour les Asturiens. Les écrivains aragonais s’appuient sur un passage de don Rodrigue pour en attribuer la gloire à leurs compatriotes.
Près de Jaca se trouvent plusieurs ports, et notamment celui qui mène de Canfranc à Oloron. Ils présentent le chemin le plus direct pour se rendre du centre de l’Espagne au coeur de l’Aquitaine. C'est donc celui qu’ Abdel-Meleck avait dû choisir , et c’est là qu’il fut attaqué selon toutes les probabilités par les premiers fondateurs du royaume d’Aragon.
Il en est de beaucoup d’empires comme de plusieurs grands fieuves ; on connaît leur cours, sans savoir où ils prennent leur source. L’origine de la monarchie aragonaise est entourée d'obscurité, et les auteurs ne sont pas même d'accord sur le nom que ce royaume aurait eu dans l'origine. Les écrivains castillans prétendent uu’il porta d’abord le nom de royaume de Pampeliine ou de Navarre. Les Aragonais, au contraire, et les Catalans, Çurita, Blancas,Tomich, disent qu'il fut fondé sous celui de Sobrarbe; mais beaucoup d’écrivains, et entre autresOihenart (*), considèrent comme mensonger tout ce qu’on raconte du royaume de Sobrarbe. Us vont même jusqu’à nier qu’aucun royaume chrétien ait dans les premiers temps existé au pied des Pyrénées. C'est aller beaucoup trop loin; néanmoins, on ne peut s’empêcher de convenir que le récit des faits de cette époque est rempli de fables; mais des fables accréditées par une croyance de dix siècles sont presque de la vérité, et l’historien , lors même qu'il est bien loin d'y ajouter foi, doit encore les faire connaître.
Parmi les citoyens de Saragosse qui n’avaient pas voulu se soumettre au joug des musulmans, se trouvait un seigneur nommé Otho , ou Veto.
Un jour qu’il chassait sur la montagne d’Uruel , il fut emporté par son cheval vers un ravin profond , où venait de se jeter le cerf qu’il poursuivait. Le gibier, déchiré sur les pointes des rochers, n’était arrivé qu’en lambeaux au fond du précipice; quant à Voto, déjà les pieds de son cheval avaient quitté la terre, il tombait Dans ce
(*) Notilia utriuique Vasconi».
L’UNIVERS
pressant danger, il se recommanda à saint Jean-Baptiste , et la puissante main du saint se lit aussitôt sentir.
Soutenu dans sa chute par une puissance surnaturelle, il arriva sans mal au pied du rocher, dont il avait été précipité!*). En cherchant un chemin pour sortir du lieu où il était tombé , il trouva un sentier peu frayé qui le conduisit à un chétir ermitage. Voto entra ; sur un autel , il vit l’image de saint Jean - Baptiste. A terre était étendu le corps d’un ermite qui semblait dormir, tant son visage était calme et serein.
Réfléchissant sur la manière dont il était venu dans cette solitude, Voto reconnut que le cerf qui l'y avait conduit, n’avait été que l’instrument de la Providence ; il prit la résolution de s’y consacrer au culte du Seigneur. Il appela aussi les fidèles pour rendre dignement les honneurs funèbres au saint homme dont il avait trouvé le corps. Convoqués par lui , six cents gentilshommes et d’autres chrétiens se réunirent dans ces montagnes.
C’est là , aux obsèques du saint ermite , que , sentant combien un chef leur était nécessaire , par une inspiration d’en haut, ils se déterminèrent à se donner un prince. Leur choix unanimetombasurGarci-Ximenèsqui, avant la venue des Maures, était seigneur d’Amescua et d’Abarcuca, dans
(*) D’autres auteurs disent que son cheval resta suspendu au bord du précipice. Dans tous les cas, un récit aussi extraordinaire doit faire naître beaucoup de doutes. Il faut dire cependant que cet événement n'est pas en dehors de toute possibilité ; on cite un exemple authentique d’une chute aussi merveilleuse. Eu 1654, emporté par un cheval fougueux , un étudiant sauta de la terrasse de Berne, haute de cent huit pieds ; le cheval seul fut tuéi l'homme en fut quitte pour quelques contusions. L'inscription suivante existe encore sur la terrasse d'où celle chute a eu lieu : - D'ici le sieur Tbéohald
• Weinzepfli , le aS mai 1654, sauta en bas
• avec son cheval. Après cet accident, il « desservit trente ans l’Église en qualité de « pasteur, et mourut très-vieux, en odeur de
• saiuteté , le a5 novembre 1694. »
la Cantabrie , et qui avait mieux aimé abandonner ses domaines que de les conserver en se soumettant aux infidèles. Pour leur faire la guerre, il s'était retiré dans les montagnes. Les chrétiens réunis aux obsèques de Juan l’élevèrent sur le pavois , et Garci-Ximeoès fut le premier des rois de Sobrarbe.
Quant à Voto, il se retira dans l’ermitage et employa le reste de ses jours à servir Dieu. Il fut, après sa mort, lacé au rang des saints, et son humle retraite, agrandie par ses successeurs, devint le fameux monastère de San- Juan de la Pena (Saint-Jean du Rocher).
Ces braves Espagnols ne se bornèrent pas à se fortifier dans les montagnes , ils firent des incursions dans le paysoccupéparlesmusulmans. Ils voulaient avoir une place d’armes. Ils ne se sentaient pas assez forts pour enlever la ville de Jaca , munie d’une nombreuse garnison, mais il leur sembla qu’ils pourraient farilementsurprendre celle d’Ainza , située au confluent de la Cinca et de l’Ara. En effet , ils se mirent en route pendant la nuit, en se dirigeant par des chemins détournés, afin de ne pas passer auprès de Jaca, dans la crainte de donner l'éveil à sa garnison, qui aurait pu arrêter leur marche. Le succès couronna leur entreprise; Ainza tomba entre leurs mains. Dès qu’ils furent maîtres de cette place , tous les chrétiens des environs vinrent grossir leurs rangs et les aider à remporter de nouvelles victoires. Les Maures, de leur côté, rassemblèrent une armée pour aller assiéger Ainza. Garci-Ximenès ne les attendit pas derrière ses murailles. Il se crut assez fort pour marcher à leur rencontre. Cependant, quand il put comparer sa petite troupe à la multitude de ses adversaires, il fut un instant alarmé sur le succès de son entreprise; mais un signe qu’on aperçut dans le ciel vint ranimer son esMrance et son courage. Il vit dans les nuages un arbre vert surmonté d’une croix rouge. Ce présage de victoire fut bientôt accompli. Les Maures furent
JÎSPAGISE.
mis en déroute, et Garci-Ximenès , en commémoration du secours divin qu’il avait reçu , prit pour armoiries un écu d’or, où était représenté un arbre de sinople surmonté d’une croix de gueules. Ce fut , dit-on , ce qui Gt donner à son royaume le nom de Sobrarbe (*).
On place en 724 le commencement du règne de Garci-Ximenès; il n’a fini qu’en 7&8. Ce serait donc à ce prince et à ses sujets qu’il faudrait attribuer l’honneur d’avoir, en 733, mis en déroute, dans les Pyrénées, l’armée d’Abd-el-Meleck.
Quels qu’aient été, au reste, les chrétiens qui ont remporté cette victoire, elle fut assez importante pour enlever à Abd-el-Meleck la confiance des Sarrasins , et il fut remplacé dans le commandement par Ocbah-(**) ben -HefiJadji-el-Seiouli. Ce général s’occupa de porter la guerre en France; mais les troubles qui éclatèrent en Afrique l’empêchèrent de passer luiméine dans la Gaule narbonnaise, comme il en avait l’intention. Il fut forcé de se rendre en Mauritanie pour réprimer une révolte des Berbers, qui s’étaient soulevés contre la domination arabe.
Ce fut un peu avant ce temps que mourut en 737 le fondateur de la monarchie espagnole. Il fut inhumé dans l’église de Sainte-Eulalie de Velana,
(*) C’est-à-dire, Sobre-Arbol , sur l'arbre.
Il n’esl pas beûio de dire que cette étymologie aussi bien que ce blason paraissent controuvés. En effet , l'emploi des écus armoriés ne remonte pas, d’une manière authentique, au delà du douzième siècle. Mais, dans toutes les organisations militaires, on a fait usage d’enseignes, c'est-à-dire, de figures reconnaissables et portées à l’ex- Irémilé d’une hampe , afin que les combattants pussent les apercevoir de loin et s’y , rallier au besoin. Est-il hors de toute vraisemblance que des guerriers, en combattant pour leur religion , aient pris une croix pour enseigne et l'aient placée au-dessus d'ane touffe de verdure , soit comme symbole de victoire, soit comme emblème d'espérance?
(*') les auteurs espagnols l'appellent Aucupa.
u’il avait fait bâtir .tur le territoire
e Cangas de Onis. La même église reçut aussi le corps de la reine Gaudiôse, son épouse.
Pélage avait, dit-on, régné dix-neuf années. Il laissait deux enfants : Favila, qui fut élu par les Espagnols pour lui succéder, et Ormisinda, mariée à don Alphonse, fils de ce duc Pèdre, chef des chrétiens qui s’étaient réfugiés dans les montagnes de la Can tabrie.
Le règne de Favila ne dura que deux années. Il ne fut signalé par aucun événement digne d’être rapporté. La mort déplorable de ce jeune prince est le seul dont l’histoire ait conservé le souvenir. Ce roi se préparait aux fatigues de la guerre en chassant les animaux féroces. Il avait attaqué seul un ours énorme. Cet animal, qu’il avait blessé mortellement, se retourna vers le chasseur, l’étreignit, l’écrasa entre ses bras nerveux. iTous deux ils roulèrent à terre.. L’Espagne avait perdu le second de ses rois.
Après Favila, le gendre de Pélage fut considéré comme le plus digne de commander aux chrétiens. C’était un guerrier intrépide , persévérant , qui mérita par son amour pour la religion le surnom de Catholique. II fut élu roi, quoique Favila eût, dit-on, laissé des enfants mâles. Mais dans les premiers temps de la monarchie espagnole, de même que chez les Goths, la couronne était élective.
Depuis vingt et un ans que le royaume de Pélage existait, il était resté à peu près dans les mêmes limites ; mais sa population et sa force s’étaient considérablement accrues : il avait servi de retraite à tout ce qui haïssait le joug musulman. Les Sarrasins, au contraire, s’étaient affaiblis par les divisions qui existaient entre eux. A la moindre occasion , ils combattaient race contre race ou tribu contre tribu. Leur puissance si rapidement acquise commençait à décliner. Plusieurs fois déjà ils avaient été battus par les Français. Toutes ces circonstances parurent donc au nouveau prince favorables à l’agrandissement de son rovaume. Il
L’UNIVERS
sut en profiter : il s’étendit à l’est jusqu’à la Biscaye, au couchant, jusqu’au promontoire'des Artabres. Ensuite il entra par l’ouest de la Galice dans le bassin du Duero; il parcourut tout le pays situé au nord de cette chaîne de montagnes qui s’élève entre la vallée du Tage et celle du Duero. Mais il ne pouvait garder un terrain si étendu :
il se borna à conserver d’abord les plaines les plus rapprochées des Asturies; il resta de ce côté dans les limites les plus restreintes de l’ancien royaume des Suèves. Il fit un désert des autres terres qui se trouvaient dans la vallée du Duero, et auxquelles le nom de champs gothiques est donné par la chronique d’Alvelda (*).
Ce n’est pas l’étendue du territoire , mais le nombre et la richesse de ses habitants qui font la force d’un État. Aussi Alphonse , pour ruiner le pays ennemi ou il faisait ses incursions, ne se bornait-il pas à raser les habitations, à démanteler les remparts, à couper les arbres, à brôler les moissons; après avoir massacré les musulmans , il emmenait les femmes et les enfants des vaincus, ainsi que les populations chrétiennes, qu’il contraignait à le suivre. C’est de cette manière qu’il peupla les environs de Burgos et le littoral de la Galice. Alphonse était devenu la terreur des musulmans.
Voici comment s’exprime El Laghi, un de leurs historiens : « Et alors prit R le commandement des Astourichs « Alphonse le Redouté, tueur de gens, « fils de l’épée ; il prit des villes, des « châteaux, et il n’y eut personne pour * lui tenir tête. Mille et mille musul- « mans souffrirent par lui le martyre « de l’épée. 11 brûloit leurs maisons et ■ leurs champs , et il ne faisoit pas « bon de se fier à lui. »
L'histoire nous a transmis quelques détails sur la manière de combattre des Espagnols et sur les armes qu’ils employaient. Ils avaient la télé couverte d’une espèce de mitre ronde garnie
(*) Campos quos dicunt gntliiros, usque ad Dumen Dorium eremavit. Cbroa. All>eld.
de grosses mailles de fer, et assujettie à l’aide d’une courroie qui passait sous le menton. Ils portaient des vêtements de peaux de chèvres ou de bétes fauves serrés par une large eeinture de cuir.
Leurs longs cheveux , qui flottaient sur leurs épaules, achevaient de donner à leur figure un air étrange et sauvage. Leurs armes étaient le chu- 20, ou javeline espagnole, l’épée droite à double tranciiant , le poignard cantabre, l’épieu du chasseur ou la lourde cognée du bîlcheron. Comnae leurs ancêtres, ils se servaient aussi du bident : c'est une large lame d’acier en forme de croissant, dont les cornes pouvaient avoir deux pieds d’ouverture. Cette arme s’emmanchait au bout d’une hampe de quatre à cinq pieds.
Ils l’employaient avec avantage pour repousser le choc de la cavalerie. Ils se servaient aussi de l’arc et de la fronde avec beaucoup d'adresse. Sobres, agiles, infatigables, patients, ils faisaient d’excellents guerriileros.Leurs bandes peu compactes et peu disciplinées auraient eu de la peine à résister en rase campagne à des troup"S qui auraient manœuvré avec ensemble ; aussi se gardaient-ils bien de s’engager dans les plaines, ou, s’ils l’avaient fait, au moindre désavantage ils se hâtaient de regagner leurs montagnes; et si les Maures étaient assez imprudents pour les y poursuivre, cette témérité était toujours chèrement payée. A la tête de ces hommes redoutables Alphonse fut presque toujours victorieux, non pas qu’il ait ïamais livré aux Arabes des batailles rangées; tel n’était pas le. caractère de la guerre que se sont faite pendant si longtemps les Espagnols et leurs adversaires ; c'était de part et d’autre une série perpétuelle d’escarmouches, d'incursions, d’embuscades, de surprises, de pillages et de dévastations.
Ocbah, comme on l'a vu, était passé en Afrique pour étouffer la révolte des Berbers. Après les avoir vaincus, il était revenu en Espagne. Il y était bientôt tombé malade , et était mort apres avoir rendu le gouvernement du
p«rs à Abd-el-Meleck. Les Berbers D'èurent pas plutôt connaissance de la mort d’Ocbah, qu’ils se soulevèrent de nouveau , et taillèrent en pièces les troupes que leur opposait le gouverneur de la Mauritanie. Celui-ci périt lui-mémedans la inélée. En apprenant cette défaite, le calife de Damas nomma un nouveau gouverneur, qui vint d’Egypte à la tete d'une nombreuse armée d’Arabes et de Syriens ; mais , attaqué par les rebelles sur les bords de la Masfa, il fut complètement vaincu. Un grand nombre d’Arabes périrent dans le combat , et les débris de ses troupes, ralliés par deux généraux nommés Baledji et Thaalaba (*), furent contraints de faire leur retraite du côté de la mer, et de se Jeter dans Ceuta pour tâcher de passer en Espagne.
Abd-el-Meleck s’effrayait de l’arrivée de ces troupes nouvelles ; il craignait avec raison qu'elles ne vinssent mêler encore de nouveaux éléments de discorde aux factions qui existaient déjà dans la Péninsule. Il ne voulut pas les y recevoir. Ce refus irrita les ennemis qu’il avait parmi les Arabes d'Espagne ; ils résolurent de faire entrer malgré lui dans le pays les vaincus de la Masfa, et ensuite de le déposer.
Les Berbers, de leur côté, fiers des succès obtenus en Afrique par leurs compatriotes, crurent que le moment était venu de secouer le joug des Arabes : ils tentèrent à la fois de s’emparer de Cordoue et de Tolède; ils échouèrent dans cette double entreprise. Enfin, un troisième corps de Berbers s'était avancé pour s’opposer au débarquement de Baledji et de Tbaalaba ; mais il fut battu par les nouveaux venus , réunis aux Arabes qui leur avaient facilité le passage du détroit.
Kien n'arrêta plus la marche des vainqueurs. Ils s’avancèrent en toute hâte vers Cordoue où résidait Abd-el-Meleck , qui leur fut livré par les habitants de cette ville : ils l’attachèrent à
(*) Mariana les appelle Beigi et Toba.
Dans Ferreras , on trouve Belci et Toaba.
une croix , à l’entrée du pont , entre un cochon et un chien. Baledji le fit décapiter, et se fit proclamer à sa place
touverneur de l’Espagne. Une partie e l’armée refusa de reconnaître ce nouvel émir, et se rangea sous les ordres de Thaalaba. Enfin , la plupart des Arabes qui étaient anciennement en Espagne, les habitants du pays, les débris des Berbers et le gouverneur deNarbonne, nommé Abd-el-Rahmanben-Ocbah , se rallièrent autour des deux fils d’Abd-el-Meleck. Il y avait ainsi trois partis en présence : ceux dé Baledji et de Thaalaba , et celui des fils d’Ab-el-Meleck. Cesderniers avaient avant tout à cœur de venger la mort de leur père. Ils attaquèrent Baledji dans les plaines de Calatrava. Baledji et le fils d Ocbah , qui commandaient les deux armées , se rencontrèrent au milieu de la mêlée, et Abd-el-Rahman ayant renversé Baledji d’un coup de lance , la fortune se décida en sa faveur. Son courage et son bonheur dans cette rencontre lui firent donner le surnom d’Al-Maniour , c’est-à-dire le victorieux.
Cependant le gouverneur d’Afrique était parvenu à apaiser les Berbers et à rétablir la domination arabe; mais, pour se débarrasser des plus remuants de ces intrépides guerriers , et pour contre-balancer en Espagne la puissance des forces arabes et syriennes que Baledji et Thaalaba y avaient introduites, il les y envoya sous le commandement d'Aboul-katar (*), qu’il nomma gouverneur de ce pays. A son arrivée , les fils d’Abd-el-Meleck et Thaalaba déposèrent les armes. Ce dernier fut envoyé en Afrique pour y rendre compte de sa conduite, et les dissensions parurent un instant sa calmer.
Aboul-Katar tâcha de remettre un peu de régularité dans l’administration du pays , ou plutôt de créer cette administration qui n’existait pas. Il abolit les privilèges accordés au royaume éphémère de Tadmir, qui fut assujetti
(*) Selon Mariana , Abuel Catar ; «elon Ferreras, Abulcatar.
L’UNIVERS
aux mêmes taxes que toutes les propriétés chrétiennes, et qui fut, quelques années plus tard, entièrement confondu parmi les autres terres de la conquête. Le nouveau gouverneur s’appliqua surtout à calmer les factions; mais ses efforts demeurèrent impuissants. Un chef nommé Zamaïl, mécontent du lot qui, dans le partage des terres, était échu aux Arabes de l’Irack, ses compatriotes, et blessé de ne pas avoir obtenu le gouvernement de Saragosse qu’il avait demandé, s’unit à Tliouéba, frère de Thaalaba. Ils levèrent ensemble l’étendard de la révolte, et attaquèrent Aboul-Katar. Celui-ci étant tombé dans une embuscade fut tué d’un coup de lance : alors houéba fut proclamé émir, et Zamaïl se contenta au commandement de Saragosse.
L’administration du nouveau gouverneur fut inique et violente. Le pays était de tous les côtés abandonné à la discorde et au pillage. Enfin les scheiks arabes se réunirent à Cordoue, afin de se concerter sur les moyens de rétablir le calme. Ils tombèrent d’accord de prendre pour émir un homme brave et prudent , qui ne se fût pas mêlé au mouvement des partis. Us élurent un pommé Yousouf, et sur ces entrefaites Thouéba étant venu à mourir, la nomination qu’ils avaient faite fut accueillie favorablement par tous les partis. La sagesse de ce choix promettait une administration heureuse. L’ambition d’Ahmer empêcha ces espérances de se réaliser. Mécontent mavoir perdu la charge d’émir de la mer, qu’Yousouf venait de supprimer comme inutile, il prit les armes, appela ses partisans à la révolte, et plongea de nouveau le pays dans les Horreurs des discordes intestines.
Le calife de Damas , dont l’Espagne relevait, aurait peut-être pu rAablir la tranquillité dans ce pays , où tout n’était que trouble et que désolation ; mais des intérêts plus puissants le préoccupaient , et l’Espagne devait bientôt échapper entièrement à sa domination.
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