‹ Espagne (volume 3)Chapitre 55 sur 75 · QUE II · texte numérisé non relu

QUE II

Dès que les défenseurs de Tolède furent instruits de la mort de don Pedro, ils ouvrirent leurs portes aux assiégeants, et se mirent à la merci de don Enrique. Le vainqueur fut reconnu pour souverain par la plus grande partie des villes du royaume. Cependant les événements de Montiel n’aplanirent pas toutes les difficultés. Les États voisins cherchèrent à profiter des embarras qui accompagnent l’établissement d’un nouveau roi ; mais don Enrique sut faire face en même temps à tou.s les ennemis. Charles de INavarre s’était emparé de Logrono et de plusieurs villes voisines; Molina, Canete, Requena, avaient été livrées au roi d’Aragon par les officiers à qui la garde en avait été confiée. Les Maures, toujours prêts à profiter des dissensions qui troublaient les États chrétiens, ravagèrent pendant deux années les frontières de l’Andalousie. En 1370, ils reprirent la ville d’Algéciraz, qui était mal défendue, et, comme ils ne se sentaient pas assez puissants pour la conserver, ils la ruinèrent et ils en rasèrent les murailles. Cette perte fit éprouver un grand chagrin à don Enrique, et il eût bien voulu en tirer vengeance; mais il avait d’autres ennemis à combattre. Il fit donc de nouveau demander une trêve au roi de Grenade. Le maître de Saint-Jacques, don Gonzalo Mexia, et Pedro Moniz, maître de Calatrava, qui conduisirent cette négociation , déterminèrent , à la fin de l’année 1370, Mohammed à accorder la paix.

Délivré des inquiétudes que les Maures lui avaient inspirées, don Enrique se trouva plus à même de faire face aux attaques qui lui venaient du côté du Portugal. Le roi don Ferdinand prétendait avoir droit au trône de Cas-

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tille, eoiAine 8etil descendant légitime du roi de Castille, don Sancho IV, son bisaïeul (*)'.

Il était appuyé dans ses prétentions par tous les mécontents ; car tous ceux qui avaient reçu des faveurs de don Pedro, ou qui, par sa mort, avaient perdu quelque charge ou quelque avantage , favorisaient les adversaires de don Enrique. Les Portugais s'étalent emparés de Ciudad Rodrigo, d’où ils faisaient des courses sur les terres de Castille, pillant les campagnes, incendiant les villages. Don Enrique, pour mettre un terme à ces dévastations , avait été, dans les premiers jours de 1370, assiéger cette ville; mais il l’avait trouvée mieux défendue qu’il ne l’avait espéré. Le siège avait traîné en longueur, et les pluies abondantes qui accompagnèrent le commencement de cette année l’avaient contraint à abandonner cette entreprise. Il se retira à Médina del Campo, et les cortès, qu'il réunit dans cette ville, lui accordèrent des subsides pour l'aider à achever le payement de ce qui était dû aux troupes étrangères, afin de pouvoir les congédier. Du Guesclin reçut pour lui seul 120,000 doubles d’or, indépendamment des seigneuries de ^ria, d’Almazan, d’Atiença , de Montagudo et de Seron, qui lui furent données, et qu’il revendit au roi don Enriaue, en 1374, moyennant 240,000 doubles d’or. C’étaient des sommes immenses pour cette époque ; mais on ne pouvait -acheter assez cher les secours d’un guerrier qui était l’arbitre de la paix et de la guerre. Ainsi , au moment où don Enrique fut obligé de se priver des services de du Guesclin , le roi d’Aragon, qui avait la guerre à soutenir eu Sardaigne, négociait avec ce capitaine afin qu’il consentît à se charger de cette expédition. Mais le roi Charles V ayant besoin de son service, le rappela en France, et lui donna l’éj^e de oon-

(*) Dona Btatriz ( fille de don Ssneho IV et soeur de Ferdinand rAjoiirné, avait été mariée à dOn Alphonse , roi de Portilgal ; de eette union était né don Pedro le Justicier père de don Ferdinand.

nétable , que Venait de remettre le seigneur de Fiennes. Dès que la saison permit d'entrer en campagne , don Enrique chargea son frère don Tello d’aller en Galice, et de se joindre au chef de cette province. Pedro Ruiz de Sarmiento, afin d’arrêter les progrès des Portugais, qui s’étaient rendus maîtres de Compostelle, de Tuy et du port de la Corogne. Mais don Tello fut atteint d’une maladie qui fit des progrès rapides, et qui l’enleva le 15 octobre de cette année 1370. Ce prince avait plus d’une fois donné des preuves d’un caractère inquiet et jaloux. On l’a soupçonné d’avoir été la cause volontaire de la défaite de Najara. Pendant le siège de Tolède, il détermina plusieurs villes à se livrer au roi de Navarre. Sa mort, loin d’étre une perte pour don EnrîqUe, le délivrait probablement de bien des embarras; aussi quelques personnes prétendirent qu’elle n’était pas naturelle, et l’on répéta que don Tello avait été empoisonné. Néanmoins, cette accusation est repoussée par tous les écrivains sérieux. Les avantages qui résultèrent pour don Enrique de cette mort prématurée, furent les seuls motifs qui la lui firent attribuer. 11 hérita des seigneuries de Biscaye et de Lara, qu’il donna à don Juan, son héritier présomptif, et depuis cette époque ces domaines n’ont plus été séparfe de la couronne de Castille. Au reste, la mort de don Tello ne nuisit en aucune manière aux opérations de la guerre. La flotte castillane remporta des avantages sur celle du Portugal, et Pedro Ruiz de Sarmiento battit Ferdinand de Castro, qui était en Galice le soutien principal du parti portugais. Le roi don Ferdinand de Portugal, dégoûté de la guerre par tous ces mauvais succès, prêta l’oreille aux propositions de paix qui lui étaient faites. II fut convenu qu’il remettrait au roi don Enrique les villes dont il s’était emaré, et qu’il épouserait dona Leonor, lie de ce roi; mais il n’exécuta qu’une partie de ce traité. Afin de prouver son désir de vivre à l’avenir en bonne intelligence avec la Castille, il restitoa

les ilIIeS qifil avait prises, mais il s’excusa de ne pouvoir épouser dona Leonor, parce ÿue déjà il avait contracté des engagements avec dona Leonor Telles de Menezez. Don Enrique accepta ces excuses, en répondant que sa fille ne manquerait pas de maris. Cette paix, au reste, n’eut que peu de durée. L’année suivante (1373), les Portugais arrêtèrent dans les eaux de Lisbonne quelques navires qui étaient sortis des ports de la Biscaye et des Asturies, chargés de fer et d’acier. Cette agression, dont on ne donnait aucun prétexte, ralluma la guerre entre les deux royraumes. Don Enrique s’empara de Viseo. Il alla même assiéger Lisbonne, brûla dans le Tage beaucoup de vaisseaux portugais, et il reprit ceux dont la capture avait été la cause de la guerre. Enfin le cardinal Guido dé Bologne, légat du pape, s’entremit pour amener un arrangement entre les deux rois. Cette fois, une paix plus stable fut conclue; et, pour lui donner de nouvelles chances de durée , on maria don Sancho, comte d’Albuquerque, avec dofia Beatrix, sœur du roi Ferdinand de Portugal , et l’on fiança dona Isabelle, fille naturelle du même prince, avec don Alonzo, comte de Gijon, fils bâtard du roi de Castille. Il fut aussi convenu qu’on chasserait de Portugal les seigneurs castillans bannis ou mécontents qui s’y étaient réfugiés au nombre de plus de' cinq cents. C’est ainsi que don Enrique affermissait sa couronne par des guerres heureuses et par sa modération dans la victoire.

Une fois cependant il oublia cet esprit de douceur qui. fit chérir sa domination, et qui fit oublier qu’un fratricide lui avait aplani le chemin du trône.

Don Pedro le Cruel , avant de partir pour secourir Tolède , avait renfermé dans Carmona ses trésors et ses enfants, à l’exception de dona Costanza et de dona Isabelle, ses filles aînées , qu’il avait laissées à Bayonne.

Elles étaient restées comme otages entre les mains du prince de Galles, pour lui aæurer le payement des sommes qui lui étaient dues. Don Pedro avait confié la gatde de Carmona à Martin Lopez

de Cordoba, qui se disait maître de Calatrava. Apres la mort de don Tello, cette ville avait été sommée de se rendre; mais le gouverneur avait refnsé de reconnaître la souveraineté de don Enrique, et celui-ci, qui ne se trouvait pas en mesure d’assiéger une piace aussi forte, s’était borne à laisser dans les environs quelques corps de troupes pour tenir la garnison en respect. Cet état de choses dura deux années. Mais uand les trêves conclues avec le roi e Grenade permirent à don Enrique de disposer de forces considérables, il vint, au commencement du printemps de 1 371 , attaquer Carmona. Il employa pour la réduire tous les moyens en usage à cette époque; mais les assiégés se défendaient avec courage. Don Knrique, désireux d’en finir promptement, essaya de les surprendre. Quarante hommes'd’armes profitèrent de l’obscurité de la nuit pour escalader une tour ; mais les sentinelles ayant entendu quelque bruit, donnèrent l'alarme. Toute la

f'arnison accourut , on brisa les écheles, et ces hommes, que l’on n’avait pas fait soutenir assez promptement, se trouvèrent si vivement pressés, qu’ils furent obligés de se rendre.

Martin Lopez de Cordoba lés ayant fait renfermer dans un préau , les y fit tous massacrer de la manière la plus cruelle, à coups d’épée et à coups de lance. Cet acte de férocité causa oeaucoup de chagrin au roi. Il voulut que les attaques fassent poussées avec encore plus de vigueur. Bientôt les assiégés, réduits aux dernières extrémités, se virent contraints à capituler. En l’absence du roi, qui était retourné à Séville, ce fut le maître de Saint-Jacques qui arrêta les conditions de ta reddition. Il accorda la vie sauve à don Martin Lopez de Cordoba. Mais don Enrique ne ratifia pas cette convention : il fit mettre don Martin à mort, malgré les réclamations du maître de Saint-Jacques, qui lui reprochait cette violation de la foi due aux traités. Les enfants de don Pedro furent envoyés à' Tolède, et ils y furent retenus prisonniers.

Toutes tes entreprises de don £air>

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que avaient une heureuse issue, et quelquefois la fortune le favorisa au aelà de ses espérances. En 1372, il avait envoyé sa flotte pour aider les Français qui faisaient la guerre en Guienne. Son amiral Ambrosio Bocanegra, qui la commandait, attaqua l’escadre anglaise. Il la mit en déroute, prit ou détruisit tous les bâtiments qui la composaient, et il prit notamment celui qui portait le comte de Pembrock, commandant de l’expédition , et celui qui était chargé du trésor destiné au payement des troupes.

Il eut le même bonheur dans les guerres qu’il soutint contre la Navarre et contre l’Aragon. Don Pedro le Cérémonieux se plaignait de ce que don Enrique refusait de lui donner le royaume de Murcie et plusieurs villes qu’il avait promis de lui livrer s’il parvenait à conquérir la couronne de Castille. Don Enrique répondait qu’à la vérité cette convention avait été faite entre eux, mais qu’il ne l’avaitconsentie qu’à la condition que le roi d’Aragon 1 assisterait de tous ses efforts; que don Pedro, loin d’avoir rempli cet engagement, s’était ligué avec ses ennemis et avait voulu lui interdire le passage lorsqu’il était revenu de France pour entrer une seconde fois en Castille. Au reste, il demandait pour son fils don Juan la main de l’infante d’Aragon, Leonor. Le duc d’Anjou et Guido de Bologne, légat du pape, firent tous leurs efforts pour terminer le différend qui divisait ces deux rois, et le jour de la Pentecôte de l’année 1374, une trêve fut conclue. Il fut convenu que don Pedro donnerait sa fille pour femme à don Juan , héritier présomptif du trône de Castille.

Il restait encore à don Enrique un ennemi à combattre , et ce n’était pas le moins redoutable. Jean de Gand, quatrième fils du roi Édouard d’Angleterre, avait épousé en premières noces la fille de Henri, qui , d’abord comte de Derby, était ensuite devenu duc de Lancastre. Jean de Gand, lorsque son beau-père était mort, en 1361 , avait hérité du titre de duc de Lancastre. En 1371, il était venu prendre le gouver-

nement de la Guienne , où la maladie du prince de Galles, son frère aîné , avait grandement compromis les affaires des Anglais. A cette époque , le duc de Lancastre était veuf ; il trouva à Bayonne les deux filles de don Pedro le Cruel ; il épousa dona Costaoza, qui était l’alnée , et se prévalut de ce que le testament de don Pedro la déclarait héritière du trône, et de ce que ses droits avaient été reconnus dans les cortès de Séville, en 1362. La seconde, dona Isabelle, fut mariée à Edmond de Langley , comtede Cambridge, cinquième fils du roi Édouard d’Angleterre. Ces alliances ne laissèrent pas d’inquiéter don Enrique : mais, jusqu’à l’année 1374 , le duc de Lancastre se borna à prendre le titre de roi de Castille, sans recourir aux armes. Il se contenta de solliciter l’alliance des rois de Navarre et d’Aragon; mais, au commencement de 1374, il rassembla en Angleterre une armée de trois mille cavaliers et dix mille fantassins. Il ne voulut pas que cette armée fût conduite par mer en Guienne, dans la crainte qu’elle n’éprouvât le sort de l’expédition commandée par le comte de Pembrock. Il alla donc débarquer à Calais , où les secours que lui donna le duc de Bretagne portèrent ses forces à trente mille hommes. Au bruit de cet armement , don Enrique s’empressa de rassembler des troupes à Burgos. Les seigneurs qui, jusqu’à ce moment, lui avaient été hostiles, se hâtèrent de venir le servir. La crainte de voir la couronne passer sur une tête étrangère rallia tous les partis autour de lui. Cependant un accident déplorable fut causé par ce rassemblement : une rixe s’éleva entre des soldats relativement aux logements ui leur étaient donnés. Le comte ancho d’Albuquerque, frère du roi, voulut intervenir pour séparer les combattants. Il mit à la hâte des armes qui n’étaient pas les siennes. Ce chan-

fement empêcha qu’on ne le reconnût.

In homme d’armes lui porta un coup de lance qui l’atteignit dans l’œil. Le fer pénétra jusqu’au cerveau , et don Saneno expira presqu’à l’ins-

tant (*). Ainsi , des huit fils que don Alphonse le Vengeur avait laissés, un seul vivait encore. Don Fernand de Ledesnna était mort de maladie en 13â0, peu lie temps après son père. Le maître de Saint -.lacques, don Fadrique, avait été assassiné par l’ordre de son frère, don Pedro le Cruel , le 29 niai 1358. Les deux plus jeunes avaient également été mis à mort par son ordre dans le courant de l’année 1359.

Don Tello, seigneur d’Aguilar, était mort de maladie le 15 octobre 1370.

Don Pedro le Cruel avait reçu, de la main de son frère, le châtiment de ses crimes, le 23 mars 1369. Don Sancho, comte d’Albuquerque, venait de périr dans une émeute, le 19 février 1374.

Il ne restait plus que don Enrique. Ce prince fut vivement affecté de ce funeste événement. Il ordonna que les personnes qui avaient commis le meurtre fussent livrées à la justice ; mais elles avaient pris la fuite, et il ne fut possible de les condamner que par contumace.

L’armée que don Enrique avait rassemblée n'etait pas très-nombreuse.

P^lle ne s’élevait qu’à 1 ,200 cavaliers et

5.000 fantassins; mais c’étaient tous des soldats d'élite. Ils se mirent en marche et allèrent se poster à Banares, afin d’être à même de se porter du côté où le danger serait le plus pressant; mais ils n’eurent pas besoin de combattre , et l’entreprise menaçante du duc de Lancastre s'évanouit en fumée.

Il était débarqué à Calais, et, pour arriver en Espagne , il fallait qu’il traversât toute la France. Deux armées françaises, commandées par le duc de Bourgogne et par l’amiral Jean de Vienne, ne cherchèrent pas à lui disputer le passage. Elles se bornèrent à le harceler sans lui laisser de relâche, en sorte que lorsqu’il arriva à Bordeaux, son armée se trouva réduite à

6.000 hommes , en fort mauvais état et incapables de rien entreprendre. Le duc de Lancastre fit réclamer des se-

(*) Selon Lopez de AyaU , le dimanche XQ mars, suivant une lettre de don Enrique rapportée par Cascalès, le 19 février 1374.

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cours des rois de Navarre et d’Aragon ; mais ces princes ne voulurent pas s’engager dans une guerre dont le succès leur paraissait fort incertain. Le duc de Lancastre fut donc obligé de repasser honteusement la mer sans avoir pu rien entreprendre. Quand l’armée anglaise fut entièrement ruinée, le duc d’Anjou lit demander à don Enrique de venir mettre le siège devant Bayonne.

Le roi de Castille établit son camp sous les murs de cette ville. Il y resta quelque temps. Mais comme le duc d’Anjou, occupé lui-même au siège de Montauban, ne pouvait lui envoyer les troupes qu’il lui avait promises, et que l’abondance des pluies et la rareté des vivres faisaient beaucoup souffrir son armée, il retourna en Castille, délivré de toute inquiétude relativement aux prétentions de Jean de Gand.

Le roi d’Aragon ne jouissait pas de la même tranquillité. Il avait vu se relever un ancien ennemi. On se rappelle comment don Pedro le Cérémonieux avait dépouillé son beau-frère du royaume de Majorque. A la même bataille où ce malheureux prince était mort en combattant, son fils, l’infant de Majorque, avait été fait prisonnier. Il avait été retenu à Barcelone dans une étroite captivité. Enfin, en 1362, après une détention de treize années, il s’etait procuré des armes, et était parvenu à s’échapper en poignardant ses geôliers.

Don Pedro s^en était peu inquiété, parce que sa domination à Majorque et dans le Roussillon était solidement établie; mais, lorsque don Pedro se fut montré favorable aux Anglais , et qu’il eut fait alliance avec le prince de Galles et avec le duc de Lancastre, les Français vinrent au secours de l’infant de Majorque. En 1374, ce prince entra dans le Roussillon et dans le comté d’Urgel, à la tête de mille lances. L’année suivante, il pénétra dans l’ Aragon; mais cette agression n’eut pas de succès. Manquant de vivres , et vivement pressé par les troupes aragonaises, il fut heureux de trouver un refuge sur les terres de Castille. Il v était à peine, qu’il fut atteint d’une fièvre qui l’enleva en peu de Jours. Sa sœur Isabelle,

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reure du marquis d« Montferrat , l’avait accompagné dans cette expédition. Elle se mit à la tête de son armée, la reconduisit en France, et céda tous les droits qu’elle avait sur les États de son père au duc d’Anjou , qui se mit aussitôt en mesure de les faire valoir. Il leva des troupes, et arma quarante galères ; mais ces préparatifs restèrent sans emploi. On présume que le duc d’Anjou renonça à ses prétentions pour obliger don Enrique, qui le lui demandait. Quoi qu’il en soit , cette année la paix fut définitivement conclue entre l’ Aragon et la Castille. Le mariage entre l’infant don Juan et dona Leonor d’Aragon fut réalisé. A la même époque, l’infant Charles, fils du roi de Navarre , épousa dona Leonor, fille du roi don Enrique. Cette dernière union n’empêcha pas la guerre d'éclater, trois années plus tard, entre la Castille et la Navarre. Charles le Mauvais ayant fait un nouveau traité d’alliance avec les Anglais , le roi de France ne se borna pas à lui faire la guerre; il engagea aussi don Enrique à entrer en Navarre. Charles le Mauvais , pressé des deux côtés des Pyrénées par deux ennemis également

fiuissants, fut obligé de renoncer à la igue anglaise et de demander la paix, qui lui fut accordée. Il y avait peu de temps qu’elle était concilie, lorsque don Enrique tomba malade à Saint-Dominique de la Chaussée, où il mourut, le dimanche 29 mai 1379. Aux yeux de certaines gens , la mort d’un prince n'a jamais été naturelle; aussi quelques historiens racontent-ils sérieusement que ce roi est mort empoisonné. Le roi Mohammed, disent-ils, voyantqu’il ne restait plusà don Enrique d’ennemis à combattre, craignit qu’il ne tournât vers Grenade la puissance de ses armes. Pour conjurer ce danger, il lui fit offrir, par un Maure qui s’était réfugié à sa cour, une paire de bottines d’un travail précieux. Mais elles contenaient un poison subtil. Le roi tomba malade le jour même qu’il les mit, et il mourut dix jours plus tard.

Pour juger avec impartialité la conduite de don Enrique , il suffit de se

rappeler qu’il a trouvé la Castille rem-

Fhe de troubles et de dissensions, qu'il a laissée tranquille et florissante; qu’en aucune circonstance il ne s’est laissé abattre par l’adversité ; qu’il ne s'est jamais enorgueilli de la bonne fortune. Il s’est montré libéral à l’excès, et il a partagé, peut-être avec trop de prodigalité, les fruits de la victoire entre ceux qui l’entouraient; en sorte que les seigneuries qu’il avait distribuées reçurent le nom spécial de donations de Henri (donaciones Enriquenas), et furent soumises à un droit particulier. On décida qu’elles ne seraient transmissibles qu'en ligne directe , et ne passeraient jamais aux collatéraux ; de cette maniéré, en peu de temps, elles ont presque toutes fait retour a la couronne.

La reine dona Juana, sa femme, ne lui survécut que de deux années. Cette princesse, pleine de courage et de vertus, fut sincèrement regrettée. Elle était si bienfaisante, qu’on l’avait surnommée la mère des pauvres.

La plupart des historiens placent aussi en 1379 la mort du roi de Grenade , peu de mois après celle de don Enrique de Trastamare {*). Moham-

(*) Ce n’est, je l’avoue, qu’avec une extrême méfiance que je place ici la mort de Moliammed.fien-Yusef. Coude le fait vivre jusqu'en i3ga, et il supprime en entier le règne de Muhammed-abu’I-Hagcn. II fait de Tusef-abd-Allah le fils et le successeur immédiat de Mohammed Lagus. Cependant presi|ue tous les auteurs font régner un autre prince enire ces deux souverains. Marmol , Bleda , Mariana , Ferreras inscrivent au nombre des rois de Grenade Mohammedabu’l-Uagen , et lui donnent pour successeur son fils Yusef-abd-AUab.

Parmi les pièces justificatives qui accompagueut la clironique de don Enrique III, on trouve une lettre adressée par Yusefabd-Allab au conseil de la ville de Murcie sous la date du lo sapbar •jgî (17 janvier i3pi). Dans cet écrit, où il annonce son avenement au troue et la mort de son père; Yusef s'intitule fils d’Abd- Allah -wul- Haxexe. C’est le nom d’Abu’l-Hagen que lé traducteur aura modifié à sa manière, et ce document trancherait invinciblement la question , si on ne pouvait pas ie suspecter

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ined-bfn-Yusef, surnommé Lacug, eut pour successeur Mobatmiied-Abu’l- , auquel on donna le surnom uadix , parce qu’il habitait soureot cette Tille, et qu’il s’appliqua à l'Mibeilir.

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U rilXB DU ROI us RORTUOAtA.^MORT DV ROI PERDOrARD DS PORTOOAr.. — DON IDAR BBCI.AM1 LA C30URONNS AU ROM DE MSBMMS. - LS MAITRE d\V15 EST PRO« CUXS ROI DE PORTUGAL. — BATAILLE

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