‹ Espagne (volume 2)Chapitre 8 sur 70 · CII.LB DM OMHTADBS. DE DEERIIE · texte numérisé non relu

CII.LB DM OMHTADBS. DE DEERIIE

DIACEVDAHT DU OMMTADU FOHDB EE UrAGRE VU ETAT lirDÉrEEOAIIT OU CA- LIFES DE DAMAS. EÈGSE DE FKOILA.

OEIGIRE DD COMTÉ d'aEAGOE. RKOEU

d’aUEEUO et de SUA). — IBE ALAEAEI

s’empare de saragosse. lEVASIOE DE

CHARI.EMAGEE EE ESFAOEE. BATAILLE

DE ROECSVADX. FIE DD RÈOER d’aRD-

EL-RARMAE-EL-DAGHEL.

Malgré la loi que nous nous sommes imposée de parler uniquement des faits qui se sont passés sur le sol de l’Espagne, l’histoire des califes se trouve en quelques endroits si intimement liée a celle des Arabes établis dans la Péninsule, qu’il devient indispensable d’en rapporter ici quelques circonstances.

Après la mort de Mahomet, ses sectateurs élurent pour chef Abd-Allah, qui avait changé son nom en celui d’Aoou-Beker , c’est-à-dire le père de la vierge, prce qu’il était père d’Ayesha, fa plus jeune des femmes du prophète. Ce fut lui qui prit par humilité ta qualification de calife, adoptée aussi par ses successeurs : elle signifie vicaire.

Omar, père de Haphsa, autre femme du prophète , fut ensuite élu pour calife. Il se fit le premier appeler Émiral-Moumenin , c’est-à-dire prince des croyants. C’est ce titre qu’on rencontre à chaque pas dans les chroniqueurs espagnols, converti en celui de Miramamolin.

Othman fut choisi pour succéder à Omar. Ensuite on éleva au califat le fils d’Abou-Taleb , oncle de Mahomet.

C’est le fameux Ali qui avait épousé Fatimah, fille du prophète et de Cadhige sa première femme. Ali, malgré cette double qualité de cousin germain et de gendre , qui le liait au fondateur de la religion nouvelle, ne put faire reconnaître son autorité par Moavias, petit-fils d’Ommyah (*). Celui-ci se (*) On trouve dans quelques auteurs, Onimayah ; presque tous les historiens espagnols l'appellent Humeia ; aussi désignentils scs descendants sous le nom de Beni- Humeyas.

maintint dans le gouvernement de i’Égypte et de la Syrie qui lui avait été conféré par Omar, et il invoqua les droits qu’il avait lui-méme au califat.

Il avait été pendant longtemps secrétaire de Mahomet ; il se trouvait son cousin au huitième degré, car il était petit-fils d’Oiumyah, petit-fils lui-méme d'Abd-Menaf, trisaïeul du prophète.

D’un autre côté, quand, après cinq années de règne. Ali fut mort assassiné, et qu’on eut élu Hassan son fils, les descendants d’Abbas, oncle paternel de Mahomet , protestèrent contre ce choi.Y , et prétendirent aussi au califat. Mais Hassan, le cinquième et le dernier des califes élus ou directs, résigna le pouvoir en faveur de Moavias, premier souverain de la race des Ommyades. Cette dignité qui, jusqu’alors, était restée élective, devint en quelque sorte héréditaire, et quatorze princes de la famille des Ommyades se succédèrent sur le trône.

Cependant plusieurs Abbassides (*) avaient successivement tenté de le leur enlever. Un prince de cette famille, nommé Mohammed, avait pris secrètement le titre d’iman et de souverain pontife. Son fils Ibrahim, qui lui avait succédé dans cette dignité, avait agi plus ouvertement' il avait même fait quelques progrès en Perse; mais il était tombé entre les mains de Merwan H, quatorzième calife de la famille des Ommyades, qui l’avait fait mourir. En apprenant son supplice, ses partisans reunis à Couffah proclamèrent calife Aboul - Abbas , son frère. Les deux oncles de celui-ci , Abd-Allah et Saieh, s’étant mis à la tête des révoltés, attaquèrent Merwan, qui, après plusieurs défaites, fut enfin pris en Égypte et décapité. Sa mort ne satisfit pas encore Aboiil-Abbas , qui ne se considérait pas comme tranquille possesseur du pouvoir tant qu’il n’avait pas exterminé Jusqu’au dernier rejeton de la race des Ommyades.

Sur la foi d'une amnistie qui leur avait été accordée, quatre-vingt-dix cava-

(*) Maria na et quelques auteurs espagnols les appellent Alabecides.

10' Livraison. (F.spaone.)

Ui

tiers de cette famille vivaient tranuillement à Damas. Abd-Allab, oncle u nouveau calife, les ayant invités à un festin, les fit frapper de verges jusqu’à ce qu'ils tombassent expirants; ensuite on les couvrit de tapis et de coussins, sur lesquels les autres convives prirent leur repas.

Deux petits-fils d’Hescham, le dixième des califes ommyades, habitaient Couffah. Aboul-Abbas ordonna de les mettre à mort; mais le hasard voulut que l’un d’eux , Abd-el-Rahman-ben- Moavias , fdt absent lorsqu’on vint pour le saisir. Prévenu de la mort de son parent et du danger qui menaçait sa propre tête, il se réfugia au miTieu des tribus nomades du desert, et, ne s’y trouvant pas encore en sûreté , il s’enfuit en Afrique , où il rencontra quelques partisans. Il y passa cinq années, poursuivi sans cesse par les émissairesd’Aboul-Abbas, auquel sa cruauté avait fait donner le surnom d’El-Saffah , c’est-a-dire , celui qui répand le sang. Ne croyant pas encore l’Afrique un asile assez sûr, il résolut d’aller en chercher un en Espagne, où peut-être il pourrait relever la fortune de sa famille; mais avant de se hasarder dans un pays qu’il ne connaissait pas, il y envoya Bedr, affranchi de son père.

Par ün heureux hasard, celui-ci arriva à Cordoue lorsque Yousouf était déjà parti pour faire la guerre à Ahmer. Il trouva réunis dans cette ville quatrevingts scheiks des tribus syriennes.

Ils délibéraient sur la nécessité de remplacer par un nouvel émir Yousout, qid n’usait du pouvoir que dans son propre intérêt; ils discutaient aussi sur la nécessité d’affranchir le pays de la suzeraineté des califes. Ceux des scheiks auxquels Bedr s’était adressé proposèrent d’élire cet Oinmyade échap-

f)é seul au massacre de sa famille. Dans es circonstances où l’on se trouvait, lorsqu’on cherchait un chef capable d’en imposer à toutes les ambitions, c’était une véritable fortune que de trouver le dernier rejeton d’une race royale chérie de toutes les tribus sj;riènnes. Au moment où l’on songeait à se débarrasser de toute dépendance

L’ÜNIVERS.

envers les califes d’Orient, qui, jusqu'alors, avaient exercé sur les conquérants de rEsjiague un double pouvoir religieux et temporel , il y avait quelque chose de providentiel dans I arrivée d’un prent du prophète, qui

f)ouvait par son concours transformer a révolte en un acte de religion. Les scheiks envoyèrent donc satis délai des dénotés à Abd-el-Rhaman , pour lui ofirir non-seulement un asile, mais la souveraineté sur toutes les tribus musulmanes de la Péninsule. Abd-el-Raliman ne balança nas : à la tête de quelques amis ’et (le sept cents cavaliers berbers il s’embarqua, et vint aborder en Andalousie le 3 dsulkada de l’année 138 de l’hégire (9 avril 756 de J. C.). Les chefs qui l’avaient appelé accoururent au-devant de lui pour lui jurer obéissance, et, en peu de jours, il vit une armée de vingt mille nommes réunie sous ses ordres.

Les premières nouvelles de ce mouvement furent apportées à Yousouf au moment où il venait de prendre Saragosse et Alimer qui s’y était renfermé. Il ramenait prisonniers et enchaînés sur des chameaux Ahiner, son lils et son secrétaire. Dans le mouvement de fureur que lui causa cette nouvelle, il fit attacher ses prisonniers sur une croix et les fit tuer a coups de lance.

Cependant Abd-el-Rahman s’avancait vers Cordoue. Un des fils de Yousouf, chargé de défendre cette ville, ne crut pas devoir attendre l’ennemi derrière scs murailles. Il sortit à sa rencontre ; mais il fut battu , et la ville de Cordoue tomba au pouvoir du nouveau venu. Yousouf accourut, à son tour, pour s’opposer à la marche de celui qu’il appelait l’intrus (*), lU- Dagkel. Il éprouva le même sort que son fils , et fut contraint d’aller se renfermer dans GreuaiJe, où bientôt il

C) Mariana défigure ce nom et en fait celui de Adabil. C’est ainsi (|ue les noms s’allèrent de la manière la plus élraiigc, en passant d’une langue dans une autre, .^bdel-Rabinan joignait à son nom celui de son père, Moavias. Aussi , au lieu de Ben-Moavias, Éginhard ne l’appelle i|ue Ibiu-IMauga.

fut assiégé. Vivement pressé et ne se sentant pas le moyen de résister longtemps , il capitula le 28 rabia posteriorde l’année 139 de l’hégire, 'JQ septembre 756 de .1. C., et abandonna la souveraineté de l'Espagne au descendant des Ommvades.

Le nouvel émir s’occupa alors de pourvoir au commandement des provinces. Il chargea Zamaîl du commandement des provinces du nord de la Péninsule, soit pour le récompenser d'avoir, par ses bons offices, accéléré la soumis.sion d’Yoïisouf et la pacification du pays, soit aussi parce qu'il y avait besoin, dans ces contrées, (l’un chef liabile et énergique pour faire face aux chrétiens des Pyrénées. Les divisions continuelles des Arabes avaient permis aux Espagnols de regagner partout un peu dé terrain. Sous Alphonse le Catholique, le royaume fondé par Pelage s’était étendu des limites de la Cantabrie jusqu’à l’extrémité (le la Galice. Après ces conquêtes, ce prince était mort en 757. Il avait eu quatre enfants de sa femme Ormisinda. G’étaieut Froïla, Biinaran, Aurelio et Adosinda. Il laissait encore un fils , né d’une esclave maure qu’il avait enlevée dans une de ses incursions sur le pays ennemi. Aussi l’appelait-oii Maiiregato, c’est-à-dire le petit de la Alauresque, jl/trnræ catvbis. Froïla, l’aîué de ses fils, bien qu’il fût d’un caractère rude et féroce, fut élu pour lui succéder.

Les Espagnols établis d.ans les Pyrénées , en se rendant maîtres des défilés, empêchaient les communications entre l’Espagne et les possessions que les .Sarrasins conser^'aieiit encore en France. Ou trouve à chaque pas, dans les chroniques arabes, la mention de combats qui leur ont été livrés. Ainsi, pendant que la lutte entre Abd-el Rahinaii el-Daghel et Yousouf durait encore, un corps de troupes, envoyé contre ces chrétiens par le gouverneiir de Barcelone, avait été taille en pièces. C’etait pour repousser leurs attaques qu’Alid el-Balimaii avait fait choix de Zamaîl. Mais ce chef ne put empêcher les progrès qu’ils faisaient chaque jour.

A peu près à cette époque, en 7.^8, Garci-Ximenés, le premier des rois de Sobrarbe, étant mort, Garei-Inigo, son iils et son successeur , désireux d’au"inenter son royaume, rassembla ses troupes, et alla attaquer Pampciune dont il finit par se rendre . maître.

Pendant le siège, un des chevaliers qui marchaient sous ses ordres , Aznar(*), parvint à s’emparer de Jaca,

(*) Mariaiia dit qu’Aznar était fils d’Eudes , duc d’Ai|iiilaine. Itlancas un fait , sans plus de raison, le |H'tit-fils de re sotivuraiii. «Eudes, dit-ii , ,avait trois (ils, Ilunold, « Vifar, Aznar; et deux filles, Moninic, qui « fut femme de Froïla; la seconde, dont ou « ne dit |ias le nom , fut luariéi; .à Muùus , « qui commandait dans la Cerdagne « (nous en avons déjà parlé, et nous avons dit qu'elle se nommait Lampégie). « Après la mort

• d’Eudes, Charles Martel s’étant emparé «des Étals de ce souverain, le plus juime « de ses fils , Aznar, passa dans la Cantabrie.

• Il y eut deux enfants, Eudon, qui s’éta-

• blit dans la Risraye , et Aznar, fondateur « du comté d’Aragon. «

Il y a dans ces faits de nombreuses erreurs. Eudes eut trois fils, Ilunold, Hatlon et Remistain. Le premier fut Uuriold, à qui une partie des Étals de son père fut laissée par Cliarles Martel, mais seulement à titre de vassal de la rouroiiiie Je Erance. Le second, Hatton, eut eu partage le comté de Gascogne. En 74s, Hunold lui fit crever les yeux; Hattou mourut au bout de peu de jours des suites de son supplice. La même année , pour expier ce forfait , Hunold se retira dans un couvent de file de Ké. Vaïl’ar ou Gaiffre , sou fils , fut mis en possession de ses États; mais s’étant révolté contre (’epin, il fut vaincu et forcé de se sauver. Il fut tué dans sa fuite par ses propres soldats. Enfin, le troisième fils d'Eudes, Ilenry-Staii ou Remistain , qui avait d’abord embrassé le parti de Piqiiti , l’ayant abaiidoiinc pour soutenir la révolté de Vaïlar son neveu , fut ris et pendu comme traitre et comme réelle , et ne laissa pas de desceiidaiice. Hatlon eut trois fils, Loup I", comte de Gasrogne ; Atalgariiis , comte des Marches de Gascogne; Icterius, comte d’Auvergne.

Vandrigisile , fils d’Atalgarius et, |>ar conséquent, arrière-petit-fils d’Eudes, épousa Marie', fille de ce comte Aznar que nous venons de voir fonder le romié de Jaca ou d’Aragon. Voilà , eu réalité, le seul

dont presque toute la garnison avait été au secours de Pampeliine. Pour le récoin|)Piiser de ce service, le roi Garci-liiigo lui donna celte ville <iu’il érigea en un comté relevant du royau me de Sobrarbe. Comme la ville de Jaca s’élève entre deux rivières du nom d’Aragon, cette petite souveraineté prit le nom de comté d’Aragon.

De l’autre côté des Pyrénées les affaires des Sarrasins étaient encore en plus mauvais état. Narbonne était la seule ville importante qui leur restlit dans la Septimam’e. Il y avait peu de temps qu'un seigneur goth, nommé Aiisemonde, avait livré ;i Pépin Nîmes, Jlaguelone, Agde et lléziers. Ce roi avait aussi es.sayé d’enlever Narbonne d’assaut; mais, ne pouvant y parvenir, il s’était borné à occuper les environs de cette ville qu’il tenait ainsi bloquée. En 7.â9, une partie de la garnison , qui était clirétieime, fatiguée d'un siège qui iliirait depuis six années, s’unit aux habitants pour massacrer les Maures, et la ville se rendit à condition qu’elle se gouvernerait ellemême et par ses propres lois. A la même époque, le chef arabe qui commandait ci Girone et h Barcelone, secmiitle joug d’Ab-el-Rahman , se reconnut vassal de Pépin, et mit son gouvernement sous la protection de ce roi.

Quand Narbonne, Girone et Barcelone furent enlevées aux Maures, il y avait dej.à trois années qu’Abd-el Rahman-el-Dagliel avait vaincu Yousouf et l’avait contraint h abandoimer le gouvernement de l’Espagne, Le vieil émir, en apprenant la perte que venait d’éprouver la puissance mahométane, et songeant que depuis trois ans El- Daghel commandait, que dès lors la première ferveur inspirée par son arrivée devait être éteinte, s’imagina que le inomeiit était favorable pour ressaisir le pouvoir. Il appela ses amis aux armes; mais la fortune ne lui fut

lien de parenté qui le raltacbe au fameux rival de Gbarles Martel.

Toute cette généalogie est parfaitement établie par la charte de fondation du monastère d’Alaou, en 83a, pièce de la plus

L’UNIVERS

pas favorable. Il fut défait, et l’on taille. De ses trois (ils, l’un, AboUl*

trouva son corps sur le champ de ba- Zaïd , fut tué dans une rencontre près

haute importance historique, reconnue judicieux, et dont nous aurons occasion de comme authentique par les critiques les plus parler plus d'une fois.

EDOB ,

duc d'Aquilninc , mort on 765.

toariêe Munuxn.

.SciuiHus , liié en 8IQ

Gaaciimii »

ikic d’uiie partie de lu CuAco^jne s Itié ru 8IS durant $a rébellion.

1.es etirnnis de Osirtiinir p.'|Ç8ont en A ra^on,oti iM s'éta* avant 815,

IjuNOLt» »

duc d’ Aquitaine ,

mort Cl» 771-

VAirrtB , duc d* ,\quirninc , mort en 708;

Ixiire H , duc de Gascogne (>endu eu 778.

AoALAkIC .

tué avec CentnUe 8<m fils , eu 812.

CKWTBLI.B ,

tnv avec son pvi en 81*2.

Love— CiRTL'ii.e comte de Gascogne^ proscrit eu 819. '

C»I«TCt.rMK ,

comte de Béarn.

H*TTOJf ,

cfuulc ilt Gascogne, mort eu 715.

nsurSTATiv , pendu ru 7B7 , mort sans enfant.

Loiîf 1'» , comte de Gascogue.

ATAtOAtirS , IcTEItnJS, rointc des M.Trches comte d’.Aiide Gascogne. vergue.

VANBiiGlStLC , épou.se Marie, fille d’Ariiar , comte de J.ica , fotide en 7U2 lécouveut d’Alaon

E{vMit.Aim‘Si . counte

d'Agen.

BeitNiKo , IliTTo^ A Antoivv, comte drs comte de vicomte Marches de paill.'is, de

Gascogne , BezIcrs.

eu 845 .

Tticuda.

Arsriii , comte de Soûle et de Lourigiii.

DliNAV— >Lovf ,

cornu* de Bîgorrc.

Après lafiiiie de leurs cou.>t)n8, fils de Garci* mir, dont ils héritent en partie.

ESPAGM-;.

de Tolède. Les deux autres demeurèrent prisonniers. Abd-el-Rahman , en leur faisant grâce de la vie, les condamna à une prison perpétuelle. Il lit enfermer Aboul-Aswad dans une tour deCordoue, etKIiasem dans un cachot de Tolède.

Il y avait deux ans qu’il avait apaisé cette révolte, lorsqu’un nouveau soulèvement éclata. Les restes du parti de Yousouf se réunirent, s’emparèrent de Tolède etdélivrèrentKhasem qu’on y ten.iit toujours renfermé. Ces ennemis ne fu rent pas les seu Is q u’ A Id-el-Rali nian eut alors à combattre , il vit s’élever le plus dangereux de ceux qui eussent encore attaqué sa puissance. Le calife Aboul'Abbas le Sanguinaire n’existait plus. Son frère, Abou-Giatfar, qui lui avait succédé, avait mérité, par ses conquêtes en Arménie et en Cappadoce, le surnom d’Al-Manzour. Il voulut faire rentrer sous son empire celte riche Espagne qui s’en était séparée. 11 chargea le gouverneur de l’Afrique, El-Ela-ben-Mogueïth , de châtier les rebelles et d’écraser le dernier rejeton d’une race maudite. El-Ela-ben-Mogueïfh obéit. Il passa en Espagne ; il faisait porter devant lui un étendard qui, disait-il , lui avait été envoyé par Abou-Giaffar. C'était la bannière noire des Abbassides, qui venait encore une fois lutter contre la bannière blanche des Ommyades. Les deux armées se rencontrèrent près de Badajoz. Les troupes du calife ne purent résister à l’impétuosité de la cavalerie d’Abd-el- Rahinan.Ellesfurentculbiitées.Ben-Moeueïth fut tué en s’efforçant de rétablir le combat ; l’étendard noir fut renversé dans la poussière, et resta aux mains du vainqueur. Abd-el Rahman fit couper la tete , les mains et les pieds de Ben-Mogueîth, pour les envoyer, diton, au calife Almanzor. Celui-ci, en les voyant, dit qu’assurément El-Daghel était un démon. Il se félicita de ce que Dieu avait mis la mer entre lui et l’Espagne , et de ce qu’Abd-el-Rahman n’avait pas eu la pensée de venir en Orient pour lui disputer l’empire.

Pendant qu’Abd-el-Rahman-cl-Daghel défendait son trône contre des

ennemis qui partageaient sa croyance, les chrétiens lui suscitaient d'autres embarras. Froïla continuait toujours la guerre acharnée qu’Alphonse, son père, avait faite aux musulmans, et il avait remporté divers avantages. Les chroniqueurs parlent, notamment, d’une bataille dans laquelle un grand nombre de Maures auraient péri. Les uns placent cette victoire pendant la dernière année du gouvernement de Yousouf (*), les autres la reculent de trois années. Au reste, quelle que soit sa date, Abd-ei-Rahman résolut de mettre un terme aux ravages exercés par Froïla. En 766, ses troupes entrèrent dans le royaume des Asturies en même temps par la Galice et par la Biscaye. Elles saccagèrent tout le pays, et forcèrent les chrétiens des Asturies à demander la paix; bien que les historiens ne la fassent signer que deux années plus tard, elle commença de fait à partir de ce moment. Mais les Espagnols n’en restèrent guère plus tranquilles. L’agitation était tellement un besoin pour eux, que lorsqu’ils ne faisaient pas la guerre aux inQdfles , il fallait qu’ils se la fissent à eux-mêmes. Froïla eut à combattre les Galiciens et les Basques, qui refusaient de reconnaître son autorité. Le roi des Asturies prétendait même étendre sa souveraineté sur le pays conquis par les chrétiens des Pyrénées. Il voulut donc se mettre en possession de Pampelune; mais, soit que la rivalité qui existe entre les différentes provinces de l’Espagne se manifestât déjà , soit que le caractère violent et Ivrannique de Froïla fit abhorrer sa domination, les vainqueurs de Pampelune refusèrent de se. soumettre à lui , et, comme ils ne se trouvaient pas en état de se maintenir dans celte ville dont ifs venaient à peine de s’em|iarcr, ils aimèrent mieux la restituer aux Arabes que de la lui abandonner. Les fureurs de Froïla ont JustiDé la haine

(*) Cette date est évidemment erronée.

Yousouf a cessé de gouvorner en ';56, et ce n’est que l’année suivante, 757, que Froïla a été élu roi.

L’UNIVERS

dont, il était l’objet. Son frère Bimarnn était aussi bon, aussi chéri, qu’il était lui-niéine cruel et exécré; il en devint jaloux et le poignarda de sa propre main. Il paya, bientôt de sa vie son détestable fratricide. On conspira eontre lui. On le poignarda à son tour et on nom na, pour lui succéder, Aiirélio, le d-rnier des lils légitimes d’Alphonse le Catholique (*). Froïla lais.sa deux enfants, Alplionse et Xiineiia C**). Il fut enterré avec, Moniine, sa femme, dans l’église d'Oviedo. Celte ville avait été fondée pendant son règne.

Sous le gouvernement de son successeur, un seul événement vint troubler la tranquillité publique. Les nombreux esclaves que les Espagnols avaient faits dans leurs incursions sur le pays des Maures, se révoltèrent; mais Aurélio parvint à reprimer ce soulèvement. Ce prince ne régna que quatre années. Il avait donné en mariage sa sœur Adosinda à un seigneur nommé Silo, qui fut élu pour lui succéder. Quel<|ues troubles dans la Galice, promptement apaisés, altérèrent seuls la paix de ce règne. Silo mourut en 78Ï , neuf ans apres être monté sur le trône. Il ne laissa pas d’enfants.

Comme on l'a vu, Ahd el-Rahman-el- Daghel avait non-seulement contraint les chrétiens à cesser leurs incursions sur les possessions arabes, il avait encore abattu l’étendard des Abhassides.

La bannière verte des Fatimites vint à son tour s’élever contre lui. Un aventurier nommé Abd-el- Gafir , qui se disait le descendant d’Ali et de Fatimah, passa d’Afrique en Espagne pour lui enlever le pouvoir. Mais les forces d’Abd-el-Gafir n’étaient pas en état de lutter avec celles de l’émir; aussi le

(*) D’autres historiens le font fils d’un Froïla frère d’Alphonse le Calhnliqiie. D’après celte version , il aurait élè cousin germain , au lieu d’etre frère du roi auquel il succédait.

(**) Il n’y a pas de preuves aulheuliqiies de l’existence de Xiniena , .Scimena ou Chimène. Beaucoup de crilicpies la eonsidèrenl romnic un personnage inventé par les romanciers.

Fatimite, après s’être réuni à quelques débris vivaces du parti de Yousouf, commandés par un chef expérimenté du nom d’Halifa, se jeta dans les montagnes de Ronda et d’Antequera. Il ne sortait de ces retraites inaccessibles que pour piller les contrées environnantes. Il parvint à s’y maintenir pendant sept années, malgré tous les efï’orls qu’on put faire pour l’attirer en rase campagne. Enlin des secourt lui furent envoyés d’Afrique. Habib-el- Sehlebi, qui les conduisait, étant débarqué près de Tortose, fut attaqué par le gouverneur de cette place. Il fut tué et ses troupes furent mises en déroute. Néanmoins les vaincus perdirent peu de monde : ils se rallièrent, et quoiqu’il y ait assez loin de Tortoss aux montagnes de Ronda et d’Anteqiiera, ils allèrent y rejoindre Abd el- Gafir. Oliii ri, lier de l’acc ois.seinent de ses forces, oublia la prudence qui jusqu’alors l’avait garanti de tout uésastre. Il s’éloigna davantage des montagnes qui lui servaient de retraite. Il reconnut bientôt sa faute, et voulut retourner en arrière; tuais tandis qu’il s'efforcait de gagner la Sierra d’Antequera , èn remontant la vallée du Xenil, il fut atteint par les armées d'Abd-el-Rahninn auprès d’Ecija. Forcé de livrer bataille , il fut défait et tué en combattant.

A peine cette lutte était-elle terminée, qu’Abd-el-Melech-ben-Omar, qui commandait h Saragosse, étouffa une conspiration qui éta'it .sur le point d’éclater. Hosseïn voulait proclamer danà cette ville le calife d'Orient. Le gouverneur le lit décapiter. Ici , il faut l’avouer, l'iiistoire devient d’une désespérante obscurité. Les chroniqueurs espagnols dénaturent tous les noms.

Ainsi ils parlent d'un roi maure de Saragosse, qu’ils appellent MarGlius.

D’aboi'd, il faut le dire, à cette époque aucun Arabe ne s’arrogeait le titre de Melech, roi (*). Celui de wali était

'(*) Pour être juste , il faut dire que ce reproche ne s’adresse pas à tous les rhroniqiioiirs. Quelques-uns d’entre eux ont employé le mot de suhregutus , en li.sage dans la

donné aux gouverneurs des villes et des provinces. La dignité d'émir, qui répond à notre mot de prince, était la plus élevée à laquelle leur ambition püt prétendre ; et quoique plusieurs uistoriens fassent remonter à Abd-el- Kahman-el-Daghel l'origine du califat d'Occident, on croit que ce chef se contenta d’avoir un pouvoir égal à celui des califes, sans en prendre le titre.

Il paraît s'étre borné à celui d’émir.

Quel était donc ce roi Marfilius dont parlent les chroniqueurs? Condé, dans son Histoire des Arabes, forme une conjecture qui paraît assez probable.

Le nom du gouverneur de Saragosse, Ben-Omar, c'est-à-dire le fils d’Omar, se traduisait eu latin par Omaris filius : c’est probablement de là qu’est venu celui de Marfilius. Cet Abd-el- Melech- Ben -Omar était un homme d’une grande énergie, et certes il y avait besoin d’un clief de ce caractère dans une ville comme Saragosse, qui était le rendez-vous de tous les mécontents. C’est là que se rassemblaient les restes du parti de Yousouf, et ceux qui dans un but d’intérêt particulier auraient voulu replacer la Péninsule sous l’empire du calife d’Orient. Cependant, on voit bientôt Ben-Omar remplacé par un autre chef. Peut-être avait-ii du se retirer devant quelque sédition populaire.

Un chef, nommé Ibn-al-Arabi, avait été mis en possession du gouvernement de Saragosse, à la suite de quelque soulèvement, et il avait cx)nçu la pensée de s’y maintenir indépendant de l'autorité d’Abd-el-Rahman ; mais Beu- Omar , le Marfilius des auteurs espagnols, était revenu avec des forces plus considérables, l’avait attaqué, l’avait

latinité de culte époque. Il signifie non pas roi, mais celui qui est aii-dussons du pelit roi. C’est le titre que le pape Grégoire III donne à Charles Martel dans la lettre qu’il lui adresse pour réclamer son appui. U’autres auteurs ont employé , non le mot de rex , mais celui de vegulus ; c’est ainsi que Blancas écrit lUauri Casaraugmtanenses reguli.

Du Cange regarde le titre de subreguins comme équivalent à celui de comte.

contraint à fuir, et Ibn-al-Arabi était passé en France pour réclamer l’appui de Charlemagne. Ce prince était alors à Paderborn, au fond de la Westplialie. A la suite de ses victoires sur les Saxons, il avait convoqué une diète dans cette ville pour y recevoir le serment des capitaines nouvellement soumis. C'est là que lui furent présentés Ibn-al-Arabi et plusieurs autres Sarrasins, parmi lesquels sedi-tinguait Khasem, ce fils d’Yotisouf, délivré par ses partisans de la prison de Tolède où Abd-el-Rahman l’avait fait renfermer.

Ils lui demandèrent des secours et so déclarèrent ses vassaux. Le roi de France leur accorda leur demande, et ayantrassemblésonarméeen Aquitaine, il la divisa en detixcorps, dont uii entra en Espagne en suivant le littoral de la Méditerranée ; l'autre, sous la conduite de Charles lui-même, y pénétra en franchissant les défilés ae la Biscaye.

Pampelune fut d’abord assiégée, puis elle se rendit après une courte ré.sistance. Les deux années françai-es, qui s'avancaient par des chemins opposés, se réunirent sous les murs de Saragosse. Cette ville ne résista nas longtemps, et Charlemagne y rétaolit- Ibn-al-Arabi. Le but principal de l’expédition était atteint. Les dispositions des populations étaient peu amicales; les princes chrétiens eux-mêmes ne voyaient qu’avec effroi le voisinage d’ün protecteur aussi redoutable que le roi des Francs, et la fidélité des chefs arabes parut fort douteuse à Charlemagne. Il ne jugea donc pas à propos de séjourner dans le pays.

D’ailleurs, de nouveaux inouvenients de Witikind et de ses Saxons le rappelaient sur les bords du Rhin. Il prit des otages pour être .sûr de la fidélité de ses nouveaux sujets arabes , et il revint sur ses pas pour rentrer en France. Il fit à son retour raser les murs de Pampelune, dont les habitants lui parurent disposés à la révolte, et il s’engagea de nouveau dans les gorges des montagnes, ne pensant pas que leur passage dût lui présenter à son retour plus de danger qu’à son arrivée. Cependant des Vascons, et, dit-on, aussi

L’UNIVERS

des Arabes, s'étaient mis en embuscade sur le haut de la montagne. L'armée défilait sur une longue ligne comme l’exigeait la nature des lieux, l^s Vascons laissèrent passer l’armée sans se montrer. Les bagages étaient à l’arrière-garde et presque sans escorte.

Sitôt qu'ils les virent paraître, ils se jetèrent sur le peu de troupes qui les défendaient, et commencèrent à les piller. Charles était à lu tête de l'armée. Il ne fut averti de cette agrès»

sion qu’après la retraite des ennemis, et il lui fut impossible de tirer immédiatement vengeance de leur attaque, car , après avoir à In hâte pillé les bagages, et profitant de la nuit qui approchait , les ennemis prirent la fuite avec une telle célérité qu’on ne put indiquer où ils s’étaient retirés. Dans cette embuscade, les Français perdirent plusieurs de leurs plus célèbres guerriers, et, entre autres, Roland, gouverneur de la Marche de Bretagne, si célèbre chez les romanciers, bien

?|ue ce soit la seule fois que l’histoire asse mention de lui.

La fuite des agresseurs avait été si rapide que , non-seulement on ne put les suivre dans leur retraite, mais que, au dire de plusieurs historiens, on ne put savoir d’une manière bien avérée quels ennemis on avait eus à combattre. S’il faut s’en rapporter à une chartre de Charles le Chauve , rapportée par le cardinal Âguirre dans sa collection des conciles (*) , le fils de

(*) Voir, pour la généalogie de Loup, la note des pages 147 et 148.

Voici les passages de la charlre citée par le cardinal Aguirre , qui se rapportent à cet

événement : « Magnus avus nosler Carolus

« Lupo totam Vascouiæ parlem. beneli-

« ciario jure reliquit quain ille omnibus

« pejoribus pessimus ac perfidissimus supra « omnes niortales , operibus et nomine Lu- « pus , lairo potius quant dux dicendus , Vi- « farii patris scelestissimi , aviquc apostalœ « Hunaldi improbis vestigiis iubæreiis , ar- • ripuiu — Allamen diim simulanter alrox • nepos , sacramenliim glorioso avo nosiro • miiltipIexdiceJ>al,solilamejus majoriimque «suoriim perlidiani experlus est in redilu « ejus de Hispania : dum cum scara latro-

Vaifar, Loup II, duc de Gascogne, vassal du roi de France, était à la tête des montagnards qui se jetèrent sur l’arrière-garde de Charlemagne, dans le défilé de Roncevaux. Cette félonie ayant été découverte par la suite, 1e duc Loup fut ignominieusement pendu (*).

Ibn-al-Arabi garda peu de temps le pouvoir que lui avait rendu Charlemagne. Un musulman , vassal cl tributaire d’un roi chrétien, ne pouvait conserver aucune influence parmi les disciples fanatiques du prophète. Un parti puissant se forma contre lui et, en 778, il fut assassiné dans une mosquée. Housseïn-ben-Yahyah, qui était à la tête des conjurés , s’empara du gouvernement de Saragosse, et prodama la souveraineté de Mahadi , fils d’Abou-Giaffar , calife d’Orient. Abdel-Rhaman,qui jusqu’alors était resté tranquille, s’émut en entendant encore une fois retentir le nom des califes abbnssides. Il rassembla une armée puissante. Cependant Saragosse résista pendant plus d’une année. Enfin Housseîn-ben-Yahyah se soumit, et remit à Abd-el-Rahinan ses deux fils pour garants de sa fidélité. L’émir parcourut ensuite tout le pays jusqu’au pied des Pyrénées, et fit rentrer en son pouvoir Pampelune , Barcelone , Gironne, Tortose et toutes les villes qui avaient accepté la suzeraineté du roi des Francs.

Quelques années plus tard , en 787, Abd-el-Rhaman, sentant les approches

<■ num comités exercilussacrilege Irucidavit. « Propter quod poslea jam dictas Lupus cap- " tus misera vitam in laquco fiuivit. »

Aguirre, vol. III.

(*) Nous ne rapporterons en ce moment aucune des fables auxquelles a donné lieu celle fameuse balailie de Roncevaux. Cet événement, qui tient si pou déplacé chez les historiens contemporains, en remplit une immense dans les chroniques chevaleresques. Il n’est certainement aucun autre combat qui ait été célèbre par autant de refrains populaires. Nous aurons occasion de faire connaître une partie de ces traditions en parlant du règne d’Alphonse le Chaste,

de la mort , réunit solennellement les principaux chefs de la nation et leur demanda de rerx)nnaltre pour son successeur Hescham, le plus jeune de ses trois (ils. Tous les chefs présents jurèrent de faire ce que l'éiiiir leur demandait. El-Daghel avait, dit-on, préféré celui-ci à ses deux fils Soleïman et Abd-Âilah, parce qu’il avait trouvé en lui plus de bonté et plus de justice que dans ses autres enfants. Cette reconnaissance anticipée du successeur à la couronne fut imitée, non-seulement par les souverains oinmyades, mais encore par les princes chrétiens de la Péninsule, qui y trouvèrent le moyen de transmettre le trône à leurs enfants ; car il est un point dont il faut bien se pénétrer en lisant l’histoire d’Espagne, c’est que, dans les premiers temps de la monarchie , le souverain ne tenait la couronne que du voeu de ses sujets , et non de sa naissance.

Abd-el-Rahman-el-Daghel mourut l’année suivante, le 34 rabia posterior de l’année 172 de l’hégire ( l'"^ octobre 788 de J. C.) 11 était entré à Cordoue en 756; son règne avait donc duré environ 33 ans. Malgré les révoltes nombreuses ^ue ce prince eut à réprimer , maigre la diversité des ennemis qu’il eut à combattre, il ne se montra jamais cruel et ne chercha pas <i se venger. Il fit grâce quand il le put sans compromettre la tranquillité de l’État , et s’il se crut dans la nécessité de faire tomber quelques têtes, c’est que, jusqu’à nos jours, c’était une chose inouïe qu’une dynastie nouvelle s’élevant au milieu des factions , des révoltes et des assassinats, sans tacher son manteau royal d’une seule goutte de sang.

Au milieu des troubles continuels qui agitèrent son règne, il fit fleurir les beaux-arts : lui-même, il cultivait la poésie avec succès. Il embellit Cordoue de plusieurs édifices remarquables , et c’est lui qui commença la célèbre mosquée de cette ville. Dernier descendant d’une race royale , et parent du prophète, il avait sauvé des désastres de sa famille, un koran écrit

tout entier de la main d’Otman , le compagnon de Mahomet, et le troisième calife direct. Il en avait fait don à la mosquée de Cordoue destinée à devenir la ville sainte des musulmans d'Occident.

On peut compter Abd-el-Rahman au nombre des plus grands princes de cette époque. « Sa renommée était si B grande , ■> dit M. Romey dans son excellente histoire d’Espagne, « que son « rival de Bagdad, El-Mansour, par- » lait souvent de lui avec admiration.

B II avait coutume de l’appeler le fau- B con de Koraïsch , non parce qu’il B était un grand chasseur, mais à cause B de l'habileté et de la rapidité avec « lesquelles, de la condition de pros- B crit, il s’était élevé au rang de ses B prescripteurs II vantait sa bravoure « et sa sagacité , et se félicitait que « les embarras intérieurs du gouver- B nement des tribus andalou-musul- B mânes le détournassent du projet B qu’il eut un moment ue porter la B guerre jusqu'en Orient et d'y ruiner B la puissance de la maison d'Abbas. »

B Abd-el-Rahman avait

B le teint vif et coloré, les yeux bleus, B les cheveux, par endroit, tirant sur B le roux ; il était remarauable par un « signe au visage; sa taille était haute B et élancée. Dans les dernières an- B nées de sa vie, il avait perdu un œil. B 11 était amateur passionné de la chasse B aux oiseaux, et il avait fait dresser B pour cet amusement un grand noni- B bre de faucons très-habiles, qu’il B menait avec lui jusque dans ses ex- B péditions de guerre. On raconte que B dans une de ces expéditions , mar- B citant au centre de son armée, il B n’eut pas plutôt aperçu un vol de B grues allant s’abattre bans une val- B iée voisine, qu'il sortit de son esca- B dronet courut, avec ses fauconniers, B pour leur faire la chasse. »

Malgré sa fortune élevée, il ne put oublier que l’Espagne n’était pour lui

?|u’une terre d’exil. 11 fit apporter d’Arique , et planter dans le jardin de son alcazar de Cordoue , un palmier qui lui rappelait sa patrie.

L’UNIVERS

Rloais DR MAURÉCAT, DE BERMDDE ET

D’AI.rHORSE DE CBASTE. HÉRÉSIE d'ÉH-

PA»D ET DE EÉLll d’oRCEL. rÈGHB

o’beSCHAH HODTEI.LE IHVASIOIC DES

SARRASIRS DAESLAQUITAIHE. COHSTRUC-

TIOH DE LA MOSQUÉE DE CORDOÜE.

A la mort de Silo, la plupart des grands choisirent, pour lui succéder, Alphonse, fils de Froïla. Mais la royauté fut aussitôt disjiutée à ce jeune prince par son oncle Maurégat, qui , on se le rappelle, était (ils d’Alphonse et d’une prisonnière mauresque.

Maurégat ne se contenta pas de représenter aux grands, qu’eu prenant pour souverain le descendant de Froila , ils s’exposaient à voir venger sur eux l’assassinat de son père. Pour faire prévaloir les prétentions qu’il avait luimême au trône, il rassembla une armée, et eut recours à l’appui d’Abdel-Rahman. Quelques auteurs di.seut qu’il n’obtint la proteetion du prince ommyade qu’en s'engageant à lui payer un tribut annuel de cent jeunes filles, dont cinquante devaient être nobles.

Mais il faut croire, pour l’honneur de la royauté, qu’il ne s'est Jamais trouvé de tyran assez lâche pour conserttir à une semblable transaction, et ce prétendu tribut est considéré, par la plupart des écrivains modernes, comme une invention fabuleuse. Mais, à quelue titre qu’il eût obtenu des secours e l’émir de Cordoiie, il avait pu joindre des troupes arabes aux soldats que lui-mémc avait réunis. Alphonse aurait peut être pu défendre son droit par les armes; mais, plutôt que d’e.xposer son pays aux horreurs d’une guerre civile, il aima mieux renoncer au trône sur lequel on l’avait fait monter, et il se retira dans l’Alava, abandonnant le royaume à sou compétiteur.

Quand Alphonse donna cet exemple de sagesse cl d’amour de sou pays, il n’àvait encore, dit-on, que 19 a'ns(*).

Le règne de Maurégat ne dura que cinq années et demie. Il ne fut signalé ne par un seul événement qui mérite ’être rapporté ; ce fut l’hérésie d’Élipand , évêque de Tolède , et de Féltx ,

(*) Mariana lui en donne vingl-ciuq.

évêque d’Urgel , qui , renouvelant en partie la doctrine des nestoriens, soutinrent que Jésus-Christ n’était pas de nature divine, et que seulement il avait été adopté par Dieu. Cette opinion, condamnée par les conciles de Narbonne, de Ratisbonne et de Francfort, fit au reste peu de prosélytes. Maurégat , compté au nombre des mauvais rois, mourut en 789. Il fut inhumé dans l'église Saint-Jean de lu ville de Pravia, ce i|ui donna lieu à ce dicton : Como fué pravo , in Pravia fné sepullado\ et comme il fut mauvais, il fut enseveli à Pravie (*).

On choisit pour lui succéder Veremunde, Bermiinde ou Bermude, bien qu’il fût engagé dans les ordres sacrés; ce qui lui fitdonner lenomde Bermude le Diacre. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la généalogie de ce roi. Quelques-uns en font le fils de Bimaran, trèrede Froïla que ce tyran avait poinardé de sa propre main ; quelques-uns isent qu’il fut fils d’un autre Froïla , qui était frère d’Alphonse le Catholique. Bermude était un homme plein de courage. Sous son règne ^ en 791 , la paix avec les Arabes, qui durait depuis le règne de Froïla, fut rompue par ceux-ci. Ils entrèrent sur les terres des chrétiens, et furent mis en déroute. Mais il est pour Bermude quelque chose de plus glorieux encore que cette victoire, c’est le desintéressement dont il fit preuve. Il se montra dépouillé de toute ambition personnelle et vraiment ami de son pays, en appelant Alphonse à partager le pouvoir avec lui. Puis, quand il fut parvenu .à dissiper les préventions et les défiances que ce fils de Froïla avait d'abord inspirées, il abdiqua en sa faveur , pour se consacrer tout entier aux soins religieux que sa qualité de prêtre lui imposait. Quoique diacre, Bermude avait cependant une femme nommée Ninilon ou Ninila. Il en eut deux fils, Ramire et Garcia. Son abdication eut lieu en 791.

A celte époque, il y avait déjà trois

(*) Pravia signifie , en espagnol , méchanceté.

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ans que le premier des Ommyades d'Kspague était mort. Son lits llescham, que les chroniqueurs appellent Isseui, avait été proclamé éniir. Ce n’etait cependant pas sans contestation, car il arrivait rarement chez les Arabes que le pouvoir passât d’une main dans une autre sans que ce changement donnât lieu à quelque guerre civile. Ses deux frères, Soleïnian et Abdallah, qui l’un et l’autre étaient nés en Syrie, tandis qu’Heseham n’était venu au monde que beaucoup plus tard et lorsque Abd-el-Rabman était déjà émir de Cordoue, se trouvaient blessés de la préférence donnée par leur père à celui dont ils étaient les aînés. Us commencèrent à préparer les moyens de se soulever; mais ils ne rencontrèrent pas pour cette entreprise la sympathie qu’ils avaient espérée.

Abdallah trouva une vive résistance chez l’oflicierqui commandait sous ses ordres a Mérida. Celui-ci était un de ceux qui avaient juré entre les mains d’Abd-el-Rainnan d’être iidele à son fils Hescham. Abdallah dése.spérant de rien obtenir de ce côté, se rendit auprès de Soleïman, qui commandait à Tolède. Là , comme les deux frères s’expliquaient en présence, d’un des principaux magistrats de la ville, celui-ci non-seulement ne promit pas de seconder leur entreprise, mais il osa la blâmer sévèrement. Pour le punir de sa franchise et de sa fidelité, Soleïman le fit aussitôt jeter dans une prison.

Hescham, averti de cet acte de violence, en lit demander (»mpte à celui qui l’avait ordonné. En recevant le message de son frere, Soleïman entra dans une affreuse colere. Il fit sortir le prisonnier du cachot où il avait été jeté, et le fit clouer à un pieu en présence de l’envoyé de son frère , qu'il congédia ensuite en lui disant : « Apprends à « ton maître que nous entendons au « moins commander dans nos petites « souverainetés. Ainsi , qu’il nous y « laisse en repos. »

Il n’y avait plus de ménagements possibles. Hescham déclara ses frères rebelles et ennemis du bien public. Il réunit en peu de jours une armée de

isa

20.000 hommes, et se dirigea promptement vers Tolède où ses frères étaient renfermés. A son approche, Soleïman confi 1 la defense de la ville à Abdallah et à son fils , et sortit à la tête de

1.5.000 hommes pour aller au-devant d’Heschain lui livrer bataille; mais il fut défait, forcé da fuir, et le vainqueur put venir mettre le siège devant Tolède. Néanmoins, tandis (|u’Hescham s’efforcait d’enlever cette place, Soleïman avait rallié les débris de son armée, et s’était emparé d’un petit fort dans les environs de Cordoue. Mais encore en cet endroit la fortune lui fut contraire : il fut battu par un lieutenant d’Hescham et contraint à chercher un asile dans les montagnes de Murcie. De son côté, Abdallah, renfermé dans Tolède, et ne recevant pas les secours que son frère lui avait promis, commença' à désespérer de sa cause et songea à capituler. Mais pour ne confier à personne le soin de cette négociation, il demanda un sauf-conduit sons le nom d’un de ses officiers, sortit de la ville sans être connu, et alla trouver Hescham qui le reçut à bras ouverts. L’émir promit l’oubli de tout ce qui s’était jiassé, ajoutant que le pardon s’étendait également a Soleïman, pourvu qu’il vînt aussi se soumettre. Mais celui-ci fut irrité bien plus qu’abattu par la reddition de Tolède; il se préparait avec plus d’acharnement à continuef la guerre, lorsque les troupes qu’il rassemblait dans le pays de Murcie furent détruites par un corps d’armée que commandait Al-Hakem, jeune fils d'Hescham. Placé de nouveau dans la nécessité de fuir, et vivement poursuivi par ceux qui l’avaient vaincu , Soleïman se détermina à envoyer sa soumission. Hescham l’accueillit avec bienveillance; mais , comme il redoutait le caractère emporté de son frere, il lui imposa la condition de sortir d’Espagne et de vendre tous les biens qu’il y possiidait. Pour lui faciliter l’exécution de cette dernière disposition, il lui offrit pour prix de ses propriétés soixante mille pesants d’or, qui furent acceptés.

L’UMVKKS.

Soleïman alla s’établir à Tanger : il pouvait y vivre sans craindre les persécutions des Abbassides, car, depuis trois années, Édris-ben-Abdallab, descendant d’Ali-ben-Abou-Tbaleb et de Fatliimah, fille du prophète, s’était emparé d’une partie de l’Afrique, et y avait jeté les fondements du royaume de Fez.

ilescbam, après avoir ainsi apaisé les troubles suscités uar ses frères, s’occupa des ennemis au dehors. Il fit prêcher la guerre sainte dans toutes les mosquées. Pendant deux années il combattit au pied des Pyrénées pour reprendre Caraone,Gironne et toutes les villes que les Francis pos.sédaient dans la Péninsule. Enfin, en 793, son armée se jeta sur l’Aquitaine. Cette province estait alors dégarnie de ses meilleures milices. Le roi Louis les avait conduites en Italie , pour faire la guerre aux Bénéventins qui s’etaient soulevés. Les IMaures éprouvèrent donc peu de rési.stance , pillèrent et saccagèrent tout le pays, et poussèrent leurs ravages jusqu’à' IVarbonne , dont ils emportèrent les faubourgs. Ils prirent ensuite la route de Carcassonne. Guillaume de Toulouse ayant rassemblé quelques troupes à la liAte, marcha au-devant d'eux, et bientôt il les rencontra au moment où ils venaient de passer l'Orbieu. Ses forces étaient bien inférieures à celles des Sarrasins ; aussi, après un combat très-meurtrier, qui dura plusieurs heures, les Aquitains furent forcés de se retirer précipitamment. Mais la perte des Arabes avait été si considérable, qu’ils ne songèrent pas à poursuivre leur victoire, et qu’ils se retirèrent, s’estimant sans doute heureux de pouvoir emmener en Espagne leurs prisonniers et y rapporter leur butin. On dit que par orgueil du succès qu’ils avaient obtenu , ou plutôt pour insulter a la religion chrétienne, ils firent apporter siir le dos de leurs prisonniers , depuis les frontières de France jusqu’à Cordotie, le sable, la chaux et les matériaux néCes.'aires pour achever la construction de la mosquée commencée par Abd-el-B.ahmaii. Hescham

regardait comme une obligation sacrée l’achèvement de cet édifice, et, à l’exemple de son père, il y travaillait chaque jour de ses mains pendant quelques instants. Cette mosquée, du temps des Arabes, formait un carré long couvert d’un toit plat qui ne s'élevait pas à plus de trente-cinq pieds. Il était soutenu par plus de 1000 colonnes des marbres les plus beaux et les plus rares, disposées en quinconce de manière à former 38 nefs en long et 19 en large. On y entrait par dix-neuf portes : neuf s’ouvraient sur l’orient et neuf sur le couchant • elles étaient couvertes de plaques de bronze ornées d’arabesques d’un travail et d’une délicatesse infinie. La dix-neuvième, la porte principale, était revêtue de lames d’or, sur lesquelles étaient inscrits les plus beaux passages du Roran. I,e toit était surmonté de. nombreuses coupoles. Sur la plus élevée il y avait trois boules d’or portant chacùne une grenade de ce précieux métal. Quatre mille sept cents lampes brillaient toutes les nuits dans cette mosquée, consumant par an près de vingt mille livres d’huile; on y brûlait aussi tous les ans soixante'livres de bois d’aloès et autant d’ambre gris pour les parfums.

Le temps a changé cette disposition.

Aujourd’hui la mosquée, convertie en cathédrale, n’a plus tant de richesses qu’au temps des Ommyades. Sa porte, ses boules et ses grenades d’or ont disparu. Au nord on a élevé un beffroi, à la place probablement du léger minaret d’où le. muezzin appelait les musulmans à la prière. A l’extérieur , la muraille est presque nue ; seulement de petites tours carrées, ou plutôt des arcs-boutants en forme de gros pilastres, séparent chaque façade en plusieurs divisions. Deux bandeaux qui régnent dans la partie lu plus’élevéc du mur et des tourelles , et qui peuvent avoir à peine quelques centimètres de saillie, dessinent seuls l’entablement.

Le sommet du mur est surmonté par une rangée de créneaux découpés en degrés d’escalier, qui cachent entièrement le toit. Les portes sont encore

gle

décorées d’élégantes sculptures en stuc de plusieurs couleurs (*).

A In mosquée est joint un cloître ou grande cour (**). Il servait aux niahoniétans à faire leurs ablutions. Ils y laissaient aussi leurs chaussures avant d’entrer dans la maison sainte.

Ce cloître forme un rectangle de la même longueur que la mosquée. Un portique large de vingt-cinq pieds environne le cloître de trois côtés. Le milieu est occupé par trois fontaines belles et abondantes, par des bosquets d’orangers, de hauts cyprès et de beaux palmiers qui offrent la retraite la plus délicieuse pendant les heures brûlantes du Jour.

Rien ne peut causer plus de surprise que le premier coup d’reil jeté dans l’intérieur de la mosquée (***). C’est un immense labyrinthe de colonnes de toutes les couleurs. Il y en a de bleues avec des veines blanches , de jaunes , de rouges , de rouges veinées de blanc, de grises, de vertes. !Mallieureusement elles ne sont pas toutes de la même hauteur. Les Arabes les ont enlevées des constructions romaines dont la Péninsule était couverte.

Pour les ramener toutes à la même taille, ils ont ajouté à celles qui étaient trop courtes de monstrueux chapiteaux etd’énormes bases. Ils ont tronqué eelles qui étaient trop élevées ; cependant elles sont toutes a peu près d’un même module, environ dix-huit pouces de diamètre. Les chapiteaux sont, en général, une imitation de ceux de l’ordre corinthien. Le sommet des colonnes sert de base à une rangée d’arcades h plein cintre, qui supportent le toit. Entre les jambages de ces arcades sont insérés des arceaux découpés à jour, quelquefois trèfles, mais le plus souvent circulaires.

L’édifice est divisé en quatre parties principales par deux rangs de piliersqui se coupent à angle droit. Trois de ces parties étaient autrefois abandonnées au peuple. La quatrième, celle du sud-

(‘J Voir la planche i4.

(**) Voir Sa planche 17.

(*'*) Voir la planche i.S.

est, était réservée pour la noblesse et le clergé. C’est dans cette dernière partie que se trouvait le Zancarron: c’est l’endroit où le Koran était déposé. Cette chapelle est décorée de colonnes de marbre vert et d’autres de marbre rouge veiné de blanc. Nous n’essayerons pas d'expliquer sa disposition , de dire, comment ses élégants arceaux sont jetés, comment ils s’entrecoupent:

il est des choses qu’il est plus facile de dessiner que de décrire (*).

Au milieu de cet édifice mauresque on a construit un chœur remarquable par la hauteur de son dôme, l’élégance et le fini des arcades ; mais il n’est plus du même style , et , malgré toutes ses beautés, on" ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il est mal en harmonie avec le reste du monument.

Il est bien difficile de faire comprendre l’impression d’étonnement qu’on éprouve lorsqu’on est placé dans les endroits de l’église où l’on peut apercevoir les nefs qui sé coupent à angle droit. Mais la vue est peut-être encore plus extraordinaire quand on regarde, dans une direction oblique, ces allées d’arceaux et de colonnes. Alors tente apparence d’ordre disparaît, et l’œil se perd au milieu de ce dédale de piliers de toutes les couleurs. Le jour pénètre dans l’église par les portes et par quelques petites coupoles; en sorte qu’il s’y répand d’une manière inégale et tout à fait pittoresque , qui donne au monument quelque chose de sombre, d’imposant et de mystérieux. En apercevant les personnages marcher silencieusement au milieu de cette multitude de colonnes, l’esprit se porte involontairement aux romans de féerie. On croirait voir des chevaliers enchantés qui se promènent dans une forêt de marbre. Et, en réalité, il est si difficile de se reconnaître au milieu de ce dédale de piliers, qu’à moins d’y apporter une attent'on toute particulière, il est rare qu’on parvienne à sortir par la porte même par laquelle on est entré.

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