DÉTRORE GARCIA, ROI OR GALICE
ALPUORSE SE RÉFUGIE A TULÉDR. SAR-
CHO AS.AIF.Ue ZAMORA. JLL EST AASASSIRR
PAR VELI.IDO DOLPOR. AI.PRORSE T LUI
SUCCÈDE, ET RÉURIT LF.S HOTAUHES DE CASTILLE , OH LÉQR ET DE GALICE.
Des quatre fils de Sancho le Grand, un seul vivait encore : c’était don Ramire , roi d’Aragon. Il fai.sait sans relâche la guerre aux Maures , et s’efforcait d’agrandir scs Etats aux dépens de ceux des rois de Saragosse et de Lérida. Vers la fin de l’année 1067 (460 de l’hégire ), il avait été mettre le siège devant le château de Grades (*), situé sur la rive droite de la Ésera , à une demi-lieue environ de l’endroit où la Isavena se jette dans cette rivière. Ahmet I’' , surnommé AI-Moktadir-Bi'Ilah (**), qui étaitalors roi de Saragosse, réclama l’assistance du roi de Castille, Sancho-Fernandez,
{*) AnjonrdTuli Gratis.
(**) Mariana l'appelle Al-Magdadir-Vila.
L'UNIVERS
dont il s’était reconnu tributaire. Sancho vint avec son allié pour faire lever le siège de Grades. On livra bataille non loin de la ville. Les Âragonais furent vaincus, et don Ratnire mourut en combattant. Il eut pour successeur SanchO'Ramirès, rainé de ses fils.
Trois petits-üls de Sancho le Grand, portant également le nom de Sancho, se trouvèrent en même temps sur le trône. C’étaient Sancho-Ramirès , roi d'Aragon ; Sancho-Garcès , roi de Navarre; Sancho-Fernandez, roi de Castille, qu'on appelle aussi Sancho le Fort , à cause de sa vigueur et de sa témérité. Ce dernier pensait que le roi son père avait commis une grande injustice à son éçard , en donnant à chacun de ses freres une partie de ses États. Tant que sa mère dona Sancha vécut, il se borna à se plaindre, parce qu’il n'osait pas arracher à ses frères leur part de l’héritage paternel ; mais en 1068, dès qu’elle fut morte, il rassembla une puissante armée. Le roi de Léon, don Alphonse, riui se trouvait le plus menacé , appela aussi ses sujets sous les armes, et réclama le secours de son frère le roi de Galice, qui lui envoya quelques troupes. Le 19 juillet 1068, les deux armées de Léon et de Castille se rencontrèrent près d’un endroit appelé LIantada. Après un combat où la victoire fut longtemps disputée, l’armée d’Alphonse fut mise en fuite et obligée de chercher un asile dans la ville de Léon. Cependant cet avantage avait, sans doute, été bien chèrement payé par Sancho , car il n’en tira aucun profit : il ne poursuivit pas sa victoire, et deux années se passèrent sans nouvelle tentative de sa part. En 1070, les deux frères recommencèrent la guerre, et leurs armées se rencontrèrent sur les bords du Carrion, dans un lieu appelé Golpejara (*j. Le roi don Sancho et ses Castillans furent mis en fuite. Don Alphonse, plein d'humanité, et voulant épargner le sang chrétien , défendit à
(*) Suivant l’archevêque don Rodrigue, V ul|)cculana, la renardière.
ses troupes de poursuivre les vaincus.
Sa bonté lui fit ainsi commettre une faute, qu’il ne tarda pas à expier. Dans l’armée vaincue se trouvait le capitaine Rodrigue Diaz de Bivar, plus fameux sous le surnom du Cid. Il rallia pendant la nuit une partie des fugitifs, et pensant que les vainqueurs devaient être tranquilles et sans méfiance , dès le point du jour il se jeta sur leur camp , et les ayant surpris plongés dans le sommeil , il en fit un grand carnage et les mit facilement en déroute. Alphonse, qui s’était réfugié dans une église, y fut pris et conduit à Burgos. Dès que donaUrraca connut cette nouvelle, elle vint s’entremettre entre ses deux frères. Elle obtint par ses instances que Sancho laisserait la vie à don Alphonse ; mais cette concession lui fut accordée à la condition seulement que ce prince se ferait moine. On renterma donc le vaincu dans le monastère de Sabagun , situé sur le bord de la Céa.
Don Sancho, non content de s’étre emparé du royaume de Léon , entra dans la Galice pour se rendre maître des États de don Garcia. Celui-ci, d’un esprit violent et tyrannique, s’était aliéné l’esprit de ses sujets ; aussi ne put-il faire aucune résistance. Il fut obligé de prendre la fuite à la tête d’un corps de trois cents cavaliers , et il se réfugia en Portugal chez les Maures, auxquels il demanda des secours ; mais ils refusèrent d’embrasser sa cause. Il rentra donc dans ses anciens domaines , et étant parvenu à réunir une petite armée, il se mit à courir le pays. Sancho s’attacha aussitôt à sa poursuite. Il le rejoignit, l’attaqua, battit les troupes qui l’accompagnaient, le fit prisonnier, et le renferma en Galice, dans le château de Luna.
Mais, au bout de quelque temps de captivité, don Garcia parvint à s'échapper, et se retira dans les États de Ben- Abêd , roi de Séville.
De son côté, don Alphonse, reclus bien contre son gré dans le monastère de Sahagun , parvint , avec l’aide de trois frères de la famille des Ansurez, à sortir de ce couvent. Il
gagna les terres des Maures, et demanda un asile au roi deTolède, Yahya- Al-Mamoun, qui lui fit raecueilieplus gracieux. Ce prince lui donna pour résidence une maison voisine de son palais. Alphonse était prudent, modeste, libéral. Ses manières étaient pleines de charme, en sorte qu’il eut bientôt gagné l’affection de tous ceux qui le voyaient; il obtint facilement la permission de garder avec lui non-seulement Pedro, Gonçalo et Fernand-Ansiirez , (|ue sa sœur Urraca avait attachés a sa personne, comme compagnons et comme conseillers, mais encore bien d'autres Espagnols , qui , fidèles même dans la mauvaise fortune, vinrent le rejoindre à Tolède. Al-Mamoun les aecueillit tous avec générosité; et, pour qu’ils pussent vivre sans être à charge à son hôte, il leur assigna des grades dans son armée; il les prit tous à sa solde et les employa dans les guerres qu’il faisait contre les autres Maures. Quand la guerre cessait, le prince exilé passait son temps à chasser. Pour la commodité de ses veneurs, il avait construit, au milieu des bois, un rendez-vous de chasse qui s’est accru avec le temps , et qui est devenu la ville de Brihuega. Al- Mamoun se plaisait beaucoup dans sa société. Un jour, qu’ils avaient été se récréer ensemble dans un jardin de plaisance , situé hors de la ville, sur les bords du Tage, Alphonse s’endormit à l’ombre de quelques arbustes. Le hasard voulut que le roi vînt, avec ses courtisans, s’asseoir de l’autre côté du buisson. Leur conversation tomba sur la forte position de la ville de Tolède, et sur l’impossibilité de l’enlever de vive force. Un des Maures, plus expérimenté que les autres, dit qu’il étaitcependant un moyen infaillible de. se rendre maître de la ville ; qu’il suffisait, pour cela, de ravager pendant sept ans ses environs ; d’y détruire les récoltes et les moissons, de manière à ce que les habitants ne pussent pas se procurer de vivres.
Alphonse, qui s’était éveillé, n’avait pas perdu un mot de cette conversation ; mais il feignait de continuer à
dormir. Quand le roi vit gue le prince chrétien était couché près de là , il craignit qu’il n’eût entendu ce qui venait d’être dit , et qu’il ne fût tenté de faire usage quelque jour du moyen de prendre Tolede , qui venait de lui être révéle. Il voulut aonc vérifier s’il dormait; et, pour cela, il lui versa du , plomb fondu dans la main. Mais Alphonse supporta cette épreuve sans sourciller. Le plomb fondu coula entre ses doigts sans v laisser de trace ; c’est ce qui lui fit donner le surnom d’Alphonse à la main trouée. Voilà , dit Mariana , des bavardages et des contes de nourrices ; car, eussiez-vous un sommeil aussi dur que celui d’Épiménide, la douleur que .vous causerait le contact du plomb fondu ne pourrait manquer de vous éveiller. Il faut plutôt croire que ce nom d’Alphonse à la main trouée lui fut donné à raison de sa libéralité.
Les historiens racontent encore une autre circonstance du séjour d’Alphonse à Tolède. Un jour, disent-ils, que ce prince se trouvait à côté d’AI- Mamoun , ses cheveux se hérissèrent.
Ce fut en vain que le roi les lui abattit plusieurs fois; ils se relevèrent toujours. Les Maures, grands partisans des augures et de la divination, prétendirent que cela signifiait qu’un jour Alphonse s'emparerait de la couronne de Tolède. Ils conseiilaientauroi de lefaire mourir. Mais Al-Mamoun était d’un caractère humain; il aimait Alphonse, et ne pouvait croire que celui-ci voulût jamais rien entreprendre contre les lois de l’hospitalité. Il était persuadé d’ailleurs qu’on chercherait en vain à empêcher l’accomplissement des décrets de la Providence. Il se contenta donc de demander à Alphonse la promesse qu’il resterait toujours son allié, et que jamais il n’entreprendrait rien contre lui.
Pendant que le roi de Léon passait ainsi son temps réfugié à Tolède , Sancho le Fort, que ses succès rendaient plus fier et plus ambitieux , pensait qu’il n’avait rien fait tant qu’il n’avait pas mis la main sur la totalité des Etats que Ferdinand son père avait possé-
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dég. U résolut üone -de dépouiller ses deux sœurs, Elvire et Urraca , des tits apanages qui leur avaient été laissés. Il eut bientôt enlevé la ville de Toro, qui appartenait à Elvire. Il n'en fut pas de même de celle de Zaïnora, que sa position entre le Duero et la Esla rend d’une bien plus grande importance. Alphonse V en avait soigneusement relevé les muriiilles ruinées par Al-Manzor; et doiia Erraea avait confié le soiu.de la défendre à Ari.is Gonçalo, vieux capitaine renvpli d'expérience et de valeur. Les attaques tentées par Sancbo pour emporter la place de live force avaient toutes été vigoureusement repoussées.
Il résolut donc de la prendre par famine. Les habitants commençaient déjà à souffrir beaucoup des inconvénients du siège, lorsqu'un nommé Vellido Dolfos, ou Vellido Ataiilfe, sortit de la ville sans dire quel était son projet , mais en promettant de forcer les assaillants à se retirer.
Il *e ipnéseiita dans le cara|) de Saneho, en disant qu'il avait été chassé delà ville, où l’on avait voulu le massacrer parce qu’il avait ouwrt l’avis de se rendre; mais qu’il montrerait au roi une poterne dont oo négligeait la garde, et par laquelle il était facile de pénétrer dans la ville. Sancbo, plein de confiance CB sa force et en son ad resse , sortit de son cainp seul avec Vellido Dolfos, pour aller reconnattre la partie des remparts qui loi éta it signalée. M a is, dans le moment où il se méfiait le moins de ce transfuge, celui-ci le tua par derrière d’un coup de javeline , et se sauva en courant pour gagner la porte de la ville qui lui fut ouverte. Le Cid et plusieurs autres clievaliers de l’armée de Sancbo se mirerrt à la poursuite du meurtrier; mais les portes (le la ville se refermèrent derrière lui, au moment où ils allaieitt l’atteindre.
Aussitôt que la nouvelle de cette mort ,se fut répandue dans le eamp, les .soldats qni venaient de la Galice et del.éon commencèrent à s>n retourner chez eux. îl n’en fut pas de même des Castillans, qui étaient lesva.ssatix
naturels du roi Sancbo , et qui se regardaient comme engagés à plus de fidélité envers sa mé^uoire. Une partie d’entre eux porta le corps de doa Sancbo jusqu'au monastère d’Ona , où la sépulture lui fut donnée. Les autres continuèrent le siège, accusant tous les habitants de Zamora de félonie et (le trahison. Ils menaçaient de raser la ville et de tuer tous ceux qui y demeuraient. Don Diego Ordoftez, de la maison de Lara , un des phs vigoureux et des plus adroits chevaliers de la Castille, se présenta près de la ville, couvert de son armure et monté sur son cour.sier de bataille ; puis, ayant gagné un endroit ekvé pour qu'em püt mieux l’eatendre, il se mité reprocher à la ville de Zamora l’assassinat du roi, a^qaelaiit en champ clos la ville tout entière, et l’accusant (ie félonie. C’était un usage reçu en Castille, que relui qni jetait son gage de bataille a une ville, en la déliant pour cause de félonie, devait combnltre sneoessivetnent (Mntre cinq champions. Arias Gonçalo et ses trois fils Pédro, Diego «t Itodrigo, sortirent pour répondre à l’accusation. Les trcrisfilsd’Arias Gonçalo furent tués. Cependant le troisième, quoique blessé à mort, en voulant porter un coup de sabre au Casiilhm , atteignit le cheval dont il coupa la fcride-, si bien que le coiirsitsr, épouvanté, emporta hors de la lice Diego Ordonez , qui , des lors, aux termes des lois sur les duels, défis et gages de bataille, devait être considéré comme vaincu . C’est ain.si que fut purgée l’accusation de félonie portée contre Zamora, Tout ceci, continue Mariana, ressemble moins à la vérité qu'à nos antiques roinanoes de chevalerie. Cette réflexion n’est pas entièrement juste ; ce défi et cette manière de prouver son innocence sont parfaitement dans les mœurs de l’époque. C’est bien là ce caractère batailleur et chevaleresque du moyen âM,'dont H reste encore quelques faibles traces dans les habitudes espagnoles. Mais ce (foi doit faire considérer le fait comme apocryphe , c'est que la crmséquenee qu’on en tire est contraire aux principes qui.
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à cette époque, résrlaient le duel judiciaire. Alphonse VIII, qui , plus tard, n’a fait que recueillir les usaqes consacrés par la tradition , s’exprime ainsi dans son Ftiero real (*) :
« Li s témoins nommés par le roi « doivent conduire les combattants au € lieu qu’il a désigné, et leur montrer «toutes le.s bornes de la lice, afin B qu’ils connaissent bien le champ dont
• ils ne peuvent sortir, à moins que le « roi ou les témoins ne l’ordonnent^ « et de la manière seulement qu’ils le « prescriraient; car, si l’un d’eux sort
• de la lice par sa volonté ou par la « force de l’autre combattant, il est « vaincu.
« Cependant , s'il ne sort que par la «faute de son cheval, ou parce que « ses rênes sont rompues , ou par quel- « que autre accident involontaire, et sans y être contraint par la force de « son ennemi , il n’est pas considéré «comme vaincu, pourvu que, soit à « pied , soit ,i cheval , il rentre dans la « lice sitôt que cela est possible. « .\itisi , Jamais un chevalier n’a pu être considéré comme vaincu, parce que la bride de son cbeval a été coupée, et le chroniqueur qui a inventé ce conte était probablement quelque moine peu au fait des lois de la chevalerie.
Urraca s’empressa d’envoyer un
(*) Fiiero real de Aloiizo VIII, libro IV, lit. ar, livre IX.
Los fieles puestos por el rey ban de meler el reptador y et replado en cl plazo que fuere puesto por el rcy, o por qiiien el mandare e linn de les nioslrar los iRojoncs todos del plazo, o porqiic sepan c eiltcndan bien su plazo de que no ban de salir sino qnando les inandaren e coino les manilaren el rey salir o los (ioles, ca qnalqnii’r di lliK que sin inandado de! rcy o de los lielcs sabei'C dcl plazo por su voluutad o por fuci ça del otro combalidor es veneido.
Pvro si por lualdad dél eairallo o por rienda qiiebrada o por otra orrasion manifiesla, segnn bien visla de los fieles eonira su vo’unlad e non por fuerça del oiro eombalidor salierp del plazo, si liiego que pudiere, de eavallo o de pie lornare al plazo, no sea veucidu por lal salida.
messager à son frère pour le prévenir de la mort de Sancho, et pour lui dire qu’un grand nombre de seigneurs lui offraient la couronne. Alphonse pouvait craindre que le roi maure ne fût tenté (le le retenir. Cependant U aima mieux se confier à lui que de chercher à s’échapper, et à l'onner une semblable marque de méfiance contre le souverain qui l’avait si gracieusement accueilli. Celui-ci avait déjà été averti des événements qui s’étaient passés près de Zamora. Il fut touché delà franchise d’Alphonse, et pour le lui prouver, H raccompagna lui-même jusqu'à la limite de ses États. Il lui demanda seulement de rester toujours sincèrement son ami et celui d’Hescham, son fils.
Alphonse en fit le serment.
Lorsqu’il se présenta dans le royaume de Léon, les habitants n’hésitèrent pas à le reconnaître pour roi. Il éprouva plus de difficulté pour la Galice. Garcia était réfugié chez lien Abêd , roi de Séville. À la nouvelle de la mort de Sancho, il s'empressa d’accourir. C'était un esprit remuant qui pouvait encore mettre le trouble dans le royaume; mais il se rendit imprudemment à Léon, où Alphonse le fit arrêter et renfermer dans une prison , où il resta jusqu’à la fin de ses jours.
La Castille était le seul des États de son père dont il ne fût pas encore en possession. Alphonse se rendit à Burgos , où les Castillans consentirent à le reconnaître pour roi , à condition qu'il jurerait, en termes non ambigus, que non- seulement il n’avait pas participé à la mort de son frère, mais encore qu’il ne l’avait préparée en aucune manière. Tous les seigneurs présents hésitaient à faire connaître cette décision à Alphonse, et à lui demander le serment qu’on exigeait de lui. Le Cid seul osa se charger de cette mission délicate. Ce fut, dit-on, la cause de la dtTaveur avec laquelle Alphonse le traita par la suite. L’année 1073 commençait lorsque Alphonse fut proclamé roi de Castille. Il avait alors trente - sept ans. Nous avons vu que sa libéralité lui avait mérité le surnom d’Alphonse à la Main trouée.
L’UNIVF.RS.
Son courage et son adresse dans les combats lui valurent aussi le titre d’Alphonse le Brave.