‹ Espagne (volume 3)Chapitre 68 sur 75 · SOUVERAIN · texte numérisé non relu

SOUVERAIN

Un événement qui depuis longtemps

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était attendu, mais qui derait avoir la plus grande influence sur l’avenir de la Péninsule, vint réunir sur la même tête la couronne d’Aragon et celle de Castille. Don Juan II d’Aragon, chargé d’années , mourut à Barcelone , le 9 janvier 1479.

Ce roi avait eu, ainsi qu’on l’a déjà vu , trois enfants de Blanche de Navarre, sa première femme. La fille de l’amirante de Castille , avec laquelle il s’était marié en secondes noces, lui avait donné un fils , don Ferdinand le Catholique, qui hérita de la couronne d’Aragon. Il en eut aussi trois filles. Dona Juana , l’une d'elles , épousa don Ferdinand , roi de Naples. Les deux autres, dona Alaria et dona Léonore, ne se marièrent pas. Il avait eu aussi plusieurs enfants naturels. Alphonse, qui fut maître de Calatrava, qui ensuite résigna cette dignité, fut nommé, par son père, duc de Villa-Herniosa et de Ribagorce. C'est à celui-ci que don Ferdinand avait confié le commanilement des troupes de la Hermandad. Don Juan eut encore un autre bâtard, qui mourut archevêque de Saragos.se. Il eut aussi une fille naturelle, nommée dona Léonore, mariée à Louis de Beaumont, connétable de Navarre, et deux autres fils morts très-jeunes.

Zurita , Blancas et Mariana font un grand éloge de ce prince;, ils l’appellent le vraiment Grand ; mais ce que nous savons des actes de ce souverain, ne justifie pas un si glorieux surnom.

Son ambition et sa turbulence ont rempli la Castille de troubles. Il a usurpé la Navarre, qui appartenait à son fils , le prince de Viane. Après avoir persécuté ce malheureux prince, il l’a fait périr par le poison. Blanche, sa fille , est aussi morte empoisonnée.

Est-ce que ces faits ne protestent pas contre les louanges données à sa mémoire.’ Est-ce qu’il peut avoir été vraiment un grand roi , celui qui a été le bourreau de ses enfants ?

Don Ferdinand hérita des couronnes d’Aragon, de Valence, de Catalogne, de Majorque et de Sicile; mais la Navarre appartenait à la seule fille qui restât encore à don Juan de son

premier mariage. Léonore, veuve du comte de Foix, prit donc ce titre de reine , qu’elle convoitait depuis tant d’années ; au reste elle ne jouit pas longtemps de cette couronne , encore toute souillée du meurtre de l’infortunée Blanche. Elle mourut le tO février 1479 , après un règne de 21 jours.

Léonore laissait une nombreuse postérité ; elle avait eu quatre fils et cinq filles ; ses fils étaient Gaston, Juan, Pedro et Jayme; mais l'ainé de ces enfants, Gaston, qui aurait dd lui succéder , lui avait été enlevé d’une manière funeste. Il était marié a Madeleine , sœur de Louis XI. Le duc de Guyenne, son beaufrère, ayant célébré un tournoi à Bordeaux , en 1470 , Gaston voulut entrer dans la lice ; il y fut frappé à la visière de son casque par un éclat de lance, qui lui pénétra profondément dans l’œil , et lui lit une blessure mortelle. Gaston avait deux enfants, François Phœbus et dona Catalina. Ce fut le jeune François Phœbus , à peine âgé de onze ans, qui succéda à Léônore, son aïeule. Cette princesse mit par sou testament la couronne de Navarre sous la protection du roi de France. Elle se méfiait avec raison de l'ambitionetdela perfidie de Ferdinand, son frère. Lorsqu’elle mourut, de nouveaux troubles civils éclatèrentenNavarre.Lesfactions des Agramont et des Beaumont se téveillèrent avec tant de fureur, que la mère et les oncles du jeune François Phœbus attendirent quelque temps avant de prendre possession du gouvernement.

Pendant que les forces de tous les royaumes chrétiens de la Péninsule se concentraient dans la même main, , l’empire des Maures se consumait en luttes intestines. Pour suivre le fil de ces révolutions il faut nous reportera l’instant où Mohammed-el-Haysari remonta pour la troisième fois sur le trône. Un des premiers soins de ce prince fut de remettre le commandement de ses troupes à un capitaine nommé Abd-Elbar, qui fil avec bonheur de nombreuses incursions sur les terres des chrétiens. Ces succès o«

suffirent pas pour lui concilier l’amour de ses sujets et pour mettre un terine aux factions qui désolaient Grenade.

Beaiiroup de seigneurs mécontents quittèrent le royaume et passèrent au service de la Castille. Le primipal d'entre eux fut un propre neveu du roi , nommé Mohammed-ben lsniaël.

Quelques offenses qu’il avait reçues de Mohammed el-Haysari le déterminèrent à se retirer sur les terres des chrétiens. Le roi de Grenade avait encore un antre neveu, appelé Moliamnied-hen-Ozmin el-Ahnaf. On l’avait surnommé le Boiteux , parce qu’en effet, une infirmité corporelle le gênait dans sa marche. Celui-ci, qui habitait Almerie , voyant combien le gouvernement de son oncle s’était attiré d’embarras et d’inimitiés, vint en secret dans la capitale, avec un certain nombre de personnes qui lui étaient dévouées. Il répandit l’or parmi le bas peuple, excita les jalousies et les passions des mécontents , et fit si bien , qu’en peu de temps il agita tous les esprits. Ses intrigues provoquèrent une émeute , à l’aide de laquelle il s’empara de l’Aliiambra. Il fit renfermer dans un cachot son oncle el-Haysari, et ce prince, dont la fortune avait déjà présenté tant de vicissitudes, fut de nouveau dépouillé de la couronne , treize ans après être, pour la troisième fois, remonté sur le trône.

Mohammed ben-Ozmin-el-. A hnaf, le Boiteux , fut proclamé roi de Grenade, dans les deux premières semaines de la lune de sjnmada posterior, 848 , qui correspondent à la dernière quinzaine de se|itembre 1444.

Cette révolution ne fut pas unanimement approuvée. Abd-F.lbar se retira à Montefrio , et beaucoup de ses amis vinrent l’y rejoindre. Rétablir une quatrième fois el-Haysari sur le trône n’était pas possible ; ce malheureux prince était entre les mains de ben-Ozmin. Se .soulever en sa faveur n’eiit servi qu’a hûter l’instant de sa mort. Les mécontents songèrent donc à couronner Mohammed - ben- Ismaël , qui était en Castille ; ils lui offrirent le trône. Le roi don Juan II,

ui régnait alors en Castille, promit e fournir des secours à ce prince, pour l’aider à chasser ben-Ozmin de Grenade. Mais ses États étaient alors tourmentés par tant de factions, que l’aide par lui donnée ne pouvait pas être bien efficace. La guerre traîna donc en longueur, et ben-Ozmin s’appliqua à dévaster les terres des chrétiens , qu’il considérait doublement comme ses ennemis : à titre de chrétiens et à titre d’alliés de son adversaire. Pendant plusieurs campagnes, la fortune des armes lui fut favorable; mais le 9 février 1452 (18 muharrem 856) , un parti de Maures, qui avait pénétré dans les environs d’Arcos, fut mis en déroute par don Juan Ponce de Léon. Le mois suivant, un autre corps ayant fait invasion sur les terres de Murcie et de Lorca , fut battu par don Alonzo- Faxardo. Ce détachement était commandé par un fils d’Abd-F.lbar, qui , n’ayant pas voulu embrasser la même cause que son père, était resté à Grenade , et servait avec fidélité le roi ben-Ozmin. Jusqu’à ce jour, ce prince lui avait témoigné la plus entière confiance; il l’avait chargé des expéditions les plus difficiles ; mais quand il le vit revenir vaincu , il lui reprocha amèrement sa défaite. - Puisque tu n’as |ias su mourir en brave sur le champ de bataille , lui dit-il . je veux que tu meures comme un hli he dans la prison ; » et il le fit mettre à mort. Ce trait de cruauté n’est pas le seul qu’on ait a reprocher à Mohammed le Boiteux. Il versait le sang pour le moindre prétexte. Il était craint de ses sujets, mais il en était abhorré. Dès que les circonstances permirent à don Juan de tourner ses armes contre les Maures, il envoya de puissants secours à Mohamined-ben-Ismaël. Leroi bcn-Ozmin fut vaincu en bataille rangée ; il se retira en fuyant jusqu’à Grenade. Il tenta de réunir ses partisans dans cette ville ; mais il s’était fait détester pour sa férocité , il ne put rassembler que peu de monde ; et jugeant bien alors que la fortune l’avait abandonné , il voulut au moins se venger de ceux des habitants de Grenade qu’il rs-

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gardait comme farorables à. la cause de son adversaire. Il fît mander à l’Alhambra les principaux d’entre eux, et il les y fit décapiter (*). Il se fortifia ensuite dans ce cliâteau ; mais voyant que toute la ville , soulevée contre lui , proclamait roi son cousin Israaël , il ne se crut plus en sûreté dans cette forteresse ; il ne voulut pas attendre qu'il y fût assiégé ; il l’abandonna pour se retirer dans les montagnes , avec quelques cavaliers qui avaient été les ministres de ses cruautés et les exécuteurs de ses vengeances.

Mohammed-ben-lsmaël fut reçu à Grenade dans les derniers mois de la vie du roi don Juan, c’est-à-dire, vers le commencement de 1454 (“), en l’année 858 de l’hégire.

Au reste, ben-Ismaël ne se montra pas longtemps reeonnaissant envers les chrétiens; il ne renouvela pas avec don Enrique l’Impuissant les traités qu’il avait conclus avec don Juan, et

(*) Il est possible que ce soit ce massacre qui a donné naissance à la tradition populaire de l’assassinat des Abenceriages dans une des salles de rAlbambracari;.il y a presque touiours quelque cbose de vrai dans ces récits qui se trausiuetteut de génération en génération.

Pedro Ginez de Hita , dans le délicieux roman qu’il a intitulé ; Histoire des guerres civiles de Grenade, voulant rendre odieux le roi qu’il appelle aboaudiii^ lui a attribué le crime commis |>ar un de ses prédécesseurs, et il a entouré ces faits de circonstances romanesques. L’ouvrage de Ginez de Hita a eu un succès prodigieux. Ses récits sont devenus des croyances populaires. Allez visiter l’antique demeure aes rois de Grenade, on vous montrera des traces rougeâtres qui existent sur le marbre blanc dune des fontaines de l’Albambra (planche ai); on ne manquera pas de vous dire: «Voyez, seùor, voici la marque du sang des Abcncerrages. «

(") Condé place cet événement en l’année 85g de l’hégire. C’est une erreur évidente. L’année 85g de l’hégire a commencé le aa décembre 1454. A cette époque, le roi don Juan était mort depuis cint| mois, et ce sont les secours du roi don Juan qui ont aidé Mohammed-ben-Ismaél à monter sur le trône.

il se mit à faire des incursions sur les frontières. Le roi don Enrique rassembla son armée ; il pénétra jusque dans la campagne de Grenade ; il mit tout à feu et à sang, et il fit repentir ben- Ismaël de son ingratitude. Les Maures, épouvantés des ravages qu’e.xertjait don Enrique , demandèrent la paix. Le roi ben-Ismaèi s’engagea à payer uti tribut annuel de 12,000 ducats et à remettre en liberté 600 esclaves chrétiens. On inséra en outre dans le traité cette singulière condition , que la frontière de Jaen ne serait pas comprise dans la trêve , et que sur ce point seulement les deux nations pourraient continuer la guerre. Au reste la paix ne fut bien scrupuleusement exécutée ni d’une part ni de l’autre. Le prince Aly-Muley- Abu’I-Hasan (*) , fils aîné du roi de Grenade, fit une incursion sur le territoire d’Estepa. Les chrétiens ne se montrèrent pas plus rigides observateurs de la trêve qui avait été conclue, et ils enlevèrent aux Maures la ville de Gibraltar, qui demeura réunie à la couronne de Castille. Don Enrique considéra cette conquête comme tellement importante, qu’il décida qu’à l’avenir le roi joindrait à ses autres litres celui de roi de Gibraltar. Dans les derniers mois de l’année suivante (1463- 868) (**), don Enrique, ayant rassemblé son armée, entra dans le royaume de Grenade; mais les Maures lui apportèrent des présents et le tribut qu'ils s’étaient engagés à payer; de nouvelles trêves furent conclues , et ben-lsmaël resta en paix avec les chrétiens jusqu’au moment de sa mort , arrivée à Almérie le dimanche 7 avril H65 (10 sjaban 869). Il eut pour successeur son fils aîné Aly-Muley-Abu'1-llasan, qui était déjà fort ûgé. Ce prince resta pendant quatre années tranquille possesseur de son royaume. Au bout de

(*) Mariana le nomme Alboacen ; Hernamio del Pulgar l’appelle Aly-Muley-Abul- Haqan ; Ferreras le désigne successivement sous les noms du Hale-Aren, Albolvaccn, Ale-Aben-Azan et Abul-Hasceii.

('*) L'année 868 de l’hégire a conunencé le i5 septembre 1463,

ce temps, son frère Cidi-Abd- Allah, qui était gouverneur de Malaga , refusa de recevoir ses ordres et se révolta contre lui. Abu’I-Hasan envoya des troupes pour châtier cette rébellion. Abd-Alfah(*), craignant d’être chassé de Malaga par les troupes de Grenade, vint demander l’assistance de don Enrique, qui promit de le protéger. Ce fut un motif suflisant pour déterminer Abu’I- Hasan h déclarer la guerre aux chrétiens. Il fit des incursions sur les terres des chrétiens ; mais Ruyde Léon, qui commandait sur les frontières d'Andalousie , le fit repentir de cette agression , et lui enleva la ville de Moiitejicar. Les Maures , punis d’avoir violé la trêve, s’abstinrent les années suivantes de commettre de nouvelles hostilités sur les terres du roi de Castille. La mort de don Enrique ne changea pas leurs dispositions. Eu l’année 1478, comme les trêves étaient sur le point d’expirer, Abu’l-Hasan envoya proposer à Ferdinand et a Isabelle de renouveler les traités. Ferdinand demanda d’abord qu’ Abu’l-Hasan se reconnût son vassal , et qu’il acquittât le tribut que ben-lsmaël avait payé.

Les ambassadeurs maures répondirent qu’ils n’avaient pas reçu de pouvoirs pour faire une semblable concession.

Ferdinand et Isabelle députèrent donc des ambassadeurs à Grenade pour traiter cette affaire ; mais Anu’l- Hasan refusa de se soumettre aux conditions qu’on voulait lui imposer.

« Allez , répondit-il aux envoyés cgistillans, allez, et dites à vos souverains que les rois qui payaient le tribut sont morts depuis longtemps; qu’on ne bat plus ni or ni argent dans les ateliers de la monnaie de Grenade : on n’y forge que des cimeterres et des fers de lances. » A cette époque , don Ferdinand et Isabelle n’étaient pas encore débarrassés de la guerre que leur faisait le roi de Portugal ; ils cédèrent à la nécessité, et accordèrent à Muley-Abu’l-Hasan les trêves qu’il demandait; mais ils se promirent bien

(*) Mariana l’appelle Alquirçote, Ferreras lui donne le nom de Âlciierçole.

u’ils le feraient cruellement repentir e sa réponse hautaine.

ni n’iifQoistTiOK d’espagbe, — ni son

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