‹ Espagne (volume 3)Chapitre 65 sur 75 · DE CATALOGNE. GUERRE CONTRE LA · texte numérisé non relu

DE CATALOGNE. GUERRE CONTRE LA

FRANCS RELATIVEMENT A LA POSSESSiOR DU ROUSSILLON ET DE LA CERDAGHE.

I^e prince qui gouvernait la Navarre n’avait cessé d’exciter en Castille I»

trouble et le désordre; il était jo«»

ESPAGNE. 48â

qu’à son tour il éprouvât les maui qu’il avqjt fait éprouver aux autres :

ce châtiment du ciel ne lui manqua, pas. II avait de son premier mariage , trois enfants : Léonor , mariée au comte Gaston de Foix; Blanche , dont l'uoion avec le prince des Asturies resta treize ans stérile, et fut cassce, eu 1453 , pour impuissance respective des époux. Il avait aussi un fils , don Carlos, prince de Viane , que les cortès de Navarre avaient reconnu comme héritier de la couronne. Lorsque la reine Blanche mourut, en 1441 , elle consacra encore par son testament le droit de son fils ; elle recommanda seulement à don Carlos de ne pas prendre la couronne sans l’agrément et sans la bénédiction de son père.

Don Juan se prévalut de ce conseil renfermé dans les dernières volontés de la reine , pour conserver le trône qui appartenait à son fils. Le prince de Viane supporta d’abord patiemment cette usurpation. Mais, en 1447, le roi don Juan se remaria ; il épousa dona Juaaa, fille de don Fadrique Enriquez,amirante de Castille, et, dès cette époque, la mésintelligence commença à régner entre le père et le fils. La Navarre était divisée entre deux familles puissantes, les Beaumont et les Agramont(*). La première était attachée au prince de Viane; la seconde, au contraire, soutenait le roi don Juan. Mais toutes les deux excitaient le père et le fils l’un contre l’autre , en sorte qu’une guerre civile ne tarda pas à éclater. Don Juan , indépendamment des ressources que lui présentait la faction des Agramont , tirait encore des troupes de l'Aragon, dont il était gouverneur, pendant que son frère , Alphonse V, combattait en Italie. Le prince de Viane, pour qui beaucoup de villes s’étaient déclarées , était encore soutenu par le roi de Castille. On en vint aux mains près de Tafalla. La fortune fut défavorable au prince de Viane; il fut fait prisonnier.

C'est, dit-on, de celle souche qu’est •ortie ht bmiUe des Grafflooi,

Le rei de Castille et les oorfès d’Ar ragon adressèrent des repeésentatiptu à don Juan; ils demandèrent que doa Carlos fôt mis en liberté, que la pria; cipaiité de Viane lui, fût rendue, et que les revenus de l’État fussent partagés par moitié entre le père elle fils. Don Juan refusa d’abord de consentir à cet arrangement ; mais craignant de mécontenter les Aragonais , il promit tout ce qu’en demandait. Il mit sua fils en liberté. Mais ce fut le seul point de la convention qu’il exécuta, en sorte que la guerre civile recommença bientôt.

Alors don Juan appela à son secouru le comte de Foix , son gendre. Lu prince de Viane ne put résister à leurs forces réunies ; il fut forcé de quitter la Navarre, et il se retira en Italie, au-t près d’Alphonse V, son oncle. CetuiH:i voulut s’entremettre pour terminer le différend entre le père et le fils; mais la mort vint le frapper le 37 juin 1458, avant qu’il eût pu accomplir ce projet.

Alpliunse V, que l’on a surnommé le Savant, et aussi le Magnanime, était, à ce que disent les historiens de cette époque , un prince accompli. Guerrier intrépide, administrateur habile, il aimait les beaux-arts et cultivait les lettres. Un jour, on citait devant lui l’opinion d’un roi qui prétendait que les princes avaient bien autre cliose à faire que de s’occuper de la littérature. Ce n'est pas là, reprit-il, une parole de roi , mais une parole de bœuf. Il recevait à sa cour un grand nombre d’écrivains distingués, et les admettait dans son intimité. Il eut pour amis Lcirenzo Valla et Antonio de Palerme, Ce dernier a même écrit un recueil des mots spirituels qu’Alphonse V laissait continuellement échapper. On ne reproche à ce prince qu'un seul défaut , c’est de s’étre adonné au culte de Vénus , encore plus qu’à celui des Muses.

Il nelaissa pas d’enfants légitimes, mais seulement un fils naturel , noouné Ferdinand , auquel il lé.gua par son testament le royanme île Naples, qu’il avait gagné à la pointe de son^pée.

Quant aux autres États qu’il avait xecus de Ferdinand rnoonête, il les

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transmit à son frère don Jnan. Ce prince prit donc comme roi, à partir de cet instant, l'administration de l’Aragon , qu'il avait eue jusqu'à ce Jour seulement comme gouverneur.

Le prince de Viane crut que son ère , maître des royaumes d’Aragon , e Sicile , de Mayorque , de Minoixjue, de Valence, et de la principauté de Catalogne, se déterminerait plus facilement à lui rendre la Navarre. Il vint donc se mettre à sa merci , et il sollicita son pardon. Don Juan promit d’oublier tout le passé ; mais il ne rendit pas encore la Navarre, et bientôt il sufGt du premier dissentiment pour faire disparaître cette réconciliation ui n’était bien sincère ni de part ni 'autre. Don Juan voulait marier son fils à l’infante de Portugal. Don Carlos préférait l’alliance de la Castille, et recherchait la main de dona Isabelle, sœur de don Enrique l’Impuis.cant. Le roi d'Aragon s’irrita de ne pas trouver, dans le prince de Viane, une aveugle obéissance à toutes ses volontés. Il lui fît donner l’ordre de se rendre aux Cortès de Catalogne, qui étaient réunies à Lerida. Don Carlos s’empressa d’accourir; mais il ne fut pas plutôt arrivé, que son père le lit arrêter.

Cette conduite injuste et violente révolta tous les esprits. Les Catalans réclamèrent au.ssitôt, en disant que c’était une violation manife.ste de leurs privilége.s; car une personne, convoquée pour faire partie des cortès , ne pouvait pas être arrêtée pendant la tenue de l’assemblée. Les cortès d’Aragon joignirent leurs plaintes à celles des Catalans. Les députés envoyés

fiour réclamer que le prince fût mis en iberté ne furent pas reçus par le roi. Alors le peuple de Barcelone prit les armes et s'empara de Fraga. Beaucoup de personnes , dans les royaumes d’Aragon et de Valence , se déclarèrent pour le prince de Viane. En Navarre, les Beaumont, qui avaient reçu de Castille un secours de 1,000 lances, se présentèrent sur la frontière de l’Aragon ; en sorte que le roi, craignant une révolte générale, consentit a délivrer don Carlos. La reine dona

Juana Enriquez elle-même fut chargée d’aller à Morella tirer le prince de sa prison et de le remettre entre les mains des Barcelonais. Elle s’acquitta de cette commission, elles Catalans reurent avec joie de ses mains le prince e Viane ; mais regardant la jeune reine comme l’auteur des persécutions que son beau-fils avait eues a souffrir, ils ne voulurent pas permettre qu'elle entrât dans Barcelone. Ils ne s’arrêtèrent pas là ; ils exigèrent que don Carlos , fils aîné du roi , fût reconnu héritier de la couronne; qu’on lui remit immédiatement le gouvernement de la Catalogne, et qu’il fût nommé lieutenant général des autres parties du royaume. Don Juan consentit à tout ce qu’on demandait, et le 24 juin 1461, don Carlos fut proclamé heritier présomptif de tous les États de son père.

Mais trois mois ne s’étaient pas entièrement écoulés que, le 23 septembre, don Carlos , atteint d’une violente maladie, mourait à Barcelone. Cette fin si imprévue, en privant les Catalans du chef qu’ils s’étalent donné , ne rendit pas la tranquillité au pays. A tort ou a raison, l’opinion s’accrédita que le prince de Viane était victime d’un nornble forfait , et que don Juan l’avait fait empoisonner à la sollicitation de Juaiia Enriquez, pour assurer le trône nu fils qu’il avait eu rie son second mariage. En effet, don Ferdinand, qui était né le vendredi 10 mars 1452, de son union avec la fille de l’amirante de Castille, fut reconnu héritier présomptif de la couronne, dans les cortès d’Aragon , tenues à Calatayud. Cependant cette cérémonie ne calma pas les discordes. Les Catalans avaient horreur de retomber sous le gouvernement d’un roi qui avait les mains teintes du sang de son propre fils. Ils songèrent d’abord à s’ériger en république ; ensuite ils firent offrir au roi de Castille la principauté de Catalogne. Don Enrique accepta d’abord. Il fit passer des troupes à Barcelone. Plus tard , pour terminer tous ses différends avec le roi d’Aragon, il convint de s’en rapporter à l’arbitrage du roi de France. La d^ cision, qui fut prononcée par Louis XI,

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mécontenta également toutes les parties. Néanmoins , comme il était dit dans la sentence que don Enriqiie devait renoncer à toute prétention sur la Catalogne, le roi de Castille retira ses troupes de la principauté, et fit exhorter les Catalans à rentrer sous l’obéissance de leur souverain légitime.

Abandonnés par le prince dans lequel ils avaient placé leur confiance , les Catalans ne perdirent pas courage, et regardant don Juan comme indigne du trdne , ils cherchèrent un clief parmi ceux qui avaient disputé la couronne à Ferdinand l’Honnête.

Isabelle, fille aînée du comte d'Urgel, avait été mariée, en 1428, à don Pedro, fils du roi de Portugal. Il était sorti un fils de cette union : c'était don Pedro , connétable de Portugal , qui était alors occupé en Afrique a faire la guerre aux Musulmans. Les Catalans appelèrent ce petit-fils du dernier comte d’Urge| au trône de Catalogne et d’Aragon. Ce prince, ayant accepté le rang qu’on lui offrait, fut proclamé roi à Barcelone, le 21 janvier I4C4. Il lutta pendant 18 mois contre les forces de don Juan; mais au commencement de juin 1466, il fut saisi par une fièvre violente , et mourut le 29 de ce mois, laissant de nouveau les insurgés sans chef.

Ceux-ci, fidèles au principe qu’ils avaient adopté, choisirent encore parmi les anciens prétendants de la couronne. Louis d’Anjou , duc de Calabre, n’existait plus; mais il avait laissé un frère heritier de ses droits. Les Catalans offrirent donc la couronne à Bené d’Anjou , qui l’accepta , et qui, en 1467, fit passer en Catalogne son fils Jean, duc de Lorraine.

Cet adversaire était le plus redoutable qui eût encore disputé le trône à don Juan. Il était allié à la maison royale de France, et Louis XI avait ouvertement promis de favoriser son entreprise. Le chagrin que cette élection causa au roi d’Aragon ne fut pas le seul qui vint le frapper. Des infirmités se joignirent aux inquiétudes que ce nouvel ennemi lui causait. A la suite

des fatigues de la guerre, il avait complètement perdu la vue. A la vérité, son fils Ferdinand l’aidait à supporter le poids des affaires, et dans les cortès réunies à Saragosse en 1468 , don Juan avait nommé son fils roi de Sicile , et il l’avait associé au gouvernement du royaume. Mais Ferdinand n’avait encore que seize ans; et quoique la prudence parût chez lui devancer l’âge, les circonstances étaient si difficiles, qu’il pouvait bien seconder son père , mais non pas le remplacer.

Un médecin de Lerida , nommé Abiabar , entreprit de rendre la vue au roi. A l’aide d’une aiguille, il ôta la cataracte qui lui couvrait l’œil droit , et cette opération ayant parfaitement réussi , le médecin la recommença un mois plus tard sur l’œil gauche, avec le même succès. Une semblable cure devait, à cette époque, paraître miraculeuse. Aussi, dans le peuple, on l’attribua à un pouvoir surnaturel. On répéta que le roi avait été guéri , parce que ses yeux avaient été touchés avec le clou de sainte Engracia. Rendu à la lumière, don Juan s’occupa plus activement de la guerre. Néanmoins il ne put, l’année suivante , empêcher le duc de Lorraine de s’emparer enfin de Girone, qu’il avait assiégée deux fois inutilement. Lecomte deFoix, sachant son beau-père engagé dans une guerre dont on ne pouvait prévoir l’issue , voulut au.ssi tirer partie des embarras dans lesquels il le voyait plongé. Il réclama pour sa femme la couronne de Navarre. Le prince de Viane avait, en mourant, déclaré que la couronne, qui lui appartenait, devait passer, après lui, à Blanche, sa sœur. Mais, dès que Blanche avait été héritière du trône de Navarre , don Juan avait reporté sur elle la haine qu’il avait eue pour don Carlos. Il l’avait fait arrêter, et avait confié sa garde au comte de Foix. Cependant il n'avait pas réfléchi que cette princesse était le seul obstacle qui séparât la femme du comte de Foix de la couronne de Navarre. Aussi, Blanche mourut -elle le 2 décembre 1464, après trois ans seulement de captivité , et les historiens les plus ju-

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itfieieux s’accord«nt presque tous à dire qite cette malheureuse princesse mourut empoisonnée.

Dona Leonor, femme du comte de Fois , était donc le seul représentant de don Carlos le Noble. Gaston , après avoir attendu pendant cinq années que son beau-père se déterminât à lui abandonner la Navarre, profita , en 1469 , des circonstances , pour exiger que ce royaume lui ftit remis. Don Juan, qui ne soutenait qu’avec peine la lutte contre le duc de Lorraine, ne voulut pas s'attirer un nouvel ennemi. Il fut donc forcé d’acquiescer aux demandes de son gendre. 11 lui abandonna l’administration et les revenus de la Navarre , et ne conserva pour lui que le titre de roi. Mais Gaston ne jouit pas longtemps des concessions qu’il avait arrachées; il mourut au bout de trois ans. On edt dit que la couronne de don Juan était l’arche sainte, et ue tous ceux qui y portaient la main avaient périr en peu de temps. Le prince de Viane était mort trois mois après avoir été proclamé par les Catalans. Don Pedro de Portugal n’avait conservé que dix-huit mois le titre de roi. Le duc de Lorraine résista plus longtemps. Pendant trois années, il fit Ta guerre avec des fortunes diverses; mais il mourut le 16 décembre 1470, laissant encore une fois les Catalans sans chef. Dès lors, l’insurrection, qui manquait de but et de direction, ne fit plus que s’affaiblir. L’année suivante, Girone ouvrit ses portes au roi don Juan. Bar- - celone ne se rendit que par capitulation , et après que le roi se fut engagé de nouveau à maintenir les fueros et privilèges de la Catalogne, et après qu’il eut déclaré qu'en faisant la guerre contre son souverain , cette ville n’avait préjudicié en rien à la fidélité, attendu la Juste cause qu'elle avait eue de se soulever. La reddition de Barcelone mit fin à la rébellion; mais elle ne procura cependant pas encore la paix au pays. Les troupes françaises occupaient le Roussillon et la Cerdagne, qui , au commencement de la révolution , leur avaient été livrés comme

garantie de la tomme de deux cent mille écus d’or, que don Juan s’était engagé à payer à la France, pour un secours de sept cents lances , qui lui avait été envo5'é pendant qu’il faisait la guerre contre le prince de Viane.

Mais uvec le temps , les choses avaient bien changé de face, et dès que les Catalans avaient élu René, non-seulement le roi de France n’étsitpas resté l’allié du roi d’ Aragon , mais il était devenu son ennemi.

Les habitants d’Elne et de Perpignan , qui r^rettaient la domination catalane, se soulevèrent , et don Juan a'empres.sa d’accourir à leur secours.

Il s’enferma dans Perpignan , qui était menacé par l’armée française; et pour rassurer les habitants, effrayés par les préparatifs de Louis XI, il les rassembla dans l’église cathédrale, et fit en public le serment solennel de rester avec eux Ju.sqii’à la fin du siéne , d'en partager les travaux et les dangers. Les habitants, animes par celte résolution, résistèrent a toutes les attaques , et Ferdinand étant venu au secours de la ville, obligea les assiégeants à se retirer. On conclut une trêve de six mois. Mais au bout de ce temps , les Français vinrent de nouveau assiéger la ville. Us habitants se défendirent avec une telle opiniâtreté, qu’ils souffrirent la famine jusqu’à se nourrir de cadavres. Enfin , apres huit mois , ils furent forcés de se rendre.

DO» EBRIQO» IV ÉFOOSE DOÜA JOUTA , lE-

FAKTE DE FORTDUAl.. SES AMOURS iïSC

RUnA CATAMHA DK SAWDOVAL ET AVEC DOÜTA CÜIOMAR CASTRO. — - AMOURS DR l.A REIITE AVEC BERTRAND DE LA CURVA.

LA REIICK accouche d’UNE FILLE, QOI

EST SURNOMMÉE LA DELTRANEJA. — UGÜI DES SEIGNEURS CASTII.LANS CONTRE LEUt ROI. l’infant don ALPHONSE EST PRO-

CLAME HÉRITIER PRÉSOMPTIF DE LA COü' RONNE. — LES FACTIEUX LE PROCLAMlNt

ROI. BATAILLE o'OLMKDO. — MORT Dl

DON ALPHONSE. LES FACTIEUX OFFRENT LA COURONNE A l’iNFANTE ISABELLE, Q®* LA REFUSE. — CORTES DE OOISANDO, Oü DONA XSEBELLE EST PROCLAMÉE IÉRITIEU DB Ï,A COUBOITNB. — IfABIAOB DB 1>0W

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