‹ Espagne (volume 3)Chapitre 16 sur 75 · LE GROS MEURT EMPOISONNE · texte numérisé non relu

LE GROS MEURT EMPOISONNE

Malgré les échecs que plus d’une fois les chrétiens avaient en ce temps fait éprouver aux armes musulmanes, on |)eut cependant regarder le règne d’Abd-el-R dmian comme un des plus glorieux pour rislamisme. Il paraît que ce prince put enfin étouffer la rébellion soulevée par Ilafsoun dans les provinces orientales de l'Espagne, puisque , depuis la prise de Tolède , les historiens ne font plus mention ni de Soleïinan, ni de Djafar, fils de Kalebben-Hafsoun. Quand il fut parvenu à établir le calme et la tranquillité intérieure dans ses États, il s’occupa d'y faire fleurir les arts de la paix. Il bâtit sur les bords du Guadalquivir, a cinq milles .'lu-dessous de Cordoue , une ville nommée .Medina-al-Zarah. Quand ou lit ce que les historiens rapportent de In magnificence de ces constructions, on croirait entendre un de ces contes enfantés par la brill.mte imagination des poetes orientaux. Cette description ressemble aux féeries des mille et une nuits. Le palais que Abdel-Rahmaii III y fit élever était assez grand pour loger toute sa cour avec une garde de 12,000 cav, allers. Il était couvert de toits dorés et soutenu par quatre mille trois cents colonnes des

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marbres les plus précieux. Le pavé, les murs étaient de jaspe, ou de ce stuc de couleur éclatante dont quelques monuments arabes conservent encore des restes admirables, mais dont le secret semble perdu. Le bois de cèdre était le seul qui edt été employé dans la cons-, truftion. Les plafonds étaient peints d’or et d’azur, ornés d’arabesques en relief et de ciselures du travail le plus ‘ délicat. Un jardin délicieux , où croissaient toutes les plantes du monde connu, entourait cette magnifique demeure. Parmi les pavillons de marbre et d'albâtre dont il était embelli on distinguait le pavillon du calife : c’était celui où Abd el-Rahman venait se reposer des fatigues de la chasse. Il était formé par une galerie circulaire de colonnes de marbre blanc, surmontées de chapiteaux dorés. Les portes étaient d’ebène et d’ivoire. l>u milieu d'une conque de porphyre s’élançait un jet de vif-argent , qui , en retombant, reflétait les rayons du soleil, et jetait des éclairs dont l’œil avait peine à .soutenir l’éclat. Dans presque toutes les salles il y avait des fontaines et des bassins de marbre ou de jaspe. On voyait dans la salle qu’on appelait du califat, une conque du plus beau jaspe, remplie d’eau, au milieu de laquelle était un cygne d’or d'un travail admirable. Enfin Abd-el-Raliman avait fait placer au-dessus de la porte principale une statue de la maîtresse pour laquelle il élevait ces merveilleux palais (*) :

(*) Une grande partie des musulmans regarJeni la rcpiodiictioii des êtres animes comme contraire aux principes de la loi de Mahomet. Ainsi M.de Chuiseiii ayant voulu faire le portrait d'un soldat allianais delà garnison deCoroii, celûi-ci qui, pour un sequin, aurait assassiné dix personnes, lui Gt répondre que . pour tout l'or du monde il ne consentirait pas à laisser ainsi prendre sa Ggnre, et que M. de ClioisenI serait bien el'l'rayé quand, au jour du jugement, tous ces petits liomniesque produisait sou crayon viendraient lui demander leurs âmes.»

Cependant celle répugnance pour les images est chez les musulmans ini préjugé plutôt qu’un article de foi; dés les premiers temps de l’islamisme, plusieurs souverains

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elle s'appelait Zahra, mot qui en arabe signifie une fleur. Il nomma la ville nouvelle Medina-al-Zahra, ou, suivant l’orthographe espagnole, Medina-Azzara, la ville de la fleur.

Cette ville si m.ignifique a été entièrement détruite ; il n’en reste pas même de ruines, et on pourrait regarder comme fabuleux tout ce qu’on en rapporte , si tous les historiens chrétiens ou musulmans n’en p.vrlaient de la même manière. L’archevêque Roderich de Tolède dit (pi’elle existait encore de son temps. Enfin , on possède quelques preuves matérielles qui viennent confirmer le récit des historiens.

Abd- el - Rahman avait transporté à Zahra l’hôtel des monnaies , et l’on trouve encore beaucoup de pièces qui portent le nom de cette ville. La pièce de Solfïman, dont la gravure forme le numéro 2 de la planche 80, a été frappée à Zahra.

Pendant que la sage administration d’Abd-el-Rahniarr s’appliquait à faire fleurir les arts, des diss*ensions civiles désolaient le royaume de Léon. Ordono II, fils et successeur de don Ramire, était contraint de prendre les armes pour repousser les attaques de son propre frère Sancho le Gros et de Fernan Gonzalez, son beau-père. Il est des historiens qui prétendent qu’Ordono leur avait donné à tous les deux de justes sujets de plainte; d’autres disent que Sancho réclamait la souveraineté d’une partie du royaume , et

s’efforcèrent de le détruire. Le calife Mohawiali lit frapper des dinars sur lesquels clait son efUgie. Les Persans et tous les musulmans qui font partie de la secte d’Ali, exposent dans leurs hahilaiions el même en public, sans aucun scrupule, des figures d’hommes ou d'animaux. I.cs musulmans espagnols paraissent avoir partage qiiel(|uefnis, sur cette matière, la tolcraiice des disciples d’Ali , puisqu’on trouve dans plusicur.s de leurs monuments la repré.sentation d’èires vivants. Ainsi ou voit encore à l’Aliiambra la fameuse cour des lions. La salle du califat dans le palais de Zahra coiilenait un cygne d’or. Il ii’est donc |H>iut étonnant qu’Abd el-Rahman ait aussi érigé une statue à sa maitressc.

que Fernan Gonçalez l’avait poussé à cette démarche afin d’affaiblir le royaume de Léon, dont il votilnit se déclarer indépendant. Quoi qu’il en soit, cette révolte fut promptement apaisée, et les deux frères se réconcilièrent; mais le ressentiment d'Ordono contre Gonçalo Fernandez, son beau-père, ne se calma pas aussi facilement, et voulant luiexprimertout son mécontentement, il répudia sa femme Urraca, et prit une autre épouse du nom d’Elvire. Il réprima quelques troubles qui s’étaient également élevés dans la Galice; puis, afin de ne pas congédier l’armée qu’il avait rassemblée sans l’avoir employée, il pénétra dans la Lusitanie, poussa son incursion jusqu’aux portes de Lisbonne, et s’en revint chargé de butin. De son côté, le comte Fernan Gonçalez entra sur les terres des Maures , et leur enleva le château de Carranço ; en sorte qu’Abd-cl -Rahnian , pour tirer vengeance de ces agressions, rassembla aussi une armée et entra dans la Castille. Les Maures et les chrétiens se rencontrèrent ; mais il faut que la victoire ne se soit pas déclarée d’une manière bien certaine, puisque les écrivains des deu.v nations attribuent chacun l’avantage à leurs compatriotes ; il en est d’autres qui regardent cette affaire comme de peu d’importance, et la pas.sentsoussilence.

Voici, au reste, comment les chroniqueurs espagnols la racontent. A la nouvelle des armements que préparait le calife , Fernan Gonçalez rassembla les principaux seigneurs de la Castille, pour s’entendre avec eux sur le parti qu’il fallait prendre. Les uns étaient d’avis qu’on achetât dfes Maures la paix à prix d’argent ; les autres regardaient comme plus honorable et (dus avantageux de combattre. Le comte Fernan Gonçalez était du nombre de ces derniers. Par ses raisonnements et ses prières il fit prévaloir son opinion. On marcha donc au-devant de l’ennemi. Les camps étaient placés près de la ville de Lara. Mais comme on resta quelque temps en présence sans en venir aux mains, le comte Fernan Gonçalez profita d’un jour de repos

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pour filer à la chasse. En poursuivant un sanglier, il s’éloigna des personnes qui l’accompagnaient et se trouva au milieu des bois, près d’un ermitage où se voyait un autel tout couvert de lierre, et consacré à l’apôtre saint Pierre. C’est en cet endroit que le sanglier s'était réfugié comme dans un lieu d'asile. Lecomte, en effet, touché par la sainteté de cette retraite , s’abstint d’y frapper le gibier qu’il avait poursuivi. Il s’agenouilla au pied de l’autel, demandant à Dieu son assistance dans le combat qu’on allait livrer. Un saint homme du nom de Pélnge, qui habitait dans cette solitude, interrogé par le comte sur le résultat de la lutte qui allait s’engager, lui promit la victoire, et lui assura que la protection divine s'annoncerait par un prodige qui précéderait la bataille. En effet, le matin, dès que l’armée des Espagnols fut rangée pour le combat, un chevalier nommé Pedro Gontjalez de la Puente de Fitero ayant pique des deux pour prendre les devants, la terre s’entr’ouvit sous ses pieds , l’engloutit et se referma sans qu’il en restât de traces. L’armée fut d’abord effrayée par ce miracle; mais Fernan Gonçalez ayant raconté ce qui lui avait été prédit par l’ermite, et ayant annoncé que c’était le présage de là victoire, les chrétiens, malgré leur petit nombre, se précipitèrent sur les Maures, les mirent en fuite, et tirent un grand butin sur eux. C’est, d.t-on, à la suite de cette journée glorieuse que le comte Fernan Gonçalez fonda le monastère de Saint-Pierre d’Arlanza. Ou raconte aussi que les troupes de Castille, réunies à celles d’Ordono, avec qui le comte s’était réconcilié, ne tardèrent pas à remporter près de Saint-Étienne de Gormaz une nouvelle victoire sur les mahométans. Le roi, heureux de ce succès, se préparait à faire encore une incursion sur les terres des Arabes, lorsqu’il fut atteint à Zamora d’une maladie dont il mourut en 9.55.

Il ne laissait qu’un fils nommé Bermude, qu’il avait eu de son mariage avec Elvire, sa seconde femme; mais ce prince n’avait encore que quelques

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années, et l’on élut pour roi don Sancho, frère du précédent roi. Les troubles qui avaient agité les premières années du règne d’Ordono se renouvelèrent quand don Sancho monta sur le trône. Fernan Gonçalez désirant se rendre indépendant du royaume de Léon, ne songeait qu’à susciter des désordres dans l’État. Il souleva les grands du royaume contre Sancho , qui fut forcé d’aller chercher un asile en Navarre, auprès du roiGarci- Aharca , son parent. On choisit pour le remplacer le lils d’Alphonse le Moine, nommé Ordono, qui avait épousé dona Urraca, cette fille du comte Fernan Gonçalez répudiée par Ordono III.

Il dut en grande partie son élection à l’inlluence de son beau-père. Quant au roi détrôné, il était, depuis quelque temps, atteint d’une infirmité qui lui permettait à peine de se mouvoir. Il était devenu si gros qu’il ne pouvait monter même sur les plus petits chevaux des Asturies. Quelle que fdt la cause de cette gênante obésité, qu’elle provînt d’un excès d’embonpoint ou d’une hydropisie, Sancho résolut de s'en débarrasser. Les médecins arabes étaient à cette époque les plus renommés de l’univers. Aboulcasis, ce célèbre praticien dont les écrits méritent encore d'être consultés , était alors dans toute la plénitude de son talent.

Sancho demanda au calife Abd-el-Rahman la permission d’aller à Cordoue pour se faire guérir de l’incommodité qui le tourmentait. Non -seulement rautorisation qu’il sollicitait lui fut accordée, mais Abd el-Bahman voulut le recevoir dans son palais , et le fit traiter par ses propres médecins. Par leurs soins il fut délivré de cette infirmité qui l'avait fait surnommer le gros. Il recouvra toute son agilité première ; mais il fallut près de deux années pour que cette guérison fût complète. Pendant ce temps,’ les relations 1rs plus amicales s’établirent entre l’émir de Cordoue et le roi détrôné. De son coté, Ordono IV, ce fils d’Alphonse le Moine qu’on avait élu roi à la place de Sancho, avait su se rendre odieux par ses violences et

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