‹ Espagne (volume 3)Chapitre 17 sur 75 · L’UN IV K R S · texte numérisé non relu

L’UN IV K R S

par ses excès ; il avait mérité le nom d’Ordono le Mauvais, sous lequel les historiens ledési.qnent. Un grand nombre de seigneurs de Léon écrivirent alors à Sanclio qu’il n’avail qu’à paraître à la tête de quelques troupes, et que tout le pays se soulèverait en sa faveur. Don Sanclio obtitit facilement d’Al)d-el-Raliman, dont il avait gagné l'amitié, l’armée qui lui était nécessaire : il se mit en marche pour le royaume de Léon. Ordono le Mauvais n'attendit pas l’armée arabe : il

firit bonteusement la fuite, disent tous es historiens. Peut-être, cependant, ne serait-il pas juste d'attribuer cette fuite à sa lîidieté : la défense était impossible ; il se voyait abandonné par tout le monde. Il alla chercher un refuge dans les Asturies; mais son rival, ilont toutes les villes et toutes les populations embrassaient le parti, se mit à sa poursuite. Oïdono crut trouver tm asile dans les Ktats île son beaupère; mais, dit Mariana, tout le monde abandonne les malheureux , et les pierres même se soulèvent contre celui qui fuit. Les Castillans le regardant comme indigne de conserver le titre de gendre du comte de Castille, lui enlevèrent sa femme donaUrraea, et le chassèrent ignominieusement de leur territoire. Il fut obligé de fuir jusque sur les terres musulmanes de l’Aragon, où il traîna, dit-on , une vie misérable.

Lorsque don Sanclio eut ainsi recouvré son royaume, il songea à réunir tous les grands pour les consulter sur les intérêts de l'F.tat. b'ernan Oonijalez , de même que les autres grands vassaux du royaume, fut invité à se trouver à ces cortès. Le comte, craignant lé ressentiment que le roi devait avoir coni;u contre lui , et se ineliant de quelque embûche, n'y vint que bien accompagné. Mais le roi, loin de manifester la moindre rancune de ce qui s’était passé, sortit au-devant de lui pour lui faire honneur, et le reçut de la manière la plus amicale. I,e comte était monté sur un cheval magniliqiie : il portait sur le poing un faucon des mieux affuités. Le roi ayant beau-

coup admiré la beauté du cheval et du faucon, le comte les lui offrit; mais le roi ne voulut pas les accepter en présent. Il demanda au comte de les lui vendre, et Fernan Gonçalez les mit à un prix si élevé , que Sancho ne put les payer immédiatement, car ses finances éiaicnt épuisées par les dépenses et les largcss< s qu'il avait été dans la nécessité de faire pourrecoi quérir son royaume. Il demanda donc du temps pour payer ; le comte accorda un terme a-scz éloigné; mais il imposa cette stipulation, comme clause du marché, que si la somme n’était pas payée le jour même de l'échéance, elle serait doublée par chaque jour de re- .tard.

Après la clôture des cortès, Fernan Gonçalez retourna en Lastille, et fit la guerre à Vêla, seigneur de l’Alava, qu’d dépouilla de ses États et qu'il contraignit à chejcher un refuge chez les musidmans. On dit même qu'il porta aussi les armes contre lu Navarre.

Soit (pie ces conqiiêles et ces augmentations de pouvoir eussent in.spiré quelque crainte au roi de Léon , soit que le comte lui eût donné quelque autre sujet de mécontentement, Sancho le manda à sa cour. Fernan Gonçalez s’étant empressé de s’y rendre , le roi le fit arrêter et jeter dans une prison. Dona Sancha , épouse du comte, fit de vaines prières pour obtenir sa liberté; mais n’ayant pu fléchir le roi, elle annonça le projet de se rendre en pèlerinage, au tombeau de saint Jacques. Son chemin é.lait de passer parla ville de Léon. File alla donc voir le roi Sancho, dont elle était [larente , et demanda la permission de coucher dans la prison de son mari, ce qui lui fut accordé sans la moindre difficulté. A la pointe du jour, ce fut le comte Fernan Gonçalez qui sortit déguise avec les vêlements de sa femme.

Il trouva près de là un cheval qu'on lui tenait préparé, et regagna en toute hôte la Castille. Lorsque le roi de Léon apprit cette évasion il commença

fiar se inellre en colere, puis, lorsque e premier mouvement de mauvaise humeur fut passé, il ne put s’einpé-

ESPAGKE.

cher Je rendre hommage à l’adresse et au dévouement honorable de dona Sancha. Il ordonna qu’elle fdt mise en liberté et rendue à son mari. Quant à Fernan Gonçalcz, il se prépara à faire la guerre au roi de Léon , l’accusant d’être un mauvais (léhileiir, et réclamant tout liant le prix du cheval et du faucon qu'il lui avait vendus. Le roi reconnut la justice de cette réclamation , et persuadé qu’un homme d’honneur ne saurait se battre avec son créancier avant d’avoir payé ce qu’il lui doit, il donna l’ordre a ses trésoriers de faire le compte de la créance de Fernan Conciliez, et de lu payer. 11 y avait bien longtemps que le ternie stipulé était passé, et les trésoriers vinrent, au grand etonnementdc don Sancho, lui expliquer que leprix de toutes les terres de l’Espagne, avec toutes les richesses qu’elles peuvent contenir, ne ferait qu’une fraction minime de ce qui , par suite du retard dans le pa}’enient, était dd à Fernan Gonçaiez. Il fallut donc pour se Libérer que Sancho transigeât, et le comte reçut pour indemnité la souveraineté indépendante de la Castille. C’est au moins ce que racontent quelques historiens; mais nous ne sommes pas tenus de les croire.

Don Sancho éproux'a à cette époque un autre sujet de chagrin. Abd-el- Rahm.in, aux secours duquel il devait d’avoir recouvré la couronne, mourut en l’année 9C1. Il était âgé de soixante et douze ans , et avait régné d’une manière glorieuse pendant cinquante années et quelques mois. Cependant on trouva, dit-on, après sa mort, cet écrit qu’fl avait tracé de sa main :

« J’ai régné cinquante ans, et mon règne a toujours été paisible ou victorieux. Aimé de mes sujets, redouté de mes ennemis, respecté de mes alliés et des plus grands princes de la terre, la riches.se et les honneurs, la puissance et le plaisir, j’avais tout à souhait : aucun bien terrestre ne me manquait. J’ai compté les jours où j’ai goûte un bonheur sans mélange; jo o’en ai trouvé que quatorze. »

Malgré l’hostilité avec laquelle les

historiens espagnols jugent toujours les princes rnahométans, ils ne peuvent s’empêcher de rendre hommage aux vertus et au généreux caractère de ce souverain. Ll-Hakeni, .son fils, avait été reconnu d’avame pour son successeur. Il fut proclamé émir le lendemain de la mort de son père. 11 avait déjà quarante-sept ans. Des que don Sancho connut la mort d’Abd-el- Kahmaii, il adressa une ambassade au nouveau prince, pour le coMqilimcnter sur la mort de sou jière. et pour renouveler le traité il’amitié qui avait été fait entre les deux États.

I.es soins de don Sanclio ne purent assurer à ses sujets une complété traiiqiiillitn;lapiiixl'uttrouhléeparquelques révoltés dans la Galice. Les ^orlnands vinrent aussi porter leurs ravages jusqu’auprès de Compostelle. Sisenand, évêque de cette ville, demanda au roi la permission de la garnir de bonnes murailles. Le roi la lui ayant aceordée, il prolitn de cette autorisation pour exercer dans le pays une foule de violences et d’exactions'. Don Sancho, instruit de sa conduite, le (U prendre et renfermer dans une forteresse. En apprenant que Sisenand avait été dépose de son siège et jeté dans une prison, un de ses parents nommé Goncalo Sanchez, qui était seigneur des vilfes de Visco et de Lamego en Portugal , se révolta contre le roi. Don Sancho s’avança aussitôt à la tête de son armée pour le faire rentrer dans l’ohéissancc. Goncalo Sanchez ne se trouvant pas en état de résister au roi , vint au-devant de lui , et , sous prétexte d'implorer sa clémence, hii demanda une. entrevue, penilant laquelle il lui lit servir une collation et lui présenta un fruit empoisonné.Saiicho n’en eut pas plutôt goûté (|u’il en sentit les funestes effets; il exprima le désir d’être sur-lechamp reporté à Léon ; mais le troisième jour il moui'ut en chemin.

L’année meme qu'il avait recouvré la couronne, Saiiclio avait épousé doua ïhérésa, sœur de Fernand Anzurez, comte de Monzon. Il en avait eu un Dis nommé don llamire. En 967, lors de la mort de son père , cet enfant

L’UMVERS.

n’avait encore que cinq ans ; néanmoins on le proclama roi ; sa mère, dona Thérèse, et dona Elvire, sa tante, furent chargées de la régence, (ie fut sans doute la crainte de troubler par des guerres civiles le comnienccinent de cette administration, qui empêcha de tirer vengeance de l’.ncte de félonie qui avait privé Léon de son roi. l.e comte Gonçalo Sanchez resta en possession de son gouvernement, où pins tard il se distingua contre les Normands qui vinrent dévaster les côtes de la Galice et du Portugal. Quant à l’évéque Sisenand, cause première de toutes ces agitations, aussitôt que don Ramire eut été proclamé roi, il sortit de sa prison. Au milieu de la nuit de Noël , couvert d’une cuirasse et armé d'une épée nue, il pénétra dans le dor: toir où , en attendant l'heure des offices , reposaient les chanoines et le saint évéque Rosende qui lui avait été donné pour successeur.il éveilla celuici, et,le menaçant desonépéc,lui intima l’ordre d'abandonner à l’instant même l’évêché de Compostelle. Saint Rosende ne chercha pas à résister, et se retira, sans murmurer, dans le couvent de Celanova, dont on l’avait tiré; seulement il rappela à l’évéqiie guerrier cette sentence de l’Évangile : « Ceux qui prendront l’épée périront par l’é- ^e. «

Ces paroles prophétiques ne tardèrent pas à s’accomplir. Une année s’était à peine écoulée, lorsque les Normands, attirés par le butin qu’ils espéraient recueillir sur les côtes de la Galice, vinrentavec une grosse flotte faire une nouvelle descente dans le pays. Ils s’avancèrent vers Compostelle , dans le dessein de piller cette ville riche et peuplée, où les Galiciens avaient mis tout ce qu’ils possédaient de plus précieux. L’évéque Sisenand rassembla aussitôt tous les gens en état de porter les armes , et marcha hardiment audc'.ant des Normands : il les rencontra proche de Tornellos , et les attaqua courageusement; mais il fut tué dans la mélée d'un eoup de llèche. Sa mort fit perdre courage à ses soldats, qui prirent la fuite. Les vainqueurs con-

tinuèrent.à couriretàdévaster le p.\vs.

Cependant, des troupes envoyées p.ir les régentes pour combattre ces pirates, les atteignirent avant qu’ils eussent pu rejoindre leur flotte, et les mirent en déroute. Presque tous furent exterminés, et Gondered , qui les conduisait, resta au nombre des morts.

On alla brûler leurs vaisseaux dans le port où ils avaient Jeté l'ancre, en sorte qu’on recouvra tout ce qu’ils avaient pillé dans le royaume.

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