‹ Espagne (volume 3)Chapitre 21 sur 75 · ÉTATS ENTRE SES ENFANTS. MORT DE · texte numérisé non relu

ÉTATS ENTRE SES ENFANTS. MORT DE

FERDINAND l".

Fendant que Ferdinand, aidé par Garcia , s'emparait du royaume de Léon, une circonstance qu’il n’avait as été possible de prévoir venait douler la puissance de don Ramire. Depuis sa défaite de Tafalla, ce prince se tenait retiré dans les montagnes de l’Aragon. Le jeune roi de Sobrarbe, Gonçalo, en revenant de la chasse, fut tué d’un coup d’épieu, sur le pont de Montclus, par un de ses veneurs appelé Ramonet de Gascogne (*).

Les contemporains ne nous ont laissé aucun détail sur la cause de cet assassinat; mais, par quelque motif que le meurtrier ait été poussé, ce fut Ramire qui tira profit de ce crime.

Soit parce que ses États étaient limitrophes du pays de Sobrarbe , soit parce qu’il était frère de Gonçalo, il fut appelé à lui succéder. Après cet accroissement de puissance , don Ramire se trouva assez fort pour reprendre la partie de ses États qui lui avait été enlevée par don Garcia. Suivant Feireras, ils lui auraient été gracieusement restitués et sans qu’il ait été besoin de recourir aux armes, et les deux frères se seraient réconciliés, sinon de coeur, au moins de paroles.

On a vu Garcia venir au secours de Ferdinand attaqué par Rermude : il ne

(*) Suivant Klancas, il se serait appelé Ramonet de Tonianera, et, suivant d’antres, Gafeveuau de Gascogne.

faudrait pas en conclure qu’une parfaite intelligence existât entre ces deux princes. Don Garcia avait craint sans doute que le roi de Léon ne s’emparât de la Castille et ne devint pour lui un dangereux voisin. C'était au contraire le roi de Castille qui s'était emparé du royaume de Léon.

Pour lui, le résultat était le même, et ce n’était pus sans jalousie qu’il avait vu Ferdinand acquérir, par la réunion de ces deux États, tant de puissance, que souvent les auteurs conleniporains le nomment l’empereur d’Espagne.

Ferdinand, de son côté, ne manquait pas de sujets de mécontentement. Sanclio le Grand, en partageant ses Etats, avait donné à Garcia l’Alava et même plusieurs des villes de la Castille.

Aussi trouve-t-on, dans les diplômes de cette époque, le titre de roi de Castille et de Navarre, pris par don Garcia, tandis que celui de roi de Burgos y est seul donné à Ferdinand.

Les frères d’ailleurs n’étaient , pas d'accord sur les limites de leurs États respectifs. Tous les deux revendiquaient également Bribiesca et pksieurs autres villes de la Rioja. Cette mésintelligence n’avait pas été jusqu'à une rupture publique; mais Ferdinand vivait dans une continuelle appréhension de ce que son frère oserait entreprendre contre lui. Aussi, pendant les reiiiières années de son règne, se orna-t-il à pacifier plusieurs parties du royaume de Léon et de la Galice qui h’avaient pas voulu reconnaître son autorité. Il s’appliqua à mériter l’amour de ses sujets en leur donnant de sages institutions. Il confirma les buenos fueros d’Alphonse V. Il en accorda de nouveaux. En 1050, il réunit à Oviédo un concile pour régler nonseulement les matières ecclésiastiques, mais encore les affaires temporelles de ses États. Il régnait depuis dix-sept ans , lorsque l’iiiiniitié qui existait entre les deux frères éclata ouvertement. Don Garcia étant tombé malade, Ferdinand se rendit auprès de lui pour aller le visiter; mais le roi de Navarre voulut profiter de ce voyage

ESPAGiNH.

pour retenirson frère prisoniiieret pour s’emparer ensuite de tous ses États.

Ferdinand fut averti à temps, il s’échappa le cœur plein de ressentiment et regagna en toute hâte ses États.

Peu (ie temps après , étant à son tour tombé malade, don Garcia, pour faire oublier la trahison qu’il avait méditée, crut devoir se rendre en Castille. Ferdinand le fit arrêter et retenir prisonnier dans le château de Ceya. Mais don Garcia corrompit ses gardes , s’évada, et, de retour dans ses États, rassembla une armée pour tirer vengeance de l’insulte qui lui avait été niite. Ferdinand lui envoya des ambassadeurs afin de l’apaiser, mais il ne put y réussir. Il réunit donc également ses troupes, et le 1" septembre 1054, les deux armées se rencontrèrent à quatre lieues environ deBurgos , dans la vallée d’Atapuerca. Les deux armées n’étaient pas égales, et quoique Garcia eût recherché l’alliance du roi de Saragosse , et qu’il eût des Maures dans son camp, il était bien loin ceendant d’avoir une armée aussi nomreuse oue celle de son frère. Il passait pour faanile capitaine en même temps que pour brave soldat ; mais son caractère dur et intraitable lui avait fait de nombreux ennemis. Les rangs de son armée étaient pleins de mécontents.

Ferdinand, au contraire, qui ne lui cédait en rien comme bon général, ou comme vaillant chevalier, avait en outre le talent de se faire aimer. Il était à la tête d’une armée qui lui était dévouée. Les chances n’étaient donc pas égales; aussi, toutes les personnes sincèrement attachées à don Garcia rengagèrent-elles à accepter la paix que Ferdinand lui faisait encore proposer. Il ne voulut rien entendre, et la bataille commença. Un vieillard, qui avait servi de précepteur à Garcia , voyant son entêtement et prévoyant l’issue du combat, se jeta au plus fort de la mêlée sans bouclier, sans casque, sans cuirasse, et armé seulement de sa lance et de son épée.

Il ne voulait pas survivre à son éleve, et il reçut en brave la mort qu’il cherchait

Pendant la nuit, Ferdinand avait fait occuper par l’élite de ses chevaliers une petite hauteur boisée, qui se trouvait sur le flanc de l’armée navarraise. Quand on en fut venu aux mains , cette troupe de choix fondit sur le flanc des Navarrais , avec tant d’impétuosité qu’elle y eut en quelques instants jeté le désordre. Elle pénétra jusqu’à l’endroit où Garciacombattaiten personne, et ce prince tomba mortellement frappé de plusieurs coups de lance. Quelques auteurs prétendent que cette troupe était formée de chevaliers tous issus du sang royal de Léon, qui, excités par dona Sa'ncha, avaient juré de venger sur Garcia la mort de Bermude.

D’autres racontent qu’elle se composait en grande partie de mécontents , qui, la veille même, avaient déserté du camp de Garcia ; d’autres disent enfin que ce roi tomba sous les coups de Sancho Fortunés, dont il avait déshonoré la femme. Quelle que soit, de ces trois versions, celle gui mérite créance, le résultat fut toujours le même, et son armée prit la fuite. Ferdinand aurait peut-être pus’emparerdu royaume de son frère. Il montra beaucoup de modération ; il se contenta de reprendre les villes qui depuis longtemps étaient en litige entre les deux États, et laissa aux enfants de Garcia les États de leur père. Don Sancho Garcès, l’aîné de ses fils, eut le royaume de Navarre; don Ramire eut eh souveraineté la ville de Calahorra, nouvellement enlevée aux Maures. Garcia laissa encore deux autres fils , don Ramon et don Ferdinand, ainsi que deux filles, Ermesenda et Ximena.

Le roi Ferdinand fit aussi la guerre contre les Maures. On n’est pas d’accord sur la date de ses diverses opérations militaires. Quelques-uns les font remonter jusqu’aux premières années de son règne. Les autres, avec plus de vraisemblance, pensent qu’il n’osa tenter de grandes entreprises lie lorsque la mort de son frère l’eut élivré de toute inquiétude du côté de la Navarre. Au reste, à quelque époque que ces campagnes aient eu lieu , tous les historiens demeurent d’accord

L’UNIVBRS.

qu’elles furent glorieuses et profitables pour les chrétiens. A la tête de son armée, il entra dans la partie du Portugal qui se trouve entre le Diiero et le Monde, "0. ïl assiégea Viseo, cette ville devant laqiiélle avait péri Alphonse V, son beau-père. F.lle était défendue par un corps d’archers qui lançaient leurs traits avec tant d’adresse et de vigueur, qu’ils perçaient les casques et les cuirasses les” plus durs, en sorte que les assiégeants furent obligés de s’armer de boucliers doublés de bois et de triples cuirasses. Viseo est placée sur une nauteur. Dans la partie la plus élevée de la ville, se trouvent encore deux tours de construction romaine : c'est surtout de ce

f)oint que les archers incommodaient es assiégeants. Ferdinand leur opposa des compagnies d'habiles frondeurs.

La défense fut acharnée, mais inutile, et la ville fut emportée. Ferdinand ternit l’éclat de cette victoire par un acte de barbarie, auquel on voudrait pouvoir ne pas ajouter foi. Mais le récit unanime de tous les historiens ne laisse malheureusement pas de doute. L’archer qui, en combattant loyalement sur les murailles de la ville, avait tué Alphonse V, fut trouvé au nombre des prisonniers. Ferdinand lui fit couper les deux poignets. La guerre avait alors un caractère de férocité, auquel l’esprit se refuserait <à croire, si nous n’avions vu de nos jours à quels excès les Kspagnols peuvent quelquefois se laisser entraîner. Lorsqu’une ville tombait nu pouvoir des chrétiens, les habitants étaient ë.gorgés, mutilés ou réduits en servitude;et quand le vainqueur nesetrouvait pas assez fort pour conserver des murailles qu’il avait privées de tous leurs habitants, il les rasait pour que de nouveaux ennemis ne vinssent pas s’v établir. On coupait les arbres, on arrachait les vignes, on incendiait les moissons , et quelquefois on se glorifiait de sanglantes dépouilles. Nous avons vu le roi de Séville, lîen-Abéd, se faire une coupe avec le crilne d’un prince qu’il avait tué. Un autre roi arabe , celui de Saragosse , ayant vaincu sous les murs de Balbastrô le comte

En-Armengol d’orge!, lui fit couper hi tête, la fit embaumer, enchâsser d’or, et il la portait sans cesse avec Itn comme un gage de victoire.

I.amego éprouva bientôt le sort de Viseo. Enfin Ferdinand s'empara de la ville de Coimbre, située sur la rive droite du Mondego ; en sorte qii’H se trouva maître de tout le jiays qui s’étend de la rive de ce lleuve jusqu'à celle du Duero.

Les dironiqueurs espagnoâs, toujours prodigues de merveilleux , racontent qu’une révélation divine fit connaître à Loinpostelle la prise de Coimbre, bien avant que cette nouvelle ait pu y parvenir par les voies humaines. Un saint homme, qui était venu en pèlerinage au tombeau de l’apôtre, s’émerveillait en entendant les F.spagnols raconter combien de fois saint Jacques avait combattu pour leur assurer la victoire. U s’étonnait de ce que le fils de Zébédée, qui, de son vivant, avait été un .simple pêcheur, se fût après sa mort converti en homme d’armes. Mais dans la nuit qui précéda le 24 juin 1058, saint Jacques lui apparut monté sur un cheval blanc ; et lui montrant des clefs qu’il tenait à la main, lui dit que le lendemain, à la troisième heure du jour ( neuf heures du matin ), il ouvrirait avec ces clefs les portes de Coimbre à l’armée de Ferdinand. Dès que le jour parut, le pèlerin raconta la vision qu’il avait eue. On envoya des messagers au camp de Ferdinand , pour être plus promptement instruit de la vérrté, et iis trouvèrent que tout s’était passé comme le saint l’avait annoncé.

Ferdinand ne se borna pas à ces expéditions en Portugal : il porta seï armes dans la partie la plus centrale de la Péninsule. Après avoir franchi la rliaîne de montagnes qui sépare la vallée (1(1 Dnero de celle du Tage , il se jeta dans l’ancien pays des Carpét.ains. Il portail de tous les côtés la dévastation : il détruisait partout ces tours con.striiites sur des endroits élevés, an sommet desquelles se tenaient des vedettes arabes pour avertir leurs cuniputriotes des incursions des enne-

mis. Lorsqu'ils apercevaient un parti fie chrétiens, ils allumaient un btîcher préparé sur la plate-forme , afin <tue la flamme pendant la nuit, ou pendant le jour ta fumée , répandissent l'alarme. !l existe encore beaucoup de ces édiflces en Espagne, où, ainsi que nous l’avons dit (pag. 36), elles ont conservé le nom de atalayas, vedettes.

Il s’avança jusqu’à Madrid, qui portait alors le nom de Magerit, et jusqu’à Alcala de Hénnrès , dont il commença le siège. Mais le roi de Tolède Yahya, surnommé .4l->t<tmoun (*), le Renommé, fils de D/.i-el-Nouu, craignant que la ville , une des plus importantes de son royaume, ne lui fdt enlevée, envoya de grands présents au roi de Castille et de Léon , en lui demandant la paix et son alliance.

Le roi Ferdinand ne s’occupa pas uniquement des choses de la guerre. Il profita de ce qu’il se trouvait eu paix avec Ben-.\béd , roi de Séville , pour lui faire demander les restes de saint Isidore, qu’il lit transporter à Léon avec beaucoup de pompe. La translation du eor|)s de ce saint personnage avait appelé à Léon la plus grande partie des seigneurs et des évéques de ses royaumes. Il profita de cette circonstance pour les réunir en concile, afin de faire approuver par eux le partage qu’il voulait faire de ses fitats. Il donna à Sancho, l'ainé de ses lils, le royaume de Castille ; à Alphonse le rovaume de Léon ; et celui de Galice à Garcia, le plus jeune. 11 voulut que ses filles eussent aussi de petites souverainetés : Urraca, l’aînée, eut la ville de Zamora ; Elvire, sa sœur, eut celle deToro. Ainsi Ferdinand renouvelait la faute commise par son père , et sa propre expérience ne lui avait guère profité. Il morcelait de nouveau ses Etats, et, avec l’intention d’assurer le bonheur de ses'enfants, il jetait

f*) C’est de ce surnom Al-Mamoim que tes chroniqueurs espagnols ont fait le nom d’.^lmenon , donné par eux à TTaliya I*’. Ce roi fut le jière de sainte Casilda , dont nous avons déjà rapporté la légende, page 9.

entre eux des éléments de discorde.

Après avoir fait approuver ce partage, il fit encore une expédition contre les Maures. Il avait, sous les murs d’Alcala de Hénarès, contracté une étroite alliance avec le roi de Tolède, Yahyael-Vlamoun. Celui-ci, mécontent du roi de Valence, Ahd-el-Melech, descendant du fameux Almansor , résolut de le détrôner, bien que ce prince fût son gendre. Il réclama l’assistance de Ferdinand, et, avec t’aide de ce roi , il all.a mettre le siège devant la ville de Valence , dont il se rendit maître. Au retour de cette expédition, Ferdin.and tomlia malade, et mourut le 27 décembre I0G.5. Il fut en possession du royaume, de I.éon vingt-huit ans et quelques mois. 11 y avait déjà plus de douze ans qu’il régnait sur la Castiile, en sorte qu’il porta le trtre de roi pendant plus de quarante années. Mariana dit qu’il mourut en odeur de sainteté.

«■ORT DE DOIf RXMIRR, ROt d’eRAGOW. — RAtTCHn-FXRRARDEZ PAIT LA GUbRRE A0 ROI DE I.F.ON. — BATAILLE DR LLAMTAOA.

BATAILLE DR tiULPEJARA. SARflaO

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