‹ Espagne (volume 3)Chapitre 67 sur 75 · DORA JUAKA 8E PAIT RELIGIEUSE* STA · texte numérisé non relu

DORA JUAKA 8E PAIT RELIGIEUSE* STA

BLlSSEMBIfT DE LA EEBMARDAD.

Quand , après la mortde don Enrique, on eut déployé les étendards de Castille our Isabelle et Ferdinand, on s’occupa e régler la forme du gouvernement, et de déterminer la part de pouvoir qu’exercerait chacun des époux. Alors on fut menacé de voir se renouveler le dissentiment qui avait divisé dona ürraca et don Alphonse le Batailleur.

Don Ferdinand prétendait que la couronne lui appartenait de son chef ; car il était le seul descendant mâle de don Enrique de Trastaniare. Il soutenait qu’en cette qualité il devait exclure du trône sa cousine Isabelle , et il revendiquait pour lui seul le titre de roi et toute l’autorité royale. Isabelle, au contraire , disait qii’en Castille les femmes avaient toujours été considérées comme capables d’hériter de la couronne , qu’étant la plus proche parente du dernier roi , c’était elle uui devait lui succéder. Pour mettre fin à cette discussion , les deux époux convinrent de s’en rapporter à l’arbitrage de quelques savants jurisconsultes, dont la décision fut défavorable à la prétention de don Ferdinand.

Ce prince se montra fort mécontent de la sentence , et il était sur le point de retourner en Aragon; cependant Isabelle sut le retenir par ses caresses et par la sagesse de ses raisonnements. Elle lui dit qu’entre eux peu importait de quel côté vînt le droit an trône; u’if n’y pouvait perdre aucune part e son autorité, puisque, comme épouse , elle serait toujours soumise à la volonté de son mari ; mais qu'il était bon de rendre cet hommage au principe dans l’intérêt de leur liile,

?ui, SI Dieu ne leur donnait pas d’enant mâle , serait appelée à leur succéder, et qui devrait épouser un prince étranger; qu’il fallait donc réserver soigneusement ses droits. Ferdinand

se rendit à cette raison , et l’on convint que les deux époux gouverneraient conjointement; qu’on mettrait dans les actes le nom du roi avant celui d’I.sabelle; qu’on ne se servirait que d’un même sceau , où leurs armes seraient réunies ; que Ferdinand ne pourrait rien aliéner des biens de la couronne sans le consentement d'Isabelle; que celle-ci nommerait seule les gouverneurs des villes et des forteresses du royaume de Castille ; enfin on régla la manière dont la justice serait administrée. Les attributions données à Isabelle n’étaient pas pour elle un vain honneur. Douée d’un esprit viril et d’un caractère énergique , elle travaillait avec tant d’assiduité à l’expédition des affaires de l’Ëtat, qu’elle occupait souvent plusieurs secrétaires jusqu’à une heure fort avancée de la nuit. Aussi les contemporains, en parlant d’elle et de son mari , les aésiguaient ils par le même titre; ils les appelaient /os reyes, les rois.

La bonne intelligence établie entre eux par ce Juste partage du pouvoir, ne se démentit jamais; elle était, au reste , bien nécessaire dans la position difficile où se trouvait l’État. Juan Pàcbeco, marquis de Villena , était mort ; mais son fils avait hérité de son esprit turfuilent et de ses projets ambitieux.

Don Alphonse Carrillo, archevêque de Tolède , de son côté , avait été le plus ardent promoteur des droits d’Isabelle; mais en aplanissant pour cette princesse les voies du trône, en facilitant son mariage avec l’infant d’Aragon , il avait pensé travailler en même temps pour lui-même. Il voulait une grande part du pouvoir , et cette part ne lui était pas donnée ; il était mécontent. Ces deux seigneurs qui, sous le règne précédent, avaient* toujours été opposés l’un à l’autre, se réunirent pour soutenir les droits dé dona Jiiana la Beltraneja. Ils proposèrent donc pour femme, au roi de Portugal, cette prétendue fdlede don Enrique , et promirent d’appuyer de tout leur pouvoir ses prétentions au trône; ils se flattaient d’ailleurs de les faire facilement prévaloir. Depuis

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longtemps le royaume était divisé en deux grandes factions: l’une avait le marquis de Villena pour chef; l'autre suivait la direction que lui donnait l’archevêque de Tolède. Ces deux seigneurs pensèrent qu’en se réunissant, lis entraîneraient avec eux la noblesse tout entière, et qu’il ne resterait plus d’appui aux rois Ferdinand et Isabelle.

Ils étaient d’ailleurs maîtres d’un grand nombre de villes et de citadelles, qu'ils pouvaient livrer au parti qui soutiendrait les droits de dona Juana.

Le roi de Portugal se laissa tenter par leurs offres. Il entra en Estrémadure, et commença la guerre. Il ht aussi demander à Rome la dispense nécessaire pour épotiser don.a Juana. sa nièce. En attendant, il fut Gancé avec elle dans la ville de Palencia.donton luiavaitouvert les portes. Il prit alors letitrederoi de Castille. Zamora et quelques autres cités lui furent livrées par les partisans du marquis de Villena et de l'archevéue de Tolède. Néanmoins il s’en fallut e beaucoup que les e.spérancrs des factieux se réalisassent. U n grand nombre de seigneurs , qu’ils avaient espéré entraîner dans leur révolte , restèrent fidèles à leurs souverains. Les milices des villes s’empressèrent d'accourir au premier appel d'Isabelle et de Ferdinand, qui eurent bientôt rassemblé une armée. Les Portugais n’étaient pas les ennemis les plus dangereux que les nouveaux souverains eussent à redouter. Les faetieux faisaient surtout la force du parti de dona Juana.

Don Ferdinand n’hésita pas à les combattre, et l'on reconnut bientôt que le sceptre n’était plus dans les mains débiles de l'impuissant don Eiirique.

Le marquis de Villena, vigoureusement attaqué dans ses domaines, se vit enlever, en quelques mois, Baëza, Truxillo, et Villena qui fut réunie au domaine de la couronne.

Les fonds manquaient aux nouveaux souverains; ils empruntèrent l’argenterie des églises. Beaucoup de citadelles étaient entre les mains des factieux; mais les habitants de presque toutes les villes s’embarrassaient ^u des motifs que les grands invoquaient

pour colorer leur révolte , et ils favorisaient le parti dlsabelle. A Burgos , le peuple se souleva contre le gouverneur qu’avait nommé le marquis de Villena. Les partisans de celui-ci se retirèrent dans la forteresse et dans l’église de Sainte-Marie la Blanclie. Ils y lurent aussitôt assiégés par Ferdinand, qui ne leur laissa pas un moment de repos. Le roi de Portugal essaya vainement de les secourir; il fut obligé de se retirer sans rien entreprendre , et la citadelle de Burgos se rendit le 30 janvier 1476.

Zamora , qui avait été livrée aux Portugais, ne tarda pas non plus à rentrer sous la domination de ses souverains légitimes. Un officier, nommé Valdez , qui avait la garde du pont et d'une des portes de la ville, était convenu de livrer l’entrée aux troupes d'Isabelle. Le roi de Portugal , en avant eu quelque soupçon , voulut faire enlever à cet officier le poste qui lui avait été confié. Mais celui-ci construisit, pendant la nuit, un retranchement en pierres derrière la porte du pont. Quand on vint pour lui ôter son commandement , il reçut à coup de flèclies et d'escopette les cent hommes d'armes commandés par Juan de Porras , qui avaient été envoyés contre lui. La garnison tout entière prit alors les armes, et vînt l'aitaquer; mais elle ne put réussir à le deloger de sa position. Le roi de Portugal, qui d’ailleurs se méfiait des habitants, pensa

?|ue Valdez n’avait pu se déterminera aire une semblable résistance qu’avec la certitude d’étre bientôt secouru par des forces imposantes. Il Jugea donc prudent de quitter Zamora. Il donna l’ordre à la garnison de se renfermer dans la citadelle, et il se retira à Toro (*).

(*) Le père Daniel , dans son Histoire de la milice française, émet l'opinion que les armes à feu porlatives n'ont commencé à être en usage que vers les premières années du seizième siècle. C'est évidemment une erreur. On a vu que déjà en 14^0, au siège de Roniface, les Aragonais avalent employé ces armes; sans doute, elles étaient alors excessivement grossières. Mais, depuis ce

Ferdinand entra aussitôt dans la ville de Zamora , et commença le siège de la citadelle. Le roi de Portugal se hâta de rassembler des forces, afin d’aller la secourir. Il pensa qu’il valait mieux courir les chances d’une bataille pour gagner le royaume par une victoire, que de dépenser tant de temps à faire des sièges ou à défendre des places. Il demanda au marquis de Villena et aux autres seigneurs , qui l’avaient engagé à commencer la guerre, de lui amener les troupes qu’ils avaient promises. Mais ceux-ci répondirent qu’ils ne le pouvaient pas , et qu’ils avaient besoin de toutes leurs forces pour défendre leurs domaines, grandement compromis par les attaques de Ferdinand. Le roi de Portugal apprit alors qu’il devait compter seulement sur ses propres ressources. A la tête des troupes que lui avaient amenées son fils l'inlant don Juan et l’évêque d’Evora , il vint camper près de Zamora ; mais il ne put y rester longtemps ; car des détachements envoyés par dona Isabelle se tenaient sur les derrières de son armée, et lui coupaient les vivres. Le vendredi 1" mars 1476 , il se décida donc à se retirer ,

premier essai, cinquante ans s’élaieni écoulés. Elles élaieni devenues d’un usage plus répandu. Antonio de Nebrixa , contemporain de Ferdinand et d’isaliellc, parle de ces armes qu’il nomme tantôt sclopela et sclopetrui. il raconte ainsi l'attaque du pont de iôamora :

Lib. l'y, cap. vir. « Prima lucc mitlit Lusilanus Joannem ilium Porrium cum equitilnis ceiitum calaphractis qui jussa exe<|uerenliir. Qui cum ad pontls primiim accessissent caput, sagitiis, sc/o^etrà, lapidibiisque puisi fiigatique sunt; inclamalumqiie est a præsidiariis Ferdiuanduni atqiie Elisabeii agnoscere Hispaiiiarum reges, at præterea nemiiiem. >

On trouve encore cette phrase dans le récit de la bataille de Toro : « Sed magna pars lormeiilorum glubis, sclopelarum{\ue glandibus excepta aiit cecidit aut iclibus saucia ex pugna discedit. « Fernand del Pulgar signale dans les mêmes circonstances l'emploi des armes à feu portatives qui avaient à cette époque reçu en Espagne le Bom de eapinganias.

sansavoir pu rentrer dans cette ville, et sans avoir pu forcer Ferdinand à lever le .siège de la citadelle. Dès que le roi de Castille vit les Portugais se retirer, il se tnit à leur poursuite, et les atteignit vers les quatre heures du soir, à deux lieues de Toro. Au premier choc, l’aile droite de l’armée castillane,qtii s’avançait vers les Portugais, fut reçue par une nuée de traits , de boulets et de balles, en sorte qu’elle perdit beaucoup de monde, etqu'elle fut mise en désordre.

Mais elle se rallia prontptement, et après plusieurs heures d’un combat opiniâtre, les Portugais furent mis en déroute. Leur aile gauche seulement, commandée par l’infant don Juan, se retira en bon ordre.

Les pertes des vaincus furent considérables , et cette journée acheva de ruiner le parti de dona Juana. Dès que dona Isabelle en eut reçu la nouvelle à Tordesillas, où elle se trouvait, elle alla pieds nus au couvent de Saint- Paul, près de la ville, rendre des actions de grâces à Dieu. Cette victoire jeta le découragement parmi les partisans du roi de Portugal. La forteresse de Zamora se rendit. Atienza fut enlevée par surprise , et plu.sieurs villes , qui étaient au pouvoir des rebelles , se soulevèrent contre leurs gouverneurs.

C’eût été une chose surprenante que le roi de France, Louis XI, n’eût pas cherché à tirer parti des embarras d’un prince voisin. Il voulut profiter de la guerre que les rois Ferdinand et Isabelle avaient à soutenir, et il tenta de s'emparer de la Biscaye. Il fit investir Fontnrabie; mais les Basques se défendirent avec courage. Trois fois les Français vinrent assiéger la ville, et trois fois ils furent ob.igés de se retirer.

Tout réussissait au gré des nouveaux rois. Les seigneurs, qui s’étalent montrés les plus ardents pour la cause de dona Juana , cherchaient maintenant a faire la paix. Le roi de Portugal, dont les forces diminuaient tous les jours, et dont les espérances s’évanouissaient une à une , s'était rendu lui-même en France pour demander des secours à Louis XI; mais ce

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rince les lui avait refusés , en réponant que toutes ses ressources étaient nécessaires pour combattre le duc de Bourgogne ; qu’il avait trop d’occupations de ce côté pour songer encore à faire la guerre du côté des Pyrénées.

En effet, l'année suivante (1479), ta paix fut conclue entre la France et la Castille. Enfin le pape, qui avait accordé une bulle pour autoriser le mariage de dona Juana avec son oncle , révoquacette dispense comme lui ayant été surprise. C'était le dernier coup orté aux prétentions de cette maleureuse princesse. Le roi de Portugal , fatigué d’une lutte où presque toujours il avait eu le dessous , et n’ayant plus d’intérêt personnel à la continuer, puisqu’il ne pouvait épouser la prétendue fille de don Knrique, ne tarda pas à faire la paix avec la Castille.

Enfin , dona Juana , dont le parti était abandonné par tout le inonde, renonça elle-même à des prétentions que personne ne soutenait plus. Elle se consacp à Dieu dans le couvent de Sainte- Claire de Coïmbre.

Au milieu des préoccupations de la guerre, Ferdinand et Isabelle n’avaient pas négligé les intérêts de la Justice. Sous don Juan II et sous don Enrique l’Impuissant, la force, la violence avaient été la seule loi. Beaucoup de gens de guerre , accoutumés à vivre de rapine et de pillage, préféraient le brigandage à toutes les professions honnêtes ; aussi le nombre des malfaiteurs s’était-il accru au delà de toute mesure. L’Espagne était infestée de bandits, qui commettaient impunément toute sorte de crimes ; le viol , le rapt et le sacrilège; le vol, l’incendie et l’assassinat. Contre ces hommes, qui ne craignaient ni la justice de Dieu, ni la justice du roi , les citoyens avaient à défendre , non - seuledaent leurs biens, mais encore leurs personnes, leurs femmes et leurs filles.

La multitude de ces bandits était immense. l.es uns attaquaient sur les grandes routes les voyageurs et les marchands qui se rendaient aux foires; ils les dépouillaient et les assassinaient. D’autres, poussant plus loin leur au-

dace, s’emparaient de quelque èhêteau, d’où ils s’élancaient pour ravager le pays voisin; ils enlevaient, non-seulement les meubles, les troupeaux, les récoltes, mais ils emmenaient encore prisonniers les habitants qui tombaient entre leurs mains , et ils ne les mettaient en liberté que inovennant une lourde rançon. Ferdinand et Isabelle avaient à coeur de mettre un terme à toutes ces abominations. Mais la justice du pays était impuissante à saisir les coupables. Il ne fallait pas demander aux seigneurs de concourir à réprimer les abus ;^car quelques-uns d’entre eux en étaient les complices ou les instigateurs. D’ailleurs le pouvoir de chacun d’eux ne s'étendait pas au delà des limites de son domaine, et les seigneurs s’étalent toujours montrés si remuants, que loin d’étendre et de fortifier le pouvoir dont ils avaient fait un si mauvais usage, il eût fallu l’affaiblir et le restreindre. Les villes, au contraire, et surtout les villages, avaient le plus grand intérêt à mettre un terme à ces crimes, qui compromettaient à ch.-ique instant la fortune et la vie des habitants. Le roi chargea donc les villes et les villages de veiller à la tranquillité publique, et comme chaque ville, chaque village, pris isolément, eût été trop faible pour résister aux attaques des malfaiteurs, il les réunit en une grande associatioo, qui reçut le nom de Fraternité : en espagnol, Uermandad. Elle eut pour mission spéciale de veiller à la sûreté des routes , et de réprimer tous les crimes commis dans la campagne. On posa le principe de cette association dans les cortès réunies, en 1476, à Madrigal. On tint, la même année, à Duenas , une assemblée de députés des principales villes du royaume , à l’effet d’organiser la Hermandad. On forma un fonds spécial, qui servit à lever deux mille cavaliers et un grand nombre de fantassins. On eu doniia le commandement à don Alphonse, duc de Villa llermosa, frère naturel du roi- Celui-ci se mit à la poursuite des bandits avec une infatigable activité. Il prit et rasa les châteaux qui tour ser*

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Talent de repaire, et s’il ne parvint pas à guérir entièrement cette plaie du origandage , qui n’a jamais cessé de dtoler la Péninsule, au moins il dilainua considérablement le mal. L’établissement de la Hermandad ne devait ttte que temporaire. Aussi, dans les cartès réunies à Madrid en 1478, on prorogea sa durée de trois années. Ce De fut pas, au reste, sans une vive opposition de la part des seigneurs que la Hermandad put s’établir. Elle ne leur permettait plus d’opprimer leurs vassaux. Aussi, dans une lettre écrite au roi par i’archevéque de Tolède et par plusieurs autres factieux, et où se trouvent exposés leurs griefs contre l'administration d’Isabelle et de Ferdinand, on remarque ce passage :

iD'abord,il faut abolir la Hermandad nouvellement établie , qui est à charge aux peuples et odieuse aux grands. ■> Dans le principe, l'organisation de h Hermandad était en grande partie militaire. Aussi , les troupes dont elle pouvaitdisposer, furent-elles employées par Ferdinand et par Isabelle dans leurs guerres contre les Musulmans.

Tant que la guerre dura, les premiers statuts de cette association ne furent pas changes. Quand le royaume des Maures eut été détruit, Ferdinand et IsaMIe, par leur pragmatique du 7 juillet 1496, niodiliérent la Hermandad. Par une autre ordonnance rendue à Saragosse , le 29 juillet 1498 , ils déchargèrent les villes et les campagnes de la contribution qu'elles avaient payée peodaiit vingt ans pour le maintien de cette confrérie. C’était une dépense fort considérable; car cent habitants devaient pourvoir à l’équipement et à Tentretien d’un homme dermes, sans compter encore beaucoup d’autres frais accessoires. A partir de l'année 1498, le trésor royal resta seul chargé des dépenses dé la Hermandad. Kien ne fut changé, ni dans le but de cette confrérie , ni dans ses attributions primitives. Si on lui donne quelquefois le nom de Sainte-Herniandad, ce n’est pas qu’elle se rapporte en aucune manière aux matières religieuses; mais, dit Hernando dcl Pulgar , c'est chose

sainte que celle qui a trait au service du roi et à l’administration de la Justice. Elle a toujours eu pour but unique la poursuite des crimes et des délits commis dans la campagne. Cependant une foule de personnes se figurent qu'elle est une dépendance du Saint- Office. Cette erreur est accréditée par tous les mauvais romans qu’on a écrits sur l’Espagne. "Voici le texte même de la loi de Ferdinand et d’Isabelle, qui détermine la compétence (*) de la Hermandad.

« En outre, nous mandons et or- <i donnons que maintenant, et doré- « navant, la junte générale, les inem- « bres de notre conseil de la Herman- « dad, les juges commissaires par eux « donnés en notre nom , et aussi nos « alcaldçsde la Hermandad pour toutes « les cités, villes, bourgs, vallées,

« quartiers , ou élections de nos royau- « mes et seigneuries, aient à connaître « et connaissent pour cas, et comme « en cas de Hermandad seulement ,

€ des crimes et délits qui seront ici « spécifiés, et non d'aucun autre.

« C’est-à-dire, des voies de fait , des

< vols, des larcins de biens meubles

< et de bestiaux, du rapt ou du viol de « toute femme autre que des prosti-

< tuées , si le fait a été commis dans « un lieu désert ou dépeuplé.

« Il y a encore cas de Hermandad « lorsque les malfaiteurs , après avoir <• commis le délit dans un lieu peuplé, « se sauvent dans la campagne , émit portant les biens qu’ils ont voles ou « dérobés , ou bien emmenant les fem- « mes qu'ils ont ravies de force.

«Sont également cas de Hermandad,

< les arrestations de grand chemin , « les meurtres , blessures , lorsque le « fait a été commis dans un endroit

< désert et dépeuplé , et que les coups « ont été portés avec préméditation ,

< ou de guet-apens , avec trahison ou ■ perfidie, ou bien lorsqu'ils ont eu

< pour objet de favoriser un vol ou un « rapt, lors même que le vol ou le « rapt n’auraient pas été effectués.

(*) Ferdinand et I&abelle à Coedoue , la 7 juillet 149b. (Lui u, titre i3, livre 8 de la Récopilaoion de don Felipe R) ')

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« Sont aussi cas de Hermandad , la « détention dans une prison particu- < Hère, ou l’arrestation arbitraire faite « en un lieu désert , ou bien dans un « lieu peuplé , si le coupable a emmené <1 son prisonnier dans la campagne ; <• ou s’il a arrêté un fermier ou un « collecteur de nos rentes royales, pour « aller dans la campagne toucher ou « demander lesdites rentes , encore « qu'il n’ait pas emmené le prisonnier « dehors. Il n’y a pas de détention « dans une prison particulière, lors- « que le créancier arrête son débiteur « qui est en fuite , ou lorsque le créan- « cier a reçu de son débiteur l’autori- « sation par écrit de l’arrêter en cas « de non payement. Il faut néanmoins « que dans ces deux cas la personne « qui a été arrêtée soit remise dans les « vingt -quatre heures aux alcaldes « ordinaires du lieu le plus voisin , « qui ne soient pas vassaux dudit « créancier.

« Sont aussi cas de Hermandad, les « incendies de maisons , de vignes, de « moissons, de colombiers, uiits vo- « lontairement en lieu désert ou dé- « peuplé. Et pour déterminer quand il « y a cas de Hermandad , on entend « par lieu désert ou dépeuplé l'endroit « non fermé, qui a moins de 30 ha- « bitants. Il y a vol ou larcin encore « que le maître de l’objet enlevé n’ait « pas été présent à l’enlèvement, et soit « qu’il y ait eu ou qu’il n’y ait pas eu « de résistance. «Entin le reste de cette loi classe encore parmi les délits punissables par la Hermandad , tous les attentats commis, toute violence exercée contre un membre de la Sainte- Hermandad pendant ses fonctions, ou à l’occasion de ses fonctions.

Les agents subalternes de la Hermandad sont appelés quadrüleros. Ils sont choisis et soldés par les villes ou par les villages , et le nombre de quadrilieros que doit entretenir chaque localité, est proportionné au nombre de ses habitants (*).

Dans toute cité, ville ou hameau de trente habitants ou au-dessus , on

élit deux alcaldes de la Hermandad; l’un est choisi parmi les chevaliers ou écuyers, l’autre parmi les hourgeois ou roturiers. On ne peut refuser cette charge, sous peine d’amende et de bannissement. Les alcaldes choisis peuvent être indéGniment réélus; ils peuvent porter partout la vara d'alralde, et, pour les actes de leur compétence, ils ont toute l’autorité que la loi donne aux autres magistrats (*).

Les quadrüleros , quand un délit ou un crime leur est dénoncé, ou quand il vient à leur connaissance, de quelque manière que ce soit, doivent donner la chasse au malfaiteur , et appeler tout le monde à sa poursuite, en faisant sonner les cloches dans toutes les paroisses où ils passent, aGn que, de tous les villages , on sorte pour courir sus au coupable. Cervantès avait certainement cette loi présente à la pensée, lorsqu’après avoir raconté comment don Quichotte délivra les infortunés qu’on menait, contre leur gré, où ils ne voulaient pas aller, il ajouta cette réGexion : « Sancho fut « tout marri de ce résultat; car il pensa « en lui-même queceux qui s’en allaient « fuyant, donneraient avis du cas à la « Sainte-Hermandad qui sortirait, à en « rompre les cloches (’*), pour cher- « cher les délinquants. «

Lorsque les quadrüleros sont arrivés à cinq lieues de leur point de départ, iis doivent remettre à d’autres la trace du malfaiteur. Les quadrüleros et les personnes qu'ils ont appelées doivent ainsi se succéder , et pour.-uivre le malfaiteur Jusqu’à ce qu’ils l’aient pris, ou jusqu’à ce qu’en fuyant, il soit sorti du royaume (***).

Lorsque le malfaiteur, poursuivi par la Hermandad, trouve asile dans un château ou dans une forteresse, et u’on refuse de le livrer, cet endroit oit être immédiatement assiégé; et lorsqu’il est pris, il doit être rasé (*’“)■ EnGn , pour faciliter encore l’arresta-

(*) Loi I.

(**) A campana htrida,

("*) Loi IV.

(•**•) Loi XVL

tion des coupables, toute personne requise par les alcaldes de la Hennandau doit leur prêter assistance et leur donner main-forte.

La Hermandad avait aussi sa législation pénale , et les peines qu'elle prononçait étaient empreintes de toute la rudesse et de toute la cruauté de cette époque. Celles portées contre les voleurs se composaient toujours d’une amende et d'un châtiment corporel ; elles étaient graduées suivant l'importance des larcins. Si l’objet dérobé était d’une valeur de 150 maravedis ou audessous, le coupable était battu de verges , et payait une amende quadruple du prix de l'objet volé. Pour un vol dont l’importance s'élevait de 150 à 1,500 maravedis, le condamné avait les oreilles coupées, et recevait cent coups de fouet; de 1,500 maravedis jusqu’à 5,000 , le voleur devait avoir un pied amputé, et défense lui était faite, sous peine de mort, de jamais monter sur un cheval ou sur une mule. Audessus de 5,000 maravedis , la peine était la mort. Toutes les fois que la peine capitale était prononcée par la Hermandad , le condamné devait être tué à coups de flèches. Il était conduit dans la campagne, attaché à un poteau, qui ne devait jamais présenter la forme d’une croix , et il servait de but aux flèches des quadrilleras. Cependant , dit la loi , il faut tâcher de le tuer le plus vite possible, afin que son âme soit moins longtemps en danger.

La maladresse ou la cruauté des archers pouvait prolonger ce supplice d’une manière atroce. Une loi rendue par Charles V, à Ségovie, en 1532, ordonna que désormais on étranglerait le condamné avant que les archers commençassent à lui décocher leurs traits.

Le principal but qu’on s’était proposé en instituant la Sainte-Hermandad , était de réprimer le brigandage. A l’époque où elle fut organisée , le mal était si grand , qu’elle ne pouvait manquer d’y apporter quelque soulagement; mais elle était incapable de le guérir dans sa racine. Faire la police , n’est pas une chose si facile, qu’on puisse confier cette missiou au premier venu.

29* IxorcMon. (Espagnk.;

Pour déjouer les ruses des malfaiteurs, il faut avoir plus d’adresse et plus d’activité qu’ils n’en ont eux-mêmes. Il faut connaître leurs mœurs, leurs habitudes; on ne les apprend que par une longue expérience. Que pouvaient donc faire ces alcaldes de la Hermandad, qui s’étaient toujours occupés d’une profession étrangère à leurs nouvelles fonctions? Iis ne recevaient qu’une mission ternporaire.quelquefois contre leur gré, et le plus souvent ils n’en comprenaient ni l’importance ni les difficultés; ils faisaient de la police en amateurs. De leur côté, les quadrilleros n’étant pas surveillés d’une manière efficace , ont cédé à l’instinct qui domine chez tous les agents subalternes ; ils ont songé d’abord à leurs propres intérêts ; ils ont pensé à remplir leurs fonctions de la façon qui leur offrait le plus de commodité et le nlusde profit; ils ont souvent trouvé quMI était moins fatigant et plus lucratif de transiger avec les malfaiteurs que de les poursuivre. La paresse, la eorruption et la lâcheté sont entrées dans la eonfrérie. Quatre siècles ont passé sur cette mauvaise institution.

Le brigandage s’est enraciné dans les mœurs du pays, et il faudra maintenant de bonnes lois et de longues années pour extirper cette maladie honteuse.

MORT DE DOIC JUA» II. EERDlirASD LDI

SUCCEDE SUR LE TRONE d’aRAGOK.

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