‹ Espagne (volume 3)Chapitre 19 sur 75 · ESPACE K · texte numérisé non relu

ESPACE K

Catalogne. Le comte, à la tête du peu de troupes qu’il put rassembler à la bête, luandia au-devant des Arabes qu’il rencontra [rès de lUoncada : il les attaqua avec intrépidité ; mais, accablé par le nombre, il se vit forcé de fuir et de se réfugier dans les montagnes.

Almanzor marcha immédiatement vers Barcelone , dont il se rendit maître (* *j. Il livra la ville au pillage et emmena une partie des habitants prisonniers et retourna à Cordmic, ne laissant qu'une faible garnison dans la ville qu'il venait de conquérir. Pendant ce temps, En Borell , retiré à Manresa , y rassembla des troupes. Il lit publier qu'il assurerait les privilèges de la noblesse à tous ceux, quels qu'ils fussent, qui, pour faire lu guerre aux Maiires , viendraient tout équipés avec armes, chevaux et bagages. Neuf cents chefs catalans répond irent à son apjiel , et reçurent de lui le titre de oms de paralge, ce qui, disent les vieux chroniqueurs, signiiie hommes pairs et égaux. A leur tète il alla attaquer Barcelone, et parvint à en chasser les Maures (“). Ou ne voit pas dans les écrivains de ce temps qu'Almanzor ait fait de tentative pour lui enlever de nouveau cette ville. En Borell mourut en 993, laissant deux fils. En Bamon Borell (***), qui fut son successeur, et En Armengol, comte d'Urgel.

C'est au.ssi pendant le règne de BeriHude que les historiens placent l'histoire lamentable des infants de Lara.

C'est tin épisude, qui fmt im instant diversion aux récits de sièges et de batailles (****).

(*) La ville de Barcelopp tup prise par Almanzor le 14 de safar 3^5 (C juillet 985 de J. 11).

(*') Ferreras pense qu'il reçiil aussi des Htours du roi de France, duiil il reconnut la suzeraineté, et pour preuve de ce fuit, il allégué l'existeiicc de plusieurs rharles trouvées à Barcelone et datées du régne de Hugues Gipel.

(■") Don Uaimond Borell.

Nolisent pi iinleroiis une p.irliede ce récita reicelleiite traducliou tpie M. Fcrdi-

En l’année de l’incarnation deNotre- Seigneiir 96.5, un homme puissant des frontières de Lira se maria; il s’appelait Riiy Velasquez, et prit pour femme dona Êambra , née au pays de Bitriiena et cmisine germaine du comte don Garci Fernandez (*).

Ce Riiy Velasquez était seignrur de Bilaren; il avait pour strtir une honorable dame, nommée dona Sancha, laqtielle était très-bien pourvue des biens de ce monde, et avait épousé un bon ehevalier fort ami de Dieu, et loyal pour qui il devait l’être. On l'appelait doit Goiiçalo Gustios, seigneur de Salas de Lara.

Ou se rappelle que Diego Poreellos avait ilonné s.i fille Siilla Bella au comte IViino Relehidez , qui l’avait aidé à fmider la ville de Biirgos. De ce mariage étaient nés deux eufaiits, Ntino Rasura , qui fut un des juges de Castille, et Gustio Goiiçalez. C’est de ce dernier qu'était fils Goiiçalo Gustios.

Ce chevalier avait sept lits, qti’oii nommait les sept infants de Salas ou de I.ara ; tous les sept avaient été faits chevaliers en un seul jour par don Garci Feriiaiidez. Ils étaient lions cavaliers et très-hardis aux armes.

Gonçalo Gustios vint aux noces de Ruy Velasquez, son beau-frère. Il y amêra dona Sancha, sa femme, avec les sept infants de I.ara, et Niino Salido, le précepteur qui les avait élevés.

Pour eélehrer ce mariage, on donna des fêtes magiiiliipies qui durèrent plusieurs semaines, l'ii des derniers jours, une dispute .s’éleva entre Gonçalo Gonçaicz , le plus jeune des mfants, et aon .\lvar Saiiehez, cousin de la mariée; puis on se réconcilia, en paroles du moins, mais non de cœur, car doua Lamhra conserva une haine violente contre Gonçalo Gonçalez.

nanJ Deni.s en a donnée dans ses rliroiilqiics chevaleresques de rF'spagne el du Pui liigal : ce réeil est liré Üe la Clironique générale d’Alphonse le Savant.

{') Kn 965 Garei Fernandez n'était pas encore eonite de Cn.viille; son père Fenian Gonçalez a régné jii.si]M’en 9.0; mais il est fort possible qu'il eiH déjà le litre de conilez

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L’UJNIVKRS.

Tout semblait cependant apaisé. Les gens qui avaient as.sislé à la noce s'étaient dispersés. Don Riiy avait accompagné le comte de Castil e , qui retournait en ses États avec don Gustios ; mais dona Sanclia et ses sept fils étaient restés près de dona Lambra avec plusieurs chevaliers ; ils se rendirent à Barvadiello pour pretidre le plaisir de la chasse.

Un jour, les infants étaient entrés dans un jardin pour se divertir à l’ombre des arbres , lorsque Gonçalo Gonçalez se fit apporter son faucon , et se prit à le baigner en belles eaux, afin de le réjouir. Dona Lainbra le vit; et comme elle le haïssait dans son cœur, elle dit à un vassal : « Prends un concombre, rempliS'Ie de sang , va dans ce jardin, et frappes-en Gonçalo Gonçalez , le chevalier au faucon"; reviens ensuite vers moi, je te secourrai. »

Le vassal fit ce qu'avait ordonné doiïa Lambra.

Mais quand les infants virent leur frère teint de sang, leur cœur bondit; ils eurent soif de vengeance.

Ils cachèrent leurs épées sous leurs manteaux, et dirent : « Si cet homme est un insensé, nous le saurons : il lui faut pardonner; s'il a reçu des ordres, nous le saurons encore... » Ils s’en furent vers dona Lambra. Le vassal s’était réfugié près d’elle. « Dona Lambra, notre cousine, laissez-nous nous saisir de cet homme. — Non, car il est mon vassal, et tant que cela sera en mon pouvoir nul mal ne lui sera fait. >> Les infants le tuèrent sans itié, et du sang qui sortait de ses lessures ils marquèrent les coiffes et la robe de dona Lambra ; puis ils clievaiiclièrent sur leurs chevaux , allèrent vers leur mère dona Sancha et retournèrent à Salas.

Bien vous pensez quelle fut l’angoisse de dona Lambra et combien elle pleurait son vassal ; après le départ des infants, elle lui fit dresser un lit de parade au milieu du verger. Ce lit était couvert de drap noir, comme il convient pour un homme mort; elle et ses dames l’entouraient, menant le plus grand deuil que l’on eût vu : l’on

eût dit qu’elle était abandonnée de mari et de seigneur.

Kuv Velasquez revint de sa course avec le comte Fernandez et don Gustios, et aus.sitdt qu'il fut arrivé, dona Lambra .«e traîna à ses pieds , en le suppliant de se rappeler l’affront que lui avaient fait ses neveux. Ruy Velasquez répondit : « Dona Lambra , ne vous inquiétez point, je vous donnerai telle réparation, que l’univers pourra bien en parler. »

Il envoya donc dire h don Gustios qu’il vînt vers lui et qu’il avait longues choses à lui dire. Don Gustios arriva avec ses sept fils , et ils parlèrent de l’affront qui avait été fait à dona Lainbra ; mais de paroles en paroles ils semblèrent ranimer leur affection l’un pour l’autre, et les sept infants mirent leur main dans la main de don Ruy.

Alors, comme s’ils étaient des amis véritables, Ruy Velasquez dit à don Gustios : « Beau-frère, les noces m’ont coûté cher, et le comte Garci n’a pu m’aider en ces dépenses , comme il avait promis de le faire. Vous savez qu’Almanzor m’a été déjà d’un grand secours pour les célébrer. Comme ami, je vous prie donc d’aller vers le roi maure (*), lui porter en mon nom une lettre ou je lui demande de nouveaux services. >> Don Gustios répondit aussitôt : « La chose me plaît ainsi , » et Ruy Velasquez se retira en son palais avec un Maure renégat. Il lui fit écrire en arabe , une lettre où il était parlé des sept infants et de leur père, .... et puis, quand la lettre fut écrite, le Maure eut la tête tranchée....

Don Gustios retourna à Salas, puis il s’en fut à Cordoue , et il remit sa lettre à Almaiizor, en lui apprenant la raison de son message. « Quelle lettre m’apportes-tu ? — Roi , je ne sais ce qu’elle renferme. — Sache-le donc , Gustios, car Ruy Velasquez veut que je te fasse trancher la tête ; mais moi je me contenterai de te mettre en prison bonne et sûre , » et ceci fut fait

(*) Il y a ici une légère erreur. Almanzor n'élait pas souverain, mais liadjeh; il est vrai qu’il exerçait l’aiiloiïté souveraioc.

aussitôt ; mais le brave don Gustios avait pour le garder une belle Morisque de bon lignage, qu'il se prit à tendrement aimer.

Après que Ruy Velasquez eut envoyé Goni^alo Gustios à Cordoue, il pria à ses sept neveux , les sept infants. < Neveux , leur dit-il , tandis que votre père est allé vers Alinanzor, vous serait-ce chose agréable de venir avec moi faire une tournée jusqu'à Almenar? Sinon gardez la terre. » Et ils répondirent : « Don Ruy , il ne serait pas beau de vous voir aller à l'ennemi , tandis que nous resterions au pays. » Alors Ruy Velasquez envoya dire en la contrée que quiconque voulait aller en terre ennemie se préparât à l’accompagner; et ses gens, quand ils surent qu’il était question de guerre, en furent grandement réjouis.

Ruy Velasquez voyant cette multitude de gens envoya dire à ses neveux qu’ils se préparassent à le suivre , qu’il les attendrait dans la plaine de Febros ; il partit aussitôt de Barvadiello.

Les sept infants ne tardèrent pas à le suivre; mais quand ils furent arrivés à une forêt de sapins, ils cherchèrent quelques augures : les augures furent mauvais. Ils virent dans les airs un aigle emportant dans ses fortes serres un hibou qui jetait de grands cris. Les corbeaux , en tournoyant , poussaient aussi des croassements sinistres ; et don Nuno Salido eut grand chagrin de ce que ces augures étaient si menaçants; il dit aux lufants : « Il faut retourner à Salas. «

Gonçalo Gonçalez, le plus jeune des sept frères, lui dit : « Don Nuho Salido, ne pariez pas ainsi ; ces présages nè nous regardent point ; ils sont sinistres, mais c’est pour l’ennemi. Vous êtes d'un grand âge, don Nuno, les batailles ne vous conviennent pins ; retournez, retournez, vieillard. C’est le repos qu’il vous faut; à nous les combats. — Mes Gis, je vous ai dit la vérité : qui a vu de tels augures ne doit as revoir son pays.... ; » et il ajouta ien d'antres choses que ne voulurent pas croire les inl'ants. Ils se séparè-

rent; mais en son triste chemin Nuno Salido eut la pensée qu'il faisait bien mal d’abandonner ainsi par crainte de la mort ceux qu'il avait si longtemps élevés, et il commença à se dire à luimême : Certes, si la mort doit prendre quelqu'un, il vaut bien mieux qu’elle me prenne que ces enfants si jeunes.

Il y aurait mauvaise renommée pour moi ; et moi qui ai été honorable en mes jeunes ans, j’aurais une vieillesse honteuse. En pensant ainsi , il prit la route que suivaient les infants.

Ils arrivèrent où était Velasquez, et là il y eut de grands débats entre eux, car Nuno Salido y fut insulté, et Goncalo Gonçalez ne le voulant pas souffrir, tua ‘d'un fort coup de poignard lin vassal de Ruy Velasquez qui voulait frapper le vieillard. On cria donc aux armes ! Grande rage fut des deux côtés; puis don Ruy feignit d’être en loyal et bon accord avec ses sept neveux , et après que tous se furent remis en amour et bonne intelligence, ils s’en furent à Almenar. Don Ruy Velasquez se mit en embuscade avec les siens, et ordonna aux infants de courir la campagne.

Les Maures étaient prévenus, et bientôt ils en virent paraître jdus de dix mille entre bannières et guidons, a Neveux , ceci n’est rien , oit Ruy Velasquez ; toutes courses dans ces plaines m’ont réussi; soyez sans peur, et si cela était nécessaire, j’irais vous secourir » Puis le cauteleux don Ruy

s’en fut vers les Maures , pour leur parler de l'attaque et de ses neveux.

On raconte que Nuno Salido s'était glissé derrière lui , et que quand il le vit parler aux Maures, il éleva une voix terrible : » O traître! homme de nulle foi !... Dieu t’a donné triste réconfort, car tant que durera le monde il sera parlé de toi et de ta lâche trahison ; » et quand il eut dit ces paroles, il retourna vers les infants à bride abattue. « Armez-vous, mes Gis, car Ruy Velasquez et les Maures sont maintenant d’accord ; armez-vous , il leur faut votre vie. » Et les infants, quand ils l’eurent entendu, s’armèrent en toute hâte ; et comme les Maures étaient

L’UNIVERS

très-nombreux, ils firent quinze corps et s'élancèrent contre les infants , en les entourant de toutes parts; et Nuno Salido commença à les encourager , leur disant : « Ries fils, ô mes fils! ne craignez rien , les augures sont toujours bons aux bommes forts. .le vous le dis en vérité, ce sera moi qui attaquerai cette première liande. : dorénavant donc, soyez en la garde de üieu; » en disant cela , il s'elajiça contre les Maures, et il en tua be.àuconp; mais comme les Rlaiires étaient beaucoup aussi , ils le tuèrent.

Ils se ruèrent les uns contre les autres, et les chrétiens se battirent de si grand crcur (|M’ils en ilélirent bien plus <|u‘nn ne leur en tua; niais, bêlas! les deux cents cavaliers des infants mordirent la poussière, et les sept frères restèrent sans autre compagnie d'boimnes (itii vînt les aider.

Et quand ils virent qu'il n’y avait plus autre chose à faire que vaincre ou mourir, ils appelèrent à leur aide l’apôtre Santiago, et ils s'en furent de nouveau contre les Maures, et Fernand Gonçalez dit alors .à ses frères:

« bon courage, freres, et combattons de coeur, car il n’y a ici personne qui nous aide , sinon Dieu ; et puisque notre brave maître est mort et tant de braves bommes de lance, il faut les venger eu mourir, ou mourir, frères ! »

Ils combattirent donc, ils en tuèrent beaucoup, puis ils se nfugièrent sur la crête u’une. colline, et iis y l.ivèrent leurs visages, tout souillés de pou.ssièrc et de sang; mais, en se regardant, ils ne virent pas Fernand Gonçalez, leur frère, et ils comprirent‘bien qu’il était mort, ou captif, ou blessé.

Et les infants étant ainsi prirent la résolution d’envover demander trêve à Viara et à Galvê, les chefs maures, jusqu'à ce qu’ils eussent fait demander à Ruy Velasquez s'il ne viendrait pas les secourir, et ils le firent ainsi; les Maures leur accordèrent la trêve qu’ils demandaient, etGoncalo Goiusalez fut choisi pour aller parler à don Ruy.

Mais quand il eut parlé, don Ruy Velasquez lui répondit : « Je ne sais

ce que vous me demandez , mon neveu.

— Don Ruy, faites-nous la courtoisie de nous secourir, car les RIaures sont nombreux... Us nous ont tué Fernand Gonçalez, votre neveu, et avec lui les deux" cents cavaliers que nous commandions; et en vérité, si vous ne le faites pas pour nous, failes-le pour Dieu, car nous sommes chrétiens.»

Ruy Velasquez répondit ; " Ami, retournez à votre joyeuse aventure, et rappelez-vous les noces de dona Laiiibra. Vous êtes bons chevaliers et bons à ladéfense.» Et quand GonçaloGonealez. eut entendu ces paroles, il retoiiriia vers ses frères, et les frères ab.iiidonnes étaient tristes de ce que nulle aide ne leur viendrait |>our le l'ombat. Mais voila que Dieu mit au ctcur de qtielques chrétiens, qui étaient ,avw Ruy Velasquez, un peu de pitié et de courage, et environ trois cents chevaliers se décidèrent à aller rejoindre les infants; il voulut les retenir, mais ils partirent trois par trois, quatre par quatre, faisant serment qu’ils tueraient Ruy Velasquez, si Ruy Velasquez s’0[)posait à leur volonté : c’étaient des liommes de courage.

A leur tête, les infants allèrent attaquer les RIaures, et ils commencèrent une bataille si forte et si sanglante tpie nul homme auparavant n’avait ouï dire qu’il y en eiU eu une senibl.ible livrée par un si petit nondirc de cavaliers que l’on comptait de chrétiens; l'iiistoire rapjiorte qu’ils tuèrent deux mille Maures avant ipie l’un d’eux eût suecomhé.

Riais les trois eeiits eavuliers qui étaient venus secourir les infants périrent presque tous , et, de leur côté, les infants de I.ara étaient si harassés parle combat, qu’ils n’avaient plus la force, de lever le bras et de frapjier de l'épée. Et quand les chefs maures Galve et Viara les virent si accablés, ils en eurent pitié, et les tirant de la mêlée, les conduisirent à leurs tentes où ils les tirent desarmer, et où ils leur envoyèrent du pain et du vin.

Mais lorsque Riiy Velasquez vint à apprendre cettecireonstanee, il leurdit que c’était chose bien fatale en soi que de conserver lu vie à de tels hommes.

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et qu’il en arriverait mallicur, parce qu’il lie retournerait jamais en Castille, mais qu’il se rendrait à Cordoue et qu'il demanderait leur mort.

Gonealo Gonçnlez dit à don Riiy :

« Faux’ traître ! "Dieu te puisse pardonner. »

Slais Viara et Galve dirent à leur tour aux iniants : « Nous ne savons coniinent a<:ir; car si votre oiiele s'en va à Cordoue, comme il le dit, il y aura qramle haine contre nous. Almanzor lui donnera tous scs pouvoirs; et mai nous adviendra pour cette raison. l’iiisqiie c’est ainsi, nous allons vous rei'oiidiiirc dans la plaine où nous vousaions pris. »

l'.l (|uand les Maures virent les infaiils lie l.ara tl.ms la plaine, les lamlioiirs retentirent ; ils l'onil iront sur eux comme la pluie d'orage tomlie dans la campagne, et .alors commença une bataille, plus l'orte et plus cruelle’qu'aucoiie lie celles (|iie l'on eut vues.

Rien (pie les six infants fussent comme un seul guerrier, et qu’ils combattissent avecgrand effort de(-ourage, il vous faut sa>c)ir que Gomyalo Oon- (;ale/. faisait de heaucoup plus grandes artinnsque les autres; mais le nombre des ennemis était si grand qu’ils ne pouvaient plus résister, et ils étaient déjà si fatigués de combattre qu'ils restaient au même lieu. Et leurs bous chevaux! c’était |âtié que de les voir; et quand meme les infants auraient voulu combattre, ils ne l’auraient nas pu; car bienlùt ils n’eureiit plus il’épees ni d’autres armes : elles étaient brisées on perdues.

Quand les Maures les virent sans ormes, ils tuèrent leurs chevaux et prirent les chevaliers; puis les ayant dépouillés de leur armure, ils les décollèrent un à lin , sous les yeux de leur Oncle Ruy Velasquez, et sans auciiii .autre retard.

Mais quand Gonçalo Oonçalez , le plus jeune de tuUs, vit ses frères décolles devant lui, il riqirit du cœur et srlaiiija sur le. mécréant qui leur avait tranche la tête; d’un coup de poing dons la poitrine il le lit tomber mort à ses pieds, il en tua d’autres; mais eiilin

on s’empara de lui, et comme les autres il eut la tête tranchée.

Cela étant f.iit, Ruy Velasquez prit congé (les Maures et retourna à sou logis do Bilarcn.

I.es Maures prirent les tètes des sept infants et celle de NiinoSalido, et on les porta à Abnanzor; celui-ci les lit lavep, les lit placer sur un drap blanc, et on amena Coimalo Gustios pour qu’il les reconnût. Qîiaiid il les vit, sa douleur fut si fol le ipi'il tomba à terre; on crut qu’il ét.iil trépassé, mais il se releva et versant de grosses larmes, il dit à Al manzor : Ces tètes je les reconnais bien. Ce sont eelb s de mes (ils, les sept enl.aiits de S, lias, et raiilre c'est celle de Nuno Salido qui les a élevés.

Kt .iprcs avoir dil eel.i, il commença à pousser des gémissements si remplis de iloiileiir qu'il ii’yavail pas un homme qui le V il ipii ii'ei’ii gr.'iiule douleur aussi, et qui piil retenir ses larmes.

Il prenait bii-méiiie les Ictes une à une, et raisomiail avec cliaeiiiie d'elles des grandes actions qu'elle avait faites.

Et .sa douleur était si grande qu’il supplia Almanzor de le faire mourir; mais Almanzor eut pitié de lui, et il voulut qii'aiiaiii mal ne lui fiit fait. Il lui dit : <■ \ ,1 cil ton p.ivs; il y a longtemps que ta femme doua .Sanclin ne t’a vu; quaiil aux tètes de les lils, je ferai pour elles tout ce qu’il faudra faire, u

l.a dame maure que Goii(;alo Giistios avait aimée le prit alors ;i part. " Seigneur, lui dit-elle, je suis enceinte de vous, et il fuit que vous avez pour bien de me dire comment je dois agir.

— Si c’est un garçon, donnez - le à élever à deux nourrices et qu'elles l’élèvent bien, et quand il sera en âge de comprendre ce qui est bien et ce qui est mal, vous lui direz ipi’il est mon lils et vous l’enverrez à Salas. » En disant cela, il tira une bague qu’il avait au doigt, la rompit en deux et en donna la moitié U la dame maure pour qu’elle la remit un jour à son lils.

La dame maure enfanta bientôt un libs, aii(|uel on donna le nom de Miidarra Gonçaicz ; on l'éleva suivant les instructions de Gonç.iio Gustios, et

L’UNIVERS

Mudnrra devint un vaillant chevalier.

Quand il se -sentit assez fort pour venger ses frères, il prit congé d'Alnianzor et s’en fut à Salas; il se lit reconnaître par son père, et quand celui-ci eut vu la moitié d’anneau qu’il portait, il lui plut beaucoup; il en mena grande joie. Mais au bout de quelques jours Mudarra dit à don Gustios : « Je suis venu ici pour savoir de vous comment allait votre fortune, pour venger la mort des infants, et puisque c’est ainsi, il n’est pas bon que nous prolongions plus longtemps cette affaire. >■

Il s'en fut a Burgos, où étaient le comte Garci Fernandez et Ruy Velasquez; il défia celui-ci devant lé comte; Ruy Velasquez ne voulut pas accepter le combat; Mudarra en eut grande colère; et il alla vers lui pour le frapper de l’épee, mais Garci Fernandez le retint de sa propre main, et ne le laissa pas faire. Il ordonna une trêve de trois jours; mais il ne put la prolonger plus longtemps, et tous ceux qui étaient présents prirent congé du comte. Ruy Velasquez tarda jusiiu’à la nuit pour s’en aller.

Mudarra Gonçalez l'attendait sur le chemin gu’il devait prendre, et quand il vint a passer il lui parla à voix haute ;

« Tu mourras , faux et traître »

Puis il se laissa aller sur lui de toute la force de son ctieval , et lui donna un si grand coup d’épée que de ce coup il tomba mort.

Après cela, Mudarra Gonçalez parvint à prendre dona Lambra’ et la fit brûler. Par cette vengeance il gagna l'amitié de toute sa famille, et principalement de dona Sancha, mère des sept infants de Lara, qui voulut le reconnaître pour son fils. A cette occasion, les historiens nous font connaître la cérémonie symbolique et pleine de sens, bien qu’un peu bizarre, par laquelle, en ce temps, on consacrait radoption. Pour montrer que l'adopté n’entrait pas dans sa nouvelle famille par les voies ordinaires de la nature, on le revêtait d’une chemise; mais il ne la mettait pas de la manière accoutumée. Il y entrait par une des man-

ches qui était très-large, et on lui faisait sortir la tête par le collet. Ensuite la personne qui l'adoptait le baisait au visage, et il était ainsi agrégé à la famille. Cette ancienne coutume a donné lieu au proverbe espagnol, employé pour exprimer une chose qui s’écarte des règles habituelles ; « Entrer par la manche et sortir par le collet. » Tout se passa de cette manière quand dona Sancha adopta Mudarra Gonçalez, qui le même jour reçut le baptême et fut armé chevalier par le comte Garci Fernandez. C’est de lui, dit on, que descend la célèbre famille des Manriquez de Lara. Bien des écrivains regardent cette aventure eemme entièrement fabuleuse. Pour notre compte, nous sommes loin de eroire que tout se soit passé bien exactement comme on le rapporte; mais nous pensons aussi qu’au fond de tout cela il doit y avoir quelque chose de réel, et M. F'erdinand Denis cite, à l’appui de la vérité de cette histoire, le procès-verbal dressé le 12 décembre 1579, de l’exhumation des sept têtes des infants de Lara et de celle de Nuno Salido (*).

(*) Voici le texte de ce procés-verhal :

« a® Le lü décembre 1679, fut faite une information d’office par le gouverneur de la susdite ville de Salas, avec l’assistance de don Pedro de Tovar, marquis de Berlanga, et de doua Maria de Recalde sa femme, devant Miguel Redondo, écrivain de ses ordres ; de laquelle inrormation il résulte qu'alors il y avait en la grande église de Santa Maria, dans le mur même de la chapelle, du côlé de l’Évangile, les têtes des sept infants de la terre de Lara, et celte de Ciistios leur père, et celle de Mudarra Gonçalez, le fils bâtard de ce dernier. Et quoiqu'il y edt tant d'aunées qu'elles étaient l.i ( les épitaphes étant fort aucieuues), comme quelques personnes doutaient si c'était vérité, on ordonna d’ouvrir et de creuser à l'endroit des peintures, au lieu où la muraille était couverte des blasons, pour savoir ce qu'il y avait dedans, et pour s'assurer de l'aiilbenticité des choses. Et ledit gouverneur iiietiant cela en exécution, ordonna à un ouvrier d'culever une table peinte qui était fixée dans la muraille, laquelle porte sept tètes de peinture antique paraissant avoir plus de cent ans. Et au-dessus il y a

ESPAGNK.

Cette chronique nous a éloignés un instant des faits positifs de l’histoire.

tepl inscriptions nommant Diego Gonçatn, Martin Gonflez, Suero Gonçalez , don Fernand Gonçalez, Ruy Gonzalez, Gustios Gonzalez, Gonçalo Gonçalez, et à la suite un peu plus bas, se trouvait une antre tète qui, selon l’inscription placée au-dessus, est celle de Nuno Salido. D’autre part au-dessous des têtes, on voit un cliâteau doré, puis au sommet deux corps d'hommes peints de la ceinture en haut ; rinscription de l’un dit: Goncalo Gustios; celle de l'autre : Mudarra Gonçahz. Chacun d’eux tient en la main la moitié d’un anneau , qu’il joint à l’autre moitié qu’on lui présente. Et la table une fois enlevée, partit tracée sur la muraille une autre peinture fort ancienne, avec les mêmes noms que ceux inscrits sur la première , si ce n’est que le nom attribué à la tète qui se trouve dans la partie inférieure de la première table dit A’n/to Salido , tandis que la plus ancienne porte Nuno Sabido. Et comme lesdites peintures étaient sur pierre et qu'il n’y avait là aucun ouvrier qui pdt rompre la muraille, on suspendit les recherches. Néanmoins, le i6 du même mois de l’année 1579, 1® gouverneur lui-même ordonna à Pedro Saler, tailleur de pierres, de sonder ladite muraille pour savoir si clic était creuse, et, en frappant plusieurs coups avec un marteau à l’endroit où se trouvent les armes (à savoir un château doré), on entendit sonner creux. Alors, en levant la table peinte qui était sur ladite pierre, on trouva une autre pierre d’une demi-vare environ de large sur un tiers de hauteur. Elle était mobile et se tirait facilement , et ledit maqon l’enleva tandis que se trouvaient là présents plusieurs habitants de la ville. Et, dans l’intérieur, il y avait une grande cavité en forme de chapelle, où se montrait un coffre dont le couvercle était Oxé au moyen de deux clous. Et, après l’ouverture, on le déposa prés des degrés de l’autel, où on le décloua, té fut alors que parut nn linceul très-fin , mais en très-bon état et sans déchirure; il servait à envelopper les tètes dont il a été parlé ; elles étaient à moitié détruites et déjointes en raison de l’action du temps. Cependant, les mâchoires et les voûtes du crâne se trouvaient en tel état de conservation, que l’on reconnaissait clairement que c’étaient les restes des têtes qui étaient renfermées dans ledit coffre. Et, une fois qu’elles eureut été vues par les habi-

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Il y faut maintenant revenir, et nous rappeler entre les mains de quels souverains se trouvaient les États chrétiens de la Péninsu le au commencement du onzième siècle. En Ramon Borcll gouvernait le comté de Barcelone ; Sancho, lils de Garcia le Tremblcur, possédait l’Aragon et la Navarre qui ne faisaient qu'^un seul royaume. La Castille était toujours entre les mains du comte Garcia Fernandez. Le roi de Léon, don Bermude, auquel scs infirmités ont fait donner le surnom de Goutteux, était mort en 999, laissant pour héritier Alphonse son fils , qu’il avait eu de dona Elvire sa femme.

Quoique ce jeune prince n’eût que cinq ans lors de la mort de son pere , qn l’avait élu pour roi, et on avait confié son éducation au comte Menendo Gonçalez. Sancho, Garcia Fernandez et le tuteur d’Alphonse V, instruits par leurs défaites des vingt-cinq dernieres années, sentirent la nécessité de s’allier pour résister à la puissance musulmane. Chacun d’eux rassembla le plus de troupes qu’il lui fut possible, et les trois armées se réunirent vers les sources du Duero, dans les plaines de Soria. Don Sancho, qui était roi, nonseulement de la Navarre et de l’ Aragon, mais encore d’une partie du versant septentrional des Pyrénées, avait tiré de France d’importants secours. .Enfin les peuplades basques étaient aussi entrées clans cette ligue. Almanzor, de son côté, avait fait venir d’Afrique un nombre de troupes plus considérable que celui qu’il en tirait chaque année. Les Maures et les Espagnols se rencontrèrent auprès d’une hauteur appelée Calatanazor, c’est-à-dire en arabe la Hauteur du vautour (Calat al nossour).

Les deux armées passèrent une journée entière à s’observer et à prendre leurs dispositions. Le lendeniain la lutte fut acharnée, et la nuit seule tanis de celte ville et d’autres individus, ledit gouverneur ordonna que 1 ouvrier reclouât le coffre ; ce qu’il fit en employant cinq ou six clous, au moyen desquels il fixa le couvercle, laissant dedans les tètes et remettant la boite dans la chapelle au lien ou elle était précédemment. »

L’UNIVERS

sépara les combattants, sans que d'un côté ni de l’autre on eût cédé un pied de terrain. Nul ne savait au juste quelles pertes il avait faites, ni n’osait s’attribuer la victoire. Retiré dans sa tente, Almauzorattendaitque, suivant leur habitude, les généraux de son armée s’y réunissent pour lui rendre compte de ce que chacun d’eux avait fait; mais il n’en vint que quel(|uesuns. Les autres faisaient panser leurs blessures, ou bien ils étaient restés au nombre des morts. Il reconnut alors combien la journée avait été funeste pour les siens, et il ordonna (le lever le camp avant la pointe du jour. Sa défaite lui fit éprouver un chagrin si amer qu’il ne prit aucun soiii de ses blessures. Bient(5t elles s’envenimèrent ; comme il ne pouvait plus se tenir à cheval, on le mit sur une civière, et ses soldats le portèrent ainsi pendant quinze lieues. Sur les coulins de la Castille, près de Medina- Cœli, il rencontra son fils Abd-el-.Meleck qui venait au-devant de lui. C’est en cet endroit qu’il s’arrêta, et qu’il mourut le vingt-septième jour du mois de ramadan de l’année 392 (le dimanche 9 aoilt 1002). Il fut enterré avec ses vêtements, et on le couvrit de la poussière qu’il avait recueillie dans tant de batailles.

Les chroniqueurs chrétiens eux-mêmes ne peuvent s’euqjêcber de rendre Immmage au beau caractère de ce général; non-seulement ils avouent qu’il fut un grand homme de guerre, mais ils reconnaissent que souvent il se montra plein de noblesse et de générosité. On raconte qu’un jour il avait cerné dans un défilé une troupe assez

considérable d’Espagnols. Les chrétiens

étaient dans une telle position , que toute defense était impossible. Il les lit sommer de se rendre. Mais ceux-ci refusèrent ; ils préféraient mourir; et puisque leurs armes ne pouvaient les sauver, ils se mirent tous a genoux pour prier Dieu en attendant qu’on les égorgeât. Almanznr fut touché de leur courage : il ordonna à ses soldats d’ouvrir les rangs pour les laisser partir; il aima mieux envoyer ce renfort

à ses ennemis que de faire inassaerer tant de braves gens.

Mariana, Ferreras, et plusieurs autres écrivains, placent la bataille de Calatanazor et la mort d’Almanzoren 998. C’est évidemment une erreur : les annales de Compostelle, celles de Burgos et les auteurs arabes disent qu’il ne mourut qu’en 1002. A ces preuves il en faut joindre une, qui , nous le croyons, n’a point encore été invoquée, bien qu’elle nous paraisse sans réplique. Le dinar d’Hesebam II, gravé pl. n» 77 , et sur lequel se trouve le nom d’Almanzor, est daté de l’année 391 de l’hégire (*). Cette année a

(*) Des années de l’hégire.

Il est impossible de s’orciiper de l’Iiisloire de l’Esp.igne pendant l’occupalion des Arabes , sans rcnconlrcr à eliaqne pas des dates énoTieéis en années de l'bégire. Masdeu, les Tablettes cbronologiques de Leirdet et même l Arl de vérifier 1rs dates, ne donnent que des tables de eoneordance entre l’ère chrétienne et l’Iiégire. Ce sont des eomptes tout faits. Mais ces oim-aqes ne parlent aucunement de la manière de trouver cette concordance. On peut cependant ne pas avoir .sous la main res livres fort volumineux; il est donc utile d’expliquer ici comment se compose l’année arabe, et d’exposer la méthode (|ue nous avons employée pour convertir en années de l’ère chrctieûue une date quelconque de l'bégire.

Le vendredi, i6 juillet 621, Mahomet ayant été obligé de fuir de la Mecque, ce jour a été pris par les musulmans pour point de départ de leur compiit chronologique. Ils comptent leurs aimées depuis sa fuite qui, en aralie, se dit hégire. Ils divisent le temps d'après les phases de la lune: et comme la lune emploie î.ï.', jours 8 heures 48 minutes pour accomplir sa révolution , ils ont fait leur année ordinaire de 35,; jours. Cependant, il u'e-t pas possible de négliger nue fraction aussi importante que 8 heures 48 minutes; répétée trente fois, elle produit précisément 1 1 jours que les musulmans ont répartis dans chaque période ou cycle de trente années, de manière à avoir rp années de 354 jours qu’ils ap|>ellent des années caves, et ii années de 355 qu’ils appellent surahondantes. Ce jour surabondant se place à la fin du dernier mois de l’année. Les années surabondantes

commencé le 1*' décembre 1000. Almanzor n’était donc pas mort en 998, puisque, deux ans plus tard , on frappait encore la monnaie à son nom.

sont, dans chaque cycle, les a, 5, 7, 10, i3, 16, 18, 21 , 24* 26 et 29.

L'année arabe a 12 mois qui sont de

3o ou 29 jours.

Ce sont :

I Mubarrem ,

jours.

a Sapbar,

3 Rabia prîor

on Rabia al awal, 3o.

4 Rabia posterior

ou Rabia el aklier, ag.

$ Sjuinada urtor

on Sjuinada awal , 3o.

6 Sjuinada posterior

ou Sjumada al akber ag.

7 Resjrb, S Sjaban,

9 Ramadan,

10 Sjawal.

ag-

Il tisulkada,

la Dtuhiissia sondantes, 3o.

et dans les années sura-

Comme on vient de le voir, l'année lunaire est seulement de 354 jours 8 heures 48 minutes. Elle est par cunséqucnt plus courte de plus de 10 jours que l’année so> laire, composée de 3G5 jours 5 lieures 49 minutes, et jiliis courte, à plus forte raison, que l'année julienne qu’on a faite de 3C5 jours 6 heures. Il en résulte quelle avance chaque année de plus de to jours sur le cours du soleil, et que, en 33 amiées, le i*** muharrem a successivement passé par toutes les saisons; enfin que 33 années arabes ne font ne 32 années solaires. Le spirituel auteur e l'Essai sur l’iiisloire des Arabes, M. Viurdot, commet donc une erreur énorme, lorsqu’il dit à la fm de son i*’’ volume, pages 3io-3ix : » J'aurais voulu, dans le cours de

■ cette histoire, joindre le millésime de

• Hicgirc à celui de l’ère chrétienne; mais, « d'une part, les musulmans se sont obsti-

■ nés à compter par années lunaires pour « obéir à ce verset du Coran Il a réglé " les phases de la lune; clics servent à ]>ar-

• lager le temps et à compter les atinées.... « D’un autre côté, leur unnée commence au

• milieu de C été. Pour fixer la double date, « il aurait donc fallu savoir, chose impossible,

• non-seulement l'anuée mais le mois et le « jour où chaque événement s'étail passé, « afin d’établir ensuite la concordance entre

• lescompuls chrétien et imisulmati. Masdeu « a consacré tout un volume à dresser une « table de réduction des bégires (Reduccion « de las egiras), pour répo<|ue de l’occupa- « (ion de l'Espagne par les Arabes et les ** Mores. On peut la consulter. Mais si on

• se contente d’un calcul approximatif, H

Le peuple aime à entourer la mort des hommes célèbres de quelques circonstances merveilleuses. Aussi rap.

porle-t-on que le jour même de la

« suffit de retrancher du millésime chrétien « les 642 ans qui ont précédé l‘ hégire,» ■

Qii’oii nous pai donne de le dire , cette manière de calculer serait très-peu approximative, car elle donnerait une erreur de 3o ans sur une date de 9 siècles, ce qui ne laisserait pas de jeter quelque perturbation dans la chronologie. Quand on demande une date, c'est une date exacte ([u'oii désire. "Voici le moyen de trouver, avec précision, la concordance entre le coniput musulman et la date clirélrt*niie. C'est un de ces problèmes que peut résoudre un enfant, pour

Feu qu’il connaisse les premiers cléments de arithmétique.

Si on veut trouver dans Père chrétienne le premier jour d’une année de rbegire, qui ne dépasse pas le 17 Ramadan 990, voici comment on peut procéder : Il faut chercher le nombre de Jours compris dans la date de Pbégire. L'année énoncée dans la date n’est pas une année échue, mais bien l'année courante; il faut dune rcitancber une année du nombre de celles énoncées que nous appellerons H.

L'année arabe se composant de 354 jours, il faut multiplier le reste qu’on a obtenu par 354, ce qui donne 354 (H— - 1), qui serait le nombre des jours, si toutes les années arabes étaient de 354 jours; mais on a vu qu'il faut ajouter ix jours complémentaires par chaque cycle de trente années; il faut donc augmenter ce produit de xx fois H—i . . Il— t

~ — . La division— —peut donner un reste. 3o 3o *

Alors il faut ajouter un jour par chacune des années 2, 5, 7, 10, x3, iG, 18, 2x, 24, 2Ô et 29, qui peuvent se trouver dans ce reste.

L'hégire a commencé le 197* jour de Patince 622. II faut donc ajouter G22 ans 197 jours. Les années juliennes ne sont pas de 3G5 jours, mais de 365,25; il faut donc aussi tenir compte des deux fois o,a5 qui avaient couru, puisqu’il ue restait plus que 2 aimées pour atteindre la période bissextile de G24. Eusuite, pour savoir combien ce nombre de jours forme d'années chrétiennes, 011 divise par 365,25; en un mot, on a cette formule excessivement simple:

bataille de Calatanazor, on entendit sur les bords du Guadalquivir un individu hubillé en péch^, qui tantôt en espagnol, tantôt eiorabe, déplo-

rait par des chants lamentables les désastres d’Almanzor. Lorsque les habitants de Cordoue s'approchaient de lui, il s'évanouissait à leurs yeux pour

Appliquons celle formule à la monnaie d’Hescliam dont on vient de parler, oa trouve

6ia ans *

3gi-

Ce qui donne 1000 ans et 336 jours, c'est* à'dire, que raiince 391 de l’hègirc a commencé le 336' jour de rannéc tooo. Cetleannée étant bissextile, le 336* jour tombe le X*' décembre, ce qui est exactement la cou* cordance de TArt de vériGer tes dates. Si la date de Diégire dépasse le 17 de Rama* dan 9QO, qui répond au 4 octobre x58a , il faut ajouter dix jours pour la correction grégorienne, et un aiiire à la Gn de 1700, puis un autre à la Gn de iSoo. Autrement, on aurait la date en années juliennes, qui maintenant diffèrent du calendrier grégo* rien de la jours.

Il n*est |>as plus dlfGcile de convertir en années de l'bégire une date donnée en an* nées de l’ère chrétienne. Cette réduction se fait en retranchant i du chiffre de l'année julienne, que nous appellerons J. On multiplie ce reste par 365 ; on y ajoute un jour par chaque année bissextile; on retranche de ce total ^27,016 jours, reprcsentanl les 621 ans 196 jours courus au moment où riiégire a commence; ou divise par io63i, ce qui donne autant de cycles de 3o années arabes. Quant au reste, il se divise en an* nées caves ou eu années surabondantes dont voici le calcul.

iu63 ,

i4Si

einy

to63t

Enfin, on ajoute un an au nombre trouvé, parce (pie l'année courante a toujours une unité en sus des années échues. On ajoute aussi un jour, qui est le premier de Tannée qu’on cherclie : on a donc cette formule :

Appliquons cette formule à Tannée loor.

On aura :

t pn +-

365 (foot — i) + 227016+ 1

fo63i

365ooo + 25o*— 22701!

On trouve i3 cycles de 3o ans ou 3go ans, plus un un, plus 32 jours, c’est-à-dire que Tannée 1001 de Tère chrétienne a commencé le 32* jour de Tannée 391 dé l'hégire, ou le 2 safar. C’est une date dont ou peut immédiatement vérifier Texactitiide.

On vient de voir que le premier jour de Tannée 391 de Thégire tombait le 1*' décembre (ooo. Les 3i Jours de décembre ont rempli le mois de muharrem , qui a 3o jours et un j(*ur de safar. Le 32* sera le i«‘ janvier 1001 ,qui ainsi tombe le 2 de safar Sqi.

Si la date dépasse le 4 octobre 1 582 , il faut avoir égard à la correction grégoneune.

La seule dirGciiIté réelle résulte de ce que le jour des musulmans et celui des chrétiens ne commencent pas au même instant. Pour nous le jour commence à minuit , c’est-àdire au moment où le soleil arrivé à nos antipodes coupe le grand cercle qui passe par les pôles et par notre zcniib. Chez les musuhnaiLS, au contraire, le jour commence au moment où le soleil disparait à Thorizoïi. Ainsi le jour musulman avance sur le jour chrétien du tout le temps qui reste à counr depuis le coucher du soleil jusqu'à minuit. Un événement se passe aujourd’hui dimanche 26 juin 1842 dans la journée , la date en jours de Thégire sera le X7sjumadâ prior 1268. Si le fait se passe le dimanche 26 juin à xo heures du soir, la date de Thégire ne sera plus la meme. Le 17 dimanche sjumada prior ctantacbevé au coucher du soleil, le fait qui SC sera passé pour les chrétiens dans une portion de temps qu’ils appellent encore le dimanche, aura lieu, d’après la manière de compter le temps des miisiilmans, au commencement du lundi 18 sjumada prior z268.C'e5tàraisondecetledifrérenceqiieph(sieurs chroiiologistes , voulant tenir compte de la portion du Jeudi i5 juillet 622, qui restait encore à courir quand le vendredi musulman x" jour de Thégire a commencé, disent que Tliégire a commencé le jeudi x5 juillet, ce qui fait qu’ils comptent un jour de plus à Thégire.

reparaître un peu plus loin , où .il reeonimençait ses Inmentâtions. Pour moi, dit Lucas de Tuy qui rapporte ce tait, je suis persuadé que c’était le démon qui se désolait de rabaissement de l'islamisme.

ABZ>*£f.>MEL£CK 5UCCIDS A S02T PKAl DANS

LA CHARGE d’hAOJëB. SA MORT. — - XL

A roua SUCCESSEUR SO^ PRÈRB ABO-SL> RAHMAir. DÉCAOeiCCE DES ARABES. — MOHAMMED ALMAHADI PAIT PASSER MES* COAM POUR MORT ET s’eMPARS DE LA SOU-

VSRAIJfETÉ. MOHAMMED, SOLElMAIf ,

ALI-BEH-HAMOUD, ABD-EL-RAUMAH , HTA- UfA, ALEASSM, ABO*EL-R AUMAX Y, MO- HAMMED, UESCHAM III, LE DERXXIR DES UMMIADES, SB DISPUTENT LA SOUVERAI- XETR. l’empire DES ARABES BV ES-

PAGNE SC DIYISE EN UNE POULE DS PRTITS ETATS INDÉPENDANTS l’un DE l’aUTRB.'

L’administration d’Almanzorfut une époque de gloiré pour l’islamisme ; mais ce fut le dernier terme de sa prospérité fen Espagne. On peut la comparer à ces éclairs que jette une lumière au moment de s’éteindre. A partir de la mort d’Almanzor, les affaires des musulmans dans la Péninsule ne ûrent plus que décliner. Les discordes intestines qui de tout temps avaient miné ieuf puissance, comprimées pendant quelques années par la main victorieuse de Mohammed- ben - Abi -Ahmer, ne tardèrent pas à éclater avec plus de fureur. Cependant quelques jours de victoire étaient encore réservés au califat d’Occident. Abd-el-Meleck, fils et successeur d’Almanzor, avait hérité d’une partie des qualités de ce grand homme. Il commença par faire comme son père, chaque année, une incursion sur le territoire chrétien. Plusieurs de res courses furent encore heureuses.

Des discordes qui déchiraient la Castille rendaient ces succès faciles. L’histoire ne nousfaitpas connaître la cause des querelles qui avaient éclaté entre don Garcia , comte de Castille, et don Sancho, son fils; mais elle nous apprend qu'ils avaient pris les armes Vun contre l’autre, et pendant que toutes les forces de cet État se consumaient ainsi dans des dissensions civiles, les Maures ravageaient impu-

nément le pays. Le comte don Garcia' pour mettre un terme à ces attaques, marcha au-devant des ennemis. Il les rencontra près de Berlanga. Il n’avait que peu de troupes , aussi fut-il accablé par le nombre : il tomba entre les mains des Maures couvert de blessures, dont il mourut deux jours après la bataille. Son cadavre, enterré d’abord sur la terre musulmane, fut racheté par don Sancho , et déposé dans l’église de Saint-Pierre de Cardena (*). Don Garcia laissa son fils don Sancho pour héritier. Il avait aussi une fille nommée Urraca , qui se consacra au service de Dieu. a

Dès que don Sancho fut maître du comté de Castille , il s’empressa de prendre les armes pour venger la mort de son père. Il fit avec succès plusieurs campagnes contre les Arabes. Au commencement de l’année 1008, il remporta de grands avantages sur l’armée d’Abd-el-Meleck , et ce général s’étant retiré à Cordoue y fut bientôt atteint d’une maladie dont il mourut au mois d’octobre suivant. Son frère Abd-el- Rahman, second fils d’Alinanzor, lui fut donné pour successeur. On espérait qu’il aurait la fortune et le caractère de son père , parce qu’il lui ressemblait par la taille, par la tournure et par le visage. Mais il était léger, adonné aux plaisirs et peu propre à gouverner; il était surtout ambitieux, et ses projets ne tardèrent pas à se révéler. Il s’appliqua tellement à capter l’amitié d’Uescham, que celui-ci , qui n’avait pas d’enfants , le fit reconnaître pour son successeur, écartant ainsi plusieurs de ses proches parents.

Abd-el-Rahman donna aussitôt la mesure de sa présomption en prenant le surnom qu’avait porté le glorieux Abd-el-Rahman III, celui Ae El-Nassr- Leddin- Allah , défenseur de la loi de Dieu. Un des parents d'Hescham ressentit plus vivement que les autres l’injure que leur faisait ce choi.x. C’était un jeune homme du nom de Mohammed. Ainsi que le calife lui-méme, il

(*) Et non pas de Cerdagiie , coHime dit le traducteur de Ferreras.

”.oo.^le

L’UNIVERS

ai4

était petit-fils d’Abd-el-Rahman III. Il sortit de Cordoiie pour aller parcourir les villes qui se trouvaient sur la frontière de Castille. Jl eut peu de peine à déterminer les gouverneurs de ce pays à se révolter contre Abd-el- Rahman. Celui-ci n’eut pas plutôt connaissance de ce soulèvement, qu'il se mit à la tête de la garde du calife, et partit en toute hâte pour aller étouffer la sédition. De son côté. Mohammed, averti de la marche d’Ahd-el-Uahman, le laissa courir vers les frontières de la Castille, et ayant pris des chemins détournés , il arriva en toute hâte à Cordoue. Il y pénétra sans que 1a ville fit la moindre résistance, et il s’empara de l’Alcazar (*) , ainsi que de la personne du roi. Alors il fit publier une proclamation par laquelle. Hescbam le nommait hadjeb à la place d’Abd-el- Rahman, qui était destitué. Celui-ci, en apprenant ce qui se passait à Cordoue, revint en toute hâte sur ses pas. Àlohammed et ses partisans ne lui disputèrent pas l’entrée de la ville: ils l’attendirent sur la place qui était devant les portes de l’Alcazar, et c’est en cet endroit que se livra la bataille. Les habitants, pleins de haine contre les troupes africaines qu’Abd-el-Rahman commandait , et révoltés par l’ambition qu’il avait montrée, prirent parti contre lui , en sorte que la victoire fut favorable à son rival. La garde africaine fut forcée de se retirer en désordre. Abd-el-Rahman , quoique blessé, combattit avec courage jusqu’à ce que son cheval, percé de plusieurs coups de lance, se fût abattu. Alors on le prit et on le conduisit devant le nouveau hadjeb, qui le fit aussitôt clouer à un pieu. Mohammed, seul maître du pouvoir, s’empressa de donner toutes les charges de l’État à ceux qui s’étaient montrés favorables à sa cause.

Il leur confia la garde des villes les plus imp)rtantes. C’est ainsi qu'il nomma Obeid-Allah, son fils, gouverneur de Tolède. Bientôt le titre d'hadjeb ne lui suffit plus : il ne se contenta pas d’avoir toute l’autorité du souverain, il

(*) Le palais.

voulut aussi en avoir le nom. Il songeait donc à faire mourir Hescham; mais il fut détourné de ce projet par un brave militaire nommé Wadhah, qui avait reçu le surnom de El-Ahmer (*) à cause de rattachement qu’il avait toujours témoigné à Almanzor- Ben-Ahy-Ahmer , son général. Il représenta à Mohammed qu’il n’était pas nécessaire de verser le sang d’Hescham ; qu’il suffirait d’enfermer ce prince dans une prison bien secrète, et de supposer sa mort. On commença donc par publier de tous les côtes quTIescham était grièvement malade; puis au bout de quelques jours on mit dans son lit le corps d'un chrétien qui lui ressemblait beaucoup , et qu’on avait étouffé. On exposa publiquement ce cadavre , puis on l’enterra en gramle pompe, et Mohammed, le petit-fils d’Abd-el-Bahman III, fut proclamé calife, et prit le surnom deMa/iadi (**) Bi'{lah,\e pacificateur à l’aide de Dieu.

La haine vivace, qui dès les premiers jours de la conquête animait les Arabes asiatiques contre les Africains, ne .s’était pas calmée. La garde du calife, composée en grande partie de Berbères , était surtout odieuse au peuple de Cordoue; et, soit que Al- Mahadi voulût satisfaire cette haine, soit qu’il eût lui-même conservé du ressentiment contre les cavaliers berbères qui s’étaient montrés peu favorables a son élévation, il leur donna l’ordre de sortir sans delai de la ville. Les Berbères et leurs chefs prirent la résolution de désobéir et de renverser l’usurpateur qu’ils regardaient comme le meurtrier d’Hescbam. Ils allèrent donc attaquer l’Alcazar. Al-Mahadi lit une sortie, à la tête de ses troupes andalouses. Après une vive résistance, les cavaliers africains, contre lesquels tous les habitants de la ville s’étaient soulevés, furent chassés de la ville. Ce ne fut pas, il est vrai , sans avoir fait un grand carnage de leurs adversaires;

(*) Les auteurs espagnols l’appellent Alamir. *

(**) Mariana le nomme Al Mabadio.il fut proclamé le z5 de la seconde lune de sjumada dpg (s4 février loug).

ooÿlc

mais dans le combat leur chef, Hesebam-ben-Soleïman , étant tombé de cheval, fut pris et conduit devant Alahadi qui le (it décapiter. Comme les erbères , chassés de la ville , occupaient encore le faubourg, il leur lit jeter du haut des murailles la tête de leur ancien chef. Il espérait que cet acte de rigueur les intimiderait et les ferait rentrer dans le devoir. Il en fut tout difl’éremment. Cette sévérité ne fltque les animer davantage. Ils résolurent de se venger, et, pour remplacer leur chef, ils firent choix de son neveu, nommé Soleîman, qui, bien que de la race des Ommiadcs, n’en lit pas moins, à partir de ce moment, cause commune avec les Africains. Ne se trouvant pas assez fort pour faire le siège de Cordoue, il ravagea pendant une vingtaine de jours les environs de la ville ; puis il se dirigea vers les frontières de la Castille, uù il lit alliance avec le comte don Sancho. Les troupes réunies de Soleîman et du comte de Castille s’avancèrent vers Cordoue.

Al-Maliadi,de son côté, rassembla une armée, marchu au-devant d’eux et les rencontra près de Gebal Quintos. La valeur des chrétiens lit pencher la victoire du côté qu’ils favorisaient. En quelques heures, vingt mille des partisans d’Al-Maliadi furent tués, et le calife, fuyant avec les débris de son armée, se retira dans les environs de Tolède, dont son lils était gouverneur.

Soleîman se porta aussitôt vers Cordoue. .Mais, bien que cette ville ne se défendît pas, il craignit d’abord d’y pénétrer, tant il redoutait la haine violente des habitantscontre les Berbères, et les passions fanatiques soulevées contre lui par son alliance avec les chrétiens. Il se borna d’abord à occuper les environs de la ville. Il s’établit a Zahra. Ce ne fut qu’un mois plus tard, le 15 de rabiah-el-akher de l’année 400 (le mardi 6 décembre 1009), qu’il entra dans Cordoue et qu’il se lit proclamer calife, ajoutant à son titre le surnom de El-Mostaïn-Bi’llah , le protégé de Dieu.

Dès les premiers instants de l’élévation de Soleîman, Wadah-el-Aliiner

révéla au nouveau calife l’existence d’IIescliam II, et lui donna le conseil de le délivrer et de lui rendre le pouvoir : mais Soleîman lui répondit que ce n’était pas le temps de se remettre en de si faibles mains. El-Mostaîn eût bien voulu conserver auprès de lui les chrétiens, mais il craignait une leur présence ne blessât les idées religieuses des populations arabes et même celles de ses propres soldats. Il renvoya donc le comte de Castille, après lui avoir payé le prix convenu. Pendant ce temps Ai-Mahadi, retiré dans les environs de Tolède, s’efforcait à son tour de gagner à sa cause un des princes chrétiens de l’Espagne orientale. Il lit alliance avec En Ramon-Borell, comte de Barcelone. Avec les secours que lui fournit ce prince, il s’avança pour attaquer son ennemi. Soleîmanel-Mostaîn s’efforça de rassembler une armée pour lui résister, mais les Arabes lui refusèrent leur concours.

Les tribus berbères, établies en Andalousie, embrassèrent au contraire son parti avec ardeur; mais elles étaient peu nombreuses , et leur dévouement ne pouvait suffire à balancer les forces d’AI-Mabadi , qui réunissait, dit-on, neuf mille chrétiens et trente-quatre mille Arabes. Soleîman fut donc battu à la première rencontre et forcé de se retirer en désordre. Dans sa fuite, il n’osa entrer dans Cordoue ; car la haine menaçante des babitaiits de cette ville l’effrayait. Il se retira à Zahra; puis, ne se trouvant pas encore en sûreté dans cet endroit, il en fit enlever tous les trésors, et abandonna la ville au pillage de ses Berbères. C’est ainsi que commença la destruction de cette cité qui était à peine achevée, et dont aujourd’hui il ne reste plus de vestiges.

Mohammed-el-Mahadi arriva bientôt à Cordoue. Il y fut accueilli comme un libérateur par' toute la population arabe. On lui donna le surnom de Al- Dliaffer, le vainqueur, surnom qu’il ne mérita pas longtemps.. Car dès qu’il eut mis ordre aux affaires les plus importantes, il s’attacha à la poursuite de Soleîman. Celui-ci s’était retiré avec ses Berbères vers la contrée la plusmé-

üiQit:.’ od by Cooglu

L’UNIVKRS.

l'idionale de l'Andalousie, dans les environs d’Algeziras. Il l’atteignit sur les bords du Guadiaro. Les Berbères, nui se trouvaient repoussés jusqu'à 1 extrémité de l’Espagne , n’avaient plus de retraite possible. Il leur fallait vaincre ou bien tendre le cou au vainqueur. Au reste, leurs chevaux, rafraîdliis par plusieurs jours de repos, avaient toute leur force et toute leur agilité. Ceux des soldatsd’Al-Mabadi,au contraire, et de ses auxiliaires, étaient épuisés par une marche pénible et précipitée. Ils ne purent résister à l’impétuosité de l’attaque de Soleîman. Les cavaliers chrétiens, qui portaient une lourde armure , et dont les coursiers étaient bardés de fer, eurent surtout à souffrir. Armengol , comte d’Urgel , Arnolphe, évêque de Vique, Ætius, évêque de Barcelone, et Othon, évêque de Girone, restèrent au nombre des morts. L’inscription gravée dans le monastère de Saint-Cucuphat, sur le tombeau d’Othon, qui était abbé de ce couvent, fixe d’une manière certaine au 1'’ septembre 1010 la date de cette bataille (*).

Après cette défaite, Mohammed-el- Mahadi se retira à Cordoue , et le peuple ne manqua pas d’attribuer l’échec qu’il avait éprouvé sur les bords du Guadiaro à son alliance avec les chrétiens. C’est contre ceux-ci surtout que la colère du peuple était excitée, et le calife, dans la crainte de quelque soulèvement, fut obligé de congédier ses auxiliaires. Ceperilant Soleîman était venu s’établir dans les environs de Cordoue. Il dévastait la campagne, interceptait toutes les communications. I,a famine et la peste ne tardèrent pas à désoler la ville de Cordoue.

Al-Mahadi ne savait quel parti prendre, ni à qui recourir. Les souffrances et la misère du peuple étaient portées à l’excès. Suivant l’usage , c'était au calife lui-même qu'on s’en prenait de tous ces maux. Dans res circonstîmces, ■Wadah, qui était hadjeb, pensa qu’il

(•) Voici cette cpilaplie :

Erani atiitî raille dec«iii poit Chritli prcscpla Qaaiulo (ledit isti necem prima lui septeinbria.

pourrait sortir de cette position déseipérée en rendant le pouvoir à l’ancien souverain. Il tira donc Hescham de sa prison, et le présenta au peuple le septième jour de la dernière lune de l'année 402 (30 juin 1012). Ce futavecles démonstrations de la plus vive allégresse que le peuple accueillit son ancien souverain. Mohammed-al-Mahadi, effrayé par ces transports dejoie, se.cacha dans une des pièces les plus reculées de l’Alcazar. Mais après trois jours, le 3 juillet (’), il fut trouvé dans .sa retraite, et fut amené devant Hescham, qui le fit décapiter.

Après que sa tête eût été promenée au bout d’une lance dans les rues de Cordoue, Hescbam ordonna qu’elle fût portée à Soleîman. Il espérait que cet exemple l’intimiderait , et l’engagerait à rentrerdans l’obéissance. Elle eut un effet tout contraire. Le cbel des Africains, après avoir fait laver et embaumer cette tête, l’envoya à Obeîd- Allah, gouverneur de Tolède, fils d’AI Mahadi, en lui promettant de l’aider à venger la mort de son père. Obeîd- Allah rassembla aussitôt des troupes, et se mit en marche pour venir joindre son armée à celle de Soleîman. tVadah, prévenu de cette démarche, sortit de Cordoue à la tête d’un corps de cavalerie légère , et courut demander l’alliance de don Sancho , comte de Castille. Celui-ci répondit qu’il était en marché avec Soleîman pour le même objet ; que le chef des Africains lui offrait six forteresses sur la frontière; mais que si Hescham voulait lui en assurer autant, il préférerait se mettre de son côté. Ce traité fut conclu, et Wadah marcha aussitôt vers Tolède, qu’Obeîd- Allah avait laissé dégarnie de troupes. Il s’en empara

(*) L'ancien Art de vérifier les dates avait adopté celte date de l'année 40a. Coudé ayant par erreur adopté celle de 400 , les nouveaux éditeurs de l'Art de vérifier les dates ont adopté aussi la date de 400 , qui est cependant évidemment erronée. 400 répond à l'année <010, et l’épitaphe de l’évéque Othon nous apprend qu’au mois de septembre 1010, Al-Mahadi Iivraitla batailla de Guadi'

facilement à l’aide des intelligences qu’il avait dans la ville. Il en remit le commandement à Ismaïl Dzi-el- Noun, qui fut la souche des rois de Tolède. Dès qu’Obeïd-Allah fut instruit de la prise de cette ville, il s’empressa de retourner sur ses pas pour venir chercher les ennemis. Il rencontra bientôt les troupes deWadali et de Sancho. Il leur livra bataille. Mais il fut vaincu et fait prisonnier. On l’envoya sous bonne escorte à Cordoue , et le calife le flt décapiter. Ensuite, on remercia le comte Sancho, on lui livra les villes qui lui avaient été promises, et l’armée victorieuse de Wadah s’en revint à Cordoue. A son afiproche, Soleïman abandonna les environs de cette ville. 11 les avait d’ailleurs tellement dévastés que ses troupes ellesmêmes ne pouvaient plus y vivre.

Poursuivi par l’armée de AVadah, il traversa la chaîne de montagnes qui sépare le bassin du Guadalquivir de celui de la Guadiana, et, remontant ce dernier fleuve, il s’empara deCalatrava.

Il se mit aussi en rapport avec les

fouverneurs des principales villes de Espagne orientale, et notamment avec El - Mundir, le gouverneur de Saragosse, et parvint à l’attirer dans son parti, en lui promettant que, s’il l’aidait à s’emparer de Cordoue, il lui laisserait la souveraineté entière du pays qu’il gouvernait; puis, avec les hirces que Mundir lui amena, il vint de nouveau dévaster les environs de Cordoue. Il interceptait toutes les communications, en sorte qu’une horrible famine ne tarda pas à désoler cette capitale Hescham , ne sachant à qui s’adresser , écrivit deux lettres, l’une à Aly-ben-Hammoud, gouverneur de Ceuta, et de la famille des Édrisites, qui régnait alors dans cette partie de l’Afrique; l’autre au frère de celui-ci, nommé Al-Casenvben- Hammoud , gouverneur d’Algeziras, pour réclamer leur secours. Il leur promettait que, s’ils parvenaient à le debarrasser de ses ennemis , il ferait reconnaître Aly-ben-Hammoud pour son successeur. Le hadjeb Wadah , pensant que l’intervention de nouvelles

troupes africaines ne pouvait qu’augmenter les embarras dans lesquels on était plongé, s’abstint d’envoyer ces lettres. Cependant la famine’ et les maux devenaient chaque jour plus

firessants. On attribua au hadjeb tous es désastres dont on était accablé. On l'accusa de correspondre avec Soleïman. Ces cris du peuple arrivèrent aux oreilles du soupçonneux Hescham, qui fît saisir les papiers de son ministre. On trouva chez lui les lettres adressées à Casem et à Aly-ben-Hammoud.

Le calife se crut train, et, sans se souvenir que c’était par le conseil de Vadah qu’Al-Alahadi ne l’avait pas mis à mort, que c’était à Wadah qu’il devait d’être remonté sur le trône , il le fît décapiter, justifiant par sa cruauté ce proverbe vrai chez les Arabes comme chez les Espagnols, et comme chez nous : a buen sei'vicio, mal galardon, h bon service mauvaise récompense.

Hescham nomma ensuite pour hadjeb, à la place de Wadah, un officier du nom de Hayran. C’était un bon choix, et capable de rétablir sa fortune si elle n’eût pas été entièrement perdue. Mais tous les efforts du nouveau hadjeb ne purent empêcher que le 6 de schawal de l’année 403 (lundi 20 avril 1013), les Africains ne s’emparassent de Cordoue.

Hayran et ce qui restait de soldats fidèles, rassemblés devant l’Alcazar, combattirent jusqu’à la dernière extrémité. Hayran, dangereusement blessé, tomba sans connaissance au milieu des morts. Ce fut à la nuit seulement, et quand le combat eut cessé, qu’il put se traîner chez un de ses amis , où il se cacha, et où il se guérit de ses blessures. Quant à Hescham, on ne sait ce qu’il devint. Mariana et quelques écrivains disent qu’il passa en Afrique; maison n’a réellement aucune notion certaine sur sa destinée.

Le soir même, Soleïman s’installa dans l’Alcazar. La première fois qu’il avait régné, il avait été proclamé sous le titre de Mostaîii-B’illah (*), le pro-

(*) La drachme que nous donnons n° i de la planche 8o porte ce surnom de

ooglc

L’UNIVERS

tégé de Dieu. Cette fois , il reçut le nom de EI-Dhaffer-bi-Haoul-Bf’Ilah, le vainqueur par la puissance de Dieu.

Ensuite, Soleïinan congédia ses auxiliaires. Mumiir et les autres gouverneurs de l’Espagne orientale retournèrent dans leurs États, qui, <à partir de ce monicnt, commencèrent à former autant de souverainetés indépendantes.

Cependant Soleïrnan ne resta pas longtemps tranquille possesseur du pouvoir souverain. Ilayran, guéri de ses blessures, se retira dans la ville d’Orihiiela. A l’aide de ses amis et de ses richesses, il eut bientôt rassemblé une petite armée, à la tête de laquelle il s'empara d’Almeria, de Jaën , de Baëza et d’ArJona. itlaitrede ces quatre places importantes, il se rendit en Afrique auprès de Aly - ben - Hanimoud (*), gouverneur de Ceuta, un des deux frères édrisites auxquels Hesebam avait écrit pour leur demander du secours, et pour leur offrir sa succession s’ils le délivraient de ses ennemis. Ces lettres avaient, on se le rappelle, été interceptées par Wadah.

Uosiaïn D? liait. Elle est frappée à 7.alira : elle ne porte, dans la date, (|ue le cliilfre des unités 4. Il y faut joindre tpiaire centaines d'années, ce qui donne l'année 404 de l'iiégire, ioi3 de l'érc clirélienne, qui fixerait d'une manière précise l'épotpie du régne de Sulcïinan, s'il ponrail, sur ce point, s'élever la moindre difliculté.

Voici la Iraductiau des légendes inscrites sur cette dracliine; je la dois à l'obligeance dcM. Alp. de Longperi ier ;

Légende circulaire : Au nom de Dieu a été Fra|ipé ce dirhem dans la ville de Zalira , l'an 4.

légende intérieure. Il n’y a de Dieu que le Dieu unique; il n'a pas de pair.

Sur l'autre face ; Légende circulaire ; Maliomet est le messager de Dieu, qui l’a envoyé avec la direction de la religion, afin qu’il l’étendit.

Légende intérieure ; l’Iman Suleïman , prince des fidèles, el Mostaïn lii’Ilali.

C) Maiiana l'appelle Hali-Aben-Hamir; Ferreras le nomme Ali- Aben- Hamit, et M. Romey, AI)-Aben-Hainrnond. Ferreras dit qu'il était ommiade. C'est une erreur; il était édrisite.

Quand Hayran avait été nommé hadjeb , elles étaient passées entre ses ■nains, et il les avait soigneusement cotiservées. Il l’engagea à venir en Espagne pour rétabltr sur le trône Hescbatii, qu’il croyait prisonnier de Soleïtnan, ou bien, si ce prince n’existait plus , pour le venger et recueillir sa succession.

Aly et Casem son frère n’hésitèrent pas à accepter le rôle de vengeurs d'Hésebam. Aly passa en Andalousie avec des troupes qu’il joignit à celles de Casem, et ils marchèrent ensemble pour attaquer Soleîman, qu’ils rencontrèrent près de l’ancienne ville d’Italica. Le calife fut vaincu, et tomba, ainsi que son frere et son père , entre les mains d’Aly. Celui-ci, arrivé à Cordoue, lit amener devant lui les trois prisonniers. Il leur demanda ce qu’ils avaient fait d’Hescham; et, comme ils répondirent qu’ils ne savaient ce qu’il était devenu ; « je voue ces têtes à la vengeance d’Ilescham , » dit-il , et il les décapita tous les trois de sa propre main, le dimanche 23 muharrem 407 (l" juillet 1016).

On lit chercher Hescham dans toutes les villes qui dépendaient de la domination musulmane, mais inutilement. Ce ne fut que quand toutes ces perquisitions furent achevées, et après un interrègne de quatre mois et vingt jours , le 13 de la seconde lune de sjumada 407 (17 octobre 1016), qu’Aly se fit proclamer émir, en prenant le surnom de Motawak-el-Di’Uah, celui qui se confie en Dieu. Au reste, il s’en fallut de beaucoup que le nouveau souverain fût reconnu par tous les musulmans d’Espagne. Presque tous les gouverneurs des provinces lui refusèrent obéissance. Aly ne tarda même pas à mécontenter ceux qui avaient combattu pour lui. Ilayran se retii'a h Alméria, et lit une ligue avec plusieurs gouverneurs arabes pour renverser le calife africain, et replacer sur le trône un souverain ommiade.

Aly s’empressa de marcher avec son armée pour étouflér cette révolte. Il parait même que , dès le commencement , ses armes furent heureuses.

Cependant ses premiers succès ne produisirent pas un grand résultat, pnisu'au commencement de l’année 408 e l’Iiégire (1017 de J. C.), ils n'empéclièrent pas Ilayran de proclamer pour calife Alxl-el-Ûahman, surnommé Al - IMortadhy -fii'Ilali (celui qui est agréé de Dieu). Il était arrière-petitfils du glorieux Abd-el-Raliman III.

Peu de temps après cette élection, la division s'étant mise entre les principaux chefs de l'année d’Al - Mortadhy, plusieurs d’entre eux se retirèrent, en sorte que l’émir africain conserva facilement l’avantage. Il fit même Ilayran prisonnier, et, remplissant l’office de bourreau , il lui trancha la tête de sa propre main. Débarrassé de ce premier ennemi, Aly s’apprêtait à poursuivre Abd - el-Rahman-al-iMortadhy, lorsqu’il fut étouffé dans un bain par trois de ses serviteurs , gagnés , dit-on , par le parti arabe. Les historiens placent cet événement le 10* jour de l’avant-dernière lune de cette année 408 (le 29 avril 1018).

Les Berbères proclamèrent aussitôt pour souverain, sous le surnom de Al- Mamuun (l’illustre), Al-Casem (*), frère d’Aly. De son côté, Yahyn, fils d’Alyben-ilammoud, passa en Espagne a la tête d'une armée pour revenriiquer l’béritage de sou père. Ainsi , à cette époque , trois princes se disputaient la souveraineté de l'Kspagne musulmane : Abd-el-Rabman-al-Mor(adhy, qui était soutenu par les Arabes dévoués à la famille aes Ommiades ; Al- Casem-al-ôlamoum , nommé par les Berbères d'Espagne, Yahya, qui venait à la tête d’autres Berbères, et escorté d’une garde de noirs.

La guerre que se faisaient les prétendants africains favorisait les intérêts d’Abd-cl-Rahman , et comme ses progrès devenaient inquiétants pour ses deux rivaux , l'otude et le neveu convinrent de faire trêve à leurs divisions et d’attendre, pour partager entre eux l’empire, qu ils eussent exterminé Ai-Mortadhy, leur ennemi coin-

(*) Ferreras l'appelle Alcacim ; Mariana le nomme Cazin, et M. Viardot, Quasem.

mun. Yahya occupa Cordoue pendant (ju’Al-Casem se rendait à Malaga, où rappelaient quelques affaires importantes. Le fils d'Aly- ben -Hammond profita de celte absence pour violer l’arrangement qui avait été conclu. Il se fit proclamer calife, et répéta que son oncle n’avait aucun droit à la souveraineté, et qu’il n’y aurait d’autre part que celle qu’il voudrait bien lui laisser. Au reste, cette jactance fui bientôt punie; car Al-Casem, furieux en apprenant ce manque de foi, s’empressa d’accourir , à la tête de son armée. Yahya avait envoyé la plus grande partie de la sienne contre son compétiteur ommiade ; il fut pris au dépourvu et forcé de fuir. Al-Càsen> al-l\Iamoum rentra dans Cordoue. Il n'avait signalé que par des meurtres et par des violences les premiers instants de son califat qu’il avait passés dans cette ville; il était déjà odieux aux habitants. Quelques nouveaux actes de barbarie et l’insolence des Africains, dont sa garde était composée, ne tardèrent pas à faire éclater la fureur populaire. Il fut attaqué et assiégé dans son palais, et ce ne fut que par une espèce de miracle qu’il parvint à sortir de la ville et à se soustraire à la vengeance de ses sujets. Ses fils furent également chassés de Séville, dont ils étaient gouverneurs. Enfin, Al-Casem, force de fuir, sé retira dans les environs de Malaga. Yahya , son neveu , qui exerçait la souveraineté dans cette partie de l’Andalousie, parvint à faire saisir le fugitif et le lit jeter dans une prison , où l'on croit qu’il mourut.

Pendant que ces événements se passaient, et pendant que les habitants de Cordoue proclamaient Abd-cl-Rahman IV pour calife, ce prince combattait, dans la plaine de Grenade, contre le gouverneur de cette ville et contre d’autres parti.<ans d’AI-Casem. Mais au moment où la victoire venait de se déclarer en sa faveur, lorsque ses ennemis étaient déjà en fuite, il fut traversé d’une flèche et tomba mort.

Quand on apprit h Cordoue la mort d’Al-Mortadhy, on élut, pour le mn-

L’UNIVERS

placer, Abd-el-Rahinan V, frère du fameux Moliammed-al-Mahadi, et on le proclama, le 1.5 de ramadan 414 (l'’ décembre 1023 ), sous le surnom de EI-MostadhIr-Bi’Ilab (celui qui espère en Dieu). C’était un jeune homme d’une grande austérité de mœurs. Il voulut rétablir la discipline dans ses troupes et mettre un terme aux excès de toute nature auxquels elles se livraient. Cette sévérité fit beaucoup de mécontents, et Abd-el-Rahman ’V n’avait encore régné que 71 jours , quand, le 27 dsulkada 414 (10 février 1024), il fut égorgé par ses soldats.

Ils élurent à sa place son cousin Mohammed II , qui prit le surnom de Mostakfi-Bi’llah (celui à qui Dieu suffit). Ce jeune homme fit des largesses aux soldats, donna les principales places de l’État à ses partisans, et se retira à Zahra, où il vécut dans les délices, s’occupant presque uniquement du soin de faire reparer les jardins de cette magnifique résidence. Mais bientôt ses prodigalités eurent épuisé ses richesses et vidé les coffres de l’État. Dans ces temps de désordre , les subsides que les provinces devaient payer ne rentraient pas.au trésor. Il fallut surcharger d’impôts le peuple de Cordoue et des environs, qui commença à murmurer, imputant à l’avarice du souverain les exactions dont il était l’objet. Les soldats, de leur côté, attribuèrent aussi à son avarice la cessation de ses prodigalités. On ne tarda pas à conjurer contre lui. Mais, averti par des officiers qui lui étaient restés fidèles, de l’instant où il devait être attaqué, il prit pendant la nuit la fuite avec sa famille, et se retira dans les environs de Tolède, où bientôt il mourut, pour avoir mangé d’une poule empoisonnée.

A la nouvelle de cette révolution, les partisans de Yahya vinrent l’engager à reprendre le califat. Ce prince gouvernait ses États d’Algésiras, Mafaga, Ceuta et Tanger, avec beaucoup de modération. Il était aimé de ses sujets, et il lui fut facile de rassembler une armée, à la tête de laquelle il marcha vers Cordoue. Il y fut bien ac-

cueilli par les habitants, qui espéraient enfin un peu de repos sous son administration. Il écrivit aux gouverneurs des provinces pour les engager à venir lui prêter serment. Les plus éloignés s’abstinrent de répondre ; les plus voisins refusèrent hautement de reconnaître son autorité. Le calife résolut de les faire rentrer dans le devoir, et voulut commencer par faire un exemple en châtiant celui de Séville. C’était Mohammed, Arabe d’origine, èt de la noble famille des Beny-Abêd. Prévenu que Yahya venait pour l’attaquer, il alla se placer sur son chemin et l’attira facilement dans une embuscade. Le calife y fut tué d’un coup de lance , et sa tête fut portée à Séville. Mohamnied-ben-Abed fit enrichir le crâne de Yahya de pierreries, et en fit faire une coupe dont il aimait, dit-on, à se servir.

Après la mort d’Yahya les habitants de Cordoue firent choix , pour souverain, du frère aîné d’Abd-el-Rahman, Al-Mortadhy. Celui-ci refusa longtemps d’accepter un fardeau qu’il regardait comme étant au-dessus de ses foTces.

Enfin, quand, après de longues instances, on fut parvenu à vaincre sa répugnance pour le pouvoir, on le proclama calIfe.sousIenomd’HeschamIII El-Motadd-Bi'Ilah. Bien qu’Hescham edt fini par accepter le pouvoir, il ne voulut pas d’abord aller à Cordoue, dont le peuple ne savait pas se gouverner et ne voulait pas se laisser gouverner.il confia l’administration intérieure de l’État à Djehwar, qu’il nomma son hadjeb, et pour lui il alla faire la guerre aux chrétiens, combattant tantôt sur les frontières de la Castille, tantôt sur celles de la Catalogne ou du Portugal. « Pendant son « séjour aux frontières, ditM. Romey, « il encouragea fort une institution « qui paraît avoir été la source ries O ordres religieux militaires; c’étaient 0 des guerriers appelés Rabits, ce qui « proprement veut dire solitaires. Ces 0 Rabits , ou guerriers de frontières , « professaient une grande austérité de « vie et s’adonnaient continuellement « à l’exercice des armes, s’obligeant, « par vœu, à défendre leurs frontières

■ des algarades et chevauchées des « chrétiens. C’étaient tous des cheva- « liers d’élite, rompus aux fatigues de

• la guerre; ils ne devaient jamais fuir,

■ mais combattre avec intrépidité, et

• mourir plutôt que d’abandonner leur « poste. Il parait vraisemblablequec’est « de ces Habits que sont provenus ,

• tant eu Espagne que parmi les chré- « tiens d’Orieiit, les ordres religieux « militaires, si célèbres par leur valeur « et par d’éminents services rendus à

• la chrétienté. »

Cette absence prolongée du calife favorisait la tendance de désorganisation , qui se manifestait depuis longtemps dans l'Étut. Chaque jour les liens qui avaient rattaché les provinces à la capitale, tendaient à se relâcher, et elles n’envoyaient plus aucun subside au trésor. Diehwar pria Heschain avec instance ae revenir à Cordoue. Le calife céda avec regret à ces prières. Bientôt il fut forcé iîe faire la guerre à des gouverneurs qui refusaient de reconnaître son autorité. Cette guerre, constamment malheureuse, se termina par un traité désavantageux qui blessa l’orgueil des habitants de Cordoue. Ils commencèrent à murmurer; puis ils demandèrent hautement qu’Hescham fût déposé et banni. En apprenant, par la bouche de son hadjeb, quels étaient les désirs du peuple, Hescham III s’écria : n Grâces soient rendues à Dieu qui le veut ainsi ! » Il se retira dans un château qu’il avait fait élever sur la Sierra Morena. Les habitants de Cordoue ne l’y laissèrent pas tranquille, et il fallut qu’il allât chercher un asile près de Lérida, où il resta jusqu’à sa mort. C’est dans le courant de l’année 422 de l’hégire (1031 de J.C.) qu’il avait quitté Cordoue. Il fut le dernier prince ommiade, et c’est à peine si, après lui, le califat d’Occident subsista même de nom. Djehwar, qui fut élu à sa place, ne voulut pas accepter seul la responsabilité qu’entraîne le pouvoir. Il forma un conseil des plus puissants chefs des tribus et ne s’en réserva que la présidence. Il renvoyait à cette assemblée toutes les affaires importantes. Il refusa de quitter sa

maison pour habiter les palais que les califes avaient fait élever. Cette sage conduite eilt sans doute rétabli en Espagne les affaires des musulmans, si cela eût été possible ; mais tout ce que la Providence avait destiné de prospérité à cet État était épuisé. Il s’était déjà morcelé. En un laps de 22 années, douze princes s’étaient succédé sur le trône , et la multiplicité de ces changements avait détruit le prestige et l’autorité qui doivent toujours accompagner le nom du souverain. Les provinces ne voulurent plus dépendre de la capitale. Chaque ville un peu importante s’érigea en État indépendant.

C’est ainsi qu’une foule de petits royaumes, ou émirats, se formèrent des débris du califat d’Occident.

HÈGHS d’aLPHOKSS V. CE PRInCB RECOIfl-

THUIT LÉOIf ET I.ES AUTRES VI I.I.ES DE soif ROTAUME RUlIfÉES PAR LES MAURES.

CONCtI.£ DANS IaEQUET, SONT NÉDIGÉS

LES FUEROS BUENOS DE LEON. AT.rHON-SR

PAtT LAOUERRS AUX MAURES. XL EST TUF.

AU SiÉOe DE VISEO. — O. SANCilO, COMTE

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