‹ Espagne (volume 3)Chapitre 20 sur 75 · TILLE ET DK LÉON SO.NT REUNIS DANS LA MÊME MAIN · texte numérisé non relu

TILLE ET DK LÉON SO.NT REUNIS DANS LA MÊME MAIN

Pour présenter d’une manière intelligible cette série si compliquée de révoltes et de révolutions qui ont amené la dissolution du califat d’Occident, il nous a fallu laisser de côté les événements qui se passaient dans la partie chrétienne de la Péninsule. Jetons maintenant un coup d’œil en arrière ; voyons quel a été le sort des trois princes qui s’étaient unis pour abattre dans les champs de Calatanazor l’éten-

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dard de cet Almanzor si longtemps victorieux.

L’un d’eux, Alphonse V, Gis de Bermude le Goutteux, était encore enfant; il régnait sur la Galice , les Asturies et sur le royaume de Léon. Sancho le Grand, Gis' de Garci le Tmiibleur, était roi de Navarre, d’Aragon et de Sobrarbe. Enûn le troisième , Garci Fernandez, était comte indépendant de Castille. Ce dermer, peu de temps aprè,s la victoire de Calatanazor, avait à son tour été vaincu par les Maures : il était mort en combattant, et avait été vengé par le comte Sancho, son Gis, qui avait porté ses armes Jusque sous les murs de Cordoue. C’était, à la vérité, comme auxiliaire de Mostaïn Bi'Ilab , un des prétendants au califat, qu’il avait pénétré jusqu’au cœur de l’Andalousie; mais aucune armée chrétienne depuis la défaite du Guadalète ne s'était avancée aussi loin. Un autre prince chrétien, dont les Arabes avaient aussi acheté l’alliance, le comte Ramon Borell, avait été combattre les Berbères de Soleïman jusque dans les plaines d'Algeziras. De toutes parts l’empire, des Maures s’écroulait; celui des chrétiens, au contraire, sortait chaque jour de ses ruines.

Alphonse V, dirigé par le comte Melendo, son tuteur, et par la reine, sa mère, deux sages conseillers, s'appliquait à réparer les désastres que les invasions des Maures avaient causés dans ses Etats. Il rebâtissait les églises, les villes ruinées par la guerre. Il releva la capitale de son royaume détruite par Al-Mansour; aussi letronvet-on souvent désigné de cette manière dans les écrivains espagnols : Alphonse, celui qui reconstridsit Léon. Au reste, il ne se borna pas à réparer des murailles : il appliqua ses soins à rendre l’administration du royaume plus régulière, h recueillir les ordonnances de ses prédécesseurs, à les modilier et à les améliorer. C’est sous son règne qu’un concile réuni (*) en 1020 rédigea les fueros de l,éon , connus aussi sous le nom de bons fueros d'AI-

(*) Mariana di! qu’il fut réuni à Oviedo, Ferreras dit à Leon.

pnonse V. C’ était pour la Galice , pour les Asturies et pour le royaume de Léon, la première inodiGcation apportée (lar écrit aux lois des Goths. Ces fueros établissaient les rapports qui devaient exister entre les sujets et le roi ; ils consacraient les libertés et les imirîunités des villes et des citoyens ; ils contenaient la constitution politique de l’État. Suivant l’usage reçu à celte époque, les rédacteurs de ce code fulminèrent l’anathème contre ceux qui tenteraient de violer cette charte : « Si quelqu’un de notre race, y est- il « dit, ou d’une race étrangère, tentait a sciemment de violer notre constitu- «tion, qu’il ait les mains, les pieds O et la tête brisés; que ses yeux soient 0 arrachés, ses entrailles répandues; n qu’il soit frappé à la fois de la lèpre O et du glaive de l’anathème, et que « dans là damnation éternelle il porte « la peine de son crime avec le démon « et les anges rebelles. »

On pense que c’est à peu près à la même époque que des fueros ont été rédigés pour la Castille; mais ni le texte, ni même le sens de ces lois ne sont venus jusqu’à nous.

Alphonse lit aussi avec succès plusieurs guerres contre les Maures; il leur enleva quelques villes sur la rive gauche du Duero. En 1027, il assiégeait Viseo depuis quelque temps, et la ville, pressée par la famine, se trouvait réduite aux dernières extrémités, lorsqu’un matin Alphonse, voulant examiner l’état de la place , s’approcha imprudemment des murailles sans être armé de sa cuirasse; il ne portait qu’un léger vêtement. Du haut des créneaux, un archer lui lança une llèche qui le blessa mortellement : l’armée espagnole leva aussitôt le siège. Le corps du roi fut porté à Léon et enterré dans l’église de Saint-Jean, que lui-même avait fondée. Alphonse V était monté sur le trône à l’âge de cinq ans, et son règne durait déjà depuis vingt-huit années.

Pendant ce temps d’une sage administration il s’appli(pia à faire disparaître les ruines dont la guerre avait couvert son royaume. Il dota son pays de lois sages et libérales.

Marié en 1014, avec dona Elvirc, fille du comte Meicndo son tuteur, il laissa deux enfants nés de cette union : DuâaSanclia, et Bennudequi lui succ#a sur le trône.

Un des premiers actes de Bermude fut d’assurer la paix du côté de la Castille, en contractant une alliance depafenté avec le souverain dè ce pays. C’était, comme on l’a vu, le comte Sancho, fils de Gard-Fernandez. Ce prince avait deux filles : l’alnce, dona Anna, que les auteurs appellent aussi fort souvent Elvire, était mariée à Sancho le Grand , roi d’Aragon et de Navarre; la plus jeune, nommée Thérèse, fut accordée à Bermude (*).

Suivant quelques historiens, un événement des plus tragiques et des plus romanesques signala le commencement du règne de ce comte de Castille. Sa mère, disent-ils, était devenue éperdument amoureuse d’un prisonnier maure ; elle voulait l’épouser; mais elle savait bien que Sancho ne consentirait jamais à cette alliance, qui blessait en même temps son orgueil et sa religion. Elle prit donc la résolution de l’empoisonner, pour lever l’obstacle ou’il mettait à ce mariage. Elle avait déjà préparé le breuvage qu’elle devait lui présenter au milieu d’un repas, lorsqu’il reviendrait de la chasse.

Mais le secret du crime qu’elle projetait lui échappa : il fut surpris par une raniériste , qui s’empressa de le révéler à son fiancé, 1,’un des veneurs du comte. Ce fidèle serviteur prévint .son maître du danger qui le menaçait.

Après une journée passée à la pôur-

(*) Ferreras pense que ce mariage n’eiit livii qu'en loait, après l'assassinai du comIe Uarrla. Cela ne nous parait pas probable. ■Après la mort de (tarda , le cumiéde Castille passa eiiti-e les mains de Sancho le Uraud. Des ilirficuUés ne lardeient pas à s'élever entre Bermude et son puiss.ml voisin. Ce n'eùl pas été le moment où .Sancho le Grand eul clé accorder .la main de sa belle-sienr à iin souverain (|iii aurait pu élever, par la suite, des prclenlions sur la Castille. Il est plus croyable que ce mariage avait eu lieu du vivant même du comte Sancho.

suite des animaux sauvages , Sancho rentra dans son palais, et sa mère vint lui offrir elle-même la coupe empoisonnée. Alors profitant de l’avis qu’il avait reçu , il exigea qu’elle godtôl la liqueur qu’elle lui présentait; comme elle refusait de se soumettre à cette épreuve. Il ordonna d’employer la force pour la contraindre à boire le poison qu’elle lui avait préparé; et bientôt elle mourut au milieu d'horribles souffrances.

Le comte voulant récompenser le service que lui avait rendu son veneur, le maria à celle qu’il aimait, et lui accorda pour lui et pour sa descendance le privilège de veiller à la sûreté des comtes de Castille et de leurs successeurs. Cé privilège, ils l’ont toujours conservé en même temps qu’ils gardaient la charge et le litre de monteros (veneurs). Sancho leur ayant donné la ville d’Espinosa, cette cité prit d’eux le nom de Espinosa de los Monteros. Les veneurs, de leur côté, ayant ajouté à leur qualité le nom de la ville dont ils étaient seigneurs, se sont appelés Monteros de Espinosa. A la longue, tout en continuant de porter le titre de Monteras, ils ont cesse de s’occuper de vénerie; mais ils ont constamment Joui du privilège de garder la porte de la chambre des souverains de Castille et de veiller à la sûreté de leur personne en quelque lieu qu’elle se trouvât.

Cette origine des Monteros de Espinosa est rapportée par Garribay, par Mariana, par Guevara, dans sa chronique (les Monteros de Espinosa, et par Ârgole de Molina, dans ses commentaires sur le livre de vénerie d’Alphonse XL Elle semble parfaitement dans les mœurs de celte épuqiie barbare. Cependant quelqiie.s auteurs en contestent la réalité. Au reste, la race du comte Sancho était destinée à périr victime de l’ingratitude et de la perfidie. On SC rappelle ce comte Vêla, seigneur d’une partie de l’Alava, qui, s’étant révolté contre le comte Fernan Gonçalez, avait été chassé et obligé d’aller chercher un refuge chez les Arabes. Il était mort laissant trois

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fils (*). Le comte Sancho les avait reçus en grâce, leur avait rendu leurs Biens, et pour que la réconciliation filt plus complète, l’aîné des Vêlas avait tenu sur les fonts de baptême le jeune fils du comte de Castille. Malgré ces bontés, ils n’avaient pas tardé à causer de nouveaux troubles dans le pays, et le comte ayant été forcé de les chasser de nouveau, ils avaient été chercher un asile chez Alphonse V, qui les avait accueillis, et qui, pour leur assurer le moyen de vivre d’une manière conforme à leur naissance, leur avait assigné des terres assez considérables.

Le 5 février 1022, le comte Sancho étant mort, son fils Garcia, âgé environ de 13 ans, fut reconnu pour son successeur, et les grands du royaume, pour resserrer encore les liens de parenté qui existaient entre le souverain de la Castille et le roi Bermude de Léon , firent demander à celui-ci de donner Sancha, sa soeur, pour épouse à leur jeune prince. Bermude, comme on l’a vu , avait déjà pour femme dona Thérésa, soeur de dona Garcia. Il consentit volontiers à cette nouvelle alliance, et il fut convenu que les noces seraient célébrées dans la villede Léon. Garcia devait s’y rendre avec beaucoup de seigneurs castillans. Sancho le Grand y vintaussi avecdeuxdeses fils, don Garcia et don Ferdinand. Mais le jeune comte deCastille, empresséde voir sa fiancée, et ne pensant pas nécessaire de se tenir sur ses gardes puisqu'il allait à une fête, laissa le roi don Sancho le Grand a Sahagun, et avec une faible escorte il prit les devants et courut à Léon. Les Vêlas, pleins de haine et de perfidie, allèrent au-devant de lui, se mirentà genoux et lui baisèrent la main. Ils montrèrent une grande repentance des troubles qu'ils avaient suscités, et demandèrent un pardon qui leur fut gracieusement octroyé. Cependant, ils

(*) Mariana les appelle Rodrigo, Diego cl Inigo. On les trouve désignés, dans de vieux diplômes, sous les noms de Veremond, Rodericli et Nébutien. Rodrigue de Tolède les appelle Rodrigo, Diego et lùigo. Lucas de Tuy n’en nomme que deux, Diego et Sylvestre.

ne faisaient ces démarches que pour écarter toute méfiance et pour accomplir plus sûrement la trahison qu’ils méditaient. Pendant que la ville tout entière ne respirait que le plaisir et que l'allégresse, un matin que le jeune Garcia se rendait seul à féglise de San Salvador pour y entendre la messe, ils l’attaquèrent a la porte même du lieu saint. Ils se précipitèrent sur mi l’épée à la main; et Rodrigue, l’aîné des trois frères, bien qu’il lui eût servi de parrain, lui porta le premier coup. Les autres accoururent ensuite pour l’achever, et par cette trahison ils rendirent dona Sancha veuve avant qu’elle eût été mariée. Quelques seigneurs de Léon voulurent défendre Garcia; mais, sur-

firis et sans armes, ils furent tués par es Vêlas et par ceux qui les accompagnaient. Cependant, le tumulte ayant appelé du monde , les meurtriers prirent la fuite, sortirent de Léon et coururent s’emparer de la ville de Monçon. Sancho le Grand alla les y attaquer, et les ayant pris, il les fit brûler vifs. Quant à la sœur de Bermude, elle témoigna, disent tous les historiens, la plus vive douleur de la mort de son fiancé.

Sancho le Grand, qui avait pour femme l’aînée des sœurs du jeune comte don Garcia, fut appelé a lui succéder, et se trouva ainsi le prince le plus puissant de la Péninsule, car il possédait à lui seul les royaumes d’Aragon, de Sobrarbe, de Navarre, et le comté de Castille. Il avait fait aux Maures des guerres fréquentes et leur avait enlevé beaucoup de places sur les bords du Gallegn et de l'Ébre; aussi l’étendue de ses États l’a-t-elle fait appeler el-Mayor (le plus grand), et quelquefois aussi l’empereur d’Espagne. Au dire de quelques auteurs, toute sa grandeur ne le mit pas à l’abri de cuisants chagrins. Voici comment le fait est rapporté par Mariana : Sur le point de partir pour faire la guerre, Sancho le Grand avait recommandé vivement à la reine un cheval, le plus beau et le mieux dressé qu’il eût dans ses écuries. Don Garcia, son fils aîné , eut envie de ce coursier et le demanda à

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sa mère qui allait le lui donner, quand un seigneur nommé Sèse Qt observer à la reine que le roi pourrait être mécontent de cette condescendance au désir de son fils. Dona Elvire refusa donc à Garcia ce qu’il désirait. Celui-ci, furieux de ce que ses prières avaient eu sur l’espritde sa mère moins de pouvoir que les paroles d’un simple chevalier, résolut, pour se venger, de l’accuser d’adultère. Il désigna Sèse comme son complice, et pour donner plus de poids à cette calomnie, il parvint à la faire appuyer par son frère Ferdinand.

Cette dénonciation fit éprouver au roi la douleur la plus vive. Jusqu’à ce jour, sa femme n’avait donné aucun motif qui pût faire douter de sa chasteté, et cependant les accusateurs ét^ent ses propres fils dont il ne pouvait soupçonner le mensonge. La reine fut donc renfermée dans le château de Naxera.

Les grands et la noblesse du pays furent convoqués pour terminerce déplorable procès. Le tribunal , suivant les usages du temps, s’en remit au jugement de Dieu; il rendit une sentence qui condamnait la reine à être brûlée vive si elle ne prouvait en champ clos qu’elle était innocente du crime qui lui était imputé. Cette décision mettait la reine dans la position la plus critique. Bien des chevaliers croyaient à son innocence, mais aucun n’osait se déclarer son champion. Ils étaient éloignés par le rang et par le caractère des accusateurs qui étaient les propres enfants du roi.

Sancho le Grand avait eu de sa femme trois fils : Garcia, Ferdinand et Gonzalo. Il avait eu aussi hors mariage d’une dame d’Eybar, que les uns appellent Urraca, et les autres Caya, un bâtard nommé don Ramire.

Ce jeune prince fut touché de compassion en voyant l'extrémité à laquelle la reine était réduite, et ce fut lui qui ramassa le gage de bataille jeté par les accusateurs. Cependant, ce combat impie de frère contre frère n’eut pas lieu. Un saint personnage ayant reçu de Garcia l’aveu de sa perfidie, le détermina, par de sages exhortations, à l'avouer en public. Garcia et Ferdinand se jetè-

15* I.ivraiso7i. (Espàcke.)

rent aux pieds de Sancho et de la reine pour leur demander pardon. La faute de Ferdinand était excusable; il avait été entraîné par la foi qu’il avait eue dans son frère aîné; mais celle de Garcia était bien plus grave. Aussi la reine ne voulut-elle pas qu’il héritk des États qu’elle avait apjportés à son mari, ni de ceux 'qui lui avaient été constitués en douaire. Le partage des biens de Sancho le Grand fut donc réglé d’avance, et de la manière suivante : Ferdinand eut la Castille , qui n’était encore qu’un comté; Gonzalo, le plus jeune, eut le royaume de Sobrarbe ; Garcia fut réduit au royaume de Navarre. Quant à l’Aragon, qui formait le douaire de la reine, il en fut disposé en faveur de don Ramire, son généreux défenseur. Toute cette histoire n’est peut-être pas très-amtlientique; mais si les causes de ce partage ne sont pas celles que rapportent les chroniqueurs, au moins cst-il certain que par lasuite la succession de Sancho fut divisée de cette manière.

Au reste, à l'époque où nous sommes arrivés, Sancho le Grand régnait encore, et non content d’être le souverain le plus puissant de la Péninsule, il travaillait encore à étendre ses domaines ; aussi , des contestations ne tardèrent-elles pas à s'élever entre lui et le roi de Léon relativement aux limites de leurs États.

Un jour que Sancho le Grand poursuivait un sanglier, cet animal, vive-' ment pressé par la meute, chercha un asile dans les ruines d’une chapelle située dans l’endroit le plus fourré de la forêt. C'est là qu’il s’accula aux restes d’un autel pour faire tête aux chiens et aux veneurs. Sans respect pour l’endroit suint où le sanglier s’était réfugié, Sancho leva l’épieu pour le frapper; mais son bras resta paralysé sans qu’il pût l’abaisser. Le roi comprit bien que c’était un châtiment que le ciel lui infligeait, parce qu’il avait manqué de respect pour le lieu saint. Plein de repentir, il adressa ses prières à saint Antoine, dont l’image se voyait encore sur l’autel , et il obtint aussitôt que son bras recouvrât

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le mouvenwnt. Pour perpétuer le souvenir de ce double miracle, il fit voeu de releveo la chapelle de saint Antoine, et ayant appris que la ville de Palencia, entièrement détruite par les guerres, avait autrefois existé en cet endroit, il résolut de la relever, et il chargea l'évéque d’Oviédo de surveiller ces constructidhs.

Cependant, le roi don Bernaude voulut s’opposer à ces travaux. Il prétendait cette place était dans ses domaines, qu’il n’etait pas permis an roi Sancho d’y élever une ville. Celuici, au contraire, soutenait que ce territoire avait toujours fait partie du , comté de Castille. Tout en laissant de côté la cause miraculeuse attribuée par les chroniqueurs à la reconstruction de Palencia, il e^ fort probable que les travaux entrepris pour relever cette ville amenèrent une guerre etitre les deux Étals. Sancho le Grand entra avec son armée dans le royaume de Bermude, et s’empara de tout le pays qui s’étend depuis la rivière de Pisuerga jusqu'à celle deCea. Bermude, pris au dépourvu, et trop faible pour résister à Sancho le Grand, se retira en Galice pour rassembler de nouvelles troupes. Sanclio continua ses conquêtes. U s’avança jusqu'à Astorga, qu’il einfiorta sans beaucoup de peine.

L’année suivante, Bermude ayant rassemblé une armée, s’avança pour reprendre les terres qui lui avaient été enlevees. Soncho , de son côté , conduisit à sa rencontre des troupes ■ombreuses. Les années étalent en présence quand les évêques qui se trouvaient dans les deux camps parvinrent à ménager un accommodement. O» convint que don Bermude donnerais sa soeur, dona Saneha , en mariage à Ferdinand, second fils de .Sanclio le Grand ; que Sancho abandonnerait hnwiédiateinentà Ferdinand le comté de Castille, qui serait érigé en royaume, et qoe, de son côté, don Ber- «lude donnerait poirr dot à sa soeur toutes les terres ^li lui avaient été enlevées depuis la Pisuerga jusqu’à la Cca. C.’esl ainsi que la Castille, d’abord iiim)de comté relevant du royaume

de Léon, dcvh»l, sous Fernan Gonzalès, un État indépendant, que, sous Ferdinand, elle fut érigée en royaume, et qu'elle était destinée par la suite à absorber toute» les autres souverainetés de la Péninsule.

Le roi Sancho ne survécut que de trois années à cet arrangement. Il mourut en I03â. Mariana dit qu’il fut assassiné sur la route d’Oviédo, où il se rendait pour visiter les reliques des saints ; mais les historiens ne font pas connaître le nom de ses assassin», et ne signalent aucune des circonstances de sa mort. Ce prince se moiitita vaillant guerrier, habile politi(}ur. Il fut à la fois maître de presque tous les États chrétiens de la Péninsule, et, sans la fat^e qu’il commit de les partager entre ses enfants, on doit eroire que les Maures eussent été chassés d’Rspagae quelques siècles plus tôt. Il voulut kiisser une couronne royale à chacun dé ses quatre fils. Cela peut être le désir et le calcul d'un excellent père ; nvais c'est iucontestabiement l'acte d'un mauvais souverain. Ce p.artage fut d'autant plus préjudiciable aux intérétsdes chrétiens , que la puissance miisuhnane était alors divisée en une fmile de |)Ctits États, jaloux les uns des antres, divisés entre eux d’intérêts et d’affections. Chaque ville formait un royaume.

Quelque personnage puissant s’v était emparé du titre et de l’autorité de roi, et il y avait autant de dynasties royales qu’il y avait de cités. Nous citerons douze de ces petits royaumes, et nous ne les aurons pas nommés tous. Il y av.ait des rois de Dénia et des Baléare.s, de Valence, de Tolède, d’Alharaein, de Séville, de Murcie, d'Almérie, de Saragosse, de Malaga, de Cordoue, de Badajoz et de Grenade.

Valence avait pour souverain AbJel-Azis , fils de cet Abd-el-Rahman qui avait eu pour père le célèbre M»bammed-al-Manzor, et qui avait été mis à mort par El-Mahadi. Nous avons déjà parlé de Dzi-el-Noiin. Ce chel avait, on se le rappelle, aidé VVadah, le hadjeb d’Hesrham If, à chasser de Tolède Obeïd-Allah, fils du ealife Mohamined-el-.Mahadi. Le gouvernement

iiitpoi'taivte cité lui avait été ewifié. Mais bientôt, lorsque Hes- ^lamll rat foit décapiter Wadah, Dziet-Ifoai> avait profité de l’airarWile dans laquelle était piongé le califat de (’.oréoee, ponr se déclarer souverain indépendant de Tolède. Hayran, qui avait »weédé à Wadah dans la dignité de Indjeb dé H^'achani II, s'était, a|ires la disprition de ce prince . emparé d’Almrae. les seigneurs édrisites de la famille Bammoud appelés au secours d'Hesdiain , étaient restés souverains d’Alçeairas et de Malaga. Séville oltéissait ace Mobaniined-Ismaël-ben-Abéd ^oe noos avons vu tuer Yahya dans One embuscade et faire une coupe du erâne de ce malheureux .souverain.

Chaque ville avait ainsisa dynastie. Ces prtilsÉtats, envieux les uns’ des autres, cassent été facilement concftiis par les chrétiens, si ceux-ci fussent restés unis entre wx ; inai.s Sanrho le Grand avait aiorrelé ses domaines, et la division n’avait pas tardé à éclater entre ses enfants. Chacun d’eux, se rappelant combien la puissance de leur père avait été grande, se sentait saisi de l’ambition de l’égaler. Chacun d’eux trouvant trop petit le lot qui lui était échu , essaya d’empiéter sur la part de son frère. Au moment de la mort de son père, don Garcia accomplissait un pèlerinage. Il avait, dit-oii, fait vœu de visiter à Rome les églises de Saint- Rerre et de Saint-Paul, afin d’expier par celte pénitence le crime qu’il avait commis en accusant faiissemeut sa mère. Don Ilamire, son frère, voulut profiter de cette occasion pour augmenter ses États. Il se ligua avec les rois maures de Tudèle, d’Huesca et de Saragosse, entra en Navarre et alla mettre le siège devant la ville de Tafalla. Don Garcia revint à temps de son pèlerinage, et, averti de ce qui se passait, il réunit des troupes en grand s«ret et vint tomber sur le camp de son frère. Il mit tant d’inipètuosité dans son attaque, qu’en un instant toute l’armée de don R.imire fut en déroule. Cette surprise fut si subite, que don Ramire, pour échapper, se vit obligé de fuir sur un cheval sans selle

et sans bride, qu’il fut neureux de trouver au milieu de la déroute. Don Garcia profita de sa victoire. Il poursuivit son frère avec activité , et lui enleva une partie du royaume d’Aragon.

De son côté, Berniude, voy.unt les États lie Sanebo morcelés, et sachant lesfilsde ce prince occupés à, se disputer leurs royaumes,résolutde reprendre les domaines qui lui avaient éu urracbé.s par la force. Il rassembla soa armée , enleva presque tout ce qu’il avait été contraint d’abandonner ù Ferdinand , et il courut mettre le siège devant Paleneia dont la construction avait été le premier motif de la guerre. Il s’cii rendit maître sans beaucoup d’efforts. Ferdinand, de son côté, ne se trouvant pas assez puissant pour résister à Bermude , appela à son secours son frère Garcia. Celui-ci, déliarrassé des alla-, ques de don Ramire, lui amena une armée de Nnvarrnis. Ils unirent leurs forces et marchèrent au-«levant de leur adversaire. Les deux armées se. reiiconlrèreiit, le 8 juin 1037, sur les bords du Carrioii dans la vallée de Tamara, où l’on en vint aux mains. Bermude, plein de conGaiice dans sou adresse et dans la vigueur de son clieval, que i'nn nommait Pelayolo, se précipita au milieu des escailrons ennemis, appelant Ferdinand afin de le combattre corps à corps. Mais pendant qu’il s’avançait ainsi imprudemment, il fut frappé d’uii coup de lance et tomba de son cheval.

Sa mort jet.i le désordre et la con.sUrnation dans son armee. I.,a victoire se déeiara pour le roi de Castiile. Ce souverain ayant épousédona Saneba, sœur de Bermude, se trouvait, du chef de sa femme, le seul héritier de son beaufrère. Il s’empressa de faire valoir ses droits. Il pénétra dam le royaume de Léon , et, prestpie sans coup ferir , il s’empara des villes et des châteaux qui se trouvèrent sur son chemin. Lorsqu’il arriva sous les murailles de la capitale, les habitants fermèrent les portes de la ville; mais ils ne persévérèrent pas longtemps dans la volonté de se défendre; ils se rendirent, et Ferdinand fut proclamé roi de I.éou, le 22

L’üMVKKS,

juin 1037. C’eSt ainsi que les deux États les plus puissants de l’Espagne se trouvèrent réunis dans la même main.

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