ALPHONSE
Le Cid est un de ces héros que le peuple prend en passion , qu’il se plaît a parer de toutes les qualités, de toutes les vertus du guerrier ; c’est une de CCS grandes figures qui font le sujet des chants nationaux. On associe au récit de hauts faits véritables les circonstances les plus fabuleuses et les traditions les plus extravagantes; et quand l’historien cherche la vérité au milieu de ce mélange de mensonge et de réalité , il manque de guide pour discerner ce qui appartient sérieusement à l’histoire. Aussi quelquefois , pour sortir d’emharras, il nie complètement l’existence de celui que les refrains populaires ont célébré. C’est ainsi que Masdeu en agit avec le Cid Campeador. Il n’admet pas que ce héros ait vécu. D’autres historiens moins hardis ne vont pas jusqu’à nier entièrement l’existence de ce fameux capitaine; mais ils s’appliquent à prendre le contre-pied des traditions reçues : ils ne font plus qu’un chef de bandits de celui qu’on représente comme le modèle de toutes les vertus chevaleresques. Quant à nous qui n’avons pas la prétention de ne rapporter que des choses vraies, qui nous bornons à raconter les croyances espagnoles sans les critiquer, nous répéterons ce que nous trouvons d’intéres.sant parmi les faits qui lui sont attribués, et le lecteur saura bien faire la distinction de ce qui peut appartenir h l’histoire ou de ce qui rentre dans le domaine des romances.
Pendant le temps de l’occupation arabe, le titre de cid, ou plutôt de cidi, qui signifie seigneur, a été porté en Espagne par plus d’un chrétien.
C’est peut-être une des causes qui ont jeté tant d’obscurité et tant de confu- ■ sion dans les récits. On a probablement attribué à un seul homme ce qui n’a été exécuté que par plusieurs.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’on parle du Cid maintenant, on entend toujours parler de Rodrigo-Diaz , ou, suivant une contraction populaire, Ruy-Diaz, c’est-à-dire Rodrigo, fils de Diego. Il était né à Bivar, château situé à deux lieues environ de Burgos. Il descendait de Laïn-Calvo, le plus jeune des deux juges auxquels, du temps de Froïla, les Castillans avaient confié l’administration de leur pays(‘).
Son père, Diego Lainez, ayant été frappé au visage par le comte Lozano Gomez de Gormaz, un des seigneurs les plus vaillants de la cour de Ferdinand P', et ne se sentant plus , à cause de sa vieillesse, la force de tirer luimême vengeance de l’insulte qu’il avait reçue, lui remit le soin de son honneur. Rodrigo, encore jeune, prit la vieille épée de Mudarra le Castillan , qui était suspendue à la muraille; il alla provoquer le comte de Gormaz, le comoattit et le tua.
Ximena , fille du comte de Gormaz , alla demander justice au roi Ferdinand , non de la mort de son père , car la mort donnée dans un combat loyal ne pouvait à cette époque faire la matière d’une plainte légitime; mais elle accusait Ruy-Diaz de profiter de ce qu’elle était orpheline pour l’insulter.
(*) Voici sa généalogie telle que la donne Mariana ;
Laïn-Calvo eut pour femme Nuna-Bella.
De ce mariage naquit Fcrnand-Nuûo, marié à Egilona.
Leur üls fut Laïn-Nuûez, père de Diego- Lainez qui épousa Thereza-Nuûa. lis eurent pour fiU Rodrigo-Dias ou Ruy-Diaz, surnommé le cid Campeador. Celui - ci épousa doua Ximena. Ils eurent un fils, Dicgo-Rodrjgucz , qui mourut du vivant de son père, et deux tilles, doua Elvira et doua Sol , mariées d'abord aux infants de Carrion; puis, en secondes noces, dofia Elvira avec don Ramirc, fils de Sanclio-Garcia, roi de Navarre, et doua Sol avec don Pedro, fils du roi d’Aragon.
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«Chaque jour, disait-elle, il vient avec son milan sur le poing, et pour me faire outrage, il le repaît aux dépens de mon colombier; il tue les colombes que j’élève. Elles sont venues mourantes tomber près de moi, et leur sang a souillé mon tablier. Je l’ai fait dire à Ruy-Diaz. Il a répondu par des menaces. Le roi qui laisse outrager l’orpheline et qui ne fait pas justice n’est pas digne de régner. »
Ferdinand se trouva fort embarrassé; car Ruy-Diaz, voulant prouver sa valeur non-seulement aux dépens des ennemis de saYamilIc, mais encore deceux de l’État, avait déjà vaincu cinq rois maures, et les avait faits prisonniers; lorsque plus tard il les avait mis généreusement en liberté, ceux-ci s’étaient reconnus ses tributaires et l’avaient déclaré leur cid. Ferdinand ne pouvait pas priver sa couronne de l’appui d’un semblable guerrier. Pour éteindre les inimitiés qui existaient entre la maison de^Gormaz et celle de Lainez, il n’était qu’un moyen, c’était de les allier; aussi le roi ne trouva-til pas de meilleur expédient que de marier Chiinène et le Cid.
Un des premiers exploits du Cid fut encore un combat en champ clos. Des difficultés s’étant élevées entre don Ferdinand et don Ramire, roi d’Aragon, au sujet de la possession de Calahorra qui venait d’être enlevéê aux Maures , les deux frères convinrent qu’ils ehoisiraient chacun un chevalier, et que celui dont le champion serait vainqueur resterait maître de la cité contestée. Martin Gomez combattit pourl’Aragon, leCid défendit les droits de Ferdinand. Il tua son adversaire et la ville fut adjugée à la Castille.
A cette époque, Henri II était empereur d’Allemagne. La prétention qu’il éleva d’étendre sa souveraineté sur l’Espagne, ancienne province de l’empire d’üccident , donna encore au Cid l’occasion de se signaler. Les historiens espagnols, mais il faut avouer qu’ils sont seuls à parler de ce fait, racontent que le pape Victor II avait réuni un concile a F'Iorence , dans le but de réformer la discipline ecclésias-
tique. Des ambassadeurs de l’Empereur vinrent s’y plaindre de ce que nonseulement l’Espagne ne lui rendait pas foi et hommage, mais encore de ce que des rois espagnols s’arrogeaient le titre d’empereurque lui seul avait le droit de porter (*). I.e pape embrassa dans le concile le parti de Henri II, et on envoya des députés à Ferdinand, pour lui enjoindre, sous peine d'excommunication, de quitter le titre d’empereur et de reconnaître la suzeraineté de l’empire d’Allemagne.
Ferdinand rassembla les cortès de Léon et de Castille, afin qu’elles délibérassent sur cette affaire. Dans la crainte d’attirer sur ses États un puissant ennemi, le roi se montrait d’avis de céder aux prétentions de Henri IL Le Cid s’y opposa vivement : il soutint que ce serait compromettre grandement l’honneur et la liberté de l’Espagne ; il parvint à faire prévaloir son sentiment. On envoya donc au pape une ambassade, dont les principaux personnages furent don Alvar-Fanez de Minaya et un comte qui , comme le Cid , portait le nom de don Rodrigue.
Pour appuyer les négociations, on leva une armée , qui passa les Pyrénées sous la conduite du Cid , et nui s’établit dans les environs de Toulouse. Le pape envoya de nouveaux légats. On négocia dans la ville de Toulouse ; les prétentions de l’empereur allemand furent abandonnées, et l’Espagne dut à la fermeté du Cid de conserver sa liberté intacte.
Quand Ferdinand fut mort, don Sancho le Fort n’eut pas de serviteur plus fidèle que le Cid. Ce capitaine l’accompagna à la bataille de Golpejara : ce fut lui qui ramena la victoire du coté des Castillans. Enfin il était au camp devant Zamora quand Sancho y fut tué. Il poursuivit ’Fellido Dolfos, et il allait le frapper de sa lance quand les portes de la ville, en se refermant,
(*) Sancho le Grand , et Ferdinand luiidème, lorsqu'il eut, par la mort de Bcrmude , réuni les royaumes de Léon et de Castille, avaient pris quelquefois le litre d’empereur.
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L’UNIVKRS.
empéclièrrnt qu'il ne pût l’atteiniîre.
Enfin , on a vu (jti’il avait éié rhargé de demander au roi Alphonse le Brave de jurer qu'il n'avait été pour rien dans la mort de son frère.
Pendant les premières années du règne d’Alphonse, le Cid fil la guerre au.T Maures de l’Andalousie; mais l’histoire de ees expéditions est entourée de trop d’obscurité |rour qu’on puisse dire d'une manière certaine contre quel prince il tourna ses armes.
Elles furent, au reste, toujours victorieuses, et le talent qu’il déploya dans la conduite de son armée lui valut le glorieux surnom de Campeacfor, ce qui ne signifie pas, comme le dit Muller dans sa Vie du Cid , le héron sans égaU mais birti le conducteur du camp, campi ductor. On le vantait comme le capitaine qui savait le mieux l’art de cotuiuireune année; on l’appelait til-Campeador, le plus habile en castramétation , comme de nos jours Napoléon disait du général Lobau :
« C’est le premier manoeuvrier de France. »
Les succès du Cid excitèrent l’envie; Pt comme il ne reçut pas à la cour d'Alphonse l'accueil qu’il espérait, il se retira à la campagne, sous le prétexte de soigner .sa santé chancelante, mais en réalité pour laisser à la haine de ses ennemis le temps de .se calmer. Pendant qn’il vivait ainsi dans la retraite, les Maures du royaume de Saragftsse entrèrent sur les terres de Castille, et poussèrent leurs ravages jusqu'auprès de Saint-Étienne de Gormaz. Le Cid rassembla en toute hâte quelques troupes, se mit a la poursuite des pillards et les repoussa jusque dans leur pays; ensuite, au lieu d'entrer sur le territoire de Saragosse, il se jela à droite et se mit à courir la campagne du royaume de Tolède, portant la dévastation jusque sous les murailles de la capitale. Il fit plus de sept mille prisonniers, et revint chargé de butin.
Al-Mamoun se plaignit de cette violation de la paix jurée, et don Alplwnse ayant réuni les grands du royaume pour leur soumettre cette plainte , on
condamna le Cid à l’exil. On ae lui laissa que neuf jours pour sortir de la Castille. Le. Ckl obéit à l’ordre qiiî lui était donné; mais H manquait de l'argent nécessaire pour solder trois cents chevaliers qui suivaient sa fortune. Ne sachant comment s’en procurer , il eut recours , suivant fe poème qui a célébré ses hauts faits , à un expéilient qui chez nous conduirait son auteur bien près de la |70lice eorrectionnelle. Il remplit deux coffres de sable, les lit soigneusement fernter et les envoya chez deux juifs , leur affirmant qu’ils étaient remplis de bijoux précieux. Il les leur laissa en gage pour une somme d’or qu’ils lui prêtèrent. Il recommanda sa femme et ses enfants à l’abbé de Saint-Pierre de Cardena , monastère pour lequel il eut pendant toute sa vie beaucoup de dévotion. li partit ensuite pour son exil, enleva aux Maures le cltâteau d’Alcozer, trèsfort par sa position sur une roche escarpée, non loin de Calatayud et d’Alharaa. De cet endroit il faisait des courses sur les terres voisines; il bat tit même deux capitaines que le roi de Valence envoyait pour mettre fin à ses ravages. Le butin qu’il ramassa en toutes ces rencontres fut si considérable, que non-seulement il paya les dettes qu’il avait contractées (*), mais qu’il put envoyer en présent au roi don Alphonse trente clievaiix de choix, avec autant de cimeterres suspendus à l’arçon de la selle, et trente esclaves maures richement vêtus , cliargés de les conduire. Le roi remercia le Cid de ce présent, mais, dans la crainte de mécontenter AI-5lainoun, il ne crut pas devoir le rappeler de l’exil; néanmoins il permit à tous ceux de ses sujets qui voulaient combattre sous les ordres du Cid d'aller le rejoindre. Il trouvait ainsi en même teuips le moyen d’honorer ce Itrave (tapit. line et lie débarrasser le royaume d’une foule d’esprits remuants, qui, élevés dans le.s armes, ne pouvaient s'accoutumer au repos.
(*) On nmntre encore dans la ralbédraTe de lînrgos deux cuffi es. Ce .sont , dit-on , ceux que le Cid avait donnés en gage.
AI|ihoi)se , cependant , ne resta pas longtemps en paix avec les Maures. La guatriènie année de son règne, la 469° de l’hégire (1077 de Jésus-Christ), la guerre ayant éclaté entre Al-Mamoiin de Tolède et Mohaiwmed-Ben-Abèd, il marcha au secours de celui q:ii lui avait si généreusement accordé l'hospitalité. Al-Mamoun, avec l’aide des chrétienis, s’empara du royaume de Murcie, dont le roi était l’allié et presque le sujet de Ben-Abêd. Il prit ensuite avec la même rapidité Médina, Al- Zahra, Cordoue . et l’un des lils de Mohammed-Ben-Abéd fut tué dans cette dernière ville. Enfin le vaimpieur arriva devant Séville avant que les liabitants fussent prévenus de son approche. Il .s'en remlit maître; mais ce fut là le terme de ses succès. Ben-Abéd avait rallié son année dans les environs de Jaen. Les forces d’AI-Manwun, au contraire, se trouvaient disséminées dans tout le pays qu’il venait de conquérir. Il les attaqua, et reprit tous ses États aussi promptement qu’il les avait perdus. Il vint à son tour attaquer Séville. Al-Mamoun s’y trouvait alors retenu par une maladie, dont il monrnt dans le co<irant du mois de dsuikada 469 (Juin, 1077 de J. C.), le jour même où Ben-Abéd commençait le siège. Soit que cette mort e.ilt jeté le découragement parmi ses soldats , soit que son armée ne se trouvât pas assez forte pour se maintenir àSéville, elle abandonna cette conquête, mais elle se retira eu bon ordre, et Alphonse VI s’empara pour son propre compte de la ville de Coria, qu’il conserva.
Al-Mamoun avait laissé pmtr successeur son jetme fils Hescham , surnommé El-Kader-Ri'llahy le Fort avec Faide de Dieu. Ce prince ne survécut à son père ((ne d’une année et quelques mois. Il fut remplacé sur le trône par son jeune frère Yaliya, qui n’avait aucune des vertus d’Al-Mainoun. Il était lâche et sanguinaire, prodigue et débauché. Ses actes de luxure et de cruauté Purent bientôt soulevé contre h)» tant de haine, qu’une partie des liabitHHts de Tolède vint prier Alphonse
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de les. délivrer du tyraa sous lequel ils gémissaient Ils proiuirentdle faire tons leurs efforts pour lui faciliter l’entrée de la ville. D'un autre côté, Bai-Abêd, dont l’ambition ctait insatiable, avait, comme 04i l'a vu, promptement réparé ses désastres. Il s’était emparé des royaupiies de Murcie et de Malaga. Ces conquêtes avaient considérablement augmenté sa puissance. Il ne voyait que le roi de Tolede ou celui de Castille et de Léon qui pussent lui porter ombrage : il chercha donc à détruire au moins l’un de ces deux rivaux. Il fit une alliance avec, le roi de Castille pour la ruine de Tolède, et pour cimenter encore davantage cette union, il lui offrit pour femme Zaïda, sa fille. Alpltouse, quokpie déjà marié, accepta ees propositions; il reçut les villes qui lui étaient données pour dot de la fille de Ben-Alpéd, et après a^ir réuni dans toutes les parties de ses Etats une nom bretise armée , il commença la guerre contre le royaume de l'olèue. Bien des auteurs ont présenté sa conduite comme le résultat d’une noire ingratitude; cependant le roi clrrélieii s’était montré fidèle au pacte d’amitié coneluavcc Jl Mamovn et avec IJescham.
En Espagne, à cette époque, les traités se faisjiient de prince à prince et non pas d’État à État; les princes vis-àvis desquels il avait pris des engagements n’existaient plus : il était donc entièrement libre, et d’ailleurs, il na faut pas perdre de vue qu’il était appelé par une partie de la population. Pendant quatre années il ne cessa de ravager le pays : il s'empara successivement de toutes les places voisines ; enfin, au comntencement de l’année 1085, il vint commencer le siège de Tolède. Cette ville, donttoutes lescommunications étaient coupées depuis longtemps , dont les environs avaient été dévastés pendant quatre années, se trouvait mal garnie de vivres , et ta famine ne tarda pas à s’y faire sentir. Yahya ne pouvait plus espérer de secours. L’émir de Badajoz, qui avait tenté de faire lever le siège, avait été repoussé par les chrétiens. Le roi deSaragosse avait bien assez de se défendre
L’UIHIVERS.
chez lui , pressé qu’il était par les Catalans , par les Araaonais et par le Cid. Réduit h ses seules ressources, le roi de Tolède fit proposer à Alphonse de se reconnaître son tributaire , s’il voulait lui accorder la paix. Celui-ci répondit que plus tôt il eût pu accepter ces conditions; mais que les choses en étaient venues à un tel point que maintenant la reddition de la place était le seul arrangement auquel il pût prêter l’oreille. Alors le petit nombre de guerriers que renfermait la place résolut de se dféfendre jusqu’à la dernière extrémité : ils repoussèrent avec valeur lesassautsquichaquejour étaient livrés à la place. Alphonse lit cesser ces attaques jnutiles , et se contenta de serrer la ville plus étroitement. Enfin la famine devint telle, que les assiégés offrirent de se rendre, à condition que les musulmans qui voudraient quitter Tolède seraient libres d’en sortir en emportant tous leurs biens ; que ceux qui préféreraient y rester • conserveraient toutes leurs propriétés ; qu’ils auraient le libre exercice de leur culte , et que pour en célébrer les cérémonies iis garderaient la mosquée principale dont ils étaient en possession; qu’ils ne payeraient d’autres impôts que ceux qu’ils payaient à leurs rois; qu’ils auraient enfin des Juges de leur nation et de leur croyance pour décider leurs différends, d’après leurs lois et leurs coutumes.
Ces conditions ayant été acceptées , Yahya sortit de la ville pour se réfugier à Valence, et le roi Alphonse entra dans Tolède le 27 mubarrem de l’annce 478 de l’hégire, c'est-à-dire le dimanche 25 mai 1085 de .Îésus-Christ, jour de la fête de saint Urbain, pape et martyr. C’est de ce point qu’Alphonse gouverna par la suite, et Tolède devint la capitale de la partie chrétienne de l’Espagne, après être restée à peu près trois cent soixante-quatorze années entre les mains des Maures. Cette conquête était d’une immense importance. Cette cité, placée au centre de la Péninsule , était l’ancienne ville royale des Goths.
Elle s'élève, ditBowles sur un ro-
cher de trois lieues environ de circonférence, formé en entier de cette pierre rise appelée berroquena, qui s’avance ans le lit du Tage, en sorte que la ville est de trois côtés entourée par les eaux du fleuve, au levant, au midi et à l’ouest. Le Tage qui, à Aranjuez, coule à peu près au niveau des plaines environnantes, est à Tolède encaissé à une profondeur considérable, et ce n'est pas sans étonnement que l’œil mesure la hauteur des ponts qui sont jetés d'une rive à l’autre, et dont iin n’a cependant qu'une seule arche : c’est celui qu| a conservé le nom arabe A'al Cavtara, le pont. Le bloc immense de berroquena sur lequel la ville est assise forme plusieurs collines; il est de presque tous les côtés escarpé et d’un abord difficile, ce qui à fait dire à Tite-Live que cette ville était fortifiée par sa seule position , munila loco ; mais aussi, construite sur une roclie aride, elle manque de fontaines, et les habitants n’ont d'autre eau que celle qu’ils recueillent dans des citernes. Les rues sont étroites, sinueuses et souvent d’une pente très-rapide. Ce sont les inconvénients de sa situation; néanmoins cette ville a dans tous les temps paru si importante aux Espagnols , qu’avec cette exagération qui leur est propre, « ils font, à ce que rapporte un écrivain français, passer leur méridien par Tolède, parce qu’ils disent qu’Adam a été le premier roi d’Espagne, et que Dieu, au moment de la création , a mis le soleil sur leur ancienne ville de Tolède. »
LES FEllMeS d’aLPBONSE LE BRAVE. IK-
TRODUCTlOir DU MISSEL ROMAIN EK ES- PAGNE. MORT DE SANCUO GARCES DE