‹ Espagne (volume 3)Chapitre 7 sur 75 · DR RÛMCEVAUX. PIM DD REGNE D*ARD · texte numérisé non relu

DR RÛMCEVAUX. PIM DD REGNE D*ARD

EL-RAHliAM-EL-DAGliEL.

MaiCTé la loi que nous nous sommes imposée de parler uniquement des faits qui se sont passés sur le sol de l’Espagne, l’histoire des califes se trouve en quelques endroits si intimement liée à celle des Arabes établis dans la Péninsule, qu’il devient indispensable d’en rapporter ici quelques circonstances.

Après la mort de Mahomet, ses sectateurs élurent pour chef Abd-Allah, qui avait changé son nom en celui d’Abou-Beker, c'est-à-dire le père de la vierge, parce qu’il était père d’Ayesha, la plus jeune des femmes du prophète. Ce fut lui qui prit par humilité la qualification de calife, adoptée aussi par ses successeurs : elle signifie vicaire.

Omar, père de Haphsa, autre femme du prophète , fut ensuite élu pour calife. Il se fit le premier appeler Émiral-Moumenin , c’est-à-dire prince des croyants. C’est ce titre qu’on rencontre à chaque pas dans les chroniqueurs espagnols, converti en celui de Miramamolin.

Othman fut choisi pour succéder à Omar. Ensuite on éleva au califat le fils d’Abou-Taleb, oncle de Mahomet.

C’est le fameux Ali qui avait épousé Fatimah , fille du prophète et de Cadhige sa première femme. Ali , malgré cette double qualité de cousin germain et de gendre, qui le liait au fondateur de la religion nouvelle , ne put faire reconnaître son autorité par Moavias, petit-fils d’Ommyah (*). Celui-ci se (*) On trouve dans quelques auteurs , Ommayah ; presque tous les historiens espagnols l'appellent Hunieia ; aussi désignentils ses descendants sous le nom de Beni- Humeyas.

maintint dans le gouvernement de l’Égv’pte et de la Syrie qui lui avait été conféré par Omar, et il invoqua les droits qu’il avait lui-méme au califat.

Il avait été pendant longtemps secrétaire de Mahomet ; il se trouvait son cousin au huitième degré, car il était petit-fils d'Onimyah, petit-fils lui-méme d'Abd-Menaf, trisaïeul du prophète.

D’un autre côté, quand, après cinq années de règne. Ali fut mort assassiné, et qu’on rut élu Hassan son fils, les descendants d’Ahbas, oncle paternel de Mahomet , protestèrent contre ce choix , et prétendirent aussi au califat. Mais Hassan, le cinquième et le dernier des califes élus ou directs, résigna le pouvoir en faveur de Moavias, premier souverain de la race des Ominyades. Cette dignité qui, jusqu’alors, était restée élective, devint en quelque sorte héréditaire, et quatorze princes de la famille des Ominyades se succédèrent sur le trône.

Cependant plusieurs Abbassides (*) avaient successivement tenté de le leur enlever. Un prince de cette famille, nommé Mohammed, avait pris secrètement le titre d’iman et de souverain pontife. Son Qls Ibrahim, qui lui avait succédé dans cette dignité, avait agi plus ouvertement : il avait même fait quelques progrès en Perse ; mais il était tombé entre les mains de Merwan H, quatorzième calife de la famille dés Ominyades, qui l’avait fait mourir. En apprenant son supplice , ses partisans réunis à Couffah proclamèrent calife Aboul-Abbas , son frère. Les deux oncles de celui-ci , Abd-Allab et Saieh, s’étant mis à la tête des révoltés, attaquèrent Merwan, qui, après plusieurs défaites, fut enfin pris en Égypte et décapité. Sa mort ne satisfit pas encore Aboul-Abbas , qui ne se considérait pas comme tranquille possesseur du pouvoir tant qu’il n’avait pas exterminé jusqu’au dernier rejeton de la race des Ommyades.

Sur la toi d’une amnistie qui leur avait été accordée, quatre-vingt-dix cava-

(*) Mariana et quelques auteurs espagnols ies appellent Alabecides.

10* Livraison. (Espaone.)

liers de celte famille vivaient tranuillement à Damas. Abd-Allah, oncle U nouveau calife , les ayant invités à un festin, les fii frapper de verges jusqu’à ce qu’ils tombassent expirants ; ensuite on les couvrit de tapis et de coussins, sur lesquels les autres convives prirent leur repas.

Deux pptits-üls d’Heseham, le dixième des califes ommyades, habitaient Couf'fih. Aboul-Abbas ordonna de les mettre à mort; mais le hasard voulut que l’un d’eux , Abd-el-Rahman-ben- Moavias , fdt absent lorsqu’on vint pour le saisir. Prévenu de la mort de son parent et du danger qui menaçait sa propre tête, il se réfugia au milieu des triims nomades du desert, et, ne s’y trouvant pas encore en sûreté , il s’enfuit en Afrique, où il rencontra quelques partisans. Il y passa cinq années, poursuivi sans cesse par les émissairesd’ Aboul-Abbas, auquel sa cruauté avait fait donner le surnom d’Ll-Sa/fah , c’cst-a-dire , celui qui répand le sang. Ne croyant pas encore l’Afrique un asile assez sûr, il résolut d’aller en chercher un en Espagne, où peut-être il pourrait relever la fortune de sa famille; mais avant de se hasarder dans un pays qu’il ne conn.iissait pas, il y envoya Bedr, affranchi de son père.

Par un heureux hasard, celui-ci arriva à Cordoue lorsque Yousouf était déjà parti pour faire la guerre à Ahmer. Il trouva réunis dans cette ville quatrevingts .scheiks des tribus syriennes.

Ils délibéraient sur la nécessité de remplacer par un nouvel émir Yousoui, qui n’usait du pouvoir que dans son propre intérêt; ils discutaient aussi sur la nécessité d’affranchir le pays de la suzeraineté des califes. Ceux des scheiks auxquels Bedr s’était adressé proposèrentd'élire cet Ommyade échappé seul au massacre de sa famille. Dans les circonstances où l’on se trouvait, lorsqu’on cherchait un chef capable d’en imposer à toutes les ambitions , c’était une véritable fortune que de trouver le dernier rejeton d’une race royale chérie de toutes les tribus syriennes. Au moment où l’on songeait à se débarrasser de toute dépendance

L’UNIVERS

envers les califes d’Orient, qui, jusqu’alors, avaient exercé sur les conquérants de l’Espagne un double pouvoir religieux et temporel , il y avait quelque chose de providentiel dans l’arrivée d'un parent du prophète, qui pouvait par son coticours transformer la révolte en un acte de religion. Les scheiks envoyèrent donc sans délai des députés à Abd-cl-Rtiaman , pour lui offrir non-.seulement un asile, mais la souveraineté sur toutes les tribus musulmanes de lu Péninsule. Abd-el-Rahnian ne balança nas : à la tête de quelques amis et de sept cents cavaliers berbers il s’embarqua, et vint aborder en Andalousie le 3 dsulkada (le l’année 138 de l’hégire (9 avril 750 de J. G.). Les chefs qui l’avaient appelé accoururent au-devant de lui pour lui jurer obéissance, et, eu peu de jours, il vit une année de vingt mille nommes réunie sous ses ordres.

Les premières nouvelles de ce mouvement furent apportées à Yousouf au moment où il venait de prendre Saragosse et Alimer qui s’y était renfe.'iné. Il ramenait prisonniers et enchaînés sur des chameaux Ahmer, son fils et son secrétaire. Dans le mouvement de fureur que lui causa cette nouvelle, il lit attacher ses prisonniers sur une croix et les lit tuer à coups de lance.

: Cependant Abd-el-Rahman s’avancait vers Cordoue. Un des fils de Yousouf, chargé de défendre celte ville, ne crut pas devoir attendre l’ennemi derrière ses murailles. Il sortit à sa rencontre; mais il fut battu, et la ville de Cordoue tomba au pouvoir du nouveau venu. Yousouf accourut, à son tour, pour s’opposer à la marche de celui qu'il appelait l'intrus (*), F.l- Dagkel.W éprouva le même sort que son fils , et fut contraint d’aller se renfermer dans Grenade, où bientôt il

(*) Mariana dcfigme ce nom et en fait celui du Adaliil. C’est ainsi (|ue les nuiiis «’allérent de la manière la plus éliaiige , en passant d’une langue dans une autre. .\bdel-Rahmao joignait à son nom celui de son père, Moavias. Aussi, au lieu de Ilen iVloavias, Éginliard ne l’appelle que Tbin-Maiiga.

fut assiégé. Vivement pressé et ne se sentant pas le moyen de résister longtemps , il capitula le 28 rabia posteriorde l’année 139 de l’hégire , 29 septembre 75G de .1. C., et abandonna la souveraineté de l'Espagne au descendant des Ommyades.

Le nouvel émir s'occupa alors de pourvoir au commandement des provinces. Il chargea Zaïnaïl du commandement des provinces du nord de bi Péninsule , soit pour le récompenser d'avoir, par ses bons offices, accéléré la soumission d’Yousouf et la pacification du pays , soit aussi parce qu’il y avait besoin, dans ces contrées, d'un chef habile et énergique pour faire face aux chrétiens des Pyrénées. Les divisions continuelles des Arabes avaient permis aux Espagnols de regagner partout un peu de terrain. Sous Alphonse le Catholique, le royaume fondé par Pélage s’etait étendu des limites de la Cantabrie jusqu’à l’extrémité de la Galice. Après ces conouéles, ce prince était mort en 757. Il avait eu quatre enfants de sa femme Ormisinda. C’étaient Fro'ila, Bimaran, Aurelio et Adosinda. Il laissait encore un fils, né d’une esclave maure qu’il avait enlevée dans une de ses incursions sur le pays ennemi. Aussi l’appelait-on Manregato, c’est-à-dire le petit de la Mauresque, A/a7ir*caf«Ii«.

Fro'ila, l’aîné de ses fils, bien qu’il filt d’un caractère rude et féroce, fut élu pour lui succéder.

Les Es|iagnols établis dans les Pyrénées , en se rendant maîtres des défilés, empêchaient les communications entre l’Espagne et les possessions que les Sarrasins conservaient encore en France. On trouve à chaque pas, dans les chroniques arabes, la mention de combats qui leur ont été livrés. Ainsi, pendant que la lutte entre Abd-el-Rahnian-el-Daghel et Yousouf durait encore, un corjis de troupes, envoyé contre ces chrétiens par le gouverneur de Barcelone, avait été taillé en pièces. C’était pour repousser leurs attaques qu’Abd el-Ralmian avait fait choix de Zamaïi. Mais ce chef ne put empêcher les progrès qu’ils faisaient chaque jour.

A peu près à cette époque, en 758, Garci-Xiineiiès, le premier des rois de Sobrarbe , étant mort , Garei-Inigo , soo fils et son successeur, désireux d’augmenter son royaume, rassembla ses troupes, et alla attaquer Pampciune dont il finit par se rendre maître.

Pendant le siège, un des chevaliers qui marchaient sous ses ordres, Aznar(*), parvint à s’emparer de Jaca,

(’) Mariaua dit qu'Aznar était fils d'Eudes, duc d'Aquitaine. Dlaucas en fait , sans plus de raison , le pctit-GIs de ce souverain. «Eudes, dit-ii, avait trois fils, llunold,

• Yifar, Aznar; et deux filles, Moniiiie, qui

• fut femme de Frp'ila; la seconde, dont on

• ne dit pas le nom , fut mariée à Muùos ,

• qui commandait dans la Cerdagne « (nous en avons déjà parlé, et nous avons dit qu'elle te nommait Lampégie). « Après la mort «d’Eudes, Charles Martel s'étant emparé « des États de ce souverain , le plus jeune ■ de ses fils , Aznar, passa dans la Cantabrie.

• Il J eut deux enfants , Eudon , qui s'éta-

• blit dans la Biscaye , et Aznar, fondateur « du comté d’Aragon. >

Il y a dans ces faits de nombreuses erreurs. Eudes eut trois fils , Hunold , Hatton et Kemistain. Le premier fut llunold, à qui une partie des États de son père fut laissée par Charles Martel, mais seulement à titre de vassal de la couronne de France. Le second, Hatton, eut en partage le comté de Gascogne. Eu 745 , Hunold lui fit crever les yeux ; Hatton mourut au' bout de peu de jours des suites de soo supplice. La même année , pour expier ce forfait , Hunold se retira dans un couvent de l’ile de Ré. Vaifar ou Gaiffre, son fils, fut mis en possession de ses États; mais s’étant révolté contre Pepiii, il fut vaincu et forcé de se sauver. Il fut tué dans sa fuite par ses propres soldats. Enfin, le troisième fils d’Eudes, Henry-Stan ou Remislaiii , qui avait d'abord embrassé le parti de Pépin , l'ayant abandonné pour soutenir la révolté de Vaifar son neveu , fut pris et pendu comme traître et comme reoelle , et ne laissa pas de descendance. Hatton eut trois fils , Loup I”, comte de Gascogne ; Atalgariiis , comte des Marches de Gascogne; Icterius, comte d'Auvergne.

Vandrigisiie , fils d'Atalgarius et , par conséquent, arrière-petit-fils d'Eudes, épousa Marie , fille de ce comte Aznar que nous venons de voir fonder le comté de Jtca ou d’Aragon, Voilà , eu réalité , le seul

dont presque toute la garnison avait été au secours de Patiipelune. Pour le récompenser de ce service , le roi Garci-Ittigo lui donna cette ville qu’il érigea en ttn comté relevant du royati • me de Sobrarbe. Comme la ville de Jaca s’élève entre deux rivières du nom d’Aragon, cette petite souveraineté prit le nom de comté d’Aragon.

De l’autre côté des Pyrénées les affaires des Sarrasins étatent encore en plus mauvais état. Narbonne était la seule ville itnportatite qui leur restât dans la Septimanic. Il y avait peu de temps qu’un seigneur goth, nommé Ausemonde, avait livré à Pépin Nîmes, Maguelone, Agde et Béziers. Ce roi avait aussi essayé d’enlever Narbonne d’assaut; mais, ne pouvant y parvenir, il s’était borné à occuper les environs de cette ville qu’il tenait ainsi bloquéé. En 759, une partie de la garnison, qui était chrétienne, fatiguée d’un siège qui durait depuis six années, s’unit aux habitants pour massacrer les Maures, et la ville se rendit à condition qu’elle se gouvernerait ellemême et par ses propres lois. A la même époque, le chef arabe qui commandait à Girone et à Barcelone , secoua le joug d’Ab-el-Rahman , se reconnut vassal de Pépin , et mit son gouvernement sous la protection de ce roi.

Quand Narbonne, Girone et Barcelone furent enlevées aux Maures, il y avait déjà trois années qn’Abd-el-Rahman-el-I)aghel avait vaincu Yousouf et l’avait contraint à abandonner le gouvernement de l'Espagne. Le vieil émir, en apprenant la perte que venait d’éprouver la puissance mahométane, et songeant que depuis trois ans £/- Daghel cômmandait, que dès lors la première ferveur inspirée par son arrivée devait être éteinte, s’imagina que le moment était favorable pour ressaisir le pouvoir. Il afipela ses amis aux armes; mais la fortune ne lui fut

lien de parenté qui le rattache au fameux rival de Cliarles Martel.

Toute cette généalogie est parfailcment établie par la charte de fondation du monastère d’Alaou, en 83a, pièce de la plus

L’UNIVERS

pas favorable. Il fut défait, et l’on taille. De ses trois fils, l’un, .\boUl-

trouva son corps sur le champ de ba- Zaïd , fut tué dans une rencontre prés

haute importance histoil(|ue, reconmie jiidirieiix, rt dont nous aurons occasion de comme autiieiitiipie par les crilirpies les plus parler plus d'une fuis.

KDnE ,

duc U’Aquitaiiic , mûri en 7Â5.

Marirv il Mumixa.

SCIMINI/S »

tué en 810

Hcunko .

duc d' Aquitaine ,

iiinrl eu 77i*

VAirKkR .

duc d' A«)tiUiiÎHe , iituri en 708»

iUrroiv ,

comte de üascojpne, mûri en 7i5.

RfcUfSTAIλ ,

J>enduf»i707 , mort h«ns en fan t.

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